V. note II
boutons étaient circonscrits par un bourrelet d’une dureté calleuse '.
On avait beau combattre ces premiers boutons par toute espèce de topiques ou de remèdes intérieurs , on ne parvenait que rarement à les empêcher de répandre leur venin dans tout l’organisme. Il se produisait alors sur les parties génitales des ulcérations nouvelles , aussi difficiles à guérir que promptes à repulluler après guérison 1 2. Puis la peau se couvrait de boutons encroûtés ou de papules saillantes semblables à de petites verrues Ces éruptions occupaient surtout le front, le crâne, le cou, le visage, les bras, les jambes, et se répandaient même parfois sur toute la surface du corps3. — Telle était la marche qu’affectait la
1. Voici l 'induration chancreuse signalée d’une façon très- explicite. — V. note III.
2. Ces lésions consécutives des organes génitaux sont évidemment celles que nous appelons actuellement plaques muqueuses ; lésions, en effet, qui ne guérissent qu’avec une grande lenteur lorsqu’elles sont abandonnées à elles-mêmes ou mal traitées, et qui, de plus, présentent une singulière faculté de récidive lorsque la cause générale dont elles dérivent n’est pas combattue par une médication convenable.
3. Il nous est facile de reconnaître dans cette description, bien que succincte, les types d’éruptions dites de notre temps syphilides papuleuses, papulo-squammeuses, papulo-croûteuses, etc... Ces syphilides sont de beaucoup les plus communes; c’étaient elles naturellement qui devaient attirer tout d’abord l’attention des premiers observateurs.
maladie lors de son apparition première, et telle est encore celle qu’elle affecte aujourd’hui.
Ce n’est pas tout. Un mois et demi environ après le début des premiers symptômes*, les malades étaient affligés de douleurs , assez vives pour leur arracher des cris d’angoisse. Ces douleurs occupaient tantôt la région frontale, tantôt les omoplates, les épaules et les bras, tantôt les tibias, les cuisses et les hanches.
Plus tard encore (un an ou même davantage à la suite de ces derniers accidents) il se développait des tumeurs d’une dureté squirrheuse ( scirrhosi tates1 2) ou osseuse, qui provoquaient des souffrances effroyables. Les douleurs qu’elles excitaient avaient pour caractère de s’exaspérer pendant la nuit et de s’apaiser pendant le jour. Vainement alors prodi-
1. Que l’on remarque ce terme d'un mois et demi assigné par Vigo à l’invasion des premiers phénomènes consécutifs. C’est identiquement celui que nous fixons aujourd’hui à cette période intermédiaire (dite seconde incubation) qui sépare l’accident primitif des symptômes secondaires. Ainsi , aidée du secours d’observations nombreuses et des données expérimentales de l’inoculation, la science moderne n’a fait que répéter ce qu’avait dit trois siècles et demi auparavant notre vieil auteur.
2. Dénomination vague , indéterminée , sous laquelle devaient forcément se confondre des lésions différentes, telles que exostoses, périostoses, caries ou nécroses spécifiques, etc.
guait-on aux malades tout l’arsenal des remèdes à vieille réputation sédative, rien n’y faisait. En fin de compte, ces souffrances horribles aboutissaient le plus souvent à des lésions des os ou de la membrane d’enveloppe des os, telles qu’il s’en produit dans le spina ventosa. Souvent aussi elles laissaient à leur suite des incurvations des membres ou des rétractions permanentes.
Dix-huit mois environ après le début de ce mal honteux et déplorable1 2, ilse manifestaitsurle corps des tumeurs apostémateuses , constituées par une matière visqueuse et phlegmatique, grosses en viron comme une châtaigne de moyen volume, offrant au toucher une résistance comparable à celle d’un tendon ou d’un nerf que la putréfaction commence à ramollir. Ces tumeurs, à la surface desquelles les téguments conservaient leur coloration normale, mûrissaient en général par le fait d’une évolution toute spontanée, sans intervention d’aucun remède , et s’ouvraient d’elles -mêmes. Du reste, ouvertes naturellement ou artificiellement, elles n’en dégénéraient pas moins en ulcères
Quant à ces ulcères consécutifs, ils variaient de forme à l’infini. A vrai dire, ils étaient suscep-