LUI
Le duc de la Rocbefoucauld, l'amant de la duchesse de Longueville, l'ami de madame de la Fayette, de madame de Sévigné et de Ninon, dit dans ses Maximes :
r< L'honnêteté des femmes est souvent l'amour de leur réputation et de leur repos. »
« La vanité, la honte, et surtout le tempérament, Tout souvent la valeur des hommes et la vertu des femmes. »
« L'esprit de la plupart des femmes sert plus à fortifier leur folie que leur raison. »
« Il ne peut y avoir de rùgle dans l'esprit ni dans le cœur des femmes, si le tempérament n'en est d'accord. »
« Il y a peu d'honnêtes femmes qui ne soient lasses de leur métier. »
DES rSMMES. ili
« La plupart des honnêtes femmes sont des trésors cachés, qui ne sont en sûreté que parce.qu'on ne les cherche pas. »
« Il n'y a pas de femmes dont le mérite dure plus que la beauté. »
« La sévérité des femmes est un ajustement et un fard qu'elles ajoutent à leur beauté. C'est un attrait fin, délicat, et une douceur déguisée, »
Celte dernière pensée n'est-elle pas comme l'abrégé de celle de Montaigne que nous venons de lire? .
Bussy-Rabutin, dans son Histoire amoureuse des Gaules, ne disait pas grand bien des femmes françaises.
La Fontaine dans ses Contes, et même dans ses Fables, ne dit grand bien des femmes d'aucun pays. Je citerai seulement la fable qui a pour titre :
LA f EMMB rïOTÉB.
Je ne sais pas de ceax qai disent : Ce n^est rien, C'est anc femme qui se noie.
lis LE MAL qu'on ▲ DIT
Je dis que c'est beaucoup ; et ce sexe vaut bien Que nous le regrettions, puisqu'il fait notre joie.
Ce que j'avance ici n'est point hors de propos,
Puisqu'il s'agit en cette fable
D'une femme qui dans les flots Avait fini ses jours par un sort déplorable.
Son époux en cherchait le corps
Pour lui rendre en cette aventure
Les honneurs de la sépulture.
Il arriva que, sur les bords
Du fleuve, auteur de sa disgrâce, Des gens se promenaient, ignorant l'accident.
Ce mari donc leur demandant S'ils n'avaient de sa femme aperçu nulle trace : « Nulle, reprit l'un deux ; mais cherchez-la plus bas.
Suivez le fil de la rivière. »
Un autre repartit : « Non, ne le suivez pas ;
Rebroussez plutôt en arrière ; Quelle que soit la pente et l'inclination
Dont l'eau par sa course l'emporte.
L'esprit de contradiction
L'aura fait flotter d'autre sorte. »
Cet homme se raillait assez hors de saison.
Quant à l'humeur contredisante.
Je ne sais s'il avait raison ; Mais, que cette humeur soit ou non Le défaut du sexe et sa pente,
DES FEMMES. iiS
Quiconque avec elle nallra Sans faute avec elle mourra, Et jusqu'au bout contredira, Et, sMl peut, encor par delà.
On sait que la Fontaine avait pour amie madame de la Sablière. Un magistrat, parent de celte dame, lui disait d'un ton grave : « Quoi ! madame, toujours de Tamour et des amants? Les bêtes n'ont du moins qu'une saison. — C'est vrai, dit-elle, monsieur, mais ce sont des bêtes. »
LYI
La Bruyère a écrit tout un chapitre Des femmes, qu'il serait impossible d'analyser, puisque ce sont des pensées détachées. En voici seulement quelques-unes :
« Les femmes sont extrêmes : elles sont meilleures ou pires que les hommes. »
« La plupart des femmes n'ont guère de principes; elles se conduisent par le cœur, et dépendent, pour leurs mœurs, de ceux qu'elles aiment. »
iU LE MAL qu'on A DIT
« Les iiomiDcs sont cause que les femmes ne s'aiment point. »
« Les femmes guérissent de leur paresse par la vanité ou par l'amour. »
« Une femme qui n'a qu'un galant croit n'être point coquette : celle qui a plusieurs amants croit n'être que coquette. >
Tout cela n'est pas très-favorable, mais n'attaque les femmes qu'indirectement.
Lvn
La dixième satire de Boiieau les attaque plus directement, en sept cent trente-buit vers. Celle de Juvénal, dont elle est imitée, en avait six cent soixante cl un.
Le satirique français fait précéder son ouvrage d'un avertissement quelque peu ironique, dont voici la fin :
a La bienséance voudrait, ce me semble, que Je fisse quelques excuses au beau sexe, de la liberté
que je me suis donnée de peindre ses vices. Mais, au fond, toutes ies peintures que je fais dans ma satire sont si générales, que, bien loin d'appréhender que les femmes s'en offensent, c'est sur leur approbation et sur leur curiosité que je fonde la plus grande espérance du succès de mon ouvrage. Une cbose au moins dont je suis certain qu'elles me loueront, c'est d'avoir trouvé le moyen, dans une matière aussi délicate que celle que j'y traite, de ne pas laisser échapper un seul mot qui pût le moins du monde blesser la pudeur.
» J'espère donc que j'obtiendrai aisément ma grâce, et qu'elles ne seront pas plus choquées des prédications que je fais contre leurs défauts dans cette satire, que des satires que les prédicateurs font tous les jours en chaire contre ces mêmes défauts. V
Sans prendre au pied de la lettre ce rapprochement des prédicateurs et des satiriques, je remarquerai, à l'occasion de ces dernières paroles, que, pour tirer de mon sujet tout ce qu'il contient, j'aurais pu, parallèlement aux littérateurs, citer les prédicateurs du moyen âge et des temps modernes, qui auraient fait suite à ceux des premiers siècles du christianisme, dont j'ai cité quelques-uns. Je pourrais aussi, à l'époque où nous sommes par-
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venus, joindre les extraits de Bossuet, de Bourdaloue, de Massillon, à ceux de Régnier, de Bollcau, de Molière : ce commentaire des orateurs de la chaire par les poètes satiriques et comiques, et vice versû, offrirait sans doute quelque chose de piquant, mais nous entraînerait trop loin.
Le cadre de la Satire des femmes, chez Despréaux, est le même que chez Juvénal :
Enfin, bornant le cours de tes galanteries, Alcippe, il est donc vrai, dans peu ta te maries ; Sur Pargent, c^est tout dire, on est déjà d*aceord : Ton beau-père futur vide son coffre-fort. . .
Mais il s'en faut de beaucoup que la peinture du poëte français soit aussi vigoureuse et aussi colorée que celle du poëte latin. A vrai dire aussi, le modèle de l'un n'était pas celui de l'autre, et le siècle de I^ouis XIV, sans être fort sévère sur les mœurs, ne ressemblait pas à celui des Césars.
La femme infidèle, la coquette, la jalouse, l'avare, la revêche, la jalouse, la capricieuse faisant la malade, la savante, la titrée, la dévote, — épisodiquement le directeur des femmes, — la fantasque, l'esprit fort, la prude, la gourmande, la brelandière, ia mauvaise mère, la bavarde, la plaideuse, passent successivement sous les yeux du lecteur.
DES FEMMES. Ii7
Quelques cilations seulement :
Ainsi que ses chagrins, T hymen a ses plaisirs : Qaelle joie en effet, qaelle douceur extrême De se voir caressé d'une épouse qu'on aime.
De s'entendre appeler petit cœur ou mon bon.
De voir autour de soi croître dans sa maison, Sons les paisibles lois d'une agréable mère, De petits citoyens dont on croit être père !
Le partisan du mariage réplique qu'il faut à l'homme une compagne, que la solitude l'accable :
Et si, durant un jour notre premier aïeul.
Plus riche d'une côte, avait vécu tout seul.
Je doute, en sa demeure alors si fortunée, S'il n'eût point prié Dieu d'abréger la journée.
Mais, reprend le satirique, si cette compagne est d'humeur légère, malheur à vous :
Dans le crime il suffit qu'une fois on débute; Une chute toujours attire une autre chute.
L^honneur est comme une ile escarpée et sans bords : On n'y peut plus rehlrer dès qu'on en est dehors.
Puis, passant de la femme galante à la femme
coquette, il adoucit et embellit Juvénal :
Si tu veax posséder ta Lucrèce à ton tour, Attends, discret mari, que la belle en cornette Le soir ait élalé son teint sur la toilette, El, dans quatre mouclioirs, de sa beauté salis, Envoie au blanchisseur ses roses et ses lis.
J'ai plusieurs fols entendu Victor Hugo, louangeur non suspect à l'égard de Boileau, citer avec éloge ces vers.
Il faudrait transcrire tout l'épisode des deux époux avares, s'il était moins étendu.
A propos de la femme savante, Boileau fait d'une pierre trois coups : il imite Juvénal, parodie Perrault et loue Molière.
Voici maintenant la jolie esquisse du directeur des femmes :
Qu'il parait bien nourri ! quel vermillon, quel teint !
Le printemps dans sa fleur sur son visage est peint.
Cependant, à Tentendre, il se soutient à peine :
Il eut encore hier la fièvre et la migraine.
Et sans les prompts secours qu'on prit soin d'apporter,
Il serait sur son lit peut-être à trembloter.
Mais, de tous les mortels, grftce aux dévotes âmes,
Nul n'est si bien soigné qu'un directeur de femmes.
Quelque léger dégoût vient-il le travailler,
Une froide vapeur le fait-elle bâiller.
Un escadron coiffé d'abord court à son aide.
L'une chauffe un bouillon, l'autre upprôlc un remède.
DES fEMMBS. 110
Chez lui sirops exquis, ratafias vantés, Coofitures surtout, volent de tous côtés :
Car de tous mets sucrés, secs, en pâte, ou liquides. Les estomacs dévots toujours furent avides ; Le premier massepain pour eux, je crois, se fit. Et le premier citron à Rouen fut confit.
Conclusion : Alclppe se marie. — Est-ce le dernier trait de la satire? oo en est-ce la réfutation ?
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Perrault, déjà en guerre avec Boileau.sur la question des anciens et des modernes, crut devoir se déclarer le champion du sexe féminin, et *épiiquer à cette satire par une pièce de vers se isaifl élégie, assez faible, mais assez courte, intiliée : Apologie des femmes. Qu'on se figure un *emier jet de Legouvé, préparant son poème du Mte des femmes ; c'est à peu près, pour le fond \ idées et pour le relief de la forme, l'effet que \ produit cette petite pièce. Elle est précédée 1 Discours pour servir de préface ; c'est une que un peu minutieuse de la satire de Boileau, 3nant, du reste, quelques obs^n^VV^VL^ \\&\^*^.
Le vieil Arnauld, ou, comme on disait, le grand Arnauld, alors réfugié à Bruxelles, et âgé de quatre-vingt-deux ans, s'émut beaucoup— rapporte Sainte-Beuve — de cette querelle sur les femmes entre son ami Boileau et Perrault, qui était le frère d'un de ses amis. « Le fond de la question lui était plus étranger qu'à personne. Il prétendit que la satire de Boileau était des plus morales, des plus exemplaires, et que les imputations de Perrault, à cet égard, étaient mal fondées et outrageuses. Gomme Perrault lui avait envoyé son Apologie des femmes, Arnauld se crut obligé de lui répondre par une longue lettre où il étalait ses arguments et ses raisons, et que la personne qu'il en avait chargée ne jugea point à propos de remettre, de peur d'aigrir encore plus les disputants que le vieux docteur voulait chrétiennement réconcilier. On flnit par s'en rapporter dans cette grave afTaireà l'avis de Bossuet, lequel donna moins de tort à Perrault que ne l'avait fait Arnauld ; et, sur ces entrefaites, Bacine ménagea entre les deux adversaires une réconciliation qui, sans être jamais fort tendre, fut honnête du moins et suffisante. »
DES fSHMES.