‹ Le mal qu'on a dit des femmesChapitre 13 sur 31 · ISI · texte numérisé non relu

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Hamillon, ce piquant auteur des Mémoires du comte de (i^rotnmon^yécritquelquepart une pensée dont le simple développement pourrait aisément donner matière à un livre.

c En amour, dit-il, rien n'est si commun à une femme que de ne vouloir pas qu'une autre profile de ce qu'elle refuse elle-même. »

Dans le siècle suivant, moisson embarrassante par son ampleur et sa richesse!

Contentons-nous de mentionner d'une manière

générale les comédies de Régna rd et les œuvres

e Lesage. Que de traits décochés à tant de pauvres

mmes par son Diable boiteux, le terrible Âsmo-

'^e, qui enlève le toit des maisons à i'iusU des

ns qui les habitent î

« La plupart des femmes, — dit Fontanelle , qui vécut cent ans, et qui les étudia toute sa vie, — aiment mieux, ce me semble, qu'on médise un peu de leur vertu que de leur esprit ou de leur beauté. »

« Il y a, dit Marivaux, beaucoup de femmes qui seraient fort aimables, si elles pouvaient oublier un peu qu'elles le sont. »

Montesquieu, dans ses Lettres persanes, si aiguisées, comparant les femmes de France avec celles de Perse, se soucie moins de peindre cellesci avec vérité que celles-là avec malice :

DKS FKMMKS. 425

c Les Français, écrit Rica à Usbck, \\e parlent presque jamais de leurs femmes : c'est qu'ils ont peur d'en parler devant des gens qui les connaissent mieux qu'eux.

> li y a parmi eux des hommes très-malheureux que personne ne console, ce sont les maris jaloux ; il y en a que tout le monde hait, ce sont les maris jaloux ; Il y en a que tous les hommes méprisent, ce sont encore les maris jaloux.

> Aussi, n'y a-t-il point de pays où lis soient en si petit nombre que chez les Français. Leur tranquillité n'est pas fondée sur ia confiance qu'ils ont en leurs femmes; c'est au contraire sur ia mauvaise opinion qu'ils en ont. Toutes les sages précautions des Asiatiques, les voiles qui les couvrent, les prisons où elles sont détenues, la vigilance des eunuqnes, leur paraissent des moyens plus propres à exercer l'industrie de ce sexe, qu'à la lasser. Ici, les maris prennent leur parti de bonne grflce, et regardent les infidélités comme des coups d'une étoile inévitable. Un mari qui voudrait seul posséder sa femme, serait regardé comme un perturbateur de la joie publique et comme un insensé qui voudrait jouir de la lumière du soleil à l'exclusion des autres hommes.

> Ici, un mari qui aime sa femme est un homme qui n'a pas assez de mérite pour se faire aimer

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d'une autre ; qui abuse de la oécessilé de la loi pour suppléer aux agréments qui lui manquent ; qui se sert de tous ses avantages, au préjudice d'une société entière; qui s'approprie ce qui ne lui avait été donné qu'en engagement, et qui agit, autant qu'il est en lui, pour renverser une convention tacite qui fait le bonheur de l'un et de l'autre sexe. Ce titre de mari d*une jolie femme, qui se cache en Asie avec tant de soin, se porte ici sans inquiétude. On se sent en étal de faire diversion partout. Un prince se console de la perle d'une place par la prise d'une autre : dans le temps que le Turc nous prenait Bagdad, n'enlevions-nous pas au Mogol la forteresse de Candahar ?

» Un homme qui, en général, souffre les infidélités de sa femme, n'est point désapprouvé; au contraire, on le loue de sa prudence : il n'y a que les cas particuliers qui déshonorent.

» Ce n'est pas qu'il n'y ail des dames vertueuses, et on peut dire qu'elles sont distinguées; mon conducteur me les faisait toujours remarquer. Mais elles étaient toutes si laides, qu'il faut être un saint pour ne pas haîr la vertu.

» Après ce que je l'ai dit des mœurs de ce pays-ci, lu l'imagines facilement que les Français ne se piquent guère de constance. Ils croient qu'il

est aussi ridicule de jurer à une femme qu'on l'aimera toujours, que de soutenir qu'où se portera toujours bien et qu'on sera toujours heureux. Quand lis promettent à une femme qu'ils l'aimeront toujours, ils supposent qu'elle, de son côté, leur promet d'être toujours aimable; et, si elle manque à sa parole, ils ne se croient plus engagés à la leur. »

Voici une autre lettre du même au même :

« J'étais l'autre jour dans une société où je me divertis assez bien. Il y avait des femmes de tous les âges ; une de quatre-vingts ans, une de soixante, une de quarante, qui avait une nièce de vingt à vingt-deux, lin certain instinct me fit approcher de cette dernière, et elle me dit a l'oreille : c Que dites-vous de ma tante, qui, à son âge, veut avoir des amants et faire même la jolie? — Elle a tort, lui dis-je; c'est un dessein qui ne convient qu'à vous. » Un moment après, je me trouvais auprès de sa tante, qui me dit : « Que dites-vous de cette femme qui a pour le moins soixante ans, qui a passé aujourd'hui plus d'une heure à sa toilette ? — C'est du temps perdu, lui dis-je ; et il faut avoir vos charmes pour devoir y songer. »

J'allai à celle malheureuse femme de soixante ans, et la plaignais dans mon âme, lorsqu'elle me dit à l'oreille : « Y a-l-ii rien de si ridicule? Voyez celle femme qui à quatre-vingls ans, el qui met des rubans couleur de feu : elle veut faire la jeune, el elle réussit ; car elle approche de l'enfance. > Âh ! bon Dieu ! dis-je en moi-même, ne sentironsnous jamais que le ridicule des autres? C'est peut-être un bonheur, dis-je ensuite, que nous trouvions de la consolation dans les faiblesses d'aulrui. Cependant j'étais en train de me divertir ; et je dis : Nous avons assez monté, descendons à présent, et commençons par la vieille qui est au sommet.

« Madame, vous vous ressemblez si fort, celle dame à qui je viens de parler el vous, qu'il semble que vous soyez deux sœurs ; je vous crois, à peu près, du même âge. — Vraiment, monsieur, me dit-elle, lorsque l'une mourra, l'autre devra avoir grand'peur; je ne crois pas qu'il y ail d'elle à moi deux jours de différence. » Quand je quittai cette femme décrépite, j'allai à celle de soixante ans. « Il faut, madame, que vous décidiez un pari que j'ai fait : j'ai gagé que celte dame et vous, lui montrant la femme de quarante ans, étiez du même âge. — Ma foi ! dit-elle, je ne crois pas qu'il y ait six mois de différence. » Bon t m'y voilà ! continuons. Je

descendis encore, el j'allai à la femnae de quarante ans. c Madame, faites-moi la grâce de me dire si c'est pour rire que vous appelez cette demoiselle, qui est à l'autre table, votre nièce? Vous êtes aussi Jeune qu'elle; elle a même quelque chose, dans le visage, de passé, que vous n'avez certainement pas; et ces couleurs vives qui paraissent sur votre teint... — Attendez, me dit-elle : je suis sa tante; mais sa mère avait, pouï* le moins, vingtcinq ans de plus que moi : nous n'étions pas du même lit; j'ai ouï dire à feu ma sœur que sa fille et nioi naquîmes la même année. — Je me le disais bien, madame, et je ne n'avais pas tort d'être étonné. »

» Mon cher Usbek, les femmes, qui se sentent finir d'avance, par la perte de leurs agréments, voudraient reculer vers la jeunesse. Eh ! comment ne chercheraient-elles pas à tromper les autres? elles font tous leurs efforts pour se tromper ellesmêmes et se dérober à la plus afiligeante de toutes les idées. »

UsbejL, à son tour, écrit à Ibben :

c Les femmes surtout sont très-adonnéesau jeu. Il est vrai qu'elles ne s'y livrent guère, dans leur

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jeunesse, que pour favoriser une passion plus chère; mais, à mesure qu'elles vieillissent, leur passion pour le jeu semble rajeunir, et cette passion remplit tout le vide des autres.

» Elles veulent ruiner leurs maris, et» pour y parvenir, elles ont des moyens pour tous les âges, depuis la plus tendre jeunesse jusqu'à la vieillesse la plus décrépite : les habits et les équipages commencent le dérangement, ia coquetterie l'augmente, le jeu l'achève.

» J'ai vu souvent neuf ou dix femmes, ou plutôt neuf ou dix siècles, rangées autour d'une table ; je les ai vues dans leurs espérances, dans leurs craintes, dans leurs joies, surtout dans leurs fureurs : lu aurais dit qu'elles n'auraient jamais le temps de s'apaiser, et que la vie allait les quitter avant leur désespoir; tu aurais été en doute si ceux qu'elles payaient étaient leurs créanciers ou leurs légataires. »

Enfin Rica écrit à Rhedi :

« Des femmes adroites font de la virginité une fleur qui périt et renaît tous les jours, cl se cueille la centième fois plus douloureusement que la première.

» li y en a d'autres qui, réparant par la force de leur art toutes les injures du temps, savent rétablir sur un visage une beauté qui chancelle, et même rappeler une femme du sommet de la vieillesse, pour la faire redescendre jusqu'à la jeunesse la plus tendre. »

Une des plus charmantes et des plus libres fantaisies de Voltaire est celle-ci, — à propos de la polygamie et des harems :

« Qui peut vêtir, nourrir et amuser plusieurs femmes , les a dans sa ménagerie , et leur commande despotiquement.

» Ben-Aboul-Kiba, dans son Miroir des fidèles, rapporte qu'un des visirs du grand Soliman tint ce discours à un agent du grand Charles-Quint :

» Chien de chrétien, pour qui j'ai d'ailleurs une estime toute particulière, peux-tu bien me reprocher d'avoir quatre femmes selon nos saintes lois, tandis que lu vides douze quartauts par an, et que je ne bois pas un verre de vin ! Quel bien fais-tu au monde en passant plus d'heures à table que je n'en passe au lit? Je peux donner quatre enfants

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