LXXXVIII
Vous connaissez ce charmant chapitre de Nestor Roqueplan sur les vieilles femmes, si frais, si vif, si étincelant :
« Quand on compare ce temps-ci aux autres temps, celle société aux sociétés éteintes, la civilisation de nos jours à celle des époques ânté-
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rieures, on s'aperçoit qu'elle a perdu un élément, un lien, qu'il lui manque quelque chose :
Les vieilles femmes.
Ce n'est pas que la fontaine de Jouvence soit découverte, et que les femmes défendent mieux leur visage et leurs formes contre les assauts du temps.
Non, la nature n'a pas abrogé ses lois.
Seulement, les femmes dépérissent, mais ne vieillissent plus.
Jadis, vieillir, c'était un art.
Aujourd'hui, ce n'est plus qu'un malheur.
Quand il y avait une société, de la conversation, de la littérature, des bons mots et des salons, chacun prenait sa place et son rôle.
Et celui des vieilles femmes était le plus aimable.
Quand une femme, selon les qualités plus ou moins durables de sa beauté, avait passé ses années de galanterie, elle prenait son parti bravement, ne conservait que la recherche nécessaire pour faire supporter la vue de la vieillesse sans la cacher, se constituait vieille femme, et remplissait une mission importante et tutélaire pour tous les âges.
Elle présidait les cercles fameux, distribuait aux femmes et aux hommes les réputations de beauté et d'esprit, ménageait aux jeunes et aux vieux
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rentrée OU ia sorlie du monde, faisait des mariages, protégeait des amours, mettait à la mode certains visages et certains livres, liait souvent des intérêts frivoles à de grands Intérêts, tenait école de manières, soutenait par Taulorlté des traditions le bon langage et la politesse, et se couchait tard.
Les vieilles femmes exerçaient une grande influence. La jeunesse respectait ces êtres d'un sexe neutre, qui ne gardaient des premières années que ia grâce et rtinbltude de plaire, en puisant dans les leçons de Tâge le goût de servir les autres et de les instruire.
Quoi de plus aimable, de plus attendrissant qu'une jolie vieille?
A moins d'être un bâtard ou un monstre, qui donc ne songe pas à sa mère, qu'il aime ou qu'il a perdue, en voyant et en écoutant une femme dont le cœur est sans orage, dont le visage a été flétri par les douleurs et les soins de la maternité, dont la parole est grave et douce, l'entretien léger et inslructir, l'observation une et juste ?
Nous n'avons plus de ces vieilles femmes; Il y a seulement des êtres du genre féminin qui s'éteignent obscurément, sans entourage, sans prévenances, avec des souvenirs perdus pour les autres.
Après dix ou douze ans d'éclat et d'agitation,
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une femme, de nos jours, commence une vie de rage Intime et de dénigrement contre le genre humain.
Elle porte envie à celles qui débutent et ieur emprunte leurs modes. N'espérant plus de grandes passions, elle court après des caprices humiliants. Au bal masqué, elle rrélille, la taille étranglée et rajeunie par des buses, et commence par l'esprit une séduction que doit détruire le visage.
Dans les salons, elle s'en prend à toutes les renommées, discute les beautés, conteste les dents et les cheveux de tous, établit bêtes des gens de mérite, surprend et dénonce des regards, inquiète les maris, gêne les amants, détruit, abîme, déchire tout autour d'elle, et semble dire : c Me voilà! »
Elle ne se résigne pas à vieillir.
Après tant d'efforts désespérés pour vivre de mensonge, de blanc, de rouge, de fausses nattes et de méchancetés, la femme mûre arrive vite, non pas à une vieillesse heureuse et gaie, mais à une décrépitude découragée, à l'accablement, à l'oubli, à l'avarice, et n'a plus même, comme jadis, la ressource de la dévotion.
Et que voyons-nous?
Les jeunes gens sont moins polis, moins soigneux des bonnes formes et des convenances, et presque oublieux des devoirs de famille.
De jeunes femmes apparaissent, jolies, rocher-
lih
chées; la mode les porte haut; il se fait autour d'elles un bruit de compliments, de galanterie, de valses, de mazourkes: la tête leur part, quand les ailes leur viennent; elles volent au hasard et sans guide, comme les petits oiseaux sans mère; puis, un beau jour, le vent du scandale les abat.
Les gens d'esprit sont exclus du monde parce qu'il n'y a pas de conversation, d'échange d'esprit possible, au milieu de ce tapage abrutissant de beaux valseurs et de petites coquettes, au milieu de ces femmes qui vont disparaître quand elles ne pourront plus gigotter dans les ambassades, qui, après le plaisir de danser, ne connaissent pas celui de causer, et qui n'ont un jour pour recevoir qu'autant qu'elles ne peuvent accepter des invitations de bal.
El pourquoi les jeunes gens fuient-ils ainsi le monde et en négligent-ils les devoirs et les traditions ?
Parce qu'il n'y a plus de vieilles femmes pour les guider, pour les honorer ou les excuser dans leurs plaisirs, et que, jeune femme pour jeune femme, ils préfèrent celles qui soupent, qui fument, qui crient, et qui ne les appellent pas ange de ma vie.
Pourquoi les jeunes femmes sont-elles si facilement et si vile compromises ?
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Parce qu'elles ne sont pas maintenues par Tautorilé, redressées par Texpérience et défendues par le dévouement des vieilles femmes.
Pourquoi l'esprit n'est-il plus qu'un commerce et non un délassement? Pourquoi n'y a-t-il plus que des soirées à Strauss et à Levassor, et plus de ces longues heures remplies par la conversation et la flânerie Intellectuelle?
Parce qu'il n'y a plus de vieilles femmes qui aient un salon, un cercle, du crédit, et le goût de l'esprit.
Parce qu'il n'y a pas une fenime de cinquante ans qui osât dire aujourd'hui, en parlant de sa jeunesse, ce mot charmant de madame du DeCTanl :
« Autrefois, quand j'étais femme... )^
Écoutons maintenant Alphonse Karr, qui connaît si bien les femmes et qui les aime tant :
c Les femmes, pour la plupart, ne nous aiment pas ; elles ne choisissent pas un homme parce qu'elles l'aiment, mais parce qu'il leur plaît d'élre aimées par lui. Les femmes aiment assez l'amour
de tout le monde ; mais il y a bien pea de gens dont elles aiment la personne. »
« Une remme qui aime un homme d'esprit l'aime moins pour l'esprit qu'il a que pour l'esprit qu'on lui trouve. — C'est un homme peu recherché des femmes que celui qu'elles ne croiraient enlever à personne. Ce n'est pas pour l'avoir, mais pour i'ôter à une autre, que l'on prend un amant. Si une remme aimait la peste, il se trouverait une autre femme pour rendre la peste infidèle et tâcher de la lui enlever. »
« L'amitié de deux femmes n'est jamais qu'un complot contre une troisième. »
« Il n'y a qu'un homme qui aime les femmes qui peut en avoir assez souffert pour en savoir et en dire un peu de mai. »
« Qu'une femme paraisse dans un salon, Irèsparée; que ses ajustements, riches, somptueux, de bon goût, cflfacent à l'inslanl ceux des autres femmes, il lui semble que rien ne manque à son bonheur, et son visage s'embellit de l'idée de ce
précieux Iriompiie. Il faut cependant avertir les femoDes d'une chose à ce sujet : c'est qu'il suffit à une femme d'avoir une robe nouvelle, ou un chapeau neuf, pour que toutes les autres femmes soient prêtes à accepter comme chose prouvée et incontestable et à propager avec empressement toute calomnie qu'il plairait à n'importe qui de débiter sur elle ce jour-là. »
« Une des bénédictions qu'attire incontestablement la dévotion sur les femmes qui la pratiquent assidûment, est d'augmenter à un très-haut degré certaines facultés. Ainsi, je suis souvent frappé de l'accroissement de la mémoire chez certaines personnes qui vont régulièrement à l'église « les dimanches et fêtes. » En eCTet, n'est-il pas surhumain de voir une femme qui a passé une heure et demie dans une église, qui y a prié, qui y a suivi la messe sur son livre sans en passer une ligne, pouvoir cependant vous détailler, sans en oublier la moindre pièce, la toilette de chacune des deux ou trois cents femmes qui s'y trouvaient en même temps qu'elle ? Elle n'oubliera ni la chaussure ni les gants, — et n'attribuera jamais à une des fidèles les dentelles ou les bijoux d'une autre. Non-seulement cela exige, comme je le disais, un
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grand perreclionncment de la mémoire, mais encore un singulier el phénoménal développement de la vue , car les ferventes personnes placées à droite à gaucbe, derrière elle, ne seront pas plos oubliées que celles qui sont placées devant, — et elle les aura vues, elle aura retenu avec précision tous les détails, même les plus insigniflanls en apparence, de leur parure, sans qu'on ait à lui reprocher des distractions notablement apparentes ni des mouvements de tête réitérés. »
c Pourquoi les poètes et les peintres représentent-ils par des femmes les plus grands fléaux de l'humanité : la Guerre, — *la Famine, — la Peste, —la Mort,— les Parques,— les Furies, — les Harpies, —les Sirènes?
» Ajoutons aussi que les plus belles choses sont également signifiées par des femmes : la Justice, la Vertu, la Pitié, la Bienfaisance, la Gloire, etc. — C'est que les femmes sont extrêmes en lout. — La beauté el les vertus des femmes sontsupérieures aux vertus et à la beauté des hommes; mais une femme laide et méchante est plus laide et plus mécliante que le plus laid et le plus méchant des hommes, » L'avarice est un mol léïïiVt\\v\\— X^^^^vx^-a
n'osent pas cependant représenter une femme avare : — c'est toujours par un homme qu'ils traduisent cette horrible passion. »
« J'ai entendu une Temme dire : Ce n'est pas commode d'être veuve; il faut reprendre toute la modestie de la jeune fille, sans pouvoir même feindre son ignorance. »
« Chaque femme se croit précisément arrivée au degré de vertu et de chasteti^qu'il faut avoir.— Chaque femme déclare, sans se faire prier, la femme qui a moins de vertu qu'elle une courtisane ; et celle qui en a davantage, une prude et une bégueule. »
« Au lieu de vous faire une image de femme d'après les romanciers et les poêles, dressez une nomenclature un peu complète de tout le mal que peut vous faire votre femme ou votre maîtresse : elle peut vous trahir et vous afficher; elle peut vous ruiner, elle peut vous calomnier, elle peut vous empoisonner, etc., etc. Les exemples de ces divers procédés ne seul ^«.^ ^^^^'s»^^ vous n'avez qu'à choisir. lA\\Àft\k,\^\wv\%.^'eL-^^^^
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de tout ce qui ne vous arrive pas de ce qui est sur votre liste, et sachez-en gré à la compagne de votre vie. »
Et voilà -— pour le remarquer en passant — en quoi ce petit recueil de tout le mal qu'on a dit des femmes peut être d'une grande utilité pratique et morale. Quelle belle préface philosophique j'aurais pu composer sur celle idée-là ?
XG
L'auteur àlndiana :
« La femme est imbécile par nature. Il semble que, pour contre-baiancer Témlnente supériorité que ses délicates perceptions lui donnent sur nous, le ciel ait mis à dessein dans son cœur une vanilé aveugle, une idiote crédulité. II ne s'agit pculélre, pour s'emparer de cet êlre si subtil, si souple et si pénétrant, que de savoir manier la louange et chatouiller i'amour-propre. Parfois les plus incapables d'un ascendant quelconque sur les autres hommes en exercent un sans borues sur respril des femmes. La flatterie est le joug qui courue si bas ces têtes ardeftVestVXfeçJix^^.i»
DES FBmiES.
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Alfred de Musset :
< Je les connais, je connais ces êtres charmants et indéflnissables. Soyez persuadés qu'elles aiment à avoir de la poudre dans les yeux, et que plus on leur en jette, plus elles les écarquillent, afin d'en gober davantage. »
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Paul de Musset :
<( Une reine est une femme. Elle porte la jupe comme les autres. Toutes celles qui ont eu des faiblesses pour de simples sujets ne Pont pas été dire au pape. Les femmes qui n'ont jamais aimé que leurs maris sont plus rares que les perles enfouies au sein de la mer; et Tamoureux qui se tait ne tarde pas à voir un autre s'em^w«ç ^^\\^s^ qu'il a respecté, »
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P.-J. Stahl :
« Quand je pense qu'il y a des bommes assez hardis pour regarder une femme en face, pour Paborder, pour lui serrer la maiu et pour lui dire sans mourir de frayeur : « Voulez-vous m'épouser? » je ne puis m'empêcher d'admirer jusqu'où va Taudace humaine. *
« Le seul miracle qui se fasse encore, — il est vrai qu*à force de se produire, ce miracle qui n'étonne plus personne, a cessé d'en être un, — c'est celui de l'enchanteresse Circé, qui changeait les hommes en bêtes. »
« C'est à bon droit que l'île d'Ithaque est resté< célèbre : une femme y fut fidèle. »
« Les femmes n'ont ni goûl ni dégoûl. Il n'est pas de monstre de sottise ou de laideur qui en soit réduit à mourir vierge et célibataire s'il a 200,000 livres de rente. »
« Si belle que soit la route qu'on fait avec une femme, il arrive toujours un moment où l'on est réduit, pour se distraire, à compter les bornes du chemin. »
« L'amour est un alchimiste. Un amoureux est presque toujours un homme qui, ayant trouvé un morceau de charbon, le serre précieusement dans sa poche en disant : « C'est du diamant. »
« Il n'est pas nécessaire de brûler la femme qu'on adore pour apprendre que de la plus belle idole il ne saurait rien rester qu'un peu de poussière. >
J'aurais encore à citer de Stahl le ravissant
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morceau intitulé : Opinion de mon ami Jacqties; mais, à cause de son étendue et de son Importance, je le mettrai en appendice, à la fin du volume; ce sera pour la bonne bouche.
Charles Nodier :
« On a remarqué que, de tous les animaux, les chats, les mouches et les femmes sont ceux qui perdent le plus de temps à leur toilette. »
Théophile Gautier :
« Il n'y a pas de résistance plus furieuse que celle d'une femme qui a le genou mal tourné. »
Jules Janin :
« Elle avait un petit nom, Espérance; et son nom de famille était Je-veux-bien. Sa grand'-
maman s'appelait Tout-de-suite. Conlrairemeut à tout ce qui se fait dans le monde politique et littéraire, elle tenait plus qu'elle ne voulait promettre.
» Espérance Je-veux-bien n'a jamais été mère de quoi que ce soit, et cependant elle a laissé beaucoup d'enfants. »
c Madame de Jailais réunissait, à sa gloire et à son préjudice, en sa personne mignonne et flèrè, tous les contrastes. Elle était sérieuse et gaie, avenante et calme, insolente et bonne. Elle riait volontiers, elle pleurait volontiers. Ses deux yeux étaient bleus, — plus, un clair reflet noir. D'un côté, elle était brune, et de l'autre côté, blonde; — avec une vivacité, une mélancolie, un contentement, un charme, à faire envie, à faire peur, à vous donner du génie, à vous changer en stupide. On était tenté également de l'adorer et de la battre. Elle avait des colères charmantes, et des sourires qui vous mordaient au cœur. Qui l'eût vue sans l'aimer eût été fou, qui l'eût aimée sans en être au regret eût été bêle. Aimable et violent mélange de bonheur et de repentir. »