UNE NOUVELLE INVRAISEMBLABLE
« Tous les journaux ont enregistré une étrange nouvelle sans l'accompagner de la moindre observation. Cette nouvelle, la voici : « Il vient tout récemment de partir, de Londres pour l'Australie, un navire chargé de neuf cents femmes ; toutes ces
femmes sont d'une excellente consUtuUon et ont un bon caractère. »
» J'admets que l'on puisse garantir Texcellencc de la constitution de neuf cents femmes ; mais certifier que toute une cargaison féminine est composée de dames ayant un bon caractère, me semble être une assertion plus que hasardée.
» Des femmes si parfaites sous tous les rapports n'auraient pas besoin d'entreprendre un voyage de quinze cents lieues pour trouver des maris. On se disputeraitde pareils trésors en Angleterre et même en France. Que vous en semble? Vous êtes de mon avis.
» La réclame matrimoniale faite pour la cargaison en question dépasse tout ce que M. Williaume lui-même, l'inventeur de la spécialité, s'est jamais permis.
» Je sais qu'il est difficile de placer avantageusement et dans un court espace de temps neuf cents femmes, même en Australie, où cet article est assez demandé. Mais ce n'est pas une raison pour faire imprimer dans des papiers publics anglais, et par conséquent sérieux, que ces dames ont toutes un bon caractère.
» La femme forte et douce est presque aussi rare que le merle blanc, oiseau qu'on ne trouve facilement dans aucun pays, ainsi que vous devez le
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savoir, pour peu que vous soyez cliasscur ou empailleur.
» Il est un point sur lequel les journaux anglais ne nous donnent aucune explication, et pourtant il ne laisse pas d'avoir son importance : ces neuf cents femmes ont-elles été dirigées vers l'Austraiie par un spéculateur, par un exportateur de femmes, en gros, ou bien se sont-elles donné rendez-vous sur le même vaisseau pour tenter l'aventure à leur propre compte?
» L'une et l'autre hypothèse peut être admise; mais pourtant je penche en faveur de l'exportateur. Ce qui me fait admettre cette supposition, c'est la manière dont a été rédigée ia note dont nous avons parlé tout d'abord.
» Si chacune de ces neuf cents femmes voyageait en toute liberté, nous aurions eu, soyons-en sûrs, neuf cents réclames différentes; ce qui, à vrai dire, aurait été beaucoup.
» Après cela, peut-être ces dames réservent-elles leurs annonces pour les journaux de l'Australie. Dès leur débarquement à Hobarl-Town, elles feront insérer dans les Petites Affiches de la ville des avis conçus à peu près daus ces termes :
« Avis aux célibataires! Il vient d'arrivé d'Angleterre une jeune demoiselle blonde d'an
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bonne constitution et d'un bon caractère. Elle désire se marier le plus promptement possible. S'adresser à l'bôtel de la Pintade noire, »
» Ou bien encore :
« Une jeune veuve, non moins robuste que douce, est toule disposée à faire le bonheur d'un nouvel époux. Elle recevra les propositions pendant huit jours. Le neuvième, elle accordera sa main au candidat qui lui semblera le plus digne.
» Qu'on se le dise. »
» Ou bien encore :
« Qui veut se marier? —Trois Anglaises, dont deux Italiennes, sont arrivées tout nouvellement d'Europe. Elles tiennent moins aux égards qu'à une grande fortune. S'adresser pour les renseignements à M. Thompson, à Londres. Ces trois dames ont un excellent caractère, garanti pour un an. »
» Avoir le choix xlans neufs cents femmes!
Trop heureux les Australiens s'ils apprécient leur bonheur ! »
TroDvez-vous, «n somme, qoe les FraDÇais soienl beaucoup plus favorables aux rcmmes que les Hébreux, les Grecs et les Lalius T
Il m'eûl été [acNe de multiplier ces ciUlions.
XCÏK
Je pourrais y ajouter maintenant des extraits des autres écrlvalos modernes, — iuilens, es|Mgnols, anglais, russes.
Chez les premiers, quoi de plus vloleol, quoi de plus dégoùtaul parfois, que l'Invective de Bticcace contre les femmes, qui a pour litre : Le Labyrinthe d'amour?
Que ne me [anrniraient pas aussi Hachltve) dans ses comédies, l'ArlosIe dans ses poèmes, et
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le trop fameux Arétin? Mais celui-ci, encore plus que les autres, doit être passé sous silence, comme, en France, le marquis de Sade.
Chez les seconds, dans la Célestinay tragi-comédie, ou plutôt demi-#ame, demi-roman, du bachelier Fernando de Rojas, qui, achevée vers l'année 1492 et pendant le célèbre siège de Grenade, fut la première œuvre considérable et la source du théâtre espagnol, Sempronio dit à Galixte pour le détourner de l'amour :
« Lisez les historiens, étudiez les philosophes, les poètes; leurs ouvrages sont remplis de ces honteux exemples et des malheureuses fins de ceux qui, comme vous, firent trop de cas des femmes. Lisez Salomon ; il dit que les femmes et le vin font apostasier les hommes. Prenez conseil de Sénèque, et vous verrez à quel point 11 les estime. Ëcoutez Âristote, consultez saint Bernard : gentils, juifs, chrétiens et mores, tous s'accordent à ce sujet. Toutefois, malgré ce que j'ai dit et ce que je pourrais dire d'elles, ne croyez pas qu'il faille en faire une généralité; il y en a eu beaucoup de saintes, de vertueuses et de nobles, dont l'éclatante couronne rachète le blâme encouru par les autres.
[ Hais, quant i ces dernières, qui Eafflrall à dler irs mensonges, leurs intrigues, leur verutlNté, ir Impudeur, leurs plenraidieries, leur tonsKlé, ir audaeet Qui sjoralt tout ce qu'elles pensent, lout ee qu'elles font sani bésller? Qui déBntnill ieur dlEsimulaiion, leur bavardage, leor fourberie, leur InSdéllté, leur ingrsUtnde, leur Idcod- ;lance, leur eETronlerlet leur prësompUon, leur ranllé, leur lolle, leur bassesse, leur goanutnilae, leor saleté, leur puslllanimllé, leurs moqueleur bonteuse complaisauce? Voyei quelle petite cervelle se cacbe sous ces toques ricbes et lilevëes! quelles pensées s'agitent sous ces [nises empesées, sons ces vétemeots Astueiu, soui ees fotws amples et Imposenles t Qu'on rencontra de uonle et d'Im perfection sous ces temples brlllanti de couleurs t C'est d'elles qu'on a dit : * Armes du llablet tète de péché, destruction du pirsdls. i V'avez-vous pas lu au livre de la FiU de lainl Jean : > Volcl la femme, l'antique malice, qut ■ iiliassé Adam des délices du paradis ; c'est elle qal 1 voué la race bumaiae aux flammes de l'enfer ; f'esl elle que le prophète Ëlie i maudite, etc.! ■
DIs-mol pourquoi Adam, Salomon, David, Anslotc, Virgile, ceux dojil tu parles enfin, se sont,
cependant, soumis aux femmes? Et moi, suis-je plus qu'eux ?
SBMPROIflO.
Imitez ceux qui les ont vaincues et non ceux qu'elles ont dominés. Fuyez leurs ruses ; sachez qu'elles font des choses qu'on ne peut comprendre; elles n'ont ni mesure, ni raison, ni suite dans les Idées; elles refusent avec rigueur ce qu'elles meurent d'envie d'ofTrir; elles insultent dans la rue ceux qu'elles attirent ensuite dans leur taudis; elles invitent et éconduisent; elles appellent et repoussent; elles parlent d'amour et expriment de la haine ; elles s'irritent pour un rien et s'apaisent en un instant; elles veulent qu'on devine tous leurs désirs. Oh ! quelle plaie, quel ennui, quel dégoût d'avoir affaire à elles plus longtemps que les courts instants pendant lesquels elles sont bonnes au plaisir !