PREMIERE PARTIE
L'antiquité, soit sacrée, soit profane, a prononcé contre la femme de dores paroles.
Premièrement, dans la Bible comme dans la Mythologie, c'est une femme, — Eve ou Pandore, -— qui est accusée d'avoir perdu le genre humain par sa fatale curiosité et d'avoir répandu tous les maux sur la terre. — Passons sur cette double histoire par trop connue.
VEcclésiasle, ou, comme nous dirions, le Prêcheur, livre attribué à Salomon, qui pos-
sédait sept cents femmes légitimes, sans compter les autres, s'exprime ainsi :
« J'ai considéré toutes choses avec les yeux de mon âme, et j'ai trouvé la femme plus amère que la mort. La femme est semblable au filet des chasseurs : son cœur est un piège, et ses mains sont des entraves. Celui qui est agréable à Dieu lui échappera; mais le pécheur sera sa proie. »
Les Latins, pour le remarquer en passant, avaient un proverbe qui disait d'une manière, non pas identique, mais analogue : Femina carcer, a La femme est une prison. » J'ajoute, pour plaire aux amateurs de la philologie puérile et honnête, que, dans le mot français cœur, en déplaçant les lettres, on trouve écrou.
Les Proverbes, attribués, je crois, au même Salomon, contiennent ces passages :
« Maintenant donc, ô mon fils, écoule-moi, et sois attentif aux paroles de ma bouche, afin que ton cœur ne se laisse point entraîner dans les voles de la femme et ne s'égare point dans ses sentiers. Car elle a blessé et renversé le plus grand nombre, et les plus forts ont été sacrifiés par elle. De sa maison les chemins de l'enfer conduisent dans les profondeurs de la mort.
» La grâce de la femme est trompeuse, et sa bonté n'est que vive.
» L'homme amoureux suit la femme, comme le taureau suit le sacrificateur. »
II est vrai que nous lisons, d'autre part, dans ce même livre des Proverbes :
< La femme vigilante est une couronne pour son mari. »
Et plus loin :
c Celui qui trouve une bonne femme a trouvé le bien, et il s'abreuve à une source de joie qui vient du Seigneur. »
Et ailleurs :
« La maison et les richesses sont données par les parents ; mais une femme sage est donnée par le Seigneur lui-même. »
U LE MAL qu'on A DIT DES FEMMES.
VEcclésiaste dit aussi :
« Heureux Tépoux d'une excellente femme!
Le nombre de leurs années sera doublé t »
Et saint Paul appelle la femme « la gloire de l'homme. »
Il y a donc du pour et du contre, et, sur les femmes comme sur tout le reste, on peut, à son gré, trouver dans la Bible le blanc et le noir.
Mais, s'il en est ainsi dans la littérature sacrée, il s'en faut qu'il en soit de même dans la littérature profane.
Ici le mal domine ; le bien est l'exception presque imperceptible.
Prenons d'abord les Grecs.
Excepté deux divins poëtes dont la voix harmonieuse et la douce pensée ne se mêlent point à ces cris, ce ne sont partout que satires.
Commençons, comme il convient, par d<itA.<^^<i.'(
et mettre en lumière ces deux exceptions glorieuses, Homère et Sophocle.
Homère aime les femmes, on le voit, on le sent, et cet amour est répandu partout dans VIliade et dans VOdyssée, et cette lumière du cœur est une des grâces de la divine poésie. Homère ne croit pas pouvoir mieux louer THellade qu'en la nommant « l'Hellade aux belles femmes, Hellada calligynaika; — ce que Bilaubé, pour le dire en passant, traduit ainsi : « La Grèce, où le sexe a des appas séduisants. » Homère ne nomme jamais une femme, soit mortelle, soit déesse, sans accompagner son nom de quelqu'une de ces charmantes épithètes qui, dans la langue grecque, sont tout à la fois une musique et Une peinture : c'est Junon ou Nausicaa aux bras blancs, c'est Pallas aux yeux pers, c'est Briséis aux belles joues, c'est Marpessa aux fines chevilles ; ce sont — si j'ose encore ainsi traduire — les jeunes épouses au doux parfum, les Troyennes au large sein, les Muses aux tresses de violettes» — Saurait-on rendre d'une manière plus gracieuse et plus fraîche les reflets bleus des beaux cheveux noirs ?
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Et si, pour chacune de ces expressions créées, qui dans la langue d'Homère ne Tait qu'un seul mot, II en faut deux ou trois à la langue française, comment exprimer, même par une phrase, la vérité et le charme de celle-ci : Gynaikès hélicôpidès? comment peindre par un mot unique les femmes aux rapides et tournants regards, et tout ensemble, si Ton peut dire, la volubilité, la grâce et la llnesse de leurs yeux? Hélicôpidès I
Ces quelques traits ne suffisent- ils pas déjà à faire sentir d'une manière générale combien Homère aime les femmes et les admire? — On le sentira mieux encore si l'on jette un coup d'œil sur les différents types de femmes dont il a orné ses poèmes. Voici Àndromaque, la tendre épouse et la douce mère, « souriant à travers ses larmes, » dacryoën gelasasa ; voici Pénélope, la femme chaste et fidèle, industrieuse et forte, avec son beau visîige triste, encadré de longues bandelettes tombant le long de ses joues; voici Nausicaa la jeune fille, — la grâce, l'esprit, le bon sens avec la naïveté ingénue, quelque chose comme l'aimable Henriette de Molière, mais vingt-cinq siècles plus tôt, dans une civilisation encore primitive et encore à demi colorée de barbarie; voici enfin Hélène, si coupable — et si belle, que ceux-là mêmes qui souffrent tant de maux à cause d'elle, et depuis tant