‹ Le Mal qu'on a dit des médecinsChapitre 17 sur 116 · Pierre i · texte numérisé non relu

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gnml de luy faire revivre son fils. Aussi le nom de leur Prince ne vient pas de l'équivoque de ce cul hape, mais, d'escu hape.

... Et ce qui arriva n'y a pas longtemps entre lui Médecin et un gentil-homme, vous fera sçavant que les Médecins ont l'argent eu recommandation. C'est que ce Médecin estant tombé malade se fascboit tout plein, non pas tant du mal, que de ce qu'il ne gaignoit rien. Le gentilhomme, qui ai moi t ce Médecin, parce qu'il estoit habile homme, et cognoissant son naturel, l'alloit tous les iours visiter, et en sortant laissoit secrètement de l'argent sur le lict du Médecin : mais ayant long temps continué, ou luy demanda pourquoy il faisoît cela. Lequel respond, qu'il ne sçavoit point de meilleur moyen pour guérir son Médecin, que de luy bailler de l'argent. Ils sont, disoit-il encores, glorieux et superbes, tesmoing Ménécrate qui s'accomparageoit au Roy Philippes, et disait que le Roy gardoit de mal seulement ceux qu'il pouvoit faire mourir, mais que luy il gardoit les sains de mal, et guérissoit les malades, et les préservoit de la mort. Davantage ce Ménécrate disoit que Philippes estoit Roy de Macédoine, mais luy qu'il estoit Roy de la Médecine. Dont le Roy luy escrivant fut contrainct mettre

en une espitre qu'il lui envoyoit, Philippus Menecrati sanitatem (i).

De l'arrogance des Médecins.

Ceste superbité et arrogance de Médecins, répliqua un de la Sérée, est cause, à mon advis, dequoy ils desdaignent guérir et ordonner des médecines pour les chevaux, et autres animaux : combien que nous trouvions que les bons et anciens Médecins s'employoient à la cure des bestes aussi bien qu'aux maladies des hommes : tesmoing ce que nous trouvons par escrit de deux Médecins, à qui leurs noms ne convenoient point, le nom d'un convenant mieux à l'autre : car Sosander (2) fut appelé ainsi pour ce qu'il gardoit les hommes par sa médecine : mais il estoit Médecin pour les chevaux. Hippocrates fut ainsi appelé d'un mot Grec (3), scachant quelque chose de la curation des chevaux. Ce nom toutesfois ne luy convenoit point, d'appeler Médecin des chevaux, celuy qui estoit si fameux Médecin des hommes. Et voicy PEpigramme qui me l'a apprins :

Hippocrates bominum, tùque, à Sosander, equorum Morbos edocti pelure rite malos,

(z) Voir page 21, i re série.

(2) Nom composé de deux mots grecs qui signifient sauveur d'hommes.

(3) "Iwico;, cheval.

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ecipial (i).

Ils sont ords et sales, quelque veloux et taffetas qu'ils porient : Car il est force que quiconque naist escarbot, se veautre et fouille en la merde. Et si sont lunatiques, dautaut qu'il n'y a mousche q;:i osast approcher du lieu où ils dérivent leurs receptes et ordonnances. Athénée dit, adious:a-il-encores, que s'il n'y avoit point de l'éd^ntes et Grammériens, qui fout la mette arrogance, qu'on ne pourroit trouver des gens plus sots que les Médecins (2). Et vous diray c::cores des Médecins ce mot, Pœdagngicium et Médicinale judicium ferre non ponuut (}). A cette cause, les Médecins ont esté .1 Rome si peu recouiniandables, que ceux qui festoient ei reserçoient estoient ou Barbares, ou Grecs, ou venus d'esclaves.

A quoi servent uniquement les Médecins.

Une Fesse-tonduë, qui n'entendoit rien en tout ce discours, s'adressant 3 nostre Médecin, luy va dire, que toute la médecine de ce temps,

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Voir p3g î 7, 1

et tous les Médecins, avec leurs Apothicaires, ne tendent qu'à une fin, qui est de faire bien chier (ainsi parloit-il) et sans cela, ie ne voy point a quoy servent leu© receptes et drogues. Qu'il soit ainsi, adiousta-il, ces iours passez un mien voisin se courrouçant i un Médecin, ne luy dit autre chose, sinon, Monsieur le Médecin, ie ne te crains en rien, que'me sçaurois-tu faire ni toy, ni ton Apothicaire? Vous ne me sçauriez rien faire que de me faire bien

Aussi en sommes-nous venus iusques-lâ, que si le malade, qui a prins une médecine, ne rend force excrémens, il iugera qu'il est mort, ou pour le moins que la médecine ne vaut rien, et qu'il a perdu son argent, mesme le Médecin faisant de l'entendu, en accusera l'Apothicaire qui n'en pourra mais.

Si bien que i'ay veu plusieurs malades à qui il falloit apporter le poneau pour veoir s'il y avoit bonne opération, et s'il y en avoit assez pour leur argent. Entre autres, deux Médecins trouvèrent leur malade, qui visitoit sa matière fécale, et luy demandèrent, Que faites-vous là monsieur? Les excrtmens sont aussi fallacieux que les urines, luy dirent-ils. Le malade, fasché de ce que la médecine n'avoit point fait bonne

opération, corn ie regarde s'il Nostre Médecir ces Médecins, plus rien? Si a

: il luy sernbloil, leur respond, a y a assez pour vous deux.

e prenant à rire, va dire, Après nt qu'ils dureront : n'y a-t-il 1 autre, de r

, lequel m'ordonna un iour une médecine, dont m'estant bien trouvé, advint que pour mesme ttlaladie, ie prins la mesme médecine, qui ne fit rien. le demande à mon Médecin, pourquoy à ceste fois la médecine ne m'avoit îaict aussi grand bien qu'à la première fois. Il me respond brusquement, parce que ie ne l'ay pas ordonnée.

Après toutes ces risées, quelqu'un commença a dire, que veu l'ignorance de nos Médecins, il seroit de besoin que chasque Médecin ne guesrit qu'une maladie, ou de la maladie d'un seul membre, comme faisoient les anciens : encores, disoit-il, seroient-ils bien empescliei, veu que Galien dit que l'œil, qui est des plus petites parties du corps, peut estre molesté de cent douze manières de maladies.

! d'an Médecin

Je m'esbahis, répliqua un autre, que puis que ces compositions ne servent à rien, et coustent tant, comme il se trouve-des Médecins qui les ordonnent : si ce n'est pour se rendre admirables, et que le malade pense que !'or et les

pierres, tant estimées et dii-res, ont plus de vertu que tout autre chose, pour ce qu'on ne les donne qu'aux riches. Vraiment, adiousta-il eacores, i'aimerois mieux le Médecin que ie rencontray chez un malade, dautant qu'il ne met point les patiens en frais, et en danger, les chargeans de beaucoup de médecines et fortes, comme fait la plus- part. Car quand le malade lui disoit, la fiebvre m'a prins en un grand froid, il ne lai soit que dire, tant pis : puis quand il disoit, elle ne m'a guéres duré, il respondoit, tant mieux, et non autre chose. Si le malade disoit, ie boy du vin qui n'est guéres bon, tant pis, disoit le Médecin : l'en ay bien de meilleur, disoit le malade, tant mieux, respondoit le Médecin. Ce Médecin estant appelé à un malade, et ne sçachant qu'y faire, pria un i, qui se mesloit de bailler quelques receptes, d'ordonner quelque chose : qui luy va respondre, qu'il n'en feroit rien, parce, disoit-il à ce Médecin, que ie n'ay pas lettre de tuercomme

BSTIENNE HENRI (rSîB-iSoS)

APOLOGIE FOUK HÉRODOTE Un médecin de Paris ayant gsari un abbë, et n'ayant isti salarié, luy baille une médecine qui le rattacha tellement au lie/, qu'il h' eu.it meilleur expédient que de luy envoyer argent.

médecins, si je ne di mol d'eux, après avoir tant parlé des apothicaires. Pour donques obvier â un tel souspeçon, je parleray aussi des médecins : et commenecray moo propos par un conte recité un jour en la ville de Paris en k maison de feu mon père en trèsboane compagnie, par un qui estoit docteur en médecine, et qu'on avoit er. bonne réputation ; mais de laquelle il perdit beaucoup A l'endroit de tous ceux qui furent auditeurs de son conte. Je pensois (dict-il) un gros abbé, et en avois si bien faict mon devoir, qu'en peo de jours je l'avais remis debout : or apperceu-je qu'au lieu qu'estant au fort de sa maladie il rr-c promettoît chiens et oiseaux, alors qu'il commença à revenir en convalescence il sembloil ne me voir pas de bon oeil, et ne faisoit aucune mention de me contenter de mes peines. Voicy donc le moyen duquel j'ussy pour me faire payer : Je luy donnay à entendre que je eraignois fort une rechute pire que la maladie, et qui- j'en avois ja de grandes conjectures : et pourtant qu'il luy falloit prendre encores une médecine. Laquelle je luy fit faire telle, qu'environ deux heures après l'avoir prise, il trouva qu'il avoit conté sans son hoste, et qu'il avoit plus gra::d besoin de moy que jamais. Se trouvant do:ic en tel état, envoyé messagers les uns sot les autres vers moy : mais comme auparavant il avoit faict de l'oublieux quant a me contenter, aussi faisois-je alors de l'empesché. En fin m'envoya un servi-

leur qui me garnit très-bien la main, et puis me dict que son maistre me prioit pour l'honneur de Dieu que je l'allasse visiter : et qu'il n'en pensoit pas reschapper. Ce serviteur donc ayant usé du vray moyen pour faire cesser tous mes empeschemens, fit tant que je l'allay visiter, et au bout de trois jours le rendi gay comme Perot : au bout desquels j'eu derechef la main

Voyla le conte quasi mot pour mot comm' il fut faict par un médecin : qui ne pensoit par îceluy faire si grand tort à sa réputation comme depuis il s'apperceut l'avoir faict : voire si grand qu'il eust voulu s'estre mors cinquante fois la langue plustost qu'il luy en fust eschappé un mot : mais d'autant que les auditeurs qu'il avoit, ne vouloyent pas tous les biens du monde aux moines, il se fioit sur cela qu'on ne remarqueroit point en ce conte la mauvaise conscience de laquelle il avoit usé a-lendroit de cest abbe, et qu'on ne s'en feroit que rire. Mais Dieu permit que le tesmoignage qu'il portoit contre soymesme, ne tomba pas a terre, aius fut très-bien recueilli. Or la-dessus je vous laisse penser lecteurs, en combien de dangers tombent les poures patieos, quand ils tombent es mains de telles gens Car si en appliquant tout ce qu'ils ont de bon sçavoir en leur art, et tout ce qu'ils ont de bonne conscience, bien souvent pensans bien faire ils font mal, et ne s'appercoivent de leur faute sinon après que les personnes ont ja passé

le pas, que sera-ce quand de propos délibéra ils bazardent la vie de ceux qu'ils oui entre leurs mains, pour voir l'expérience de quelques paradoxes, receptes qu'ils ont forgées de la nuict? (et qui est bien pis) quand il leur prend envie de se venger de ceux qu'ils ont en leur puissance, aussi bien que le barbier ha ceux ausquels il tient le rasoir sur la gorge?

Un médecin de Boulongne a faisait payer, pour aller voir un malade Aon la ville, cinquante tiens pour chaque jour.

Mais je laisseray ce propos, comme appartenant plustost au titre des homicides que des larrecins : et me suffira de parler de ceux lesquels tant plus font les cemetières bossus (i), tant plus grosses apostumes font venir a leurs bourses : qui couvrent leur ignorance d'outrecuidance et imprudence. Car je croy que nostre siècle et son prochain voisin fourniront des exemples d'avarice et d'ignorance plus grande en aucuns médecins qu'aucun des précéderas. Et premièrement quant à l'avarice, ou en lisonsnous une pareille à celle d'un nommé Peints dpotius ou Pctrus de Apwo, lequel estant professeur de Médecine à Boulongne la grasse, toutes et qualités fois qu'il sortoit de la ville pour aller visiter quelque malade se faisoît payer cinquante

écus par jour : et ayant esté une fois mandé du Pape (i), avant que partir, fit marché à quatre cens escus par jour.

Sur lequel propos il me souvient de ce que raconte Philippe de Commines d'un médecin nommé maistre Jacques Cottier auquel le roy Louys onzième donna cinquante quatre mille escus contant (2).

Or ces deux exemples nous garderont de nous esbahir de ce que Froissart (3) raconte d'un médecin nommé maître Guillaume de Harsely, qui guarit le roy Charles sixième, et luy fit recouvrer le sens et la santé, asçavoir qu'on luy trouva après sa mort jusques à trente mille francs.

L'avarice du médecin Sylvms.

Mais s'il faut parler d'un médecin qui ait surmonté en avarice non pas seulement tous les médecins qui ont jamais esté, mais (peut-estre) tous les avaricieux desquels on ha jamais ouy parler, il ne nous faut point aller si loin, mais parler d'un qui est mort depuis neuf ans seulement, ou environ : nommé Jacobus Sylvius, de l'avarice duquel je déclareray un seul traict, qui pourra faire penser à plusieurs autres. Dieu avoit donné à ce personnage un tresgrand et

(1) Le pape dont il s'agit est Honorius IV. Voir U note,

P*ge 45-

(2) Voir page 10.

(3) Voir page 6.

tris profond sçavoir en médecine, et spécialement l'avoit doué d'un boutehors admirable, pour se faire entendre en language Latin autant bon et pur que l'art le peut parler : et pour le faire court, ce médecin avoit telles grâces spéciales en k théorique, que s'il les eust eues pareilles en la prattique, on le pouvoit appeler un second Galien : mais il avoit tellement laissé l'avarice gangner sur soy, voir elle luy avoit tellement faict oublier Dieu, qu'au lieu que pour l'honneur d'iceluy, en mémoire des grandes grâces qu'il avoit receues de luy, il devoit instruire particulièrement et en privé quelques poures escholiers, il n'enduroil estant en chère que cinq ou six poures d'en leçon gratis et san fussent parmi deux qui avoyent payé chacun leur teston pour mois ; mais prenoit ceste matière si fort à cueur qu'un jour à Paris au collège de Tricquet (dedans lequel il vouloit faire leçon avant qu'il fiist lecteur du Roy) appercevant deux poures escholiers, lesquels il sçavoit n'avoir point payé, leur commanda de sortir : et voyant qu'ils ne le vouloyent faire, dict aux autres auditeurs que s'ils ne chassoyent ces deux-la, il ne continueroit pas sa leçon. Ce que je ne raconte point pour l'avoir ouy dire, mais pour l'avoir veu. Et fut trouvé ce tour si estrange, que bien tost après fut faict un épitaphe par un Escoçois, à-fin qu'il ne l'attendis! quand il voudrait mourir (ce qui

- payé,

n'aviiit toutesfois que long temps depuis) en ces deux vers qui sont de fort bonne grâce, pour exprimer combien pour son avarice il estoit de ^Mauvaise grâce :

Sylviu:

C'est à dire (ainsi que je l'ay traduict,)

Ici gist Sylvîus, auquel onq en si vis

El ores qu'il est mort et tout rougé de vers, Encores ha despït qu'on lit gratis tes vers.

Ce mesme personnage, outre l'avarice de laquelle il brusloit, avoit ceste mallieurté, qu'il portoit envie à tous ceux qui estudioyent en cest art duquel il faïsoit profession, et serabloit les en vouloir dt-gouster. Dequoy pourroit rendre encore bon tesraoignage l'oraison qu'il fit en la première leçon après estre crée lecteur du Roy, ou en la seconde. Car il me souvient qu'outre ce qu'il vouloit donner à entendre qu'il n'y avoit

{l) GuilljUTl

e epiuplie

aucune science de laquelle se peust passer celuy qui vouloil exercer la médecine, ei qu'il esiûit aussi totalement nécessaire qu'il fust d'une trèsbonne température : il adjousioit que c'estoit une grand'fofie à ceux qui estoyent poures, de s'addonner à ceste estude : alléguant entr' autres choses ce passage de Juvéaal,

Haud h

ilibus obitat.

Comme estant besoin, pour plusieurs raisons, que ceux qui s'applicquoyent à ceste estude eussent très-bien dequov. Mais c'est assez parlé de cest homme. Pour retourner donc à l'avarice de ceux de la profession, il est certain que nous la voyons conjointe avec une arrogance qui semble incroyable, en ce médecin du roy Loys onzième, au passage de Philippe de Commiues ci-dessus allégué. La quelle toutes fois sera creuë aiséement par ceux qui auront leu l'histoire d'un médecin de Saragosse en Sicile, nommé Méaé-

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