SOSIE
Contre eux, je t'en supplie, apaise ton courroux. Ce sont d'honnêtes gens, quoi que le monde en dise.
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC (1669) Acte I, Scène VU.
Éraste. — Je crois, monsieur, que vous êtes le Médecin à qui Ton est venu parler de ma part ?
L'Apothicaire. — Non, monsieur, ce n'est pas moi qui suis le Médecin ; à moi n'appartient pas cet honneur; et ne suis qu'apothicaire, apothicaire indigne, pour vous servir.
Éraste. — Et monsieur le Médecin est-il à la maison ?
L'Apothicaire. — Oui. Il est là embarrassé à expédier quelques malades, et je vais lui dire que vous êtes ici.
Éraste. — Non, ne bougez ; j'attendroi qu'il
ait fait. Cest pour lui mettre entre les mains certain parent que nous avons, dont on lui a parlé, et qui se trouve attaqué de quelque folie que nous serions bien aises qu'il pût guérir avant que de le marier.
L'Apothicaire. — Je sais ce que c'est, je sais ce que c'est, et j'étois avec lui quand on lui a parlé de cette affaire. Ma foi, ma foi, vous ne pouviez pas vous adresser à un Médecin plus habile; c'est un homme qui sait la médecine i fond, comme je sais ma croix de par Dieu, et qui, quand on devroit crever, ne démordroit pas d'un iota des règles des anciens. Oui, il suit toujours le grand chemin, le grand chemin, et ne va pas chercher midi à quatorze heures ; et, pour tout l'or du monde, il ne voudrôit pas avoir guéri une personne avec d'autres remèdes que ceux que la faculté permet.
Éraste. — Il fait fort bien. Un malade ne doit point vouloir guérir, que la faculté n'y consente.
L'Apothicaire. — Ce n'est pas parce que nous sommes grands amis que j'en parle ; mais il y a plaisir d'être son malade : et j'aimerois mieux mourir de ses remèdes, que de guérir de ceux d'un autre; car, quoi qu'il puisse arriver, on est assuré que les choses sont toujours dans l'ordre, et quand on meurt sous sa conduite, vos héritiers n'ont rien à vous reprocher.
Éraste, — C'est une grande consola tl0n pour un défunt.
L'Apothicaire. — Assurément. On est bien aise au moins d'éire mort méthodiquement- -^ u reste, il n'est pas de ces Médecins qui marchandent les maladies : c'est un homme esroé*BUWi expêditif, qui aime à dépêcher ses malades 9 et quand on a à mourir, cela se fait avec lu* plus vite du monde.
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Éraste. — En effet, il n'est t:
sortir promptement d'affaire,
L'Apothicaire. — Cela est vr.
tant barguigner, et tant tourner ; Il faut savoir vitement le court 01 maladie.
Éraste. — Vous avez raison.
L'Apothicaire. — Voila déjà trois de rr»* 1 enfants dont il m'a fait l'honneur de conduire maladie, qui sont morts en moins de qua' jours, et qui, entre les maii auroient langui plus de trois moi
Eraste. — Il est bon d' comme cela.
L'Apothicaire. — Sans doute. Il ne resie plus que deux enfants dont il prend comme des siens; il les traite et gouverne A fantaisie, sans que je me mêle de rien; et le p ; souvent, quand je reviens de la ville, je
Xout étonné que je les trouve saignés ou purgés ipar sou ordre.
Ébaste. — Voilà des soins fort obligeants.
L'Apothicaire. — Le voici, le voici, le
Le Paysan, au Médecin. — Monsieur, il n'en -peut plus; et il dit qu'il sent dans la tète les plus grandes douleurs du monde.
Premier Médecin. — Le malade est un sot ; d'autant plus que, dans la maladie dont il est attaqué, ce n'est pas la tête, selon Galien, mais la rate, qui lui doit faire mal.
Le Paysan. — Qjioi que c'en soit, monsieur, il a toujours avec cela son cours de ventre
Premier Médecin. — Bon, c'est signe que le dedans se dégage. Je i'iroi visiter dans deux ou trois jours : mais s'il mourait avant ce temps-là, ne manquez pas de m'en donner avis, car il n'est pas de la civilité qu'un Médecin visite un mort.
La Paysanne, au Wâtàn. — Mon père, monsieur, est toujours malade Je plus en plus.
Premier Médecin. — Ce n'est pas ma faute.
Je lui donne des remèdes; que ne guérit-il? Combien a-t-il élé saigné de fois ?
La Paysanne. — Quinze, monsieur, vingt jours.
Premier Médecin. — Quinze fois saigné?
La Paysanne. — Oui.
Premier Médecin. — Et il ne guérit point?
La Paysanne. — Non, monsieur.
Premier Médecin. — C'est signe que la maladie n'est pas dans le sang. Nous le ferons purger autant de fois, pour voir si elle n'est pas dans les humeurs ; et, si rien ne nous réussit, nous Fenvoierons aux bains.
L'Apothicaire. — Voilà le fin cela, voilà le
fin de la médecine.