‹ Le mal qu'on adit des medecinsChapitre 105 sur 219 · BERNARD DE PALISSY · texte numérisé non relu

BERNARD DE PALISSY

TRAITÉ DE l’or POTABLE

... I on ay bien veu de plus fines en une petite ville de Poitou où il y avoit un médecin aussi peu sçavant qu’il y en eut en tous le pays, et toutesfois par une seule finesse il se faisoit quasi adorer(i),Il avoit une estude secrete bien près de la porte de sa maison, et par un petit trou, il voyoit ceux quiluiapportoyent des urines, et estants entrez en la court, sa femme, bien instruite, se venoit assoir sur un bois près de 1 estude, où il y avoit une fenestre fermée de châssis, et interrogeoit le porteur d’où il estoit, et que son mari estoit en la ville, mais qu’il viendroit bien tost, et le faisoit assoir auprès d elle, les interrogeoit du iour que la maladie print au malade, et en quelle partie du corps estoit son mal, et consequemment de tous les effects et signes de la maladie; et pendant

(1) Suivant Gobet, Palissy aurait voulu désigner Sébastien Colin ; ce, médecin de Fontenay-le-Comte, en Poitou, est l’auteur du livre intitulé : Déclaration des abus et tromperies que font les apothicaires (Tours, 1553), plusieurs fois réimprimé sous le^ pseudonyme de Lisset Benancio, anagramme de son nom. C’est à cet ouvrage que répondait la Déclaration des abus et ignorance des médecins (Lyon, 1557], composée par un apothicaire de Lyon, Pierre Braillier, et faussement attribuée à Palissy.

que le messager respondoit aux interrogations, Monsieur le médecin escoutoit tout, et puis sortoit par une porte de derrière, et rentroit par la porte de devant, par où le messager le voyoit venir. Lors la dame lui disoit : voyla mon mari, parlez à lui. Ledit porteur n’avoit pas si tost présenté l’urine, que Monsieur le mededn la regardast avec fort belle constance, et après il faisoit un discours de la maladie, suyvant ce qu’il avoit entendu du messager par son estude; et quand ledit messager estoit retourné au logis du malade, il contoit comme un grand miracle le sçavoir de ce médecin, qui avoit conneu toute la maladie, soudain qu’il -avoit veu l’urine, et par ce moyen le bruit de ce médecin augmentoit de iour à autre.

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