‹ Le mal qu'on adit des medecinsChapitre 112 sur 219 · ESSAIS · texte numérisé non relu

ESSAIS

Liv. I, chap. XXIII. — Il méprise la médecine en maladie ; a qtioi il attribue ses succès.

Nous appelions les médecins heureux, quand ils arrivent à quelque bonne fin : comme s’il n y avoit que leur art qui ne se peust maintenir

d’elle mesme, et qui eust les fondements trop frailes pour s’appuyer de sa propre force , et comme s’il n’y avoit qu’elle qui ayt besoing que la fortune preste la main à ses opérations. Je croy d’elle tout le pis ou le mieulx qu’on vouldra : car nous n’avons, Dieu mercy ! nul commerce ensemble. Je suis au rebours des aultres : car je la méprise bien tousjours : mais quand je suis malade, au lieu d’entrer en composition, je commence encores à la haïr et à la craindre; et responds à ceulx qui me pressent de prendre medecine, qu’ils attendent au moins que je sois rendu à mes forces et à ma • santé, pour avoir plus de moyen de soustenir l’effort et le hazard de leur bruvage. Je laisse faire nature, et présupposé qu’elle se soit pourveue de dents et de griffes pour se deffendre des assaults qui luy viennent, et pour maintenir cette contexture dequoy elle fuit la dissolution. Je crains, au lieu de l’aller secourir, ainsi comme elle est aux prinses bien estroictes et bien joinctes avecques la maladie, qu’on secoure sou adversaire au lieu d’elle, et qu’on la recharge de nouveaux affaires.

Or, je dy que, non en la medecine seulement, mais en plusieurs arts plus certaines, la fortune y a bonne part.

Liv. II, chap. XII. — Paracelse, médecin alchimiste.

On dict qu’un nouveau venu, qu’on nomme

Paracelse, change et renverse tout l’ordre des réglés anciennes, et maintient que jusques à cette heure elle n'a servy qu’à faire mourir les hommes. Je crois qu’il vérifiera ayseement cela : mais de mettre ma vie à la preuve de sa nouvelle expérience, je treuve que ce ne seroit pas grand’sagesse.

Chap. XXXVII. — Il pense tenir de son pire le mal de la pierre et le mépris qu’il a pour la médecine.

. . Il est à croire que je doibs à mon père cette qualité pierreuse; car il mourut merveilleusement affligé d’une grosse pierre qu’il avait en la vessie.

. . . Qiic les médecins excusent un peu ma liberté; car, par cette mesme infusion et insinuation fatale, j’ay receu la haine et le mespris de leur doctrine : cette antipathie que j’ay à leur art m’est héréditaire. Mon pere a vescu soixante et quatorze ans, mon ayeul soixante et neuf, mon bisayeul prez de quatre vingts, sans avoir gousté aulcune sorte de medecine; et, entre eulx, tout ce qui n’estoit de l’usage ordinaire tenoit lieu de drogue. La medecine se forme par exemples et expérience : aussi faict mon opinion. Voylà pas une bien expresse expérience, et bien advantageuse ? je ne sçais s’ils m’en trouveront trois en leurs registres, nays, nourris et trespassez en mesme fouyer, mesme

toict, ayants autant vescu par leur conduicte. Il fault qu’ils m’advouent en cela, que si ce n’est la raison, au moins que la fortune est de mon party : or, chez les médecins, fortune vault bien mieulx que la raison. Qu’ils ne me prennent point à cette heure à leur advantage, qu’ils ne me menacent point, atterré comme je suys; ce seroit supercherie. Aussi, à dire la vérité, j’ay assez gaigné sur eulx par mes exemples domestiques, encores qu’ils s’arrestent là. Les choses humaines n’ont pas tant de constance : il y a deux cents ans, il ne s’en fault que dix huict, que cet essay nous dure, car le premier nasquit 1 an mil quatre cents deux; c’est vrayement bien raison que cette expérience commence à nous faillir. Qu’ils ne me reprochent point les maulx qui me tiennent à cette heure à la gorge : d’avoir vescu sain quarante sept ans pour ma part, n’est ce pas assez? quand ce sera le bout de ma carrière, elle est des plus longues.

Mes ancestres avoient la medecine à contrecœur par quelque inclination occulte et naturelle; car la veue mesme des drogues faisoit horreur à mon pere. Le seigneur de Gaviac, mon oncle paternel, homme d’Eglise, maladif dez sa naissance, et qui feit toutesfois durer cette vie debile jusques à soixante sept ans, estant tumbé aultrefois en une grosse et vehemente fiebvre continue, il feut ordonné par les médecins qu’on luy declareroit, s’il ne vouloit ayder (ils appellent secours ce qui le plus sou-

vent est empeschement), qu’il estoit infailliblement mort. Ce bon homme, tout effrayé comme il feut de cette horrible sentence, si respondict d, « Je suis doncques mort. » Mais Dieu rendit taniost aprez vain ce prognostique. Le dernier des freres, ils estoient quatre, sieur de Bussaguet, et de bien loing le dernier, se soubmeit seul à cet art, pour le commerce, ce croy je, qu il avoit avecques les aultres arts, car il estoit conseiller en la cour de parlement; et luy succéda si mal, qn’estant, par apparence, de plus forte complexion, il mourut pourtant long temps avant les aultres, sauf un, le sieur de Sainct Michel.

Il est possible que j’ay receu d’eulx cette dyspathie naturelle à la médecine; mais s’il n’y eust eu que cette considération, j’eusse essayé de la forcer; car toutes ces conditions qui naissent en nous sans raison, elles sont vicieuses; c’est une espèce de maladie qu’il fault combattre. Il peult estre que j’y avois cette propension , mais je 1 ay appuyée et fortifiée par les discours, qui m en ont establi l’opinion que j’en ay.

Sort de la médecine chez les Romains.

... Comme nous appelons justice, le pastis- S‘'»ge (i) des premières loys qui nous tumbent en main, et leur dispensation et practique, tresmepte souvent et tresinique; et comme ceulx

(i) Le mélange informe.

qui s’en mocquent, et qui l’accusent, n’entendent pas pourtant injurier cette noble vertu> ains condemner seulement l’abus et profanation de ce sacré tiltre : de mesme, en la medecine, j’honnore bien ce glorieux nom, sa proposition, sa promesse, si utile au genre humain', mais ce qu’il désigné (i), entre nous, je ne l’honnore ny l’estime (2).

En premier Heu, l’experience me le faict craindre; car, de ce que j’ay de congnoissance, je ne veois nulle race de gents si tost malade, et si tard guarie, que celle qui est soubs la jurisd’ction de la medecine : leur santé mesme est alteree et corrompue pair la contraincte des régimes. Les médecins ne se contentent point d’avoir la maladie en gouvernement ; ils rendent la santé malade, pour garder qu’on ne puisse en aulcune saison eschapper leur auctorité : d’une santé constante et entière, n’en tirent ils pas l’argument d’une grande maladie future? J’ay esté assez souvent malade; j’ay trouvé, sans leur secours, mes maladies aussi doulces à supporter (et en ay essayé quasi de toutes les sortes), et aussi courtes qu’à nul aultre; et si n y

( i) Prescrit.

(2) Cette profession de foi s’accorde peu avec l’éloge d’Hippocrate, qu’il fait ailleurs en ces termes ; « La plus riche vie que je sçache avoir esté reçue entre les vivants, et estofée des plus riches parties et désirables, c’est celle d Hippocrate ; et d’un aultre costé, je ne connois aulcuns escrits d’homme que je regarde avec autant d’honneur et d’amour. «

ay point nieslé l’amertume de leurs ordonnances. La santé, je 1 ay libre et entière, sans réglé, et sans aultre discipline que de ma coustume et de mon plaisir : tout lieu m’est bon à m’arrester : car il ne me fault autres commoditez, estant malade, que celles qu’il me fault estant sain. Je ne me passionne point d’estre sans médecin, sans apotiquaire et sans secours; dequoy j’en veois la pluspart plus affligez que du mal. Quoy? eulx mesnies nous font ils veoir de l’heur et de la duree, en leur vie, qui nous puisse tesmoingner quelque apparent effect de leur science?

Sori de la médecine chez les Romaùis.

Il n est nation qui n’ayt esté plusieurs siècles sans la medecine, et les premiers siècles, c’est à dire les meilleurs et les plus heureux; et du monde la dixiesme partie ne s’en sert pas, encores à cette heure; infinies nations ne la cognoissent pas, où l’on vit et plus sainement et plus longuement qu’on ne faict icy ; et parmy nous, le commun peuple s’en passe heureusement : les Romains avoient esté six cents ans avant que de la recevoir; mais, aprez l’avoir essayée, ils la chassèrent de leur ville, par l’entremise de Caton le censeur, qui montra combien ayseement il s’en pouvoir passer, ayant vescu quatre vingts et cinq ans, et faict vivre sa femme jusqu’à l’extreme vieillesse, non pas sans medecine, mais ouy bien sans médecin; car

toute chose qui se treuve salubre à nosire vie, se peult nommer medecine : il entretenoit, ce dict Plutarque, sa famille en santé, par 1 usage, ce me semble, du lievre (i).

Si les médecins font plus de bien que de mal, et comment ils excusent le mauvais succès de leurs ordonnances.

Et oultre cela, ils ont une façon bien advantageuse à se servir de toutes sortes d’evenements : car, ce que la fortune, ce que la nature ou quelque aultre cause estrangiere ( es quelles le nombre est infiny), produict en nous de bon et de salutaire, c’est le privilège de la medecine de se l’attribuer; touts les heureux succez qui arrivent au patient qui est sous son régime, c’est d’elle qu’il les tient, les occasions qui m’ont guary moy, et qui guarissent mille autres qui n’appellent point les médecins à leur secours, ils les usurpent en leurs subjects : et quant aux mauvois accident. Ou ils les desadvouent tout à faict, en attribuant la coulpe au patient, par des raisons si vaines, qu’ils n’ont garde de faillir d’en treuver tousjours assez bon nombre de telles : « Il a descouvert son bras, il a ouï le bruit d’un coche,

Rhcdarum Uansitus arcto Vicorum in flexn (2)

(i) Voir page 50, 1 série.

(^2) Le bruit des cliars embarrassés au détour des rud étroites. Juvén., 111, 236.

on il entr’ouvert sa tenestre; il s’est couché sur le costé gauche, ou il a passé par sa teste quelque pensement pénible; » somme, une parole, un songe, une œuillade leur semble suffisante excuse pour se descharger de faulte ; Ou, s’il leur plaist, ils se servent encores de cet empirement et en font leurs affaires, par cet aultre moyen qui ne leur peult jamais faillir : c’est de nous payer, lorsque la maladie se treuve reschauffée par leurs applications, de l’asseurance qu’ils nous donnent qu’elle seroit bien autrement cmpiree sans leurs remedes; celuy qu’ils ont jecté d’un morfondement (i) en une fiebvre quotidienne, il eust eu, sans eulx, la continue. Ils n ont garde de faire mal leurs besongnes, puisque le dommage leur revient à proufit. Vrayement ils ont raison de requérir du malade une application de creance favorable : il fault qu elle le soit, à la vérité, en bon escient et bien soupple, pour s’appliquer à des imaginations si malaysees à croire. Platon disoit bien à propos. Qu’il n’appartenoit qu’aux médecins de mentir en toute liberté, puisque nostre salut despend de la vanité et faulseté de leurs promesses. (2)...

... Il y avoit en Aegypte une loy plus juste, par laquelle le médecin prenoit son patient en

lO C’est une maladie causée par un refroidissement.

(2) Suit la traduction de la fable d’Ésope, que nous avons reproduite page ^ , i« série.

charge, les trois premiers jours, aux périls et fortunes du patient; mais, les trois jours passez, c’estoit aux siens propres : car quelle raison y a il qu’Aesculapius leur patron ayt esté frappé du fouldre pour avoir ramené Hippolytus de mort à vie; et ses suyvants soient absouls, qui envoyent tant d’ames de la vie à la mort?

Leur jnystère est nécessaire.

Au demourant, si j’eusse esté de leur conseil, j’eusse rendu ma discipline plus sacree et mystérieuse : ils avoient assez bien commencé : mais ils n’ont pas achevé de mesme. C’estoit un bon commencement, d’avoir faict des dieux et des daimons aucteurs de leur science, d'avoir prins un langage à part, une escriture à part; quoy qu’en sente la philosophie, que c’est folie de conseiller un homme pour son prouht, par maniéré non intelligible : Ut si qiiis médiats imper et, ut s II mat :

Ter rigenam, herhigradam, domiportam, saugitiuecassaw (i)

C’estoit une bonne réglé en leur art, et qui accompaigne toutes les arts htntastiques, vaines

(i) Comme si un médecin ordonnait à un malade de prendre :

Un enfant de la terre, errant sur le gazon,

Prive d’os et de sang, et portant sa maison.

C'est-à-dire un limaçon. Le vers latin se trouve dans Cicéron, de Diviiial., II, 64

et supernaturelles, qu’il fault que la foy du patient préoccupé, par bonne esperance et asseurance, leur cffect et operation : laquelle réglé ils tiennent jusques là, que le plus ignorant et grossier médecin, ils le treuvcnt plus propre à celuy qui a fiance en luy, que le plus expérimenté et incogneu. Le chois mesme de la pluspart de leurs drogues est aulcunement mystérieux et divin : Le pied gauche d’une tortue, L urine d’un lézard, La fiente d’un éléphant. Le foye d’une taulpe, Du sang tiré soubs l’aile droicte d’un pigeon blanc; et pour nous aultres choliqueux (tant ils abusent desdaigneusement de nostre misere). Des crottes de rat pulvérisées, et telles aultres singeries qui ont plus le visage d’un enchantement magicien, que de science solide. Je laisse à part le nombre impair de leurs pillules, la destination de certains jours et festes de l’annee, la distinction des heures à cueillir les herbes de leurs ingrédients, et cette grimace rebarbatifve et prudente de leur port et contenance, dequoy Pline mesme se mocque. Mais ils ont failly, veulx je dire, de ce qu’à ce beau commencement ils n’ont adjousté cecy, De rendre leurs assemblées et consultations plus religieuses et sécrétés : aulcun homme profane n’y debvoit avoir accez, non plus qu’aux sécrétés cerimonies d’Aesculape; car il advient de cette faulte, que leur irrésolution, la foiblesse de leurs arguments, divinations et fondements, l’aspreté de leurs contestations, pleines de haine,

de jalousie, et de considération particulière, venants à estre descouvertes à un chascun, il fault estre merveilleusement aveugle, si on ne se sent bien bazardé entre leurs mains.

Pourquoi un médecin devrait être seul a traiter un malade.

Qui veid jamais médecin se servir de la recepte de son compaigiion, sans y retrencher ou adjouster quelque chose? ils trahissent assez par là leur art, et nous font veoir qu’ils y considèrent plus leur réputation, et par conséquent leur proutit, que l’interest de leurs patients. Celuy là de leurs docteurs est plus sage, qui leur a anciennement prescript qu’un seul se mesle de traicter un malade : car s’il ne faict rien qui vaille, le reproche à l’art de la medecine n’en sera pas fort grand, pour la faulte d’un homme seul; et au rebours, la gloire en sera grande, s’il vient à bien rencontrer : là où quand ils sont beaucoup, ils descrient à touts les coups le mestier; d’autant qu’il leur advient de faire plus souvent mal que bien. Ils se debvoient contenter du perpétuel désaccord qui se treuve ez opinions des principaux maistres et aucteurs anciens de cette science, lequel n’est cogneu que des hommes versez aux livres, sans foire veoir encores au peuple les controverses et inconstances de jugement qu’ils nourrissent et continuent entre eulx.

Exemples du désaccord des médecins.

Voulons nous un exemple de l’ancien débat de la medecine? Herophilus loge la cause originelle des maladies, aux humeurs; Erasistratus, au sang des arteres; Asclepiades, aux atomes invisibles s’escoulants en nos pores; Alcmaeon, en l’exsuperance ou default des forces corporelles; Diodes, en l’inequalité des éléments du corps, et en la qualité de l’air que nous respirons ; Strato, en l’abondance, crudité, et corruption de l’aliment que nous prenons; Hippocrates la loge aux esprits. Il y a l’un de leurs amis, qu’ils cognoissent mieulx que moy, qui s’escrie à ce propos, « Que la science la plus importante qui soit en nostre usage, comme celle qui a charge de nostre conservation et santé, c’est, de malheur, la plus incertaine, la plus trouble, et agitee de plus de changements. » Il n’y a pas grand dangier de nous mescompter à la haulteur du soleil, ou en la fraction de quelque supputation astronomique ; mais icy, où il y va de tout notre estre, ce n’est pas sagesse de nous abandonner à la mercy de l’agitation de tant de vents- contraires.

Avant la guerre peloponnesiaque, il n’estoit pas grands nouvelles de cette science. Hippocrates la meit en crédit, tout ce que cettuy cy avoit estably, Chrysippus le renversa : depuis, Erasistratus, petit fils d’Aristote, tout ce que Chrysippus en avoit escript : apres ceulx cy.

survindrent les empiriques, qui preindrent une voye toute diverse des anciens au maniement de cet art : quand le crédit de ces derniers commencea à s'envieillir, Herophilus meit en usage une aultre sorte de medecine, qu’Asclepiades veint à combattre et anéantir à son tour : à leur reng gaignerent auctorité les opinions de Themison, et depuis de Musa; et encores aprez, celles de Vectius Valens, médecin fameux par l’intelligence qu’il avoit avecques Messalina : l’empire de la medecine tumba du temps de Néron à Thessalus, qui abolit et condemna tout ce qui en avoit esté tenu jusques à luy : la doctrine de cettuy cy feut abbàttue par Crinas de Marseille, qui apporta de nouveau de regler toutes les operations médicinales aux ephemerides et mouvements des astres, manger, dormir et boire, cà l’heure qu’il plairoit à la lune et à Mercure ; son auctorité feut bientost aprez supplantée par Charinus, médecin de cette niesme ville de Marseille; cettuy cy combattoit non seulement la medecine ancienne, mais encores l’usage des bains chaulds, publicque, et tant de siècles auparavant accoustumé; il faisoit baigner les hommes dans l’eau froide, en hyver mesme, et plongeoit les malades dans l’eau naturelle des ruisseaux. Jusques au temps de Pline, aulcun Romain n’avoit encores daigné exercer la medecine ; elle se faisoit par des estrangiers et Grecs; comme elle se faict, entre nous François, par des Patineurs : car, comme dict un tresgrand

médecin, nous ne recevons pas ayseement la médecine que nous entendons, non plus que la rogue que nous cueillons. Si les nations desquelles nous retirons le ga3'ac, la salseperille et le bois d’esquine, ont ces médecins, combien pensons nous, par cette mesme recommandation de 1 estrangeté; la rareté et la cherté, qu’ils lacent feste de nos choulx et de nostre persil? car qui oseroit mespriser les choses recherchées e Si oing,^au hazard d’une si longue pérégrination et si périlleuse? Depuis ces anciennes mutations de la medecine, il y en a eu infinies au très jusques à nous; et, le plus souvent, mutations entières et universelles, comme sont ce les que produisent, de nostre temps, Paracelse, Fioravami et Argenterius : car ils ne c tangent pas seulement une recepte, mais, à ce qu on me dict, toute la contexture et police du eorps de la medecine, accusants d’ignorance et de piperie ceulx qui en ont faict profession jusques à eulx. Je vous laisse à penser où en est le pauvre patient.

Lqs médecins sont sjijets à se méprendre.

Si encores nous estions asseurez, quand ils se mescomptent, qu’il ne nous nuisist pas, s’il ne nous proufite; ce seroit une bien raisonnable composition, de se bazarder d’acquérir du bien, sans se mettre en dangier de perte. Aesope faict ce conte, qu’un qui avoit acheté un More esclave,

estimant que cette couleur luy feust venue par accident et mauvais traictement de son premier maistre, le fait medeciner de plusieurs bains et bruvages, avecques grand soing : il adveint que le More n’en amenda aulcunement sa couleur basanee, mais qu’il en perdit entièrement sa première santé. Combien de fois' nous advient il de veoir les médecins imputants les uns aux aultres la mort de leurs patients? Il me souvient d’une maladie populaire qui feut aux villes de mon voisinage, il y a quelques années, mortelle et tresdangereuse : cet orage estant passé, qui avoit emporté un nombre infiny d’hommes, l’un des plus fameux médecins de toute la contrée veint à publier un livret, touchant cette matière, par lequel il se radvise de ce qu’ils avoyent usé de la saignee, et confesse que c’est l’une des causes principales du dommage qui en estoit advenu. Dadvantage, leurs aucteurs tiennent qu’il n’y a aulcune medecine qui n’ayt quelque partie nuisible : et si celles mesmes qui nous servent, nous ofiensent aulcunement, que doibvent faire celles qu’on nous applique du tout hors de propos? De moy, quand il n’y auroit aultre chose, j’estime qu’à ceulx qui haïssent le goust de la medecine, ce soit un dangereux effort, et de préjudice, de l’aller avaller à une heure si incommode, avecques tant de contrecœur; et crois que cela essaye (i) merveilleuse-

( I ) Met une rude épreuve.

ment le malade en une saison où il a tant besoing de repos : cultre ce, qu’à considérer les occasions sur quoy ils fondent ordinairement la cause de nos maladies, elles sont si legieres et si délicates, que j’argumente par là qu’une bien petite erreur en la dispensation de leurs drogues peult nous apporter beaucoup de nuisance. Or, si le mescompte du médecin est dangereux, il nous va bien mal ; car il est fort malaysé qu'il n’y retumbe souvent : Il a besoing de trop de pièces, considérations et circonstances, pour affuster (i) justement son desseing : il fault qu’il cognoisse la complexion du malade, sa température, ses humeurs, ses inclinations, ses actions, ses pensements mesmes, et ses imaginations; il fault qu’il se responde des circonstances externes, de la nature du lieu, condition de l’air et du temps, assiette des planètes et leurs influences; qu’il sçache, en la maladie, les causes, les signes, les affections, les jours critiques; en la drogue, le poids, la force, le païs, la figure, l’aage, la dispensation; et fault que toutes ces pièces il les sçache proportionner et rapporter l’une à l’autre pour en engendrer une parfaicte symmetrie : à quoy s’il fault (2) tant soit peu, si tant de ressorts il y en a un tout seul qui tire à gauche, en voylà assez pour nous perdre. Dieu sçait de quelle difficulté est la

(1) Ajuster, disposer.

(2) S’il manque.

cognoissance de la pluspart de ces parties : car, pour exemple, comment trouvera il le signe propre de la maladie, chascune estant capable d’un infiny nombre de signes? combien ont ils de débats entr’eulx sur l’interprétation des urines? aultrement d’où viendroit cette altercation continuelle que nous veoyons entr’eulx sur la cognoissance du mal? comment excuserions nous cette faulte, où ils tombent si souvent, de prendre martre pour renerd? Aux maulx que j’ay eu, pour peu qu’il y eust de difficulté, je n’en ai jamais trouvé trois d’accord : je remarque plus volontiers les exemples qui me touchent. Dernièrement, à Paris, un gentilhomme feut taillé par l’ordonnance des médecins, auquel on ne trouva de pierre non plus à la vessie qu’à la main : et là mesme, un evesque qui m’estoit fort amy, avoit esté instamment solicité, par la pluspart des médecins qu’il appeloit à son conseil, de se faire tailler; j’aidois moy mesme, soubs la foy d’aultruy, à le luy suader : quand il feut trespassé, et qu’il feut ouvert, on trouva qu’il n’avoit mal qu’aux reins. Ils sont moins excusables en cette maladie, d’autant qu’elle est aulcuncment palpable. C’est par là que la chirurgie me semble beaucoup plus certaine, parce qu’elle veoid et manie ce qu’elle faict (i) : il y a moins à conjecturer et à de-

^i) Mont.iigne n’est pas heureux dans ses exemples, puisque ce sont les chirurgiens qui taillent et qui ont commis les graves erreurs dont il vient de parler.

viner : là où les médecins n’ont point de specnlmn mairicis qui leur descouvre nostre cerveau, nostre poulmon, et nostre foye.

Action incertaine des médicaments.

Les promesses mesmes de la medecine sont incroyables : car, ayant à prouveoir à divers accidents et contraires qui nous pressent souvent ensemble, et qui ont une relation quasi necessaire, comme la chaleur du foye, et froideur de l’estomach, ils nous vont persuadant, de leurs ingrédients, cettuy cy eschauffera l’estomach, cet aultre refreschira le foye; l’un a sa charge d’aller droict aux reins, voire jusques à la vessie, sans estaler ailleurs ses operations, et conservant scs forces et sa vertu, en ce long chemin et plein de destourbiers, jusques au lieu au service duquel il est destiné, par sa propriété occulte; l’auhre asseichera le cerveau; celuy là humectera le poulmon. De tout cet amas, ayant faict une mixtion de bruvage , n’est ce pas quelque espece de resverie d’esperer que ces vertus s’aillent divisant et triant de cette confusion' et meslange, pour courir à charges si diverses? Je craindreis infiniment qu’elles perdissent ou eschangeassent leurs étiquettes, et troublassent leurs quartiers. Et qui pourroit imaginer qu’en cette confusion liquide, ces facilitez ne se corrompent, confondent, et altèrent l’une l’autre? Qiioy, que l’execution de

cette ordonnance despend d’un aultre officier, à la loy et mercy duquel nous abandonnons, ençores un coup, nostre vie?

De l'utilité des spécialistes.

Comme nous avons des pourpoinctiers (i), des chaussetiers (2). pour nous vestir; et en sommes d'aultant mieulx servis, que chacun ne se mesle que de son subject, et a sa science plus restreincte et plus courte que n’a un tailleur qui embrasse tout ; et comme, à nous nourrir, les grands, pour plus de commodité, ont des offices distinguez de potahers et de rostisseurs, dequoy un cuisinier, qui prend la charge universelle, ne peult si exquisement venir à bout ; de mesme, à nous guarir, les Aegyptiens avoient raison de rejecter ce general mestier de médecin, et de descouper cette profession ; à chasque maladie, à chasque partie du corps, son œuvrier ; car cette partie en estoit bien plus proprement et moins confusément traictee, de ce qu’on ne regardoit qu’à elle spécialement. Les nostres ne s’advisent pas que, qui pourveoid à tout, ne pourveoid à rien; que la totale police de ce petit monde leur est indigestible. Cependant qu’ils craignent d’arrester le cours d’un dysentérique, pour ne luy causer la hebvre, ils me tuerent un amy qui

( I ) Ceux qui ne iaisoient que des pourpoints. M.

(2) Ceux qui faisoient les hauts-de-chau.sses et les bas. M,

valoit mieulx que touts tant qu’ils sont (i). Ils mettent leurs divinations au poids, à l’encontre des maulx présents; et, pour ne guarir le cerveau au préjudice de l’estomach, offensent l’estomach et empirent le cerveau par ces drogues tumultuaires et dissentieuses (2).

Les médecins sont dignes d’estime, ?nais ils ne font que fort peu d’usage des drogues.

Au deniourant, j’honnore les médecins, non pas, suyvant le precepte, pour la nécessité (car, à ce passage on en oppose un aultre du prophète, reprenant le roy Asa (3) d’avoir eu recours au médecin), mais pour l’amour d’eulx mesmes, en ayant veu beaucoup d’honnestes hommes et dignes d’estre aymez. Ce n’est pas à eulx que j’en veulx, c’est à leur art : et ne leur donne pas grand blasme de faire leur proufit de nostre sottise, car la plus part du monde faict ainsi; plusieurs vacations (4) et- moindres, et plus dignes que la leur, n’ont fondement et appuy qu’aux abus publicques. Je les appelle en ma compaignie quand je suis malade, s’ils se rencontrent à propos, et demande à en estre entretenu; et les paye comme les aultres. Je leur

(1) Sans doute il veut parler de son ami, Estienne de la Boëtie, mort de la dyssenterie en 1563.

(2) Par ces drogues mêlées confusément , et qui ont des qualités discordantes et contraires.

(3} Voir page 57, f' série.

(4) Professions.

donne loy de me commander de m’abrier chauldemenr, si je l’ayme mieulx ainsi que d’aultre sorte : ils peuvent choisir, d’entre les porreaux et les laictues, dequoy il leur plaira que mon bouillon se face, et m’ordonner le blanc ou le clairet; et ainsi de toutes aultres choses qui sont indifferentes à mon appétit et usage. J’entends bien que ce n’est rien faire pour eulx, d’autant que l’aigreur et l’estrangeté sont accidents de l’essence propre de la medecine. Lycurgus ordonnoit le vin aux Spartiates malades; pourquoy? parce qu’ils en haïssoient l’usage, sains : tout ainsi qu’un gentilhomme, mon voisin, s’en sert pour drogue tressalutaire à ses fiebvres, parce que, de sa nature, il en hait mortellement le gOList. Combien en veoyons nous d’entre eulx estre de mon humeur? desdaigner la medecine pour leur service, et prendre une forme de vie libre, et toute contraire à celle qu’ils ordonnent à aultruy? Qu’est ce cela, si ce n’est abuser tout destroussement de nostre simplicité? car ils n’ont pas leur vie et leur santé moins chere que nous, et accommoderoient leurs effects à leur doctrine, s’ils n’en cognoissoient eulx mesmes la faulseté.

D où vient qu on se livre communément aux médecins.

C’est la crainte de la mort et de la douleur, l’impatience du mal, une furieuse et indiscrète soil de la guarison, qui nous aveugle ainsi :

c’est pure lascheté qui nous rend nosire croyance si molle et maniable. La plus part pourtant ne croyent pas tant, comme ils endurent et laissent faire; car je les ois se plaindre, et en parler, comme nous : mais ils se resolvent enfin : « Que feroy je doncques? » Comme si l’impatience estoit de soy quelque meilleur remede que la patience. Y a il aulcun de ceulx qui se sont laissez aller à cette misérable subjection, qui ne se rende egualement à toute sorte d’impostures? qui ne se mette à la mercy de quiconque a cette impudence de luy donner promesse de sa guarison? Les Babyloniens portoient leurs malades en la place : le médecin, c’estoit le peuple; chascun des passants ayant, par humanité et civilité, à s’enquérir de leur estât, et, selon son expérience, leur donner quelque advis salutaire. Nous n’en faisons aultrement; il n’est pas une simple femmelette de qui nous n’employons les barbotages et les brevets (i) ; et, selon mon humeur, si j’avois à en accepter quelqu’une, j’accepterois plus volontiers cette medecine qu’aulcune aultre; d’autant qu’au moins il n’y a nul dommage à craindre. Ce qu’Homere et Platon disoient des Aegyptiens, qu’ils estoient touts médecins, il se doibt dire de touts peuples : il n’est personne qui ne se vante de quelque recepte, et qui ne la hazarde sur son voisin, s’il

(i) Les brevets soin des billets suspendus .-tu cou en forme d’amulettes.

l’en veult croire. J’estois, l’aultre jour, en une compaignie, où je ne sçais qui, de ma confrairie, apporta la nouvelle d’une sorte de pilulles compilées de cent et tant d’ingredients, de compte faict : il s’en esmeut une feste et une consolation singulière; car quel rochier soubtiendroit l’efFort d’une si nombreuse batterie? J’entends toutesfois, par ceulx qui l’essayerent, que la moindre petite grave (i) ne daigna s’en esmouvoir.

A Madame De Duras.

... Au demourant, madame, je n’eusse pas osé remuer si hardiement les mystères de la medecine, attendu le récit que vous et tant d’aultres luy donnez, si je n’y eusse esté acheminé par ses aucteurs mesmes. Je crois qu’ils n’en ont que deux anciens latins, Pline et Celsus : si vous les veoyez quelque jour, vous trouverez qu’ils parlent bien plus rudement à leur art, que je ne fois; je ne fois que la pincer, ils l’esgorgent. Pline se mocque entre aultres choses, dequoy, quand ils sont au bout de leur chorde, ils ont inventé cette belle desfaicte, de r’envo}’er les malades, qu’ils ont agitez et tourmentez, pour néant, de leurs drogues et régimes, les uns au secours des vœux et miracles, les aultres aux eaux cliauldes. (Ne vous courroucez pas, madame; il ne parle pas de

(i) Gravier.

celles de deçà, qui sont soubs la protection de vostre maison, et toutes Gramontoises.) Ils ont une tierce sorte de desfaicte, pour nous chasser d’auprez d’eulx, et se descharger des reproches que nous leur pouvons faire du peu d’amendement à nos maulx qu’ils ont eu si long temps en gouvernement qu’il ne leur reste plus aulcune invention à nous amuser, c’est de nous envoyer chercher la bonté de l’air de quelque aultre contrée. Madame, en voylà assez : vous me donnez bien congé de reprendre le fil de mon propos, duquel je m’estois destourné pour vous entretenir.

Réponse de Périd'es, malade.

Ce feut, ce me semble, Pericles, lequel estant enquis comme il se portoit : « Vous le pouvez, dict il, juger par là, » en montrant des brevets qu’il avoit, attachez au col et au bras. Il vouloir inferer qu’il estoit bien malade, puisqu’il en estoit venu jusques là d’avoir recours à choses si vaines, et de s’estre laissé equippcr en cette façon. Je ne dis pas que je ne puisse estre emporté un jour à cette opinion ridicule, de remettre ma vie et ma santé à la mcrcy et gouvernement des médecins; je pourray tumber en cette resverie, je ne me puis respondre de ma fermeté future : mais lors aussi, si quelqu’un s’enquiert à moy comment je me porte, je luy pourray dire, comme Pericles : « Vous le pouvez

juger par là, » montrant ma main chargée de six dragmes d’opiate. Ce sera un bien évident signe d’une maladie violente; j’auray mon jugement merveilleusement desmanché : si l’impatience et la frayeur gaignent cela sur moy, on en pourra conclure une bien aspre fiebvre en mon ame.

Liv. III, chap. XIII. — Les jicriscotisiclles et les viédecins so7it nuisibles au pavs qu’ils habitent.

... Le roy Ferdinand, envoyant des colonies aux Indes, pourveut sagement qu’on n’y menast aulcuns escholiers de la jurisprudence, de crainte que les procez ne peuplassent en ce nouveau monde, comme estant science, de sa nature, génératrice d’altercation et division : jugeant avecques Platon, que « C’est une mauvoise provision de pais, que jurisconsultes et médecins. »

Chap. XIII. — Instructions utiles a la santé du corps,

... Tibere disoit, que quiconque avoit vescu vingt ans ss debvoit respondre des choses qui luy estoient nuisibles ou salutaires, et se sçavoir conduire sans medecine : et le pouvoit avoir apprins de Socrates, lequel, conseillant à ses disciples soigneusement, et comme un tresprincipal estude, l'estude de leur santé, adjoustoit qu’il estoit malaysé qu’un homme d’entendement, prenant garde à scs exercices, à son boire

et à son manger, ne discernast mieulx que tout médecin ce qui luy estoit bon ou mauvois. Si fiiict la medecine profession d’avoir tousjours l’experience pour touche de son operation : ainsi Platon avoit raison de dire que, pour estre vray médecin, il seroit necessaire que celuy qui l’entreprendroit eust passé par toutes les maladies qu'il veult guarir, et par touts les accidents et circonstances dequoy il doibt juger. C’est raison qu’ils prennent la verole, s’ils la veulent sçavoir panser. Vrayement je m’en fierois à celuy là : car les aultres nous guident, comme celuy qui peint les mers, les escueils et les ports, estant assis sur sa table, et y faict promener le modèle d’une navire en toute seureté, jectez le à l’effect, il ne sçait par où s’y prendre. Ils font telle description de nos maulx, que faict un trompette de ville qui crie un cheval ou un chien perdu. Tel poil, telle haulteur, telle aureille : mais présentez le luy, il ne le cognois pas pourtant. Pour Dieu ! que la medecine me face un jour quelque bon et perceptible secours, veoir comme je crieray de bonne foy.

Tandem efficaci do manns scientied (i)

Les arts qui promettent de nous tenir le corps en santé, et l’ame en santé, nous promettent beaucoup : mais aussi n’en est point qui tieu-

(i) Enfin, je reconnais un .irt dontje vois les etTeis !

Horace, Épodes, XVII, i.

nent moins ce qu’elles promettent. Et, en nostre temps, ceulx qui font profession de ces arts entre nous, en montrent moins les effects que touts aultres hommes : on peult dire d’eulx, pour le plus, qu’ils vendent les drogues médicinales; mais qu’ils soient médecins, cela ne peult on dire.

... Quand nous voyons un homme mal chaussé, nous disons que ce n’est pas merveille sjl est chaussetier : de mesme il semble que 1 expérience nous offre souvent un médecin mal mediciné.

Incertifude de la fnédecine.

L art de medecine n’est pas si résolue, que nous soyons sans auctorité, quoy que nous facions : elle change selon les cîimats, et selon les lunes; selon Fernel, et selon l’Escale (i). Si vostre médecin ne treuve bon que vous dormez, que vous usez de vin, ou de telle viande, ne vous chaille; je vous en trouveray un aultrequi ne sera pas de son advis : la diversité des argu^ ments et opinions médicinales embrasse toute sorte de formes. Je veis un misérable malade crever et se pasmer d’alteration, pour se guarir ; et estre mocqué depuis par un aultre médecin, condamnant ce conseil comme nuisible ; avoit il

(i) ternel, médecin de Henri II. — L’Escale, plus connu sous le nom de J.-C. Sc.iliger.

pas bien employé sa peine? Il est mort treschement, de la pierre, un homme de ce mestier, qui s’estoit servy d’extreme abstinence à combattre son mal : ses compaignons disent qu’au rebours ce jeusne l’avoit asseiché, et luy avoit CLiict le sable dans les roignons.

... Laissons faire un peu à nature : elle entend mieulx ses affaires que nous, a Mais un tel en mourut. » Si ferez vous ; sinon de ce mal là, d’un aultre : et combien n’ont pas laissé d’en mourir, ayant trois médecins à leur cul? L’exemple est un mirouer vague, universel, et à tout sens. Si c’est une medecine voluptueuse, acceptez la ; c’est tousjours autant de bien présent : je ne m’arresteray ny au nom, ny à la couleur, si elle est délicieuse et appétissante; le plaisir est des principales especes du proufit. J’ay laissé envieillir et mourir en moy, de mort naturelle, des rheumes, des fluxions goutteuses, relaxation, battements de cœur, micraines et aultres accidents, que j’ay perdus, quand je m’estois à demy formé à les nourrir : on les conjure mieulx par courtoisie que par braverie. Il fault souffrir doulcement les loix de nostre condition ; nous sommes pour vieillir, pour affoiblir, pour estre malades, en despit de toute medecine. C’est la première leçon que les Mexicains font à leurs enfants, quand, au partir du ventre des meres, ils les vont saluant ainsin ; « Enfant, tu es venu au monde pour endurer ; endure, souffre, et tais toy. »

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