DES DAMES
Za Reyne d' Hespaigne, Elizabet de France
Ung an avant qu’elle vint en France, Bayonne, elle tumba mallade en telle extrémité, qu elle fut abandonnée des médecins. Sur quoy il y eust ung certain petit médecin italien, qui pourtant n’avoit grand vogue cà la court, qui sepresentant au roy, dict que, si on le vouloit laisser faire, il la guériroit, ce que le roy luy permis: :
(ij Plût à Dieu que mon mulet se portât aussi bien.
(2) Une mule qui fût veuve.
(3) Charretier.
(4) Comment, corbleu ! vous moquéz-vous de moi, mon* sieur le docteur? 11 n’y a jamais eu de mule veuve.
(5) Je veux dire qu’elle ait les trois qualités d’une veuve qu elle soit grosse, coureuse et mangeuse.
aussi estoit-elle morte. Il l’entrepreud, et luy donne une medecine qu’après l’avoir prise on luy vist tout à coup miraculeusement monter la couleur au visage, et reprendre son parler, et puis après sa convalescence Et cepandant toute la court, tout le peuple d’Espaigne rompoient les chemins de processions, et d’allées et venues qu’ilz faisoyent aux églises, aux hospitaux pour sa santé, les uns en chemise, les autres nuds piedz, nues testes, offrants offrandes, prières, oraisons, intercessions à Dieu, par jeûnes, macérations de corps, et aultres telles bonnes et sainctes dévotions, pour sa santé : si bien que l’on croit plus fermement que toutes les bonnes prières et voix, larmes, vœux et cris, ouïs de Dieu, furent plustost cause de la guérison de ceste princesse, que non pas l’œuvre du médecin.