DISCOURS DE LA MÉTHODE
... Au reste, je ne veux point parler ici en particulier des progrès que j’ai espérance de faire à l’avenir dans les sciences, ni m’engager envers le public d’aucune promesse que je ne sois pas assuré d’accomplir; mais je diroi seulement que j’ai résolu de n’employer le temps qui me reste à vivre à autre chose qu’à tâcher d’acquérir quelque connoissance de la nature, qui soit telle qu’on en puisse tirer des règles pour la medecine, plus assurées que celles qu’on a eues jusques à présent.
MÉDITATIONS MÉTAPHISIQUES Méditation Z”.
... La physique, l’astronomie, la medecine, et toutes les autres sciences qui dépendent de la
considération des choses composées, sont fort douteuses et incertaines.
... La conservation de la santé a esté de tout temps le principal but de mes etudes, et je ne doute point qu’il n’y ait moyen d’acquérir beaucoup de connoissances touchant la medecine, qui ont esté ignorées jusqu’à présent; mais le Traité des Animaux, que je médité et que je n’ai encore su achever, n’estant qu’une entree pour parvenir à ces connoissances, je n’ai garde de me vanter de les avoir; et tout ce que j'en puis dire à présent est que je suis de l’opinion de Tibere, qui vouloit que ceux qui ont atteint l’âge de trente ans eussent assez d’expérience des choses qui leur peuvent nuire ou profiter, pour être eux-mêmes leurs médecins. En effet, il me semble qu’il n’y a personne qui ait un peu d’esprit, qui ne puisse mieux remarquer ce qui est utile à santé, pourvu qu’il y veuille un peu prendre garde, que les plus savants docteurs ne lui sauroient enseigner. »
13ERTRAND-HARDÜUIN DE St-JACQUES Dit Guillot-Gorju (1598-1648)
Nous n’avons aucun extrait à citer de ce
— lOS —
comédien : mais son nom est digne, à plus d’un
titre, de figurer dans notre recueil : Il fit ses études médicales à Montpellier, puis abandonna
a science d’Hippocrate pour suivre des opèratenrs nomades, et acquit une véritable renommée en débitant le boniment avec une volubilité sans pareille. A la mort de Gaultier Garguille, il vint à Paris et prit un engagement dans la troupe de l’hôtel de Bourgogne sous le nom de Guillot- Gorju. « Or, dit Sauvai, comme il avoit étudié en medecine, son personnage ordinaire sur le théâtre etoit de contrefaire le Médecin ridicule, qu’il representoit si bien, que les Médecins euxmêmes etoient contraints de rire. « Il a donc précédé Molière dans ses escarmouches contre la Faculté et peut-être même ne lui fut-il pas inutile, car notre grand comique était un de ses auditeurs les plus attentifs à l’hotel de Bourgogne, où le menait souvent son grandpère.
Après avoir contrefait les médecins pendant huit ans, il quitta le théâtre et alla exercer la médecine à Melun. « Étrange détermination, ajoute Didot â qui nous empruntons ces détails, qui a tout l’air d’une plaisanterie et qu’on prendrait volontiers pour une nouvelle raillerie contre la Faculté. »
Un - contemporain fait ainsi son portrait :
« C’etoit un grand homme noir, fort laid ; il avoit les yeux enfoncés et un nez de pompelc; et quoi qu’il ne ressemblât pas mal â un singe, et qu’il n’eût que faire d’avoir un masque; sur le théâtre, il ne laissoit pas d’en avoir toujours un. »
DULAURIER, dit Brüscambille (xviic siècle)