‹ Le mal qu'on adit des medecinsChapitre 12 sur 219 · PLUTARQUE · texte numérisé non relu

PLUTARQUE

Les Vies des hommes illustres.

CATON LE CENSEUR. — XV. Son opinion sur la Médecine.

Mais Caton n’était pas seulement l’ennemi des philosophes grecs, il tenait aussi pour

suspects ceux qui exerçaient la médecine ; et comme il avait sans doute entendu parler de la réponse d’Hippocrate au roi de Perse, qui lui offrait plusieurs talents pour venir le traiter à sa cour, et à qui ce médecin fit dire qu’il n irait jamais donner ses soins aux Barbares qui étaient les ennemis des Grecs, Caton disait que c’était là un serment commun à tous les médecins ; et il avertissait son fils de les éviter tous également. Il avait composé, à ce qu’il dit lui-même, un ouvrage de médecine pour traiter les malades de sa maison, et leur prescrire un régime convenable (i). Il ne leur imposait jamais une diète

(i) Caton, qui critique avec si peu de modération les médecins de son temps, avait en effet la prétention de guérir toutes les maladies par des remèdes bizarres qu’il recommande avec le plus grand sérieux, dans son Economie rurale, Pline aussi veut mettre ses concitoyens en état de se passer de médecins, mais non de la médecine qu’il préconise. Nous verrons, plus tard, Montaigne et M've de Sévigné tomber dans le même travers. Voici quelques-unes des recettes merveilleuses de Caton :

CLVI. Remèdes préparés avec les choux. — Caton, à l’exemple de plusieurs philosophes de l’antiquité, attribuait au chou, le plus indigeste des légumes, des propriétés apéritives de premier ordre ;

« Si dans un repas vous désirez boire largement et manger avec appétit , mangez auparavant des choux confits dans du vinaigre, et autant que bon vous semblera; et de même après le repas, mangez-en cinq feuilles environ, vous serez comme si vous n’aviez ni bu ni mangé, et vous pourrez de nouveau boire à votre aise. » 11 recommande ensuite le suc exprimé de choux cuits et les choux eux-mêmes contre l’embarras gastrique, la colique, les palpitations, la goutte, la surdité, la rétention urinaire, les maladies du foie et des poumons. « Appliqué, pilé, sur toutes les plaies et sur toutes les tumeurs, ce topique net-

sévère; il les nourrissait d'herbes, de chair de canard, de palombe ou de lièvre; il trouvait cette nouniture légère' facile à digérer pour les gens faibles, et n’ayant d’autre inconvénient que de causer la nuit beaucoup de rêves; avec ce traitement et ce régime, il se conservait en santé, lui et tous les siens.

Mais, sur ce dernier point, il ne fut pas aussi

toiera tous les ulcères et les guérira sans douleur ; il travaille les abcès et les ouvre ; il nettoie et guérit les plaies infectes et les cancers qui résistent aux autres remèdes. » Les contusions, les fistules, les dartres, les luxations sont guéries par des applications de chou pilé. C’est une véritable panacée. »

« . . Voici, ajoute-t-il, qui est plus surprenant : Conservez l’urine d’une personne qui aura mangé des choux, faites-la chauffer, préparez-en un bain à une personne malade : elle sera guérie. Cela est sanctionné par l’expérience ! Si vous lavez de cette urine les enfants d’une constitution débile, ils deviendront robustes pour toujours, et ceux dont la vue sera affaiblie verront plus clair en frottant leurs yeux de ce liquide. Les maux de tête et de cerveau dispaiaitront si on lave ces parties avec cette urine, jamais la femme ne manifestera d’exhalaisons spéciales à certaines régions quand elles auront été lavées avec cette urine.

CLIX. Remèdes conlre les écorchures. — Quand on voyage, on préviendra les écorchures en portant sous l’anus un petit rameau de grande absynthe.

CLX. Charme contre les luxations. — Prenez un roseau vert de quatre ou cinq pieds de long; coupez-le par le milieu, et que deux hommes le tiennent sur vos cuisses; commencez à chanter : IN alio. s. r. motas væta, dabies dardaries asta- TARiES DissuNAPiTER, ct coiitinuez le charme jusqu’à ce que les deux morceaux soient réunis ; agitez un fer au-dessus; lorsque les deux parties seront réunies et se toucheront, saisissez-les et coupez-les en tous sens : vous en ferez une ligature sur le membre cassé ou fracturé, et il sera guéri. Cependant, pour un membre démis ou cassé, répétez tous les jours le même charme . ou le suivant, pour une fracture ; iiuat hanat uuat ista pista

SiSTA , DOMIABO DAMNAL’STRA ; OU bien eitCOrC ; HUAT HAUT ISTA SIS TAR SIS AKDANNABON DUNNAUSTRA.

heureux qu’il le dit; car il perdit sa femme et son fils. Pour lui, comme il était sain et robuste, il conserva longtemps une santé vigoureuse. Dans un âge très avancé, il voyait souvent sa femme; et il contracta, dans sa vieillesse, avec une jeune fille , un mariage très disproportionné.

DION. — VI. MorL de Daiys.

Denys tomba malade; et sa fin paraissant prochaine, Dion voulut lui parler en faveur des enfants qu’il avait eus d’Aristomaque : mais les médecins, pour faire leur cour au jeune Denys qui devait lui succéder, n’en laissèrent pas le temps à Dion. Le tyran, au rapport de Timée, ayant demandé un remède soporifique, ils lui en donnèrent un qui engourdit tous ses sens, et le fit passer promptement du sommeil à la mort.

ANTOINE. — XXIX. Présents inagnifiques faits par le fils d’Antoine au rnédechi Philotas.

Le médecin Philotas d’Amphissa fut admis à faire sa cour au fils aîné qu’ Antoine avait eu de Fulvie ; et il mangeait familièrement à sa table avec ses autres amis, quand ce jeune homme ne soupait pas chez son père. Il avait un soir pour convive un médecin présomptueux qui importunait tout le monde de son babil. Philotas

lui ferma la bouche par le sophisme suivant :

« Il faut, lui dit-il, donner de l’eau froide à un homme qui a la fièvre de quelque manière : or, tout homme qui a la fièvre l’a de quelque manière ; il faut donc donner de l’eau froide à tout homme qui a la fièvre. » Le médecin, frappé de ce sophisme, resta muet (i). Le jeune Antoine, charmé de son embarras et riant de tout cœur : « Philotas, dit-il, je te donne tout ce qui est là », en lui montrant un buffet couvert d’une superbe vaisselle d’argent. Philotas, bien éloigné de croire qu’un enfant de cet âge pût disposer de meubles d’un si grand prix, le remercia de sa bonne volonté. Le lendemain, il. vit arriver chez lui un officier d’Antoine qui apportait dans une grande corbeille toute cette vaisselle, et qui lui dit d’y mettre son sceau (2). Philotas, qui craignait d’être blâmé en la recevant, persistait à la refuser. « Eh quoi, innocent que vous êtes, lui dit cet officier, vous balancez à accepter ce présent! Ignorez-vous donc que c’est le fils d’Antoine qui vous l’envoie, et qu’il pourrait vous donner la même quantité de vaisselle d’or? Il est vrai, si vous voulez m’en croire, que vous en recevrez la valeur en argent; car il serait possible que le père désirât d’avoir quelqu’un de ces vases antiques qui sont si recherchés pour la beauté du travail. » Voilà ce

(1) Ce médecin avait bien peu de logique.

(2) Pour être certain qu’on n’en avait rien détourné.

que mon aïeul me disait avoir souvent entendu raconter à Philotas.

Œuvres morales

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