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LA SEINE PARLANT A LA FONTAINE DE FORGES

Vrayment ie vous trouve bien vaine De me débaucher mes beautez,

Sous pretexte de leurs sautez,

Petite nymplie de fontaine.

Sçavez-vous que ie suis la Seine Qui porte des bastons llotez ;

Dont ceux qui me font de la peine Peuvent estre tres-bien frotez.

le sçay bien que vous vous vantez Que vous estes eau minérale,

Et que vos rares qualitez Vous peuvent rendre ma rivale.

Mais, petite nymphe de balle.

Vous feriez bien mieux entre nous, Sans me vouloir traiter d’égale,

De vous taire et de filer doux.

Car si quelque iour contre vous Ma colere estoit debordee.

Des premiers (lots de mon courroux.

Vous auroient bien-tost inondee.

Contentez-vous d’estre grondee.

Et faites en vostre profit.

Sans que ie sois enfin forcée Pour vous perdre à quitet le lit.

Certes i’en aurois du despit ;

Car enfin il fiiut que l’on die,

Qjiie qui boit de vos eaux guérit.

Quand il les boit sans maledie.

O la cure heureuse et hardie De remettre un homme en santé.

Quand pendant le temps de sa vie,

Il ne s’est iamais mal porté.

Ceux qui conseillent qu’en esté De vos eaux on face carousse.

Eussent-ils de la Eaculté,

Sont de vrais médecins d’eau douce.

Si iamais le destin les pousse

A se baigner vers Charenton,

Ils n’en reviendront point en housse.

Ils iront boire chez Pluton.

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