ÉPITAPHE
Ci-gît qui savoit l’art de rire Aux dépens de tout l’Univers,
Et d’assaisonner ses bons vers Du sel piquant de la satyre.
D’un style agréable et bouffon,
Qui ne fut jamais trouvé fade.
Il a joué sain et malade.
Homme, femme, jeune et barbon.
Le cocu, le jaloux, le plaisant, le critique.
Le gentilhomme et le bourgeois,
Le marquis et le villageois.
Ont été le sujet de sa veine comique :
Heureux s’il n’avoit pas enfin .Attaqué l’hypocrite, avec le Médecin;
Ces derniers lui gardant une haine intestine. L’ont laissé sans secours descendre au monument. Le Médecin sans Médecine,
Et le bigot sans sacrement.
ÉPIGRAMME
Contre Molière, un Médecin, Ayant fait un mauvois dessein.
Avec un père à Patenôtre,
Tous deux l’attendoient à sa fin; Mais Molière fut le plus fin.
Et se passa de l’un et l’autre.
PLAINTES d’un MÉDECIN Sonnet irrégîiUer.
Molière est mort ; quelle étrange nouvelle I Comment, sans en frémir, apprendre ce revers?
Il est mort, oui, sans doute, et la Parque cruelle De ce monstre, sans nous, a purgé l’Univers.
Que votre injustice est étrange!
Destins, ignoriez-vous quel est notre pouvoir ?
Et ne deviez-vous pas savoir Le plaisir que l’on goûte alors que l’on se venge ?
Quoi donc? sera-t-il dit qu’avec impunité L’ennemi de la Faculté
Porte parmi les morts le fruit de sa victoire?
Si nous avions encor ce chagrin à souffrir.
Que ne nous laissait-on, au moins pour notre gloire, La consolation de le faire mourir?