B.\RY
Ce n est pas sans sujet, qu’on dit à ce propos, Plures Medecinam niitrirc nefandos (i).
ELO.MIRE
Ce n’est pas sans sujet, en elTet, car moi-même J’éprouve chaque jour cette malice extrême :
Ecoutez. L’un d’entre eux, dont je tiens ma maison, Sans vouloir m’alléguer prétexte ni raison.
Dit qu’il veut que j’en sorte, et me le signifie :
Mais n’en pouvant sortir ainsi, sans infamie.
Et d’ailleurs ne voulant m’éloigner du quartier,
^i) La meiiecinc nourrit un gr.and nombre de .scélcr.its.
Je pare cette insulte augmentant mon loyer (i).
Dieu sait si cette dent que mon hôte m arrache. Excite mon courroux, toutefois je le cache;
Mais quelque temps après que tout fut terminé,
Quand mon bail fut refait, quand nous 1 eûmes signe. Je cherche à me venger, et ma bonne fortune M’en fait trouver d’abord la rencontre opportune : Nous avions résolu, mes compagnons et moi.
De ne jouer jamais, excepté chez le roi.
Devant ce Médecin, ni devant sa sequelle :
Pourtant, soit à dessein de nous faire querelle.
Soit par d’autres motifs, la femme de ce fat Vint pour nous voir jouer, mais elle prit un rat :
Car la mienne aussitôt en étant avertie.
Lui fit danser d’abord un bransle de sortie.
Comme alors je croyois que tout m’étoit permis.
Je négligeai d’en dire un mot a mes amis.
Las! j’aurois prévenu par là, ce que ce hère.
Pour venger cet affront, ne manqua pas de faire.
Je fis donc ce faux pas; tandis ce raffiné Prévint toute la Cour dont je me vis berné.
Car par un dur arrêt qui fut irrévocable.
On nous ordonna presque une amende honorable.
Je vais, je viens, je cours, mais j’ai beau tempeter. On me ferme la bouche, et loin de m’écouter. Taisez-vous, me dit-on, petit vendeur de baume.
Et croyez qu’Esculape est plus grand Dieu que Morne. Après ce coup de foudre, il fallut tout souffrir;
Ma femme en enragea, je faillis d’en mourir;
Et ce qui fut le pis, pendant ma maladie.
Fallut de mes boureaux souffrir la tyrannie.
Ma. femme les manda, sans m’en rien témoigner. D’abord qu’ils m’eurent vu, faut saigner, faut saigner, Dit notre bredouilleur. — Ah! n’allons pas si vite.
L’on part toujours à temps, quand on arrive au gite.
Dit monsieur le lambin. — C’est là bien décider,
(i) II s’.igit des démêlés de Molière avec son propriétaire, dont nous avons parlé dans la préface.
Dit un autre, i7 ne faut ni saigner ni tarder,
/ on tarde, il est mort, si l’on saigne, hydropique Et notre peu d’espoir n’est plus qu’en l’émètique: ' ^hacun des trois s’obstine et soutient son avis.
Et tous^ trois, tour à tour, enfin furent suivis : on saigna, 1 on tarda, l’on donna l’émétique.
Et je fus fort longtemps leur plus grande pratique A la fin je guéris, mais s’il faut l’avouer ^
Ce fut par le plaisir que j’eus de voir jouer Mon Amour Médecin, par mes Médecins mêmes- Car maigre mes chagrins et mes douleurs extrêmes J admirais ma copie en ces originaux.
Et je tirois mon mal d’où j’avois pris mes maux.
* • * . • • Aussitôt que mon cœur
Eut repris tant soit peu de force et de vigueur- Et que de mou esprit la fâcheuse pensée Des suites de la mort, se fut un peu passée Je pris tant de plaisir à voir tous les matins Mes grotesques docteurs prêcher sur mes bassins.
Et humer a plein nez leur fumante purée Que de ma guérison j’ai la preuve .assurée - Car ma force redouble et je deviens plus frais Et plus gros et plus gras que je ne fus jamais.
Lors je monte au théâtre, où par de nouveaux charmes Mon Amour Médecin fait rire jusqu’aux larmes ’ Car en le confrontant à ses originaux,
jusqu’aux niohidres défauts.
Ainsi, d un nouveau bruit cette merveille éclate - Chacun y^court en foule épanouir sa rate- Et quoiqu a trente sols, il n’est point de bourcreois Qui ne le veuille voir, du moins cinq ou six foTs Jugez, mes chers amis, si je ris dans ma barbe De voir ainsi dauber la casse et la rhubarbe.
Scàte VI.
ELO.MIRE
Quoi? tu n’.as p.is appris de ces trois Médeci
ns.
Les plus doctes qui soient parmi ces assassins,
Qu’ils ne sauroient guérir la moindre maladie,
Si le souffre-douleurs ne leur conte sa vie?,..