‹ Le mal qu'on adit des medecinsChapitre 199 sur 219 · LETTRES · texte numérisé non relu

LETTRES

A Monsieur le président Perrault.

Vous me fites l'honneur de me mander par la

(1) Traducteur de Vitruve et frère du poète.

(2) Claude Perrault, l’habile architecte à qui l’on don la colonnade du Louvre, et dont il est question au commencement du chant IV de \! Art poétique.

(3) Voir le Médecin volaut, de Boursault, page 266.

dernière que vous eûtes la bonté de m'écrire, que vous ne saviez plus que me répondre touchant la maladie de Alonsieur Dupréj et je vous avoue que je suis dans la même peine, et que je ne sais plus que vous en dire. Je vous ai tant de fois fait espérer sa convalescence, et vous ai si peu tenu parole, que je n’ose plus me bazarder à promettre quoi que ce soit sur la foi des Alédecins. Depuis le commencement de cette maladie jusqu’à présent, je ne leur ai presque rien oüy dire que les événements aient justifié; et tout ce que je vois d’assuré, ou du moins qui me paroit tel, c’est, Monsieur, qu’il n’}'- a aucun danger pour sa personne : mai? en vérité je n’ose m’imaginer que la guérison en soit prompte; surtout dans une saison plus propre à faire perdre la santé qu’à la faire revenir. Il y a huit jours passés qu’on l’a mis au lait d’anesse; et s il en faut croire M. Laurenceau, sa poitrine en est beaucoup soulagée : mais comme je suis résolu à ne plus juger des remèdes que par leurs effets, il me pardonnera, s’il lui plaît, si je laisse encore passer quelques jours avant que d’ajouter foi à ses paroles.

Hier il y eut encore une consultation entre les trois Médecins, qui en ont déjà fait tant d inutiles, et qui disent continuellement : CUsterium donare, postea saignare, cnsuita purgare. Otez-leur cela, vous leur ôterez plus de la moitié de leur science. Tout atténué qu’est le pauvre malade, ils lui ont ordonné de nouvelles sai-

gnées; et dans l’état où il est, il me semble que la nature a plus besoin d’être fortifiée qu’affaiblie. On verra par la suite si la Faculté a raison : mais jusqu’ici elle m’a inspiré autant de mépris pour elle que j’ai de respect pour vous, et de passion d’être toute ma vie,

Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

REMARQUES ET BONS MOTS A Monseigneur Vevesque et duc de Langres.

Un aumônier du cardinal Ranuzzi, que Votre Grandeur a vu nonce en France, fut attaqué d’une maladie, qui d’abord ne paraissoit pas dangereuse; mais qui par le secours des Médecins devint mortelle. Quand on lui eut appris qu’il ne devoit plus songer à vivre, il songea sérieusement à mourir; et envoya quérir un père Grenade, Théatin, qui ne le quitta point qu’il n’eût rendu l’âme dans ses bras. Quoiqu’il attendît la mort avec une grande résignation à la volonté de Dieu, l’heure de l’agonie étant venue, pendant que le Théatin faisoit la recommandation de l’âme par cette belle prière : « Proficiscerc anima christiana, etc. », qui signifie à ce qu’on m’a dit : « Sortes promptement, âme chrétienne », le pauvre homme disoit d une voix mourante : « Pian' piano, anima mia, pian piano! »

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