INTRODUCTION
A la première impression d'étonnement causée dans le monde par la très importante encyclique Humanum genus de notre Saint-Père le pape, Léon XIII, encyclique dirigée contre la Franc- Maçonnerie et si connue de nos lecteurs, a succédé partout une discussion ardente .et fiévreuse sur les points principaux de ce document, le plus considérable peut-être de tous ceux qui ont été adressés au monde catholique par le Saint- Siège durant ce siècle. Ce document n'est point de ceux que la secte peut plus ou moins étouffer, à la faveur de la confusion de ses arguties ou de ses fanfaronnades, ou de la misérable conspiration du silence. Non: cette parole souveraine a dé-
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passé dès le début tous les événements du jour, étant elle-même l'événement le plus considérable et le plus solennel; elle a couvert toutes les clameurs de la presse et des clubs : elle tombait de si haut et avait un tel ascendant moral, que rien n'eût été capable de la dominer. Aujourd'hui encore, bon gré malgré, tous ceux qui parlent ou qui écrivent, traitent ce sujet: les bons comme les mauvais, les catholiques et les rationalistes. L'encyclique, en effet, a trouvé partout un écho favorable ou hostile ; partout encore elle est reçue ou avec une soumission absolue ou avec une résistance ouverte : nulle part elle ne trouve le dédain ou l'indifférence.
Nous avons donc à en parler à notre tour; et puisque nous avons le grand honneur d'occuper un poste modeste, il est vrai, dans la lutte contemporaine, nous ne pouvons, ni ne devons, ni ne saurions laisser passer, sans la saisir, l'occasion qui se présente à nous de combattre le bon combat.
Le premier effet, disions-nous, produit dans le monde par la parole pontificale, a été Fadmiration, rétonnement, une profonde stupeur. Comment, disaient plusieurs, le Souverain Pontife a-t-il porté l'audace à ce point? Mettant le pied à l'étrier, s'il était permis de parler ainsi, comme pour s'échapper de Rome, à la façon d'un fugitif,
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le Pontife opprimé ose regarder en face et intrépidement les pouvoirs du jour, qui, à quelques rares exceptions près, sent tous atteints par les anathèmes lancés contre la franc-maçonnerie. N'espère-t-il rien de l'Angleterre ou de la Prusse? comment donc iance-t-il hardiment ce gant aux francs-maçons couronnés de Prusse et d'Angleterre? Ne dit-on pas qu'il se trouvera bientôt dans la nécessité de demander à quelqu'un de ces gouvernements un asile pour abriter le dernier reste de son indépendance? comment donc se ferme-t-il la porte de tous ces États avec cette intempestive déclaration de guerre à tout le monde officiel ?
En vérité, il faut convenir que le Pape s'expose beaucoup, par ce document, qui est comme un soufflet sonore appliqué par sa suprême autorité sur les joues de tous les révolutionnaires démocrates ou aristocrates des temps présents. Il s'expose beaucoup ? donc il a une sainte hardiesse. Il s'avance beaucoup ? donc il se sent bien fort, même en face des puissances, ce pouvoir que l'on représente comme aux prises avec la mort. C'est qu'il respire vigoureusement, très vigoureusement, mes amis; et ce moribond qui n'achève jamais de mourir, communique une vie plus abondante à ceux qui vivent déjà. Voyez ce qui se passe aujourd'hui. Pour montrer au monde
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qu'il n'attend de lui aucun service et qu'il ne le redoute nullement, il brûle, pour ainsi dire, ses vaisseaux, cet insigne chef des armées spirituelles, et, nouveau Fernand Cortez, il aborde sans crainte aux rivages escarpés de la Révolution ; il prend l'offensive, et met tout à feu et à sang jusque dans l'intérieur des forteresses ennemies; il étreint le monstre corps à corps, afin de le frapper au cœur. Et, vive Dieu ! il l'a frappé dans une attaque habile ; et voilà que nous tenons le monstre, qui se roule dans des convulsions désespérées, rejetant un sang immonde et annonçant par ses horribles rugissements la fureur que lui cause cette première défaite.
Voilà pour ce qui concerne le monstre révolutionnaire. Mais, pour nous, il est d'une certitude indubitable que le coup le plus terrible, le plus décisif, le plus mortel porté par l'encyclique, a frappé la Révolution à l'eau de rose, bénigne, celle qui porte le nom de catholicisme libéral. Le Syllabiis a été sa sentence de mort; l'encyclique Humanum genns est son exécution et son enterrement.
Ils s'en allaient dogmatisant sans cesse, ces messieurs les demi-révolutionnaires, qui sont les plus mauvais de tous, par là même qu'ils ne veulent pas le paraître ; annonçant que la stratégie excellente des plus fermes catholiques, en
provoquant contre l'ennemi actuel les rudes combats que nous connaissons tous, était extravagante. Par peur de nous ne savons quels conflits journaliers, ils voudraient qu'on ne dit rien, ou qu'on parlât fort peu de ces questions, et, au moins, toujours en un style qui pût, l'entreprise étant difficile, vaincre l'ennemi sans l'irriter, ou au moins sans l'humilier ; que Ton combattît tant que Ton voudrait (à la bonne heure !) les sectes des siècles passés; mais jamais, au grand jamais, la secte actuelle : comme si, dans nos luttes catholiques, nous devions nous en tenir à donner un grand coup d'épée au cadavre d'un Turc, ce qui est certainement une manière de combattre très pacifique, et qui ne donne pas beaucoup d'ennuis; qu'enfin, dans toute loi, on se tînt en garde, non pas contre l'opportunité, qui est une grande loi, mais bien contre l'opportunisme, qui en est la contrefaçon et la honteuse parodie. Voici qu'au milieu de tout cela retentit tout à coup, du haut de son Sinaï, la voix du Pape: il sanctionne, par cette encyclique, qui sera désormais l'expression la plus complète du décalogue antirévolutionnaire, toute la propagande que, durant les dernières années, sont venus soutenir, au prix de si mortels ennuis, les chefs les plus vaillants de l'intransigeance catholique. Il soulève, au moment qui semble le moins opportun, c'est-
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à-dire, contre toutes les règles de l'opportunisme, la question de toutes la plus brûlante, au moment de tous le plus critique, contre les personnes et les choses les plus recommandables; laissant une fois de plus résolue et décidée, une vérité souvent méconnue aujourd'hui, bien qu'elle soit de simple bon sens, à savoir que jamais il n'y a un meilleur moment pour combattre que celui où les ennemis présentent ou acceptent le combat.
L'encyclique Humanum genus, en disant seulement : « Je suis là », a donc gagné deux grandes victoires pour la bonne cause de la vérité : à la Révolution cruelle, elle a donné la mesure de sa valeur et de sa force; à la Révolution hypocrite, elle a dévoilé une fois de plus sa fausseté et enlevé son masque. Et elle nous a donné, à nous tous catholiques, en même temps une grande consolation et une grande leçon : la consolation de savoir que nous soutenions un bon, un excellent combat, lorsque nous parlions, il y a quelque temps, comme parle aujourd'hui le Pape; la leçon qui nous encourage à continuer désormais à soutenir le même combat, toujours de la même façon, mais avec un nouvel enthousiasme et une nouvelle intrépidité.
Dans cet opuscule, nous allons écrire un commentaire simple et populaire de ce grave documentpontifical. Connaître l'ennemi, c'estdéjà avoir
un très grand avantage pour le vaincre. Faisons donc connaître au monde actuel, moins mauvais peut-être que trompé, les doctrines de cette secte infernale, dont l'organisation matérielle offre un danger moindre que sa propagande continuelle dans Tordre des doctrines.
Nous croyons ainsi remplir simplement un devoir. Que nos lecteurs regardent aussi comme un devoir pour eux de contribuer selon leur pouvoir à la diffusion de ces idées, principalement dans la classe la plus modeste et la moins instruite, et, par là même, la plus exposée aux séductions de la secte infernale.
Sabadell, mois du Sacré-Cœur, iSSj
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A quoi bon celte nouvelle condamnation de la francmaçonnerie et de ses doctrines, prononcée par le Souverain-Pontife dans ï encyclique Humanum genus ? Le maçonnisme est-il la même chose que la maçonnerie l
L'objet de l'encyclique Humanum genus est la condamnation de la maçonnerie. Cette secte infernale ayant été déjà, à plusieurs reprises, réprouvée et condamnée par le Saint-Siège sous les précédents pontifes, la première question que l'on se pose en présence de ce nouveau document, est la suivante :
« Pourquoi cette nouvelle condamnation, si « Rome avait déjà prononcé sur le même sujet « une sentence officielle, aussi autorisée, et par « conséquent aussi obligatoire pour les vrais « catholiques que l'encyclique actuelle ?
<r Pourquoi le Pape nous pavle-t-il encore sur « le môme sujet? et pourquoi les ultramontains <r regardent-ils ce document comme une véritable <r nouveauté ? »
Nous allons répondre, dans la modeste mesure de nos forces, à ces doutes ; et ces doutes euxmêmes nous mettront en mesure d'étudier et de comprendre parfaitement l'importance spéciale qu'offre le susdit document sur tous les autres du même genre.
Certes, la maçonnerie était condamnée, sous ce même nom, depuis déjà longtemps, et notre Saint-Père le Pape tient compte des condamnations de ses glorieux prédécesseurs. Ainsi, autrefois comme aujourd'hui, il y avait péché à appartenir à la maçonnerie, et cette secte a été maudite dès qu'elle a été pour la première fois déclarée satanique et antichrétienne par le Docteur universel. Mais ce que n'avaient pas fait les précédents actes pontificaux, c'était de la définir, delà représenter, de la photographier en quelque sorte, de montrer ce qu'elle est en elle-même et dans ses œuvres, avec l'ampleur et l'étendue que vient de déployer le Vicaire actuel du Christ. C'est là ce qui fait le caractère spécial et dominant de la présente encyclique. La maçonnerie est détestable ; c'est un crime d'être maçon : nous tous catholiques,, nous savions et prêchions déjà cela. Mais qu'est-ce qu'être maçon ? que sont les doctrines essentiellement maçonniques? jusqu'à quel point le rnaçonnisme a-t-il infecté la société actuelle ? c'est là ce qu'ignoraient un grand nombre
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d'hommes, même parmi les bons; c'est ce que plusieurs, même parmi les catholiques sincères, ne voulaient pas comprendre entièrement ; c'est ce qui, pour plusieurs, n'était qu'une manie insensée ; un thème fastidieux de convention des fanatiques et des intransigeants : de sorte que le principal effet de la parole pontificale a été, cette fois, après avoir condamné de nouveau la secte, de la démasquer ; après l'avoir réprouvée, de la peindre ; en appelant l'attention du monde sur la maçonnerie, de l'appeler aussi sur le maçonnisme. La maçonnerie étant ainsi entendue, et, après avoir étudié longuement et attentivement la parole de Léon XIII, nous avons intitulé le présent travail, non pas Maçonnerie et Catholicisme, ce qui semblait être une formule plus concrète, mais Maçonnisme et Catholicisme, titre qui embrasse plus complètement tout le concept maçonnique : car, à notre humble avis, il y a là le concept le plus essentiel, le plus exact, le plus naturel de l'encyclique.
Toutefois, quelqu'un se rira peut-être de notre distinction, en la qualifiant de souverainement abstraite et métaphysique, sinon d'arbitraire et de puérile. Nous allons lui prouver qu'elle est au contraire et simplement très pratique, très facile à saisir, et d'une application indispensable et immédiate.
La maçonnerie est une association ou une secte, jusqu'à nos jours presque entièrement secrète, aujourd'hui publique et officielle, et partout connue, jusque dans la rue, presque à l'égal d'une institution légale. Elle a son organisation, sa doctrine, ses procédés, ses initiations, ses assemblées, etc. Les maçons sont ceux qui s'y sont affiliés et qui n'y ont pas renoncé par une abjuration formelle. Telle est en abrégé la société appelée la maçonnerie. Il nous suffit pour le moment d'en donner une notion fondamentale.
Il y a là la maçonnerie et les maçons ; mais ce n'est pas encore le maçonnisme. Le maçonnisme est plus et beaucoup plus que cela. Tel est l'objectif principal et le plus étendu que vise, comme on peut le voir, l'encyclique Humanum gémis . Le maçonnisme est la doctrine maçonnique qu'ont l'habitude de tenir, de professer et de pratiquer, et que tiennent, professent et pratiquent réellement plusieurs de ceux qui, matériellement , ne peuvent pas être appelés maçons, parce qu'ils ne sont pas matériellement inscrits sur les registres de la maçonnerie. Le maçonnisme est l'influence maçonnique dans les lois, dans la diplomatie, dans les lectures, dans les divertissements, dans les œuvres de bienfaisance, dans l'enseignement et dans toutes les sphères de la vie sociale. On peut être fauteur, complice et coupable de tout
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cela, sans être positivement affilié aux loges ou avoir revêtu le tablier maçonnique. Pour rendre notre pensée plus claire, nous allons recourir au moyen simple et populaire des comparaisons. La lumière que les physiciens appellent diffuse, et qui est celle qui éclaire, pendant le jour, les lieux où ne pénètrent pas les rayons du soleil, n'est assurément pas le soleil lui-même. Toutefois, c'est la lumière du soleil, bien qu'elle ne soit pas le disque solaire. C'est de lui qu'elle tire toute sa beauté, sasplendeur, sa bienfaisante influence. Ainsi en est-il du maçonnisme : il est le resplendissement, le rayonnement diffus de ce foyer ténébreux de perversité antichrétienne qui s'appelle la Maçonnerie. Il étend son influence beaucoup plus loin que cette dernière ; il empoisonne, corrompt et tue maçonniquement même un grand nombre de ceux qui ignorent l'existence des maçons et de la maçonnerie. L'effet de ce maçonnisme ou de cette maçonnerie diffuse, beaucoup plus funeste que celui de la maçonnerie dans son sens concret et matériel, est cet horrible pouvoir que possèdent aujourd'hui les loges dans le monde entier, et qu'elles ne posséderaient certainement pas, si la maçonnerie ne pouvait compter que sur le concours de ses affiliés officiels, et si elle n'était pas aidée et servie par la protection plus efficace d'un très grand nombre de maçons inconscients, c'est-
à-dire, de catholiques imprégnés, quelquefois sans le vouloir, d'autres fois par leur faute, du maçonnisme le plus raffiné.
Il nous semble que cette distinction ne paraîtra plus désormais si relevée et si métaphysique à quelques-uns de ceux qu'elle faisait peut-être sourire au début. Il nous semble qu'ils commencent à apercevoir par notre façon de poser la question, le but que nous poursuivons. De ce point de vue élevé, des horizons étendus, immenses, se déroulent à nos yeux.
On verra déjà comment, en prenant une à une les paroles du Pape, et spécialement celle qui a pour but de démasquer la maçonnerie , nous mettons, avec l'aide de Dieu, le doigt sur la plaie, et trouvons dans cet admirable document émané de Romele diagnostic de tout le mal social à l'heure présente. La première cause et la première racine de ce mal, c'est la maçonnerie, dont l'effet le plus général et le plus terrible dans ses conséquences est ce que nous avons appelé le maçonnisme. Cette dénomination vulgaire et usuelle, donnée aussi comme authentique par Rome dans d'autres documents, est, pourquoi ne le dirions-nous pas à notre tour ? — celle de libéralisme.
Nous le verrons, avec l'aide de Dieu, dans les chapitres suivants. La distinction que nous avons indiquée, marque d'avance la division naturelle de
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notre travail : nous parlerons d'abord de la maçonnerie considérée dans son objet matériel, ou de la secte en particulier, in concreîo, et cela seulement par manière de construction de lieu ; en second lieu, et principalement, nous parlerons de la maçonnerie considérée dans son objet formel, formaliter, ou du maçonnisme et des œuvres et des influences maçonniques en général.
Le Pape a ouvert la brèche par laquelle nous devons passer sans crainte ni respect humain, nous tous qui nous faisons gloire de marcher sous les ordres d'un chef aussi vaillant.
De l'existence dans le monde actuel de cet horrible foyer d'anlichristianisme qui s'appelle la maçonnerie.
La première chose que fait l'encyclique Humanutn gains au sujet de la maçonnerie, c'est d'atfirmer son existence. Et cette affirmation semble mériter d'être signalée, en raison de son importance capitale.
La tactique des sectaires, quand ils se sentent atteints par une condamnation pontificale, est tou-
jours la même : tout d'abord ils assurent, sur le ton de la plaisanterie, que cette erreur ou cette secte contre laquelle est lancé l'anathème n'existe pas, que cette hérésie n'est qu'un mythe éclos dans l'imagination du Pape ; ensuite, ils en viennent toujours à distinguer dans la doctrine réprouvée un bon et un mauvais concept, prétendant que dans tel sens la condamnation est légitime, mais non dans tel autre, qui est précisément celui qui la motive davantage. L'arianisme et le pélagianisme, qui furent les hérésies les plus formidables ; le jansénisme et le libéralisme, qui ont été les hérésies les plus funestes des derniers temps, ont brillé entre toutes par l'habileté avec laquelle elles ont su se maintenir comme sur un champ de bataille vaste et bien protégé, à la faveur de ces subtilités diaboliques, Contre ces subtilités tortueuses, qui, plus que tout le reste, caractérisent leur perfidie native, l'Église a toujours opposé l'infaillibilité de son enseignement, non seulement en ce qui touche aux doctrines considérées au point de vue spéculatif ou théorique, mais aussi relativement à leur existence pratique, dans Tordre des faits, qu'elles se trouvent exposées dans un livre, ou incarnées dans une secte ou dans une institution. De sorte que l'autorité décisive du magistère pontifical s'exerce non seulement sur le dogme et les enseignements qui lui sont opposés, mais aussi
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sur le fait dogmatique, c'est-à-dire, sur ce que nous pourrions appeler sa réalisation pratique dans la sphère sociale. Il n'est donc pas oiseux que le Pape commence son très grave document en affirmant l'existence de la maçonnerie.
Pour peu que Ton connaisse le monde misérable dans lequel nous vivons aujourd'hui, ce monde qui. nonobstant ses fastidieuses prétentions de lumière et de civilisation, est parfois aussi insensé, aussi arriéré, et, sur beaucoup de points, plus crédule et plus facile à tromper que s'il avait vécu il y a trois siècles ; pour peu, je le répète, que l'on connaisse le monde malheureux avec lequel nous avons à vivre, on verra que ce qui convenait avant tout, c'était cette solennelle et très autorisée affirmation. Aussi bien, il y a moins d'un an, parlant avec un homme considérable, qui se pique d'être savant et qui l'est réellement dans une certaine branche, nous avons entendu avec tristesse tomber de ses lèvres cette affirmation magistrale, que la franc-maçonnerie est une chimère, et que nous ne sommes guère que des enfants à la mamelle, tremblants à l'aspect d'un fantôme, nous qui, à toute heure, nous occupons de la maçonnerie. Ils sont nombreux, ou du moins ils l'ont été jusqu'à ce jour, ceux qui ont cru que réellement la maçonnerie n'est qu'une machine de guerre inventée par les orateurs ou
les journalistes ultramontains. Ils n'observent pas que cette entreprise où l'on ne voit rien de la maçonnerie, est précisément la première des ruses maçonniques, celle que la secte emploie avec le plus d'ardeur et sans contredit avec le plus de succès. Pour tous ces hommes, la très grave parole du Pape, qui affirme, dans la plénitude de son infaillible autorité, que la franc-maçonnerie existe, et existe véritablement, cette parole pontificale est tombée comme une bombe au milieu de leurs négations innocentes ou perfides. Il est donc certain et démontré, non seulement par le témoignage des faits, que les aveugles volontaires ont pu seuls jusqu'à ce jour ne pas voir, mais d'une façon beaucoup plus formelle encore* par l'autorité divine de l'Église, qu'il existe une secte appelée la maçonnerie ou la franc-maçonnerie. C'est là un fait réel, vivant, palpitant, actuel, comme les autres qui, dans le monde extérieur et sensible, appellent notre attention. Il existe une vaste association ou ligue, secrète jusqu'à ces derniers temps, presque publique et officielle aujourd'hui, qui compte par milliers dans chaque nation des centres secondaires appelés loges, et dont les adeptes ou affiliés se comptent par millions, rangés sous une bannière commune, sans égard pour les différences de nationalité ou de politique, et animés d'une même
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haine contre le Christ et sa sainte Église. Comme il existe, en plein jour et au grand soleil, une société visible, organisée, ayant ses chefs reconnus et acceptés, avec sa hiérarchie ; société qui s'appelle le christianisme, parce qu'elle est en quelque sorte la personnification des doctrines et des préceptes du Christ, son immortel fondateur : ainsi il existe une autre société, qui est née et agrandi à la faveur des ténèbres, organisée elle aussi et possédant sa hiérarchie, soumise à des chefs redoutables et mystérieux; société qui. étant comme une personnification de toutes les haines contre le Christ, peut fort bien s'appeler Tantichristianisme organisé, ou mieux l'Antéchrist, et qui, uniquement pour des motifs de convenance stratégique, ne porte pas ce nom, mais celui de Maçonnerie ou de Franc-Maçonnerie. Une telle société, formidable Eglise de Satan, en opposition directe et en lutte continuelle avec l'Église du Christ, se trouve répandue, comme son éternelle rivale, par tout le monde connu, et travaille de tout son pouvoir à étendre chaque jour ses incommensurables frontières. E: son désir est d'établir dans tous les pays et par tous les moyens un royaume universel de Satan en face du royaume universel de Jésus-Christ, à qui son Père a donné en héritage tous les siècles et tous les peuples, bien que, pour des fins connues de son insonda-
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ble providence, mais que nous connaissons en partie, il ait permis que ce royaume divin soit en lutte continuelle avec le royaume de Satan, jus qu'à l'heure du triomphe complet du Christ au jugement universel. Cette société infernale existe, elle travaille, elle conspire, elle écrit, elle pérore, elle légifère, elle gouverne, elle lutte, elle étend son empire, et elle porte en elle-même la clef de la majeure partie des événements modernes. Son œuvre est ce monde officiel établi partout, ou directement contre Dieu, ou honteusement, en faisant abstraction de Dieu ; ou hypocritement, en voulant que Dieu partage avec ses ennemis sa souveraine domination. De ses centres sort comme inspiré par Satan, à peu près tout ce qui se prêche et s'enseigne aux peuples, en opposition avec ce qu'enseigne la sainte Eglise catholique, apostolique et romaine. Le monde, le démon et la chair avaient déjà, depuis Adam, des maximes, des affections et des procédés opposés à la vérité; la Maçonnerie est venue, dans les temps modernes, donner à toutes ces forces individuelles, et, pour ainsi dire, séparées et désunies, une funeste unité de but, de principe et de procédés, dont la perfection et la sagesse ne se comprennent et ne s'expliquent qu'en reconnaissant qu'elles sont diaboliques. Le diable est mauvais, c'est certain j mais il a une nature an-
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gélique, qui, d'après renseignement de la théologie, n'a été détruite ni par le péché ni par la punition qui lui a été infligée.
Quelle est l'extension matérielle, et par là même l'influence désastreuse de cette Église antichrétienne, autrefois très secrète et cachée, aujourd'hui visible, apparente, prépondérante, et régnant en souveraine ? On en aura l'idée parla statistique, et les dates suivantes, que nous empruntons, pour ce qui concerne l'Europe, à un journal autorisé et que nous croyons bien renseigné :
Angleterre. — La Grande Loge d'Angleterre, dont le siège est à Londres, date de 1717 ; elle a sous ses ordres le chiffre énorme de 2,019 loges. Une autre puissance, de rite «ancien et accepté » pour l'Angleterre et le pays de Galles, porte le titre de « Suprême Conseil du 33e degré ». Elle fut établie en 1845, et compte 88 chapitres.
Ecosse. — La Grande Loge écossaise dont le siège est à Edimbourg, fut fondée en 1738, et a sous ses ordres 891 loges. Le Suprême Conseil du 33e degré du rite écossais antique et accepté compte 10 chapitres.
Irlande.— La Grande Loge d'Irlande, dont le siège est à Dublin, a sous ses ordres le nombre très considérable de 1,014 loges.
Danemark. — La Grande Loge de Danemark,
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dont le siège est à Copenhague, fut fondée en 1747, et a 10 loges sous ses ordres.
Suède et Norvège. — La Grande Loge de ces pays, dont le siège esta Stockholm, fut fondée en 1754, et a 33 loges sous ses ordres.
Belgique. — Le Grand Orient de Belgique s'est établi à Bruxelles en 1832 ; il dispose de 24 loges.
Hollande. — Le Grand Orient des Pays-Bas a son siège à la Haye; il fut fondé en 1756, et dispose de 79 loges, qui, en 1884, réunissaient 2,185 associés.
Allemagne. — L'Allemagne septentrionale possède huits pouvoirs maçonniques et cinq loges indépendantes, avec un total de 42,496 maçons actifs.
La Grande Loge nationale, la loge mère, se trouve à Berlin, et fut fondée en 1774. Elle compte 113 loges, qui réunissent 13,095 affiliés. La Grande Loge régionale d'Allemagne, dont le siège est aussi à Berlin, date de 1774, et compte 107 loges, avec un total de 8,762 associés. La Grande Loge royale d'York, dont le siège est encore à Berlin, fut fondée en 1798; elle compte 61 loges et 4,774 membres. La Grande Loge de Hambourg, qui a son siège dans cette ville, fut fondée en 1740, et compte 31 loges et 2,629 affiliés. La Grande Loge éclectique de Francfort fut fondée le 18 mars 1783^ et compte 12 loges et 1,396 membres. La Grande Loge de Bavière, le
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Soleil, fut fondée le 21 janvier 1741, et compte 24 loges et 1,701 membres. La Grande Loge régionale de Saxe, dont le siège est à Dresde, fut fondée en 181 1, et compte 18 loges et 3,000 membres. La Grande Loge de l'Union maçonnique, qui a son siège à Darmstadt, fut fondée en 1846 ; elle compte 9 loges et 896 membres.
France. — Le Grand Orient de France réside à Paris; il fut fondé en 1736, et tient sous son obédience 66 ateliers à Paris, 13 dans le département de la Seine, 208 dans les autres départements, 14 à Alger, 11 dans les colonies, et 28 chez les nations étrangères.
Outre le Grand Orient, il existe à Paris :
i° Le Suprême Conseil du rite écossais ancien, accrédité pour la France et ses dépendances (ou possessions hors du continent) ;
2° L'ordre maçonnique oriental du Misraïm ou d'Egypte ;
30 La Grande Loge symbolique écossaise de France.
Luxembourg. — Le conseil suprême du grandduché de Luxembourg fut établi en 1844, et compte deux loges.
Hongrie. — Le Grand Orient de Hongrie réside à Pesth ; il fut fondé en 1871, et compte 15 loges. La Grande Loge de Hongrie, fondée en 1870, compte 24 loges et 783 membres.
Italie. — Le Grand Orient d'Italie, Suprême Conseil, fat fondé en 1861, et compte 150 ateliers.
Espagne. — Le Grand Orient national d'Espagne, grande loge espagnole, réside à Madrid. Il fut fondé le 15 janvier 1726 par lord Warton; il a sous ses ordres 182 loges. De plus, il existe un Suprême Conseil de la Maçonnerie espagnole, fondé en 1868; il compte 216 loges et 3 chapitres.
Portugal. — Le Grand Orient de Lisbonne et le Suprême Conseil de la Maçonnerie portugaise, fondés en 1805, se fusionnèrent en 1869; ils comptent 114 loges.
Suisse. — La Grande Loge de Berne, fondée en 1844, compte 74 loges.
En résumé, il ressort de cette ténébreuse statistique qu'il existe, en Europe seulement, 5,486 loges ou paroisses de cette Église infernale. Nous disons : « en Europe seulement » , car il faut remarquer qu'il y en a un nombre égal dans les autres contrées du monde connu, et spécialement en Amérique, où la corruption maçonnique a pénétré d'une façon particulière.