‹ Le mal social (volume 2)Chapitre 15 sur 29 · MAÇONNISME ET CATHOLICISME IJ · texte numérisé non relu

MAÇONNISME ET CATHOLICISME IJ

De l'opposilhn radicale qui existe entre le Maçonnisme et le catholicisme dans la façon d'apprécier le concept de la religion.

Désormais nous allons parcourir un à un les principaux points sur lesquels se manifeste la contradiction essentielle qui existe entre la solution catholique et la solution maçonnique. C'est le moyen le plus pratique de montrer, môme à ceux qui sont les moins versés dans ce genre d'études, combien est profond l'abîme qui sépare le Maçonnisme du catholicisme, et de plus tout ce qu'il y a de formellement maçonnique dans un grand nombre des idées que professent aujourd'hui, sans le moindre scrupule, quelques hommes qui n'en veulent pas moins passer pour d'honnêtes chrétiens.

Le premier problème qui s'offre à l'intelligence humaine, c'est celui de la religion, ou mieux ce problème renferme tous les autres. Mais nous voulons parler uniquement ici de la religion dans ce qu'elle a d'obligatoire pour l'homme qui la connaît; et il est entendu qu'en parlant de religion, nous n'avons en vue que la seule véritable, la religion catholique, apostolique et romaine.

Ceci établi, nous allons voir que le oui et le non contradictoires du critère maçonnique et du critère catholique ont là même leur point de départ. Le Maçonnisme soutient que la religion est une question purement individuelle et qui regarde le for intérieur de chacun ; que l'homme est libre de servir et d'adorer Dieu de la manière qui lui paraîtra la meilleure, et que nul ne peut être obligé ou contraint par un autre à pratiquer tels ou tels actes de religion. Tel est le fondement sur lequel le Maçonnisme établit sa théorie de la liberté absolue des cultes, qui est pour lui le premier des prétendus droits de l'homme, le plus sacré et le plus inviolable des droits. Aussi bien toutes les législations modernes, s'inspirant de ce critère maçonnique, ont inscrit en première ligne ce droit fondamental, que l'on a décoré du nom sonore et pompeux de liberté de conscience.

Le catholicisme soutient, au contraire, que cette liberté de conscience n'existe pas; que la révélation du Christ Jésus est obligatoire pour les individus comme pour les nations; que l'homme libre n'a pas le droit de vivre en dehors de la foi ou de professer des opinions qui lui soient contraires, sans faire acte de faiblesse et se rendre méprisable; que si l'homme doit avoir sans cesse des sentiments de charité et de compassion pour celui qui se trompe de bonne foi, il doit être ce-

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pendant sévère à l'endroit de celui qui professe systématiquement l'erreur; que, dans les sociétés chrétiennes qui veulent vivre et se gouverner chrétiennement, il est logique que les attaques contre la foi soient passibles de peines, comme le serait toute attaque contre une autre institution fondamentale quelconque de cette société; et que, par là même, dans ces sociétés, on ne peut établir comme base de législation la liberté de conscience, mais tout au plus consigner le fait d'une tolérance plus ou moins large, là, qu'on le remarque bien, pour Dieu! — où, en vertu de circonstances antécédentes ou concomitantes, se trouve déjà établi et enraciné le fait d'une diversité plus ou moins considérable d'opinions en matière de religion. Mais ce fait, quand il existe réellement, ne peut jamais être sanctionné comme un droit, encore moins être proposé officiellement comme un progrès ; bien au contraire, on doit s'efforcer d'y porter remède et de le faire disparaître, comme on le ferait pour toute autre calamité sociale.

La religion, d'après le catholicisme, n'est point une relation libre entre l'homme et Dieu, une relation que chacun puisse régler et déterminer à son gré. Autrement, il faudrait regarder comme parfaitement légitimes et agréables à Dieu toutes les impuretés, les obscénités et les prostitutions par

lesquelles on honorait Vénus et Adonis dans les temples de Chypre; toutes les cruautés de sacrifices humains qu'offraient à Teutatès les anciens Gaulois; les horribles festins, où était servie la chair des prisonniers, que les Iroquois célébraient en l'honneur de leur fausse divinité; l'immolation des vieux parents que prescrivait aux Massagètes une absurde piété filiale; le sacrifice de la veuve sur le bûcher du mari, comme l'exige le cérémonial des funérailles dans l'Inde ; ou les hécatombes épouvantables par lesquelles le monarque sanguinaire du Dahomey solennise ses fêtes. S'il est licite et juste que l'homme honore la Divinité selon son bon plaisir, on doit regarder ces monstruosités comme licites, justes et agréables au Ciel, et celui qui y participe ne mérite pas plus de châtiment que cet autre qui prêche la fausse Bible, ou qui pratique les merveilles et les enchantements du spiritisme. Et le Maçonnisme, ou doit admettre comme logiques toutes ces absurdités, ou convenir, par une conséquence rigoureuse et rationnelle, et qu'il n'y a pas d'autre manière légitime d'honorer Dieu que celle par laquelle il veut être honoré; et que, Dieu le Père ayant daigné envoyer son Fils unique au monde pour enseigner par ses exemples et par sa doctrine ce moyen unique dont il veut être servi et honoré, il y aurait révolte contre Dieu et contre son

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Christ à recourir à d'autres moyens, ou à enseigner que l'homme est libre de placer son critère religieux, quel qu'il soit, en face du critère révélé par le Fils de Dieu ; surtout après que ce dernier a scellé son Évangile par ces paroles formelles, expresses et décisives, qui détruisent absolument toute prétention de la liberté humaine sur ce point : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; mais celui qui ne croira pas, sera condamné (i) ».

Qu'elles voient donc de qui elles se font l'écho, toutes ces malheureuses victimes de l'illusion qui soutient aujourd'hui l'absurde et fallacieuse théorie maçonnique d'après laquelle la religion est une question libre et purement intérieure, et chacun est maître de servir et d'honorer Dieu à sa manière. Il est inutile de faire remarquer que ceux qui prétendent ainsi servir et honorer Dieu librement, ont coutume de ne le servir et l'honorer d'aucune façon, et de ne se souvenir aucunement de l'existence de Dieu.

Si l'on prétend que nul autre que Dieu ne peut juger les actes intérieurs qui ne se produisent d'aucune façon au dehors, on dit alors la vérité, mais une vérité de La Palice : car, si ces faits

t. Qui crcdidcrit, et baptisât us fucrit, saints erit;qui veronon

crcdidcrit, condemnabitur . Marc, xvi, 16.

sont purement internes et ne se produisent aucunement au dehors, ils sont absolument occultes, et il est clair alors qu'ils ne tombent ni ne peuvent tomber sous aucune juridiction autre que la juridiction directe de ce même Dieu, le seul qui voie les choses cachées. C'est pour cette raison et dans ce sens qu'on dit que l'Église elle-même ne peut pas juger des actes purement intérieurs; mais cela ne veut pas dire que de tels actes soient libres. Dieu peut les juger, et les juge en effet, d'une manière terrible; et l'Église peut leur imposer des règles, et des règles sévères, bien qu'il ne lui appartienne proprement de juger ailleurs qu'au tribunal de la miséricorde le fidèle qui vient s'accuser.

Un aulre point sur lequel le Maçonnisme et h catholicisme sont radicalement opposés l'un à l'autre, c'est la manière de considérer VÉlal civil.

S'il existe une opposition radicale entre le Maçonnisme et le catholicisme dans leur façon d'apprécier les rapports directs de l'homme avec Dieu, ce qui constitue le problème religieux, leur oppo-

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sition n'est pas moins radicale dans leur façon d'exprimer l'idée qu'ils se font de l'État civil, ce qui est un autre point également important.

L'Etat, pour le Maçonnisme, est indépendant, souverain, sans autre frein ni sujétion que ses propres lois, qui ne peuvent émaner d'une autre autorité que la sienne. L'État, maçonniquement parlant, est le principe de tout ce qui constitue la vie sociale, la source de l'autorité, l'auteur du droit, l'instituteur de la famille, le fondement de la propriété, le directeur unique de l'enseignement : en un mot, il est, en quelque sorte, un Dieu. L'État, selon l'expression paradoxale et historique de Rousseau, est le principe de toutes les insanités libérales modernes; il est comme la résultante des volontés de tous les citoyens, et partant, dans sa toute-puissante entité, il représente le droit très libre de tous, et montre, au moyen du suffrage universel, quelle est la libre volonté de ses membres. Et ce que la majorité des suffrages déclare bon, est bon; ce qu'elle déclare vrai, est vrai; et il n'existe, ni au ciel ni sur la terre, aucune règle supérieure à celle-là; et ses décisions sont sans appel. Il résulte de là, pratiquement, que cette indépendance absolue de l'État se transforme, pour tous ceux qui sont sous sa dépendance, en une servitude des plus odieuses et des plus dégradantes. Le Dieu-État, en possession de telles attributions, est an despote

horrible, qui dicte avec une brutalité sans égale ses lois capricieuses et les impose selon son bon plaisir, sans autre force ni prestige que celui que lui donnent le fouet et le sabre qu'il brandit au-dessus de la multitude abrutie. De là, par l'effet d'une réaction naturelle de la dignité humaine, il y a comme conséquence, dans le peuple, une révolte continuelle contre ce genre d'autorité humaine devenue odieuse, et de toutes les lèvres s'échappe spontanément cette exclamation célèbre d'un poète : « Qui a constitué l'homme juge de l'homme? » Car, en effet, si celui qui doit me commander et me juger en cette vie, ne me commande pas et ne me juge pas en vertu d'un principe qui nous soit supérieur à lui et à moi, en vertu de quel droit cet homme me commande-t-il et me juge-t-il ?car ce ne peut être seulement pour le fait brutal qu'il est plus fort que moi.

Tel est le fondement de la théorie maçonnique sur les droits de l'Etat et les devoirs du citoyen. Examinons maintenant renseignement catholique sur le même sujet.

Le catholicisme enseigne que l'homme a été ctéé par Dieu pour vivre en société, et par ce moyen obtenir sa fin éternelle. L'organisation sociale n'est donc pas le résultat d'un pacte ou d'une convention entre les membres de la société, comme l'a faussement prétendu Rousseau, mais

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