‹ Le mal social (volume 2)Chapitre 21 sur 29 · MAÇONN1SME ET CATHOLICISME I»I · texte numérisé non relu

MAÇONN1SME ET CATHOLICISME I»I

rence radicale qui existe entre le maçonnisme et le catholicisme, dans la façon d'apprécier ces besoins. Pour le maçonnisme, qui n'est autre que le naturalisme, l'homme n'a d'autres besoins que ceux de la vie naturelle; ces besoins tiennent la première place, ou mieux ils sont les seuls.

Toute la fin de l'homme, d'après le naturalisme maçonnique, est en lui-même et ne sort pas de la sphère de sa vie matérielle et terrestre. Les besoins seuls dignes d'être pris en considération dans l'homme, sont ceux qui se rapportent à son corps, et, au plus, à son intelligence, en ce qui touche aux vérités de la philosophie humaine. D'où le naturalisme conclut, avec une logique rigoureuse, bien qu'elle s'appuie sur un principe faux, que la souffrance, tant physique que morale, est pour la créature humaine le mal essentiel, et qu'elle ne peut être envisagée autrement, à la considérer uniquement dans son opposition avec le bien terrestre. D'où il résulte que toute bienfaisance maçonnique ou inspirée par le maçonnisme a pour unique objet de délivrer l'homme de cette souffrance, ou au moins de le soulager, sans aller absolument au delà, puisqu'il n'existe pas d'autres horizons pour ses yeux malades.

Il croit donc bonnement, cet homme qui prétend à tort être charitable, avoir fait beaucoup, ou mieux avoir tout fait, quand il a apaisé la

o2 LE MAL SOCIAL

faim de l'indigent avec un morceau de pain, ou couvert ses membres nus avec un mince lambeau d'étoffe, ou apporté quelque soulagement à ses douleurs, en procurant les remèdes prescrits par le médecin ou le chirurgien, et lorsqu'il ne peut pas réussir de la sorte, il se croit dans l'impossibilité absolue de faire quoi que ce soit de plus parfait ; et, à la rigueur, on ne peut rien exiger de plus de celui qui ne voit dans l'homme que son enveloppe extérieure, c'est-à-dire son corps. Le catholicisme se fait de l'homme une idée bien supérieure, et, partant, il se conduit à son égard d'une façon fort différente. Il voit en lui un corps et une âme; et, par conséquent, il distingue deux ordres de besoins et de souffrances, et il prescrit en sa faveur deux espèces d'oeuvres de bienfaisance, que le catéchisme désigne sous le nom si suave « d'oeuvres de miséricorde corporelle et spirituelle ». Et comme il reconnaît la supériorité de l'âme sur le corps, il reconnaît aussi, fort logiquement, que les œuvres corporelles sont d'un ordre inférieur aux œuvres spirituelles ; et qu'elles doivent être subordonnées à ces dernières, bien qu'elles puissent elle-mêmes être élevées au même rang, si, en les accomplissant, on se propose une fin spirituelle, en dehors du motif supérieur de la foi qui doit les animer toutes. Telle est l'appréciation fort juste du ca-

MAÇONNISME ET CATHOLICISME 183

tholicisme. La fin suprême de l'homme, sa fin la plus noble, uniquement importante, puisqu'elle est définitive, c'est celle de son âme immortelie, qu'il doit sauver et qu'il peut perdre. Donc toute œuvre de bienfaisance, quelle que soit la misère ou la souffrance qu'elle ait pour but de soulager, doit principalement avoir en vue cette fin dernière de l'homme, et être considérée principalement comme un moyen pour arriver à cette fin très noble. Le pain qui est donné pour apaiser la faim, le vêtement destiné à couvrir la nudité du pauvre, la visite et le remède destinés au soulagement de l'infirme, ont pour fin immédiate et pour ainsi dire tangible, d'apaiser la faim, de vêtir la nudité, de soulager une infirmité, mais ils doivent avoir pour fin supérieure et dernière de perfectionner l'âme et de l'aider à obtenir lés biens qui lui sont propres, à savoir : la vérité et la grâce de Dieu, et, pardessus tout, le bonheur éternel. Assurément, ceci ne fait pas que ce secours matériel qui est donné, vaille moins, ou soit donné avec moins de spontanéité ou d'abondance; mais qu'il se donne d'une manière plus digne de l'homme et de sa très noble condition ; qu'il se donne non comme à un chien ou à un cheval, auxquels nous voudrions uniquement conserver la vie, mais comme on doit le donner à un être raisonnable auquel on souhaite, outre l'as-

l34 LE MAL SOCIAL

sistance passagère du moment, les joies de la suprême félicité.

Ceci soit dit pour les besoins qui peuvent en quelque manière être secourus, et pour les douleurs qui peuvent recevoir quelque soulagement.

Mais quand le besoin est tel qu'aucun secours humain ne peut le satisfaire, et que l'épine de la douleur est si profonde qu'aucune main d'homme ne peut l'arracher, ah ! c'est alors que l'on voit très clairement combien est vaine, impuissante, stérile, la bienfaisance purement humaine, et combien est sublime, féconde et puissante, la véritatable Charité ! C'est alors que la lumière de la foi révèle aux yeux de l'affligé toute sa philosophie sur la douleur en lui enseignant* en premier lieu, qu'elle est transitoire, et que, par conséquent, elle n'a pas le caractère d'un mai absolu et inaccessible à toute espérance ; en second lieu, qu'elle est méritoire et qu'elle peut et doit être, en l'acceptant avec résignation, le principe et la cause d'un bonheur sans fin ; en troisième lieu, qu'elle est satisfactoire, c'est-à-dire qu'elle sert admirablement, dans le plan divin, à nous purifier, à nous faire expier et payer en cette vie les dettes parfois très lourdes que nous avons contractées envers la majesté suprême. Tout cela modifie, élève, et, en quelque façon, transforme tellement la souffrance aux yeux du bon chrétien, qu'il regar-

Page 1