C EST-A-DIRE IMPIES
Avez-vous entendu parler, amis lecteurs, d'une nouveauté qui, sous le titre d'écoles laïques, s'est introduite parmi nous? Écoutez et retenez bien ce qui va suivre pour votre gouverne. Ce sont purement et simplement des écoles de Satan et un piège tendu pour la perdition des âmes. C'est la dernière tempête suscitée par l'enfer contre ce catholique pays, qui en a essuyé tant d'autres depuis le commencement de ce siècle ; c'est le dernier déguisement à la faveur duquel la révolution prétend séduire et gagner notre pays.
Parlons clairement et sans voiles.
L'erreur ne ferait aucune conquête, si elle se montrait sous son véritable jour et dans toute sa laideur. Ce n'est point ainsi qu'elle procède ; et pour se propager elle a tout d'abord besoin de se couvrir d'un masque, qui est ordinairement un nom plus ou moins sympathique, à la faveur duquel elle attire l'attention. Voilà pourquoi ces centres d'impiété, établis récemment dans nos contrées, ont reçu de Satan leur véritable
père, le nom d'écoles laïques. Ecoles, c'est-à-dire lieux où l'on semble se borner à donner l'instruction, qui est une très bonne chose. Laïques, c'està-dire, selon les apparences, confiées à des séculiers qui peuvent remplir leurs obligations avec autant de compétence et de dévouement que les ecclésiastiques les plus distingués. Jusqu'ici, à première vue, rien d'extraordinaire.
Mais, hélas ! il y a là un masque et rien de plus ; un piège couvert de fleurs, un hameçon qui prend les naïfs. Ces écoles laïques ne s'appellent point de ce nom, dans la pensée de leurs fondateurs,parce que ce sont des laïques ou des séculiers qui les dirigent, mais parce que l'enseignement qui s'y donne se proclame laïque ou indépendant de toute religion. Cet enseignement est un enseignement sans Dieu, un enseignement athée, un enseignement qui cherche à s'emparer de bonne heure du cœur de l'enfant ou du jeune homme, pour en faire, non point ce qu'il doit être, un chrétien, ayant la foi et la crainte de Dieu, mais un homme sans foi ni loi, un homme sans religion.
Est-ce que nous calomnions les écoles laïques ou libres, en les qualifiant de la sorte ?
Nullement, puisque ces écoles ont eu soin de s'arroger et de mériter ce nom par leurs paroles et par leurs actes.
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Par leurs paroles dans les journaux qu'elles soutiennent. Il y a dans notre cité un journal qui leur sert d'organe officiel et qui ne cesse de nous répéter chaque semaine que le laïcisme est l'émancipation de toute idée religieuse, du jour sacerdotal, du despotisme de Rome, des idées du Syllabus, c'est-à-dire de tout ce qui constitue le véritable catholicisme. Et comme conséquence de ce plan diabolique, il ne laisse pas passer un jour sans vomir des blasphèmes contre ce qu'il y a de plus saint et de plus sacré, de recueillir toute la fange et la boue qu'il trouve dans la presse immonde de Paris, pour le jeter à la face des catholiques, et en couvrir tout ce qui touche au catholicisme.
C'est ainsi que parlent dans leurs programmes, dans leurs allocutions, les fondateurs et les patrons de ces écoles, prônant à haute voix l'excellence de la libre-pensée, de la science séparée, de la raison émancipée, et autres expressions empruntées au dictionnaire libre penseur, qui n'ont qu'une signification franche et véritable : guerre à la Religion.
Ces écoles justifiant encore leur nom pas leur acte. On commence par y supprimer le catéchisme comme chose inutile; on enlève le crucifix de la place d'honneur qu'il occupait ; on abandonne complètement les pratiques de la religion;
on refuse de visiter le pasteur de la paroisse. Dans les livres placés entre les mains des écoliers, on ne rencontre rien qui parle de la foi, de ses maximes, de ses préceptes, de ses fêtes, de ses sacrements, de ses saints, de ses cérémonies. Cest un enseignement vide et creux, au moyen duquel on veut asphyxier, dès le bas-âge, le cceur de l'enfant, en y . détruisant toute idée de Dieu, tout sentiment de culte, toute aspiration à un.1 autre vie.
Que les fondateurs de ces écoles ne nous disent donc pL s que nous les calomnions. Nous ne faisons que enlever légèrement un coin du voile sous lequel ». lies se dissimulent. Ce sont des écoles impies ei ien de plus.
L'école sans D'u'u est nécessairement l'école contre Dieu, l'école sans catéchisme est nécessairement l'école contre le catéchisme, nous dirions simplement à celui qui ne comprendrait pas cela, qu'il ne sait pas ce que c'est qu'un enfant, ce que c'est que l'éducation.
Élever un enfant, ce n'est pas seulement lui enseigner les lettres, le calcul, l'écriture et la géographie, la physique ou les mathématiques. Elever c'est former le cceur à l'aide de sentiments honnêtes, et nourris l'intelligence, au moyen d'idées nobles : élever, c'est encore réfréner les appétits, les astreindre aux limites et aux aus-
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térités du devoir, réprimer toutes les tendances vicieuses, corriger le désir naturel de liberté, à l'aide de la rigidité de la loi et de ses impérieux préceptes. Pour cela, il est indispensable d'habituer l'enfant à l'idée d'un être suprême et d'une loi supérieure, qui n'a point été faite par des hommes semblables à lui, mais qui a une origine plus élevée. Cet être et cette loi, qui exercent leur rigoureuse juridiction sur les pensées et les désirs les plus intimes et les plus secrets de son âme; cet être et cette loi dont il ne pourra jamais, quoi qu'il fasse, secouer l'autorité, cet être et cette loi, dont il est le sujet dès sa naissance, l'accompagnent à la façon d'un magistrat instructeur pendant sa vie, le jugent sévèrement à sa mort, et le punissent ou le récompensent pendant toute l'éternité. Telle est la base de toute éducation. Sans elle, on peut savoir fort bien lire, écrire ou compter, connaître la physique, la chimie, la gymnastique et tout ce que vous voudrez; mais rien au-delà. On possédera peut-être une fort brillante instruction, mais l'éducation, une éducation solide fera absolument défaut. Pour avoir confondu ces deux choses, plusieurs pères se trompent d'une façon lamentable quand il est question de l'école où ils doivent envoyer leurs enfants. Ils s'occupent beaucoup de la formation de l'intelligence et nulle-
Mm. Soc. — I. — i".
ment de celle du cœur. Ils se contentent d'un maître qui instruise leurs enfants, et n'attachent aucune importance à la question de l'éducation. Toutefois si tout le mal consistait à négliger l'éducation, il serait certainement moindre qu'il n'est en réalité ; on donne aux enfants une éducation, mais une éducation vicieuse. En se targuant d'indifférence, le maître les élève dans l'indifférentisme ; en se faisant gloire de n'observer aucune pratique de religion, il leur enseigne à la regarder comme une chose sans importance.
Placez, durant cinq ou six heures par jour, un enfant en contact avec un maître athée ; il ne tardera pas à subir la contagion, et à être atteint lui-même d'athéisme. L'enfance est un âge où presque tout s'acquiert par impression, et rien ou presque rien par conviction ; c'est pour cela que, chez elle, les bons et les mauvais exemples exercent une influence si grande et exceptionnellement décisive. Par une conséquence inévitable, le maître impie formera, presque toujours, des disciples impies.
Satan sait bien ce qu'il fait, quand il s'efforce, par tous les moyens, d'introduire partout cet abominable système de corruption. Il y a un plan vaste et horriblement satanique pour étendre sur notre malheureuse Espagne ces infernales écoles comme un épais réseau, dans les mailles duquel,
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depuis plus ou moins longtemps, une grande partie de notre jeunesse est prise pour être élevée dans l'athéisme. C'est la dernière étape du programme franc-maçonnique qu'on s'efforce d'appliquer chez nous avec la plus extrême hypocrisie. Aujourd'hui l'école athée, sous le nom d'école laïque qui lui sert de masque, demande uniquement le droit de vivre en bon voisinage à côté de l'école catholique. Elle se borne à séduire, sous le pompeux prétexte de propager l'instruction, les malheureux qui ne savent pas connaître la malice de sa réclame. Demain, comme on le voit déjà en France, elle réclamera la dictature la plus cruelle sur nos consciences, et sous le nom d'instruction Inique et obligatoire, elle tiendra le gouvernement à sa dévotion et le forcera à obliger sous peine d'amende et de prison les citoyens à lui envoyer leurs enfants. L'école laïque, c'est Satan converti en pédagogue. Aujourd'hui, il demande seulement à être admis à titre d'hôte ; demain il se dressera en tyran. Tel est la place des écoles laïques qui s'annoncent pour la première fois dans notre patrie, et que tous les catholiques devraient combattre comme la pire des calamités sociales.
Pères et mères! Le gouvernement ne la combattra pas, parce que, depuis des années déjà, le gouvernement est aux ordres de la Révolution. C'est
vous qui devez la combattre. Ces agents rusés de la Franc-Maçonnerie veulent vous enlever vos fils, pour les vouera l'enfer, vous ne devez pas y consentir. Préférez pour eux l'ignorance à la perversion. Mais non; vous ne les laisserez point pour cela croupir dans l'ignorance; vous pouvez leur faire donner une éducation bonne, solide et chrétienne; il y a partout des écoles publiques et privées ayant des maîtres séculiers ou ecclésiastiques, tels que Dieu les demande. C'est à ces maîtres et non aux autres que vous devez confier vos enfants. Au maître qui abhorre le catéchisme, vous ne devez pas confier une pièce d'argent, comment lui confierez-vous rame de vos enfants. Ne regardez pas comme un maître, mais comme un agent de perdition, celui qui ne vénère pas le crucifix. N'accordez aucune confiance à celui qui n'enseigne pas à vos enfants le signe de la croix et l'oraison dominicale, alors même qu'il aurait une science complète pour tout le reste. S'il est mauvais chrétien, plus il est savant, plus il est dangereux; comme l'assassin est d'autant plus à redouter qu'il tient à la main un poignard mieux aiguisé.
Pères et mères ! Vous devez désirer la mort de vos enfants, plutôt que de les voir dans de tels centres de perdition. Qu'espérez-vous d'un fils ou d'une fille élevés sans la crainte de Dieu ? Celui qui ne craint pas Dieu, ne craindra ni n'aimera
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ses parents ; celui qui commence par mépriser la Religion deviendra, avec le temps, le bourreau de sa famille. Considérez que les parents mauvais eux-mêmes, veulent que leurs enfants soient bons. Vous qui êtes bons, ne permettez pas que vos enfants reçoivent une instruction qui les rendra mauvais.
Pères et mères ! Quand vous lisez l'affiche ou que vous recevez le prospectus de YÉcoîe laïque, dites-vous immédiatement :
École laïque signifie école sans religion, sans catéchisme, sans messe, sans prières, sans Dieu.
École laïque signifie école d'athées, pépinière d'apostats, de mauvais fils, de mauvais pères, de mauvais citoyens.
École laïque, signifie instruction, mais instruction empoisonnée; lettres, hameçon de corruption ; sciences, bureau d'embauchage pour les loges maçonniques.
Telle est l'école laïque ; elle est cela, et rien de plus.
Il y a péché grave à y envoyer les enfants. Les parents qui commettent une pareille iniquité pèchent mortellement. Ils pèchent comme s'ils jetaient leurs enfants du haut d'un précipice, comme s'ils vendaient leurs filles à la prostitution.
Ils pèchent gravement ceux qui, pouvant em-
pêcher ces écoles de se fonder ou de se maintenir, leur donnent leur approbation ou leur autorisation. Ils pèchent gravement ceux qui les louent ou les favorisent. Ils pèchent gravement ceux qui, obligés de parler clairement sur ce sujet, se taisent ou dissimulent la vérité. Ils pèchent tous comme pécherait celui qui incendierait les moissons, empoisonnerait les fontaines, le pain et les autres aliments.
Oh ! l'instruction est une grande chose, mais à condition qu'elle soit bonne. Mais l'instruction est une chose détestable, horrible, quand elle est mauvaise. Les ennemis de la religion ne peuvent pas nous causer un plus grand préjudice qu'en empoisonnant l'instruction. En recourant à ce moyen, l'empereur Julien crut détruire le catholicisme plus sûrement et plus promptement qu'avec le fer et le feu. Ainsi pensent les persécuteurs actuels. Ils croient qu'avec l'école satanique ils arriveront à leurs fins. Vaine illusion ! Ils attireront à eux un grand nombre de malheureuses âmes; ils pervertiront beaucoup de cœurs, ils raviront la paix et l'honneur à un grand nombre de familles, ils sèmeront la zizanie de Terreur dans de vastes contrées, mais qu'ils cessent de se faire illusion, ces ennemis du Christ et de l'Église; le Christ ne mourra pas ! L'Église ne périra pas !
En attendant, préservons, autant qu'il est en
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notre pouvoir, les âmes de ce piège de perdition. Crions toujours et partout. Attention! Attention 1 Pères, ne vendez pas vos fils ! Mères, n'abandonnez pas vos filles ! Prenez garde à l'école laïque qui veut vous les ravir !
Le but de la révolution est purement et simplement la déchristianisation du monde et la proclamation des faux droits de l'homme rebelle substitués aux droits véritables de Dieu. Tout ce qu'on a vu jusqu'à ce jour sous le nom de révolution n'a été, à le bien considérer, qu'un prélude de cette révolution, des engagements d'avant-postes, des escarmouches qui précèdent le combat décisif. Ce qui s'est déjà réalisé, et ce qui se réalise actuellement sur le terrain des systèmes politiques ; les transactions et les formules de conciliation qu'on a examinées en vue d'établir, au moins pour un jour, une certaine paix apparente; les réformes d'économie sociale dont on menace le riche ; les utopies dont on flatte le pauvre ; les mille et une tracasseries législatives au moyen desquelles on veut bâillonner l'Église, toutes ces choses ne sont que des préparatifs en vue du terrible engagement final. Le jour viendra très prochainement, plût à Dieu que ce fût aujourd'hui ! où il n'y aura plus que deux termes dans le problème, deux étendards sur le champ de bataille : L'athéisme
franc, avoué, qui enfin, pour tous, s'appellera de ce nom, et le catholicisme intégral, qui, pour tous aussi sera reconnu sous ce nom.
En attendant que cet engagement ait lieu, une certaine confusion est inévitable : l'ennemi se montre parfois sous notre costume et il adopte notre devise ; pour prendre par le côté et par des moyens détournés ce qu'il ne pourrait prendre de front et dans une attaque directe, il a recours à des attaques partielles, mais qui, toutes partielles qu'elles sont, lui permettent de se rapprocher chaque jour du centre d'opération. Aujourd'hui le combat est sur le terrain de l'enseignement.
Prêtez-moi, je vous prie, votre attention. La révolution, jusqu'à ces derniers temps, pour faire un athée, n'avait qu'à pervertir d'avance un bon ou un mauvais catholique. En effet, comme il n'y avait dans le'monde que des catholiques bons ou mauvais, il est manifeste qu'elle ne pouvait en aucune autre façon recruter ses prosélytes. Faire d'un catholique, mais surtout d'un mauvais catholique, un athée, ne parait pas chose difficile, à première vue. La pente honteuse qui conduit de la foi à l'incrédulité est si facile ! les attraits du monde, du démon et de la chair surtout, sont si nombreux, si séduisants, et ils rendent si glissant le chemin du doute et de la négation! La liberté
a une telle puissance de séduction ! La voie large est si riante! La jeunesse est si inconsidérée ! La mode a un ascendant si despotique !
Il arrivait cependant qu'un homme, ainsi perverti, n'en venait que rarement à être un véritable athée. Presque toujours il paraissait l'être à première vue, mais l'antique foi catholique demeurait vivante au fond de son cœur. Il blasphémait comme un démon, maudissait le ciel, assassinait les religieux, saccageait les couvents, distillait le poison avec sa langue ou avec sa plume ; en un mot, il était tel que nous l'avons vu dans la personne de plusieurs de nos malheureux frères, baptisés comme nous, élevés par des mères chrétiennes comme nous, et qui, néanmoins, ont été le fléau de la religion et la honte de la patrie, depuis le commencement de ce siècle, et qui sont bien moins des athées que de mauvais catholiques au service de l'athéisme. Dételle sorte que, soit pour s'amender, soit pour se procurer une paix plus parfaite, soit par l'effet d'une illumination soudaine, soit par la vertu de la parole ardente d'un zélé missionnaire, soit par tout autre de ces moyens que la grâce divine tient à sa disposition, notre fier révolutionnaire se souvenait, sans savoir comment, de la foi de son premier âge ; sentait se réveiller subitement en lui des sentiments religieux, éteints depuis de longues
années ; les prières de son enfance, qu'il avait si longtemps oubliées, venaient se placer sur ses lèvres ; il se confessait, arrivait à la vieillesse, et mourait parfois comme un saint, alors que durant la plus grande partie de sa vie il n'avait été qu'un instrument et un esclave de Satan.
Chaque jour, nous recevons au confessionnal et nous assistons à leur lit de mort les derniers survivants de cette génération criminelle; toutefois moins criminelle que victime de la séduction. Chaque jour, Dieu retrouve un grand nombre de ces malheureux prodigues, qui retournent en pleurant au foyer paternel .
On voit clairement, par là, que le travail révolutionnaire n'obtenait ainsi que la moitié de ses résultats désastreux. D'abord, parce que cette révolution ne pouvait pas être une véritable révolution, puisqu'au fond, elle n'avait pour auteurs et pour fauteurs que des catholiques; ensuite, parce que ces mêmes catholiques révolutionnaires, ordinairement du moins, ne demeuraient pas tels toute leur vie ; à la fin, se sauvaient en grand nombre, après avoir réparé par leurs bons exemples, et quelquefois même par leurs écrits, le mal qu'ils avaient commis.
Le désir ardent de la Révolution devait être, était et est aujourd'hui, d'avoir des révolutionnaires franchement révolutionnaires ou franche-
ment athées; des révolutionnaires sans mélange de catholicisme d'aucune sorte, qui vienne tempérer leur malice ou paralyser leur action; des révolutionnaires offrant le moins de chances possibles de conversion; des révolutionnaires, non pas devenus tels par le fait d'une perversion, après avoir été catholiques, mais des révolutionnaires reconnus pour tels, dès leur naissance, ou au moins dès leur naissance à la vie intellectuelle. Ceux-là seulement seraient révolutionnaires sans aucun espoir de retour au catholicisme-, dans toute la force et l'ardeur de leur tempérament satanique.
A cette fin, il était indispensable de prendre l'homme non plus seulement dès sa jeunesse, mais dès sa première enfance, non seulement depuis l'âge des passions, mais depuis l'époque de l'éducation première ; il fallait le prendre, non plus seulement à l'atelier ou à l'université, pour le conduire de là au club, mais sur les genoux de sa mère pour le placer dans une école spéciale, où il doit se former; et cette école, on le comprend, ne saurait être ni l'école sincèrement catholique, ni même l'école simplement officielle.
Telle est l'école laïque. Ce qui s'y passe, achèvera de nous en faire comprendre l'intention satanique. Le voici :
En premier lieu, on fait en sorte de lui donner
un maître qui soit un homme sans religion. Naturellement pour former des disciples athées, le meilleur procédé est de les mettre de bonne heure en présence des actes d'une vie athée. Il convient que les enfants voient, dès le jeune âge, que leur maître, dont ils ont toujours une haute idée, n'entend pas la messe, n'entre pas à l'église, ne respecte pas le prêtre, ne salue pas le crucifix, n'est pas marié légitimement, ne fait pas baptiser ses enfants, ne prie pas dans sa maison, où il n'y a ni tableaux, ni vies de saints, ne donne en un mot aucune preuve de sa croyance. Les enfants voient naturellement cela à chaque instant, et ils connaissent de plus, du commmencement à la fin, toute l'histoire du personnage, et ils reçoivent ainsi près de lui les premières leçons d'incrédulité pratique, qui en feront plus tard des hommes sans Dieu, sans loi, sans foi.
En second lieu, il arrive que les textes ou les livres placés entre les mains de ces tendres créatures respirent cette même incrédulité qui, lentement les empoisonnera et les corrompra. Il n'y est nullement fait mention de Dieu, créateur du ciel et de la terre ; de l'âme spirituelle et immortelle, des récompenses et des châtiments de la vie future, de Jésus-Christ et de l'Église catholique, du catholicisme et des sacrements ; en un mot, il n'y est fait aucune mention de la
religion, pas même la plus élémentaire et la plus simple. On veut que l'homme commence à vivre à l'instar d'une brute errant à l'aventure, 'sans frein d'aucune espèce, et s'en tienne aux seuls principes d'un faux honneur naturel qui lui suffiront pour n'être pas condamné à la potence ou à la prison. Telle est l'éducation du citoyen libre; tellement libre, Dieu nous pardonne! qu'on s'éloignera à la vue des écarts et des abus qu'il se permettra dans l'exercice de sa liberté.
En troisième lieu, l'étude de la religion ne figurera même pas dans le programme d'enseignement imposé à l'enfant. De sorte qu'il pourra connaître en fait de géographie et d'histoire, la mythologie païenne, ou les rites superstitieux des Celtes, des Hindous ou des Japonais, tandis qu'il sera condamné à ignorer complètement la véritable religion de son pays et de ses ancêtres, parce qu'elle est considérée dans cette école comme une contrebande dangereuse.
Toutefois, que ces maîtres n'enseignent pas la religion, ce sera un mal, mais un mal relativement secondaire, malgré son extrême gravité. Ce qui est pire, c'est qu'ils enseignent à leurs élèves une religion falsifiée, mélangée d'erreurs, afin que, dès le bas-âge, les enfants commencent à l'abhorrer. C'est ainsi qu'ils disent que le Pape est un tyran cruel, que le clergé
forme un caste composée d'exploiteurs et de corrupteurs, que les couvents sont des foyers de corruption ; que les églises sont des repaires de voleurs et d'hypocrites ; que le Syllabas est le code de la réaction ; que les idées religieuses ne sont qu'ignorance et inutilité; que le catéchisme avilit et trompe ; que le monstre des temps présents c'est ce qu'on appelle le Jésuitisme. Le laïque enseignera tout cela dans son école; parce que c'est ce qui se publie chaque semaine dans les journaux qui sortent de cette école.
Qu'on nous le dise maintenant, en toute impartialité : quel est le père ou la mère sensés disposés à accepter pour leurs petits enfants ou leurs petites filles une éducation si mauvaise ?
— Holà! reprend l'orgueilleux maître laïque; instruire n'est pas élever. Dans l'école, on ne peut donner que l'instruction; l'éducation se donne dans la famille. — Ne nous arrêtons pas à la première de ces fausses allégations, c'est-à-dire à celle qui prétend que l'école ne doit pas être en même temps une maison d'instruction et d'éducation ; ne nous arrêtons pas à ce grossier mensonge, parce que, dans tous les siècles et dans tous les pays, les distributeurs de l'instruction primaire ont compris qu'ils devaient non seulement instruire, mais élever, attendu qu'en ce qui regarde l'enfant, l'instruction et Téduca-
tion ne sauraient être séparées. Dites-moi: si, dans l'école vous donnez une instruction mauvaise, est-il possible que l'enfant reçoive une bonne éducation avec le seul secours de la famille ? L'instruction a pour objet les idées, et l'éducation regarde principalement les sentiments et les mœurs; toutefois ces deux choses se tiennent tellement que l'homme ne saurait avoir des sentiments honnêtes et des mœurs pures, s'il avait des idées perverses. Il est moralement impossible que l'enfant qui reçoit une instruction mauvaise ait une éducation solidement bonne; il est difficile qu'un édifice construit à sa base avec le ciment de l'incrédulité, devienne dans la suite et dans son couronnement un édifice chrétien ; en semant dans l'âme des enfants des chardons et des épines, on ne saurait récolter, dans l'âge mûr, de bons fruits. Le Sauveur l'a dit de sa bouche infaillible : « L'homme recollera ce qu'il aura semé. s>
Pères et mères ! Lors donc que Satan vous tente pour vous porter à envoyer vos enfants à une de ces écoles d'où l'on a banni l'idée de Dieu, principe unique de toute morale, dites-vous à vous-même :
« Je ne le puis, parce que, sans le fondement de la crainte de Dieu, mon fils ne peut pas être un homme de bien; parce que, par exemple, pour
ne pas être voleur, il est indispensable de croire auparavant que le vol est une chose mauvaise, et je ne puis pas croire que le vol est une chose mauvaise, s'il n'est pas constant, d'une façon certaine, qu'il y a une loi supérieure qui le déclare mauvais; et cette loi supérieure ne peut exister, si 0:1 ne commence par croire à un législateur suprême, qui est Dieu.
« Je ne le puis, parce que, si mon fils a droit à être un mauvais chrétien, il a droit également à être un mauvais fils, un mauvais époux, un mauvais père et un mauvais citoyen. Quiconque en effet se dispense de ses devoirs envers Dieu, doit logiquement se croire dispensé aussi de ses devoirs envers les autres hommes. Ou il existe des devoirs, ou il n'en existe pas. S'il n'existe pas de devoirs envers Dieu, il n'y en a envers aucun autre, et le monde sera alors un bagne, où il n'y aura d'autre autorité que la force brutale du bâton, ou bien une réunion de sauvages où chacun agira au gré de son caprice ou de son intérêt, au cri de vive la liberté !
Telle est l'instruction soi-disant laïque; tel le secret de l'iniquité qui se cache derrière les programmes de cette fausse éducation sans Dieu. Le secret, ai-je dit; oui, en vérité, mais un secret publié à son de trompe, comme on dit; un secret connu du monde entier; un secret tellement
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public que personne, par là même, ne peut plus désormais s'y méprendre. La Révolution, en donnant à cette instruction le nom de laïque, n'a pas voulu faire autre chose que l'appeler athée; seulement elle a supprimé et remplacé ce mot, dur à entendre pour une grande partie du peuple, pour en employer un qui scandalise moins et garde mieux les dehors de la pudeur sociale.
Pères et mères ! Ne confiez pasvosfils etvos filles à de tels maîtres de corruption! Quelque mal qui puisse arriver à leurs corps et à leurs âmes, ce mal sera toujours moins terrible que cet empoisonnement calculé de leur première enfance, Pères et mères ! vous commettez le plus grand des crimes, en plaçant vos fils dans de tels centres de perdition!