‹ Le mal social (volume 2)Chapitre 26 sur 29 · LES TROIS MENSONGE · texte numérisé non relu

LES TROIS MENSONGE

bon chrétien, et un bon citoyen, et non un athée, qui sera toujours, nécessairement, un libertin en pratique et un démagogue en politique. Elle veut, en un mot, que le maître, ecclésiastique ou séculier, marié ou célibataire, portant la soutane ou la redingote, soit un maître véritable et non un empoisonneur public.

Passons au second sophisme de l'enseignement laïque. L'instruction, dit-on, n'est pas l'éducation. C'est vrai ; mais il n'y a pas, et il ne peut pas y avoir une bonne éducation, si l'enfant est perverti par une fausse instruction.

L'instruction regarde l'intelligence et l'éducation regarde le cœur. Mais si l'intelligence est viciée au moyen d'idées absurdes, le cœur ne peut pas être animé de sentiments nobles et honnêtes. En sorte que, si l'école laïque enseigne à l'enfant le mépris de Dieu, l'indifférence à l'égard de sa loi et le mépris de l'église, il ne vaut pas la peine que Ton dise que la mission de cette école n'est pas d'élever ; non, parce qu'en réalité elle élève, mais elle élève pour le mal, elle élève pour le désordre, elle élève pour la ruine temporelle et éternelle de ce malheureux enfant. Elle donne une éducation perverse, quand elle inculque à l'esprit de l'enfant les mauvais principes dont plus tard, quand l'âge des passions sera venu, il s'empressera de tirer les conséquences ; elle donne une éduca-

tion perverse, quand elle arrache du cœur de l'enfant, cette ancre et ce guide de la foi, sans lesquels la pauvre nacelle doit aller forcement se briser contre quel qu'un des nombreux écueils de la vie ; elle donne une éducation perverse, parce que, en n'enseignant pas à l'enfant qu'il y a un Dieu qui l'a créé, un Dieu qui Ta racheté, un Dieu qui lui a donné une loi, un Dieu qui ne cesse de l'accompagner en toutes ses voies, un Dieu qui doit le juger un jour, un Dieu qui, après le jugement lui donnera une éternelle récompense ouïe condamnera à un supplice sans fin. en ne lui enseignant pas, dis-je, tout cela, elle bâtit en l'air tout l'édifice des devoirs de l'homme, du fils, de l'époux, du père et du citoyen, et elle est responsable, par là même, de toutes les révoltes dont se rendra coupable cet enfant qui demain sera un homme, un citoyen, un époux, un père, lorsqu'il violera toute loi, foulera aux pieds tout devoir, brisera tout frein, et ne voudra reconnaître d'autre règle que sa souveraine, despotique et brutale volonté. De même que, dans l'organisme humain, il y a deux choses distinctes : le cœur qui sent et la tête qui pense, deux choses qui sont cependant inséparables et influent mutuellement Tune sur l'autre, de sorte que le sentiment modifie notre pensée, et la pensée, à son tour, modifie le sentiment, ainsi l'instruction et l'éducation sont des concepts

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distincts ; mais sachez-le, si vous instruisez mal, vous n'élèverez pas bien ; si l'instruction est mauvaise, l'éducation ne pourra pas être bonne ; si vous établissez un fondement sur le sable, l'édifice que vous bâtirez sur ce fondement ne sera pas solide. Voyons enfin le troisième, sophisme ou mensonge du laïcisme.

Il consiste à dire que l'école laïque n'attaque pas la religion, puisqu'elle se borne à l'écarter absolument. Cette monstrueuse assertion, vraie bouffonnerie souverainement déplacée, mille fois répétée, doit néanmoins être démasquée- à son tour et vouée comme toutes les autres à la honte et à la réprobation universelle. L'enseignement laïque n'attaque pas la religion, puisqu'il ne fait autre chose que garder le silence à son endroit ? Fort bien ; mais se taire sur la religion, c'est l'attaquer dans ses droits les plus sacrés, c'est-à-dire les droits de son autorité ; car la religion ou n'est rien ou est une autorité, d'où il résulte qu'elle a un droit absolu et primordial, consistant en ce que personne ne puisse se dispenser de la connaître, de la respecter et de lui obéir. Entendezmoi, vous qui êtes les dépositaires de l'autorité dans la nation, vous paraîtrait-il juste que l'on enseignât qu'il n'est pas permis d'attaquer la loi, mais que le citoyen peut absolument faire abstraction de l'existence de cette loi. Écoutez-moi,

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pères et mères, vous tiendriez-vous pour satisfaits, si vos fils vous disaient : Oh ! père ! oh ! mère ! Il nous est défendu de vous attaquer, mais non de nous séparer de vous, d'être indifférents à votre endroit . Qu'est-ce que faire abstraction de la loi, sinon la fouler aux pieds ? Qu'est-ce que faire abstraction de l'autorité, sinon se déclarer en révolte ouverte contre elle ? Faire abstraction de Dieu ! Blasphème horrible I Et de quel droit la créature fait-elle ainsi abstraction de son auteur, le vassal de son roi, le serviteur de son maître, le fils de son père et le coupable de son juge? Faire abstraction de Dieu! Qu'est-ce sinon une criminelle rébellion, une infâme apostasie ? Ah ! Vous n'enseignez pas à vos enfants à attaquer Dieu, à abhorrer sa loi, à renier son Église! Vous n'enseignez rien de tout cela ; vous ne leur enseignez qu'à en faire abstraction, cette parole respire la réserve et le respect et ne semble cacher aucune malice ! Remarquez toutefois qu'une telle abstraction a des conséquences beaucoup plus considérables que ne le pensent une foule de naïfs, et même les rusés et les habiles. L'enfant, accoutumé à faire abstraction de Dieu et de sa loi, apprendra à tenir pour nulle et non avenues beaucoup d'autres choses sans lesquelles il ne sera ni bon, ni honnête, ni même convenable envers ses semblables. En se passant

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