ÉPILOGUE
phème ? Oui, il y a darçs ce cri un blasphème et un blasphème satanique ; il y a un écho du cri de Lucifer : « Je ne servirai pas » .
Je dépends de Dieu de deux manières : et parce que j'ai été créé par lui, et parce que je ne dois vivre que pour lui.
Et comme tout mon être vient de lui, il doit être tout à lui, sans qu'il me soit permis de prendre quelque partie que ce soit de mon être pour la diriger uniquement vers moi, exclusivement à moi, étant posé qu'aucune partie de mon être ne cesse de lui appartenir.
Tout donc, pensées, paroles et actions, affections et désirs, santé et maladie, vie et mort, doit lui appartenir et être dirigé vers lui, sous peine de commettre contre lui un vol, une trahison, une noire ingratitude et une honteuse perfidie.
Tous donc, gouvernants et gouvernés, lettrés et artisans, enfants et vieillards, humbles et potentats, le particulier et le citoyen, la famille et l'État, le précepte domestique et la loi publique, doivent être principalement pour Lui, tendre premièrement vers Lui, et lui être subordonnés en tout.
C'est là une théocratie pure ! s'écriera un niais alarmé.
Oui, ami; c'est une théocratie pure, puisqu'il
Çî2 LE MAL SOCIAL
vous plaît de parler grec pour plus de clarté, comme un autre Hermogène. Théocratie pure ; mais plus pure vérité encore. Théocratie pure signifie règne de Dieu, soit dit pour vous, monsieur l'érudit, au cas ou vous ignoreriez cela.
Règne de Dieu sur l'homme; régne de Dieu sur la société ; règne de Dieu sur tout, parce que Dieu est Tunique fin légitime et l'unique principe véritable de tout, de l'homme et de la société.
Personne ne pourra nier cela en bonne logique, comme on n'ose pas même entreprendre de nier l'existence de l'Être suprême. Mais il n'y a pas un révolutionnaire conséquent avec lui-même s'il ne part de cette négation fondamentale.
Cependant, ils sont peu nombreux, très peu nombreux, ceux qui ont sur ce point le courage de la franchise ; c'est pour cela qu'il en est si peu qui soient conséquents. Ce qu'il y a de plus commun, parce que c'est ce qu'il y a de plus commode, c'est, non point de nier Dieu, mais de faire abstraction de Lui. L'athéisme cru dans la vie privée comme dans la vie publique, est encore une chose peu convenable et surtout peu conforme aux idées de conversation. Il est de bon ton aujourd'hui (nous ignorons ce qu'il en sera demain), d'avoir encore une certaine foi en Dieu, assez pour ne pas manquer aux convenances sociales, mais non pour en venir jusqu'à blesser en