ÉPILOGUE
Principe et fondement.
Que je sois dans ce monde, c'est incontestable. Il est hors de doute aussi que j'y suis pour une fin.
Ce sont là des choses évidentes. Si les sciences naturelles n'ont rien trouvé qui n'ait son objet et sa fin dans la collection innombrable et si variée des êtres qui peuplent l'univers, il est clair que l'homme, roi de l'univers, le plus noble et le plus parfait de tous les êtres visibles, n'a pas été jeté dans le monde au hasard, ne doit point y vivre au hasard, et ne doit point mourir au hasard.
Pour savoir cela, il n'est point nécessaire de connaître la théologie ; il suffit du sens commun. Or, étant posé que ce que nous savons de plus certain de l'homme c'est qu'il naît, vit et meurt; il est logique d'en conclure de là qu'il naît, vit et meurt pour quelque fin.
Quelle peut être cette fin? C'est ici que les jugements varient et que les hommes inventent des théories et des systèmes divers.
Il semble au sensualiste que l'homme naît et
vit uniquement pour jouir. Admettons-le pour un instant avec lui. Mais qu'ii nous dise alors pourquoi l'on meurt. Il est clair qu'on ne meurt pas pour jouir, puisque personne n'a trouvé jusqu'à ce jour que la mort fût chose même médiocrement divertissante. Nous pensons donc que ce n'est point là la fin du sensualiste, puisqu'elle n'embrasse pas tous les actes de l'homme, étant supposé qu'elle ne comprend pas l'acte si important qui s'appelle mourir.
Il semble à un autre que la fin de l'homme doit être la science. Mais alors si nous avons été placés dans ce monde uniquement pour posséder la science, cette fin par le fait même de celui qui nous l'a assignée, a été placée hors de la plupart des hommes; ce qui impliquerait une contradiction manifeste. Si donc, d'une part, nous avons été placés dans ce monde pour cette fin, et si, d'autre part, cette fin a été placée si haut, si haut, qu'elle demeure inaccessible à la généralité des hommes, incontestablement ou Dieu a voulu se jouer misérablement de nous, ou il a été lui-même misérablement joué. Car la science est le partage du petit nombre, et même ce petit nombre possède ordinairement un si maigre bagage scientifique, que les plus savants finissent par déclarer sans vergogne qu'ils ne savent bien qu'une chose, c'est qu'ils ne savent rien.
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La fin de l'homme n'est donc ni le plaisir, ni la science. Elle n'est ni le plaisir grossier de la matière, ni la jouissance plus raftinée, mais limitée aussi, de l'intelligence.
Quelle est donc notre fin ? Pourquoi sommesnous dans le monde? Dans quel but y avons-nous été placés ?
Un petit livre, renfermant peu de pages, mais beaucoup de doctrines ; une petit livre que savent presque tous les enfants, mais qu'oublient trop fréquemment presque tous les hommes ; un petit livre en présence duquel, malgré son petit format, les ouvrages les plus considérables et les plus renommés des philosophes et des législateurs paraissent et sont petits et insignifiants, ce petit livre qui s'appelle le catéchisme, contient à sa première page, une demande et une réponse dans lesquelles on pose nettement le redoutable problème et dans lesquelles on le résout avec une égaie netteté.
<r Pour quelle fin dit-il, l'homme a-t-il été créé » ? Et il répond incontinent : « Pour aimer et servir Dieu en cette vie, et le voir et jouir de lui dans l'autre ».
Plusieurs riront en entendant ce langage. Ils attendaient sans doute une réponse subtile prise dans les nuages, et celle du catéchisme se distingue par sa profondeur et sa simplicité et elle
descend du ciel par l'intermédiaire du Fils de Dieu qui en est descendu uniquement pour nous l'enseigner. Qu'ils rient à leur aise ; mais qu'ils écoutent. Oui, hommes dissipés et orgueilleux, vous qui ne songez qu'à vous divertir et vous qui ne soupirez qu'après la science, vous qui vautrez votre chair dans les égoût de la matière, et vous qui asphyxiez votre esprit dans les régions arides de la vaine science sans Dieu, Dieu qui est l'unique principe de l'homme et aussi son unique fin. C'est par lui que l'homme naît, vit et meurt, il est donc logique que ce soit pareillement pour lui que nous naissions, que nous vivions et que nous nous préparions à la mort.
Remarquez les deux prépositions grammaticales que j'ai soulignées. Ce par donne la raison de ce pour. Pour parler plus clairement, étant posé que nous avons été créés par Dieu, il s'ensuit rigoureusement et nécessairement que nous ne pouvons avoir été créés que pour Dieu. Si nous avions en nous notre principe, c'est-à-dire si nous étions redevable à nous-même de notre existence, logiquement et raisonnablement nous devrions vivre pour nous. En un mot, nous pourrions être nous-même notre unique fin, puisque nous serions notre unique principe.
Après cela, le cri de : « Vive la liberté y> ! ne résonne-t-il pas à vos oreilles comme un blas-