EPILOGUE $ J
imposant de sérieux compromis (ou conditions"). Ainsi, pour un grand nombre de catholiques, Dieu en vient à être une espèce de roi qui règne et ne gouverne pas, à être plutôt un symbole qu'une réalité, une pure figure décorative d'un certain ordre de choses architectonique, le simple couronnement extérieur, et non la pierre angulaire, ou encore le pilier central, ou même une poutre principale de l'édifice. On le laisse dans la solitude de son palais, placé au-dessus des nuées, jouir de sa félicité céleste, à condition qu'il ne trouble pas la joie terrestre de la créature par ses exigences ennu}-euses et intempestives ; qu'il dicte à son gré des lois relatives au mouvement des astres et à la succession des saisons, pourvu qu'il ne se mêle en rien du gouvernement des volontés et de la diversion des mœurs. N'entendez-vous pas chaque jour, par ici, des gens vous dire avec une simplicité pleine de candeur, mais qui n'est rien moins que simplicité et candeur : « Donc, monsieur, vous voulez voir la religion mêlée à la politique ? C'est chose qui peut entrer seulement dans l'esprit des gens naïfs et sans expérience, qui mêlent et confondent tout dans un but louche et mal défini ? »
Eh bien ! cet athéisme déguisé, cet athéisme honteux et comme il faut est celui qui perd la société actuelle : cet athéisme qui ne nie rien, mais
qui n'a de vertu pour aucune affirmation ferme et résolue ; cet athéisme qui feint d'être saisi d'horreur par le nom et qui flatte, amadoue et caresse la chose ; cet athéisme est la lèpre qui nous ronge doucement et nous dévore suavement; cet athéisme conduira le monde moderne à des calamités sans pareilles, si la main de Dieu, miséricordieusement sage, ne vient, à l'aide de prodiges, le retenir sur la pente désastreuse de l'abîme. Tout cela n'est au fond que k méconnaissance, ou au moins l'oubli et l'altération de la doctrine de la fin dernière.
Une phrase que le christianisme a rendue d'un usage fort commun, mais qui est en soi très philosophique, embrasse d'une façon résumée, tout l'ensemble des devoirs que cette doctrine impose à l'homme et à la société. Voici cette phrase: « Servir Dieu d. Servir Dieu est l'idée qui dérive naturellement du principe et du fondement. Servir Dieu est reconnaître pratiquement que Dieu existe, et que tout existe par lui et pour lui ; servir Dieu s'est l'opposé de l'athéisme pratique que nous avons indiqué plus haut.
Mais l'idée de servir Dieu en emporte avec elle une autre qui en est comme la conséquence, et qui est celle-ci : se servir de tout ce qui n'est pas Dieu, uniquement pour Dieu, si Dieu est l'unique fin de tout, nous devons considérer tout