LE LAÏCIS.ME CATHOLIQUE I I
« Une cause si noble et si grave appelle le concours des laïques ». Telle était la première vérité que nous nous étions proposé de vous démontrer.
Après cette première affirmation, qui contient la partie la plus substantielle du sujet que nous examinons en ce moment, le Pape signale comme première note caractéristique des séculiers appelés à la noble mission d'aider et de défendre l'Église, ï amour de la religion et de la Patrie. Tel est le second aspect de la présente question. L'amour de la religion et l'amour de la patrie fondus pour ainsi dire en un seul sentiment généreux et ardent, qui pourrait bien s'appeler le patriotisme religieux, tel est l'esprit qui doit caractériser l'apostolat catholique séculier de notre temps. Le souverain Pontife réunit comme en une seule devise les mots patrie et religion, et il indique ainsi en premier lieu un stimulant ; en second lieu, un procédé; en troisième lieu, un idéal. Un stimulant destiné à exciter les cœurs séculiers à cette généreuse croisade en faveur de la patrie et de la religion, par la vue des maux qui de tous côtés affligent ces deux saintes choses. Un procédé,
consistant en ce que les travaux entrepris participent à la fois de ce double caractère civique et religieux qui ne forme autre chose que les deux côtés d'une même médaille. Un idéal, consistant à voir rétablir un jour l'heureuse union de l'Église et de l'Etat pour là parfaite réalisation des fins particulières de chacune d'elles ; et en dernier terme, pour la parfaite réalisation de la fin suprême de l'homme, c'est-à-dire la gloire de Dieu et le salut éternel de la créature.
Ce stimulant, ce procédé et cet idéal, amis lecteurs, sont tout le contraire de cette espèce de platonisme religieux ou de catholicisme platonique que plusieurs prêchent aujourd'hui, et qui, n'en doutez pas, n'est autre chose qu'une des cent phases variées du Protée catholico-libéral. Oui, plusieurs imaginent une certaine propagande catholique, toute divine, toute céleste, c'est vrai, mais vague, aérienne, impalpable, n'ayant rien d'humain, rien de terrestre ; propagande qui paraît inventée sur commande par les ennemis de la vérité, afin que celle-ci ne descende pas de ces hauteurs pour les molester le moins du monde; en retour, il est clair qu'ils ne cesseront pas de l'exalter, de la louer, de la glorifier, en allant, dans certains cas, jusqu'à se prosterner à ses pieds. C'est une propagande qui éloigne la religion des événements humains, sous prétexte qu'ils pour-
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raient entraver ses pieds divins ou souiller les bords de sa robe mystique. C'est une propagande qui se contente d'entonner des hymnes en l'honneur de l'Église catholique, d'exalter sa beauté et sa grandeur, à la condition qu'elle se maintienne ainsi dans les nuages, sans se mêler en rien dans les conflits humains ; propagande toute de lyrisme, d'idéalisme, d'admiration, d'enthousiasme poétique, mais nullement pratique, n'ayant aucune efficacité, aucune action directe, aucun résultat positif. Amis lecteurs, il y a là pour quelques-uns de nos frères une déplorable hallucination ; pour d'autres, je sens qu'on ne peut admettre cette excuse charitable. De toute façon, de bonne ou de mauvaise foi, il y a toujours une erreur. La religion est fille du ciel; mais elle est venue sur la terre pour y vivre et y remplir sa mission au milieu des obscurités et des fanges. Elle est à la fois divine et humaine, céleste et terrestre ; Dieu est son auteur et sa vie ; mais les hommes sont son objet et son moyen secondaire ou instrumental d'opération. En se faisant une autre idée de la religion et de la propagande, je crains qu'on ne commette une extravagance semblable à celle de ceux qui niaient dans la personne du Verbe incarné la réalité de son humanité, sous prétexte d'exalter davantage son caractère divin. L'Église, comme le Christ, est vrai Dieu et vrai homme;
avec une véritable distinction dans les natures, mais avec une union étroite et exempte de confusion de ces natures dans un seul et même suppôt ou hypostase. Dire que l'Église est divine et ne pas reconnaître en même temps qu'elle est humaine, c'est détruire complètement cette espèce d'union hypostatique du corps mystique du Christ, comme les hérétiques des premiers siècles détruisaient la véritable réalité de sa personnalité.
Amis lecteurs, telle est l'Église; et en vertu de sa double nature, elle doit être défendue et assistée par des travaux de deux sortes. Le Pape l'a bien dit dans une autre circonstance, lorsqu'il a qualifié d'impie l'erreur de ceux qui veulent séparer la religion et la politique, deux choses qu'on ne doit jamais séparer, sous prétexte qu'elles ne doivent pas être identifiées. Il est clair que ces deux concepts ne sont pas identiques, pas plus que ne le sont dans le Christ la divinité et l'humanité. Mais précisément parce qu'ils sont distincts, ils peuvent être réunis, puisque l'union n'est pas possible là où on ne commence pas par supposer d'abord la distinction. Nous voulons l'union et non la confusion de ces choses qui sont à la fois divines et humaines, célestes et terrestres; nous voulons l'union, mais jamais la séparation que prêche parfois ouvertement la révolution, sous le nom franchement satanique d'émancipation et de
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sécularisation sociale, d'autres fois d'une façon détournée et qui en trompe un grand nombre, sous prétexte de respect pour les choses saintes, dont on désire à tout prix éviter la profanation.
Et comme ce faux point de vue, d'où plusieurs considèrent les relations de l'Église avec les événements humains, est très commun aujourdhui, permettez-moi d'insister sur ce sujet que je considère comme d'un intérêt capital. Les sacrements sont pour les hommes, dit un apophtegme de théologie morale, qui pourrait fort bien s'appliquer à notre cas. Si, par la crainte ridicule que les choses de la terre ne souillent et ne profanent par leur contact les choses du ciel, nous prétendons tenir les premières aussi éloignées des secondes que le firmament Test de notre sphère terrestre, nous tombons dans l'erreur très funeste de ces Jansénistes du xvne et du xvme siècles qui semblaient ne vouloir permettre la fréquentation de l'auguste Sacrement de l'autel qu'aux anges, pour lesquels il n'a certainement pas été institué ; et qui plaçaient si haut, si haut sur leurs autels, le tabernacle où était renfermée la sainte Eucharistie, qu'on ne pouvait y parvenir qu'après avoir vaincu mille obstacles et surmonté mille difficultés. Telle serait la place que voudraient donner à l'Église de Dieu dans la société civile, ces zélateurs extraordinaires de son honneur et de son divin prestige. Qu'elle
ne se mêle pas aux questions de droit public, comme si le jugement de l'Église n'avait pas, ici comme en toutes choses, le dernier mot ; qu'on ne l'appelle point à intervenir dans les luttes des partis, luttes qui, si elles ont parfois pour objet des appétits grossiers, sont dues très souvent aussi à de délicates et subtiles susceptibilités de conscience ; qu'elle se retire dans l'intérieur du temple et du foyer domestique, comme si sa juridiction ne s'étendait pas jusqu'à la place publique, au Barreau, au Parlement, au bureau des Ministres et au cabinet du Monarque. Et tout ceci, sous prétexte de respect ; sous prétexte que l'autorité de l'Eglise est amoindrie au contact des agitations humaines. Ah ! soldats stupides,qui voudriez que l'épée fût toujours dans le fourreau, pour qu'elle ne perde pas son éclat au contact du sang et de la poussière du combat! Vous oubliez, malheureux! que l'épée est faite pour s'ébrécher et se souiller en frappant fort, là où il faut frapper.
Navigateurs ridicules, qui voudriez que la barque fût toujours à l'abri de la cale, pour que les vents et les vagues ne puissent pas l'agiter, ne vous souvenant pas que la barque a été construite dans le seul but de voguer en pleine mer et d'être agitée par les vents et par les flots ! Amis lecteurs, ne considérez pas de cette façon mesquine, étroite, misérable, l'œuvre de Dieu, et ne faussez
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pas ainsi ses conditions essentielles ; ne prenez pas pour maîtres de vos œuvres de propagande de tels mystificateurs de sa divine mission. Ne vous laissez pas décourager par le sophisme de ceux qui vous disent que vous faites de la sorte de la politique à l'Église. L'Église est née politique, a toujours vécu politique, et demeurera politique jusqu'à la consommation des siècles. Et tous ceux qui défendent, dans leur sphère la plus large, les droits et la divine autorité de l'Église, doivent être tenus pour des politiques, et ils doivent paraître faire de la politique, sous peine de ne pas la servir. Et à celui qui vous dit cela, savez-vousce que vous avez à répondre pour renverser tout ce vain étalage de sophistique argumentation? Diteslui que l'Église se conduit vis-à-vis de la politique comme les prêtres vis-à-vis du mariage; comme ces derniers, sans être mariés, sont les seuls qui tiennent les clefs du mariage, les seuls dont l'intervention rend valide le lien conjugal, les seuls qui garantissent sa stabilité et son harmonie, et qui sans être mariés sont toujours mêlés aux conventions matrimoniales; ainsi, sans être politiques, l'Église et les œuvres catholiques ont toutefois dans les grandes questions politiques le premier et le dernier mot; le Pape ne fait pas de politique, et cependant, sans le contre-seing du Pape, il n'y a pas de sage politique ; l'évêque et le prêtre ne sont pas
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des hommes politiques ; toutefois, personne, sans eux, ne peut résoudre d'une manière satisfaisante les questions les plus élevées que soulève la politique. Pareillement, les associations catholiques, comme telles, ne sont point politiques ; néanmoins, qu'on le veuille ou non, elles ont une influence politique, et elles seront toujours regardées comme politiques, quoi qu'elles disent et qu' elles fassent, ne serait-ce que porter une bannière à une procession ou placer un insigne sur la poitrine de leurs membres. Telle est la nature essentielle des choses, et telle est l'indispensable connexion et l'influence réciproque des choses divines et humaines, que, notez bien ceci, ce qui est en bas n'a aucune valeur indépendamment de ce qui est en haut; et ce qui est en haut n'a aucune utilité, si on le sépare et l'isole de ce qui est en bas. Pour tous ces motifs, les séculiers fervents, que le Pape appelle à la défense et au secours de l'Église attaquée et combattue, doivent comprendre, aimer, pratiquer et chercher cette union essentielle de ce qui est en haut et de ce qui est en bas ; des événements humains et des faits divins de la société civile et de la société religieuse, de la patrie et de l'Eglise. Qu'ils gardent, en un mot, fondues dans leur cœur en un seul amour, la religion et la patrie, comme parle textuellement le vicaire de Jésus-Christ, dans la phrase que je me suis borné
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à développer. Nous passons de là à la troisième partie, la seule qui nous reste maintenant à exposer.
Je traiterai brièvement cette partie, amis lecteurs, non point qu'elle ne soit pas très importante, mais parce que je désire ne pas abuser de votre si indulgente attention. Les dernières conditions exigées par le Pape des valeureux soldats qu'il appelle les soldats de son Eglise sont la probité et la doctrine.
Ce n'est pas demander beaucoup à celui qui s'offre courageusement pour entrer en campagne en faveur des droits de la foi, que d'exiger ce qui est de stricte obligation, même pour les disciples les plus obscurs : la probité. Il est bien entendu que cette probité ne doit pas être celle qui se pratique si facilement et si commodément dans le monde, mais la seule que la religion reconnaisse pour légitime et vraie, c'est à-dire la probité chrétienne. A cet effet, les associations séculières, pour être entièrement militantes comme il convient, doivent avant tout être pieuses. La grande gloire et le grand honneur du kïcisme catholique moderne consistent en ce qu'il emploie, de nos jours, ses
principales armés de combat en vue de sa propre sanctification. C'est à cela que tendent la pratique annuelle des exercices spirituels, les fréquentes communions publiques, l'obtention des nombreuses indulgences, l'assistance publique aux Quarante-Heures, les mois de Marie, les Pèlerinages et les Jubilés. C'est Fesprit de tout son organisme, c'est son intime et mystérieux ressort, et malheur au jour où disparaîtrait un tel ferment de piété, pour faire place aux stériles recours qu'inspire le froid naturalisme ! Sous ce point de vue, toutes les associations catholiques sont admirables dans notre patrie. Toutes ont compris que sous la cuirasse du guerrier, ou parfois au sommet de cette cuirassse, le pieux scapulaire doit protéger le cœur ; qu'on ne défend bien le Christ qu'en aimant très généreusement le Christ ; et que la piété, en toutes ses manifestations, est la meilleure arme, à la fois offensive et défensive, pour lutter contre la révolution, dont le caractère fondamental est l'impiété.
Quant à la doctrine, qui est la seconde condition signalée dans le document pontifical, il est évident, amis lecteurs, que le fidèle séculier doit posséder la doctrine la plus pure, la plus entière, la plus éloignée de tout mélange d'erreur et de mauvais esprit du siècle. Serait-il donc permis d'accueillir dans sa maison, à titre d'hôte, l'ennemi que l'on
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doit combattre à outrance ? Si la mondanité dans les habitudes est le corrosif naturel de la piété, la mondanité dans les idées est le dissolvant le plus énergique des saines convictions. Vous devez agir à l'encontre du courant le plus universel, à l'heure actuelle. Pensez donc pareillement à l'encontre de ce que pensent les multitudes.
La maladie morale qui empoisonne les générations actuelles, c'est le rationalisme. Ne prétendez pas y échapper en adoptant les tempéraments d'un semi-rationalisme, qui a toute la malice intrinsèque du premier, moins sa loyauté et sa franchise. Des critères distincts, essentiellement distincts, radicalement, diamétralement opposés, inspirent la cité de Dieu et la cité de Bélial, dont le Souverain Pontife a fait un tableau si énergique dans son encycliqne Humanum genus. En partant de critères essentiellement opposés, est-il possible d'arriver à des conséquences qui n'aient pas entre elles la même opposition essentielle ? Et cependant voilà le problème étonnant dont s'occupent, il y a déjà des années, un très grand nombre de nos malheureux frères, victimes du plus horrible aveuglement. Ce problème peut se formuler ainsi : Etant donné que Dieu et Satan ont chacun une génération spéciale, chercher le moyen d'obtenir de ces deux générations contradictoires des fils qui puissent, en quelque sorte, s'appeler parfaite-
ment frères. Problème absurde, tâche difficile, labeur ennuyeux, dans lequel tant de malheureux hallucinés ont perdu leur temps, la patience et parfois leur âme et celles de leurs frères, à la recherche d'un idéal qui n'est point la brillante lumière du jour, mais plutôt un reflet sinistre des flammes ténébreuses de l'enfer. Ah ! telle n'est pas la doctrine qu'enseigne le Pape aux soldats de sa milice séculière, comme ce n'est pas celle qui inspire les actes des membres de nos associations catholiques, attentives toujours et avant tout, je le répète, à n'admettre dans leur sein (et elles font bien de se montrer en cela rigides et intransigeantes), que cette classse de laïques qui unissent V amour de la religion et de la patrie à la probité et à la saine doctrine.
Si maintenant vous me demandiez, amis lecteurs, de vous indiquer sommairement quelles doivent être les limites et l'extension des travaux qui incombent dans les associations catholiques à l'action catholique séculière, je résumerais ma pensée d'une façon très concrète dans une formule tirée et déduite des principes même que je viens d'exposer. Travaillez, vous dirais-je, en vous con-
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sidérant comme véritablement et naturellement substitués à l'État moderne, en toutes les choses où l'État moderne a cessé de remplir sa mission naturelle. Accordez votre incessante activité officieuse à tous et à chacun des points qui ont été abandonnés par l'athéisme officiel.
Vous pouvez beaucoup ; votre force d'action a une portée considérable ; et peut-être vous ne vous êtes jamais rendu un compte exact de votre véritable puissance. Il vous est permis de vous livrer à toutes les œuvres pour l'exercice desquelles l'Église n'exige pas le sacrement de l'Ordre. Réfléchissez un peu sur cette proposition et vous verrez combien s'élargissent vos horizons et s'étendent vos frontières. Parcourez-les dans toutes les directions ; sondez le terrain dans tous les sens ; mesurez toute l'étendue de cette incommensurable arène; ce qui est public, comme ce qui est privé; le général et le particulier; ce qui regarde la politique, comme ce qui relève du droit; ce qui est industriel, artistique et scientifique ; la maison et l'église ; les nobles besoins de l'âme et les doléances et les misères du corps; partout où il y a des plaies à guérir, des vides à combler, des besoins à satisfaire ; vous avez-là autant de centres ouverts à votre généreuse initiative et à votre infatigable propagande. Voyez dans le monde actuel tant d'âmes errantes qui s'en vont comme dans un désert sans
chaleur et sans lumière ; servez-leur de centre d'attraction pour les conduire à Dieu et au sein maternel de sa sainte Église. Considérez de quelle façon une presse, qui devient chaque jour plus impudente, et un art chaque jour plus dévoyé et plus obscène, attaquent et déchirent les choses les plus sacrées; honorez-vous comme d'un noble blason, de la sainte déconsidération de ces choses que le siècle couvre- de boue, et exaltez et louez tout ce qu'il tente d'avilir, ne pouvant le détruire. Examinez comment ces apôtres de mensonge séduisent le malheureux peuple avec leurs utopies aussi grossières que trompeuses, en excitant son envie et sa haine contre Dieu, contre la société, contre la propriété, contre le capital, contre l'inévitable loi des inégalités sociales. Faites-vous les mentors de ces dévoyés, pour prêcher à leurs cœurs désolés la bonne nouvelle de Jésus-Christ, père commun de tous les hommes ; d'une religion qui a un baume pour toutes les peines ; d'un ciel qui est l'espérance et l'héritage commun de tous les déshérités.
Ah ! lecteurs, grande, très grande est la mission religieuse et sociale du laïcisme catholique ! Accomplissez-la ; l'Église, la patrie et votre propre intérêt vous le demandent par la voix du Pape. Marchez sur les traces de ces illustres séculiers qui ont honoré par leur zèle et leur talent la voie
LE LAICISME CATHOLIQUE
où vous vous êtes engagés. Et lorsque la présente crise religieuse aura cessé, car tout passe en ce monde, sauf la parole de Dieu ; lorsque s'écrira la douloureuse histoire des souffrances actuelles de notre mère, on réservera une page, une page très glorieuse, pour rappeler ce mouvement catholique séculier de notre époque, auquel elle est redevable de tant de consolations ; et l'on écrira de vous, dans les annales de l'histoire, comme on aura sans doute écrit déjà dans les annales de Dieu : « Ce sont ceux qui demeurèrent fidèles au jour de l'affliction, qui furent constants au jour des grandes commotions, et qui, dans les temps des grandes luttes, n'ont combattu que pour la cause de Dieu et de la vérité ».
Introduction. — Opportunité du sujet. — A qui nous adressons-nous de préférence )
Voici une vertu catholique qui n'est mentionnée, que nous sachions, en aucun endroit du catéchisme ; ce qui ne l'empêche pas d'être une des plus importantes que l'on puisse prêcher aujourd'hui au chrétien qui désire l'être véritablement. Parce que cette vertu n'est pas expressément citée dans le catéchisme, ce n'est pas à dire qu'elle ne s'y trouve pas implicitement contenue, comme nous espérons en convaincre le lecteur, lorsqu'il aura parcouru les quelques pages que nous nous proposons d'écrire sur cette matière.
Qu'entendons-nous par esprit paroissial ?
Nous entendons par esprit paroissial cette adhésion, cette fidélité, cette affection pratique, que doit avoir tout bon chrétien envers sa paroisse. Une comparaison rendra cette pensée plus claire.
On parle beaucoup, depuis déjà longtemps, de provincialisme et d'esprit provincial ; et tous les penseurs s'accordent à dire qu'un véritable provincialisme, un provincialisme bien entendu, est la source et le fondement de l'amour le plus pur et le plus élevé pour la nationalité. Un illustre patricien de notre pays, répondant, ces années dernières, à ceux qui l'accusaient d'être partisan outré de l'esprit provincial, exprima tout le mérite et toute l'exellence de cette affection, en apparence exclusive et égoïste, par cette phrase aussi simple que profonde : « Celui qui n'estime pas la province, ne peut estimer la nation ». Qui, en effet, sentira le moindre amour pour cette entité abstraite, appelée la nation ou l'État, s'il n'en éprouve d'aucune sorte pour la terre plus rapprochée de lui, qu'il voit et foule chaque jour, et à laquelle le rattachent les liens si forts de la nature, du sang et de l'éducation ?
Nous pouvons tenir le même langage, dans la circonstance présente, sur l'esprit paroissial. Prétendre être un bon fils de l'Église catholique ou universelle, en restant indifférent à l'endroit de l'église particulière, modeste ou riche, dans laquelle nous sommes nés à la vie de la foi, dans laquelle nous avons reçu l'éducation chrétienne dont la voix retentit d'une façon plus immédiate à nos oreilles, et qui est, à tant de titres, comme
notre foyer spirituel, ce n'est rien moins qu'une contradiction manifeste. Ni en politique, ni en religion, nous ne devons avoir beaucoup de foi dans les idées cosmopolites, qui très souvent, à de très rares exceptions près, ne sont qu'un masque dont se couvrent d'abord l'absence complète de patriotisme, et ensuite l'indifférence religieuse. Oui. il faut être très catholique universel, qu'on nous pardonne ce pléonasme; mais en étant en même temps très catholique diocésain, et très catholique paroissial. C'est ainsi que le Pasteur suprême veut être aimé,obéi, d'un amour et d'une obéissance qui arrivent jusqu'à lui, en passant par les degrés hiérarchiques qui le séparent du simple fidèle, c'est-à-dire en passant par l'autorité de l'évêque qui gouverne le diocèse, et du curé qui régit la paroisse. L'amour et l'obéissance envers Rome, sans intermédiaire (pcr sait uni), c'est-à-dire l'amour et l'obéissance qui détacheraient le fidèle de ses chefs immédiats, si la chose était possible, ne seraient pas catholiques, puisqu'ils ne seraient pas conformes à ce que requiert le catholicisme. Et cependant, voyez où en sont les choses I on parle peu, très peu, de la paroisse et de l'autorité paroissiale, qui est la plus rapprochée de nous, et dont l'influence immédiate est notre vie. Aussi bien, nous semble-t-il convenable d'en dire quelque chose. Assurément, nous ne le disons pas
pour cette foule cTincrécules et d'indifférents, qui, surtout dans les grands centres de population, vivent et meurent sans savoir à quelle paroisse ils sont affiliés; vrais nomades sans foyer spirituel, ou orphelins ne connaissant pas leur mère, et qui doivent peu nous étonner en ne l'aimant pas et en n'en faisant aucun cas, lorsqu'ils n'ont ni amour ni considération pour Dieu lui-même et pour leur propre âme. Ce n'est point à eux que nous nous adressons, parce qu'ils ne liront pas les lignes que nous écrivons. D'autre part, comment pourraiton exiger l'accomplissement des devoirs d'un fidèle sincère de quelqu'un qui, par ignorance ou par malice, néglige les obligations les plus élémentaires du christianisme ?
Nous parlons pour ces autres catholiques qui, avec une entière volonté d'être sincèrement chrétiens, n'apportent pas à le devenir l'attention et l'application nécessaires. Ces catholiques croient avoir accompli envers la paroisse les devoirs d'un bon paroissien, quand ils s'y sont mariés, qu'ils y ont fait baptiser leurs enfants, ou enterrer leurs morts, parce qu'ainsi l'exige strictement la loi, mais sans aucun motif d'affection ou de bonne volonté, considérant comme indifférent pour tous leurs autres actes de religion, le choix de telle ou telle église de la localité, ou renfermant peut-être toutes leurs pratiques de religion, dans l'étroite
enceinte d'un oratoire domestique, sans avoir le moindre contact avec le reste du peuple fidèle, sans participer à aucune des solennités publiques, et conséquemment, sans concourir en aucune façon à leur pompe et à leur splendeur, et sans tenir aucunement compte de ce que vaut et de ce que peut, en pareil cas, le très puissant apostolat de l'influence personnelle et du bon exemple. C'est pour ceux-là spécialement que nous écrivons en ce moment.
Oh ! oui, nous voyons dans la société religieuse actuelle un grand nombre de victimes de ce mal qui produit un affaiblissement et une paralysie lamentables ! C'est à ceux-là que nous voudrions faire comprendre qu'au moins en pratique, on n'est pas, en général, bon catholique, comme on doit l'être aujourd'hui, si on n'accomplit pas d'une façon très exacte et en détail les devoirs d'un bon paroissien.
Nous avons tracé à ce sujet un programme complet dans le développement duquel nos amis trouveront une infinité de détails qu'ils ne soupçonnent peut-être pas actuellement, mais qui sortent comme d'eux-mêmes des entrailles de notre sujet. Depuis longtemps, ce moyen de propagande nous sourit. Pour simple et familier qu'il paraisse, il peut être le plus pratique, le plus important de tous ceux qui ont attiré l'attention de nos bienveillants lecteurs.
La paroisse est no're mère spirituelle. — Rigoureuse exactitude de cette expression. — Caractères très particuliers de cette maternité.
La paroisse est la mère spirituelle de ses fidèles ; ceux-ci lui doivent donc respect et considération, comme de bons fils. C'est sur cette pensée fondamentale que repose tout ce que nous allons dire touchant les devoirs d'un bon paroissien ; devoirs qui se trouvent résumés dans ces deux mots : V esprit paroissial, que nous avons pris pour thème de ce travail. Il importe donc, en premier lieu, d'établir solidement et de démontrer d'une façon évidente le caractère de maternité spirituelle qui distingue, aux yeux des fidèles, l'église paroissiale de toutes les autres églises. Abordons immédiatement notre sujet.
Dans quel sens l'église paroissiale peut-elle et doit-elle être appelée la mère de ses fidèles, pour exiger d'eux, comme conséquence, l'accomplissement ponctuel et rigoureux de leurs obligations de fils? La réponse est claire et évidente. Dans ce sens que l'Église paroissiale fait pour nous,, relativement à la vie surnaturelle, ce que fait notre
mère selon la chair par rapport à notre vie naturelle. Pourquoi donnons-nous le nom de mère à une femme, que nous distinguons de toutes les autres par notre affection et notre respect ? Parce que c'est par son intermédiaire que nous avons reçu l'existence dans Tordre naturel et physique. C'est au même titre que nous devons donner le nom de mère spirituelle à la paroisse par laquelle nous avons reçu la vie surnaturelle, ou qui a fait de nous, qui étions hommes, des Chrétiens, des fils adoptifs de Dieu, des membres véritables du corps mystique qui s'appelle l'Église catholique.
Que cette maternité spirituelle ait avec l'autre une analogie parfaite, cela se conçoit aisément, pour peu qu'on y fasse attention; en observant toutefois que la maternité spirituelle l'emporte sur la maternité naturelle, autant que l'âme l'emporte sur le corps, que la vie spirituelle et éternelle l'emporte sur la vie charnelle, transitoire et très misérable de ce monde.
Le premier titre de maternité que possède la paroisse, relativement à chacun de ses fils, est la régénération spirituelle. Nous sortQns de l'Église, après avoir reçu le Baptême, tout autres que nous n'y étions entrés. Nous n'étions, en y entrant, que des hommes ; en sortant, nous sommes des Chrétiens ; nous n'appartenions d'abord qu'à la famille d'Adam ; nous sommes maintenant de la famille
de Jésus-Christ; il n'y avait en nous d'autre vie que la vie naturelle qui résulte de l'union de notre corps avec notre âme ; nous avons la vie de la foi et de la grâce qui, comme un nouveau sang venant du Cœur de Jésus, se répand dans notre cœur.
Outre notre naissance ordinaire et naturelle, nous avons donc puisé une nouvelle naissance dans les eaux du Baptême ; nous avons une seconde fois ouvert les yeux à la lumière, au moyen d'une illumination toute divine ; et la mère dont Dieu s'est servi pour nous donner cette nouvelle vie, c'est la paroisse. Les fonts baptismaux, fécondés par l'Esprit-Saint pour une opération si merveilleuse, sont le sein maternel dans lequel s'est opérée une telle régénération.
Mais, dira quelqu'un, je me reconnais pour fils du catholicisme, et je reconnais pour mère l'Église catholique en .général, plutôt que l'Église particulière de la ville ou du village où j'ai été baptisé. Votre argumentation croule donc par la base.
Dieu me pardonne, mon ami! Autant vaudrait dire que, dans l'ordre naturel, vous n'êtes pas le fils de telle femme qui vous a donné le jour, parce que vous ne reconnaissez pour mère que l'humanité en général. Vous appartenez à la race humaine, c'est vrai ; mais par le moyen de la
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nature humaine que vous tenez d'une femme, votre mère, sans laquelle l'humanité tout entière n'aurait pas réussi à faire de vous un homme tel que vous l'êtes. Appliquez la comparaison. Vous appartenez au catholicisme ; c'est une vérité, mais vous êtes entré dans le catholicisme, vous avez acquis ce nouvel être, cette nouvelle nature, au moyen d'une institution du catholicisme, institution à qui Dieu a confié la mission de lui donner des fils. Cette institution est la paroisse, et elle produit cette génération par le moyen du sacrement du Baptême, qui devient comme son sein maternel. Si cette comparaison vous paraît neuve et risquée, ne m'en attribuez pas l'invention. Je l'ai empruntée aux paroles qu'emploie l'Église au jour très solennel de la bénédiction des Fonts baptismaux. Dans la cérémonie mystérieuse du Samedi-Saint, le prêtre implore la vertu de l'Esprit-Saint sur les Fonts, et lui demande de féconder par la mystérieuse admixtion de sa divinité, cette eau préparée pour régénérer les hommes ; afin qu'après avoir conçu la sanctification dans le sein immaculé de cette fontaine divine, la race céleste sorte transformée en une nouvelle créature, et que la grâce engendre à une même vie nouvelle tous ceux que distingue la diversité des sexes ou des temps. Que peuton dire de plus pour rendre parfaite la dé-
monstration de cette maternité paroissiale ?
Mais poursuivons. L'office de mère qu'exerce la paroisse ne se borne pas à cette illumination spirituelle ; la paroisse ne se contente pas de nous donner la vie ; elle est, en outre, principalement chargée du développement et de la conservation de cette vie. La mère naturelle nourrit ses enfants après leur avoir donné le jour, d'abord avec son propre lait, plus tard avec des aliments plus solides, et pourvoit par mille moyens variés à leur conservation et à leur bonheur. La mère spirituelle remplit pareillement, envers ses enfants, ces devoirs sublimes. Ainsi, l'enseignement du catéchisme est un devoir essentiellement paroissial. Il importe peu qu'il y en ait qui, au lieu de recevoir l'instruction chrétienne dans la paroisse, la reçoivent, par exemple, dans une maison d'éducation. La mère naturelle ne cesse pas d'être mère, .parce qu'elle confie l'allaitement de son enfant à une nourrice quelconque, placée sous sa direction vigilante. Les maisons d'éducation, pour la partie catéchistique, ne sont que des nourrices par rapport à la mère véritable, qui est la paroisse, sans l'autorisation implicite ou explicite de laquelle nul ne peut catéchiser les enfants ni les disposer convenablement à recevoir les sacrements, ni les admettre à leur participation.
Mais l'enfant est déjà un homme, et le voilà
arrivé à l'âge mûr. De fils de famille, il devient à son tour la souche d'une famille qui doit se fonder par son intermédiaire. La paroisse ne renonce pas même encore à la tutelle de ce fils de ses entrailles, et réclame le droit d'intervenir comme mère, dans l'acte le plus essentiel de la vie, qui est le mariage.
C'est le curé qui, par lui-même ou par un délégué, prend en quelque sorte au pied de l'autel l'épouse pour la bénir et la remettre ensuite à l'époux. Ce droit est si sacré aux yeux de la foi, qu'un mariage ne serait pas valide, s'il était célébré sans cette intervention paroissiale personnelle ou déléguée, aussi saint, savant et éminent que fût d'ailleurs le prêtre qui interviendrait dans cet acte. La religion exige que ce soit la mère spirituelle qui autorise l'union conjugale de ses fils; elle veut que ce soit la paroisse.
Pourquoi la loi de l'Église prescrit-elle que chaque année le fidèle chrétien reçoive le sacrement de l'Eucharistie dans sa propre paroisse ? Sans doute pour conserver dans sa force ce lien de filiation qui rattache les fils à leur mère. Si une condescendance charitable, de la part de cette dernière, tolère qu'on accomplisse ce devoir dans d'autres églises, il est à noter qu'au fond, la chose reste essentiellement la même: cet acte paroissial s'appelle pour ce motif, dans un langage topi-
que, accomplir son devoir envers la paroisse, ou se mettre en règle avec la paroisse.
Au déclin de la vie, au seuil de l'éternité, la religion réserve au voyageur qui se trouve au bord de la tombe, les seules consolations et les seuls secours qui puissent adoucir les amertumes de ce triste moment. Mais remarquez-le; elle exige encore que ces consolations et ces secours soient donnés parla paroisse, à moins qu'elle ne délègue quelqu'un à cet effet. Dans ce but, la paroisse charge, outre le curé, d'autres prêtres de la visite des malades et de l'assistance des mourants. Et lorsque le chrétien a rendu le dernier soupir, ni son âme ni son corps, bien que séparés l'un de l'autre, n'échappent cependant à l'affectueuse tutelle de la paroisse. A l'âme, elle accorde le privilège des premiers suffrages publics, au corps, celui de la sépulture solennelle.
La paroisse est mère, et elle ne se sépare pas de son fils, à moins que des cas fortuits ou violents ne l'arrachent de ses bras. Comme elle le prend, à sa naissance, des bras de sa mère naturelle et le conduit, durant la vie, en toutes les grandes circonstances ; ainsi lorsqu'il a cessé de vivre, et que sa dépouille mortelle a été déposée dans le sein de la terre, elle lui donne, par la voix de ses ministres et de ses cloches, l'adieu chrétien, le dernier salut maternel.
Cette maternité paroissiale, cette intervention pleine de sollicitude de l'Église, au moyen de la paroisse, durant toute la vie du chrétien, passent inaperçues dans les grands centres de population, où le tumulte et l'agitation, et plus encore le manque de foi et l'indifférence ont relâché, brisé, les liens les plus sacrés. Hélas! Est-ce que, par hasard, l'autorité des mères naturelles n'y est pas elle-même moins écoutée et moins influente ?
Mais, dans les centres moins considérables, là où la simplicité et la pureté des mœurs se sont maintenues dans leur intégrité, où le véritable esprit catholique a conservé son empire, règne dans toute sa splendeur, comme la souveraine de tous les cœurs, l'autorité maternelle de la paroisse ; la vie du fidèle chrétien se voit protégée en tout, par l'action constante de cette tendre mère.
Comme la poule, selon la belle comparaison du divin Sauveur, rassemble sespoussins soussesailes, ainsi la paroisse réunit ses fidèles à l'ombre tutélaire de son vieux clocher, et les joies de tous deviennent ses joies, comme leurs tristesses sont ses tristesses ; réalisant ainsi dans la vie publique et sociale le beau tableau de la vie domestique dans ce qu'il a de plus intime et de plus affectueux. Mais, pour cela, il est indispensable que la paroisse ait des fils qui soient de bons fils, c'est-à-dire de
bons paroissiens, tels que nous voulons apprendre à l'être à tous les bons catholiques.
Devoirs du bon catholique envers celle merc. — Assistance à ses exercices les plus importants. — Audition de la messe paroissiale.
Le caractère de maternité spirituelle que possède la paroisse vis-à-vis de ses fidèles étant démontré et, nous osons le dire, mis en pleine évidence, il en résulte rigoureusement que les fidèles sont à l'égard de la paroisse de véritables fils spirituels. Et on ne peut pas dire que les rapports de filiation spirituelle soient d'une condition bien inférieure à ceux de la filiation charnelle, ce qui serait une affirmation monstrueuse. Bien qu'on ne veuille pas reconnaître l'absolue et incontestable supériorité de la filiation spirituelle, si on lui reconnaît une certaine égalité ou au moins une certaine analogie, cela nous suffit pour établir que le fidèle doit respecter sa paroisse, lui obéir et lui porter secours, c'est-à-dire, remplir les mêmes devoirs que le quatrième précepte de la loi de Dieu prescrit à tous les fils envers leurs parents selon la chair.
Premièrement, il doit la respecter; et non de la façon ordinaire dont on respecte tout ce qui est saint et sacré, mais d'une manière distincte etspé-
ciale. Tous les hommes bien nés respectent les femmes, par le fait même qu'elles appartiennent à leur sexe ; mais il est indubitable que nous entourons la femme qui est notre mère, d'un respect particulier, qui ne ressemble en rien à celui que nous témoignons aux autres femmes, fussent-elles princesses et reines. Une autre femme pourra nous paraître plus riche, plus belle, plus instruite, peut-être même meilleure ; mais nous ne l'aimerons pas pour cela plus que notre mère, alors même que celle-ci serait plus pauvre, moins belle, moins tendre ou moins vertueuse. Notre mère a pour nous une qualité essentielle, indépendante de toutes celles que peut réunir la femme la plus opulente : elle est simplement notre mère. Ainsi doit se conduire le bon fidèle envers sa paroisse. Que celle-ci soit une petite église de village ; qu'elle soit la plus pauvre et la moins artistique dans ses formes ; qu'elle ait une histoire peu illustre, l'église paroissiale, comme telle, a droit, de sa part, à la vénération et à l'amour, mais à une vénération plus sincère, à un amour plus délicat et plus ardent que ne sauraient lui en inspirer les plus somptueuses basiliques du monde. Cette tendresse et cette vénération, cela est évident, ne doivent pas être purement intérieures, mais se traduire par certains hommages extérieurs. Aimer seulement avec le cœur peut être bon pour
les rêveurs idéalistes, qui ne voudraient pas, sernble-t-il, prendre la nature humaine telle que Dieu l'a faite. Comment doivent donc se manifester la tendresse et la vénération que le fidèle professe pour sa paroisse ?
D'abord, par l'assistance ordinaire et habituelle à ses offices, de préférence à toute autre église de la localité. Oui, le premier devoir du bon paroissien est la préférence donnée à l'assistance aux exercices de la paroisse, et principalement à celui qui s'appelle par excellence l'office paroissial. Arrêtons-nous un instant à parler de ce dernier, qui est d'une importance souveraine.
L'Église a décidé qu'outre les exercices du culte, que nous pourrions appeler particuliers, il en existe, dans chaque paroisse, d'autres qui sont comme ses actes officiels, et le principal de tous est la messe solennelle de chaque dimanche et jour de fête, qu'elle désigne sous le nom de grand'messe ou messe paroissiale.
D'autres messes sont célébrées dans la paroisse, et en assistant à l'une d'elles on peut satisfaire au précepte de la sanctification du jour de fête ; mais celui qui désire faire quelque chose de plus que le strict accomplissement de la loi qui oblige sous peine de péché, devra se faire, en quelque sorte, une obligation d'assister à la grand'messe. Nous recourrons, une fois encore, à une compa-
raison; car, nous devons le confesser, nous aimons les comparaisons. Notre- Seigneur Jésus-Christ, qui fut le premier propagandiste populaire de la doctrine catholique, en laissait tomber quelqu'une de ses lèvres divines presque à chaque pas, au cours de ses sublimes enseignements. Nous dirons donc que, comme dans une maison bien ordonnée, il y a des' heures réglées, où la famille réunie s'asseoit à la même table, ainsi l'église paroissiale centre de réunion des fidèles qui, sous le nom de paroissiens, reconnaissent la paroisse pour leur mère, a des heures déterminées pour réunir les paroissiens autour de son autel, et leur faire pratiquer les actes les plus importants de la famille spirituelle à laquelle ils appartiennent. Il est vrai que, dans la maison, on peut manger également à des heures insolites, et la nourriture ne laisse pas pour cela de profiter à celui qui la prend, aux moments et de la façon qui lui conviennent le mieux. Toutefois, les bons fils de famille n'agissent pas ainsi, ordinairement, mais seulement lorsqu'une nécessité rigoureuse les y contraint. La pratique des fils bien élevés consiste à ne pas manquer à la table commune, à l'heure convenue, afin de former autour d'elle une couronne charmante, la plus belle des vieux parents. Ainsi se conduit le bon paroissien. Il peut entendre la messe le dimanche, à quelque heure qu'elle
se dise ; mais lorsque aucune raison urgente ne l'y oblige, il se fait une loi de ne pas manquer la grand'messe, qui est l'heure du rendez-vous où la paroisse désire voir ses fils les plus assidus réunis dans son sein.
Nous voudrions avoir ici à notre disposition la plume des grands écrivains catholiques, pour peindre le ravissant spectacle d'un peuple véritablement religieux, à l'heure solennelle de la messe paroissiale. Il n'est pas très commun dans les grandes cités, mais il l'est beaucoup plus dans les populations où existe encore dans sa force le lien sacré de la foi, qui fait de tous les voisins une seule famille. La messe dite paroissiale s'annonce en effet plus longtemps à l'avance et avec une sonnerie plus joyeuse et plus prolongée.
Avant de la commencer, le pasteur purifie sa famille réunie, au moyen de l'aspersion de l'eau bénite ; belle cérémonie, par laquelle l'Église veut préparer ses enfants aux divins offices qui vont se célébrer, en leur pardonnant leurs péchés véniels; car tel est l'objet de cette pratique sacramentelle et de tant d'autres qui, sans être des sacrements, sont appelés par l'église des sacramentaux, c'està-dire, presque des sacrements. L'oraison par laquelle on termine ce premier acte est pleine d'onction. On y demande au Père éternel qu'il envoie ses anges pour défendre et protéger d'une
manière spéciale ceux qui sont ici rassemblés pour l'honorer. Ceci prouve l'importance que l'Église attache à la réunion officielle de ses enfants. On commence la messe, qui généralement est chantée avec des lumières plus abondantes et des ornements plus riches. Il faut noter que la messe du curé est appliquée, d'après une disposition canonique, pour tout le peuple; de sorte que chaque paroissien peut l'entendre comme si elle était célébrée à son intention et en son nom, ce que beaucoup ignorent et dont un petit nombre se souvient. Parlons encore plus clairement. La messe véritablement paroissiale ne se célèbre pas pour telle ou telle famille ou personne dévote, ayant donné pour cela une aumône, mais pour l'ensemble des paroissiens vivants et morts, pour leurs nécessités spirituelles et temporelles, pour leur santé, leurs biens et leurs intérêts, pour les membres de la paroisse et leurs familles, en un mot, pour tout ce qui peut être l'objet d'une prière ou d'une recommandation devant le trône de Dieu. Cette messe est la prière officielle de la paroisse pour ses paroissiens, prière à laquelle est obligé le curé sous des peines très sévères, et à laquelle, en conséquence, il est préférable de voir assister les bons paroissiens, comme à un acte qui les regarde tout spécialement. Si ces vérités étaient moins oubliées, on assisterait en beaucoup plus grand
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nombre, et avec beaucoup plus de dévotion, à la messe solennelle de la paroisse.
Mais la messe se poursuit. Arrivé à un certain moment, le pasteur l'interrompt, et se tournant vers le peuple, du pied de l'autel ou du haut de la chaire, par lui-même ou par un délégué, il parle aux fidèles réunis. Nous avons considéré dans la messe qui se célèbre la prière paroissiale; écoutons dans la courte instruction qui y est faite, la véritable parole de la paroisse, l'enseignement paroissial. Le curé n'est pas moins obligé à l'une qu'à l'autre par les saints Canons. Qui parle ici? De qui parle-t-on? Comment parle-t-on ? Pour qui parle-t-on?
L'instruction paroissiale. — Le meilleur orateur populaire.
Nous n'assistons jamais à la grand'messe de notre paroisse, et croyez que nous y manquons très rarement, sans que ces questions se présentent immédiatement à notre esprit.
Qui parle ? Le curé, c'est-à-dire le représentant de l'Église, placé par elle au milieu de ce centre
plus ou moins considérable qui constitue la paroisse. C'est par lui qu'elle exerce son action sur les paroissiens ; c'est par lui que Jésus-Christ se met en rapport avec eux; c'est par lui que l'évêque et le Pape leur parlent. En conséquence, le curé est en quelque sorte l'évêque, le Pape, le Christ, pour les paroissiens. Comme, dans le plus modeste alcade, nos pères, si sincèrement attachés à la monarchie, voyaient la personne du roi ; ainsi, dans le pasteur de la paroisse la plus oubliée, le bon chrétien voit la représentation auguste de Dieu lui-même. Dans les mains du pasteur, comme dans celles de Dieu, est placée la verge de la justice, sont déposées les clefs qui symbolisent la juridiction sur les consciences. Cet homme, tout homme qu'il est, accorde ou refuse les sacrements; menace, pardonne ou châtie ; exerce sur les mœurs une autorité de censeur, telle que n'en connurent jamais les Grecs ni les Romains ; il est à la fois père, prêtre et magistrat ; il est devant Dieu la voix du peuple pour parler au nom de ce dernier, exposer ses besoins, excuser ses égarements, demander pardon, et parfois s'offrir comme victime volontaire d'expiation ; il est devant le peuple la voix de Dieu pour rappeler les devoirs, exciter les espérances du ciel, menacer des châtiments éternels, veiller sur toutes les actions; prodiguer le jour et la nuit toute espèce de consolations.
Tel est le pasteur. Il n'est aucune charge qui soit en même temps si élevée et si populaire, aucune magistrature qui soit plus simple et plus sublime dans ses fonctions.
Mais écoutons le pasteur... De quoi parle-t-il? Ce n'est point des questions ardues de la philosophie, des affaires compliquées de L'Etat, des nouveautés présomptueuses, ni de ce qui a ordinairement le privilège d'attirer l'attention publique et de piquer la curiosité des auditeurs.
Mais il traite des sujets sans lesquels toute philosophie est insensée, toute politique impuissante, toute découverte scientifique inutile. Il parle de Dieu, de l'âme, du salut, de la conscience, du sacrifice, delà résignation; autant de vérités anciennes, et que le monde a néanmoins besoin d'entendre répéter et comme rajeunir, de la même façon que l'homme a besoin de manger chaque jour le pain comme une nourriture nouvelle, bien que cet aliment soit cependant très ancien et très commun parmi les hommes. Vérités les plus simples, pour qu'elles puissent être comprises du pâtre le plus grossier ; les plus élevées, afin qu'elles offrent aussi un aliment inépuisable aux plus sublimes intelligences.
Vérités les plus individuelles, de façon qu'il n'y en aitpasqui intéressent davantage, et qui s'accom-modent mieux à la manière d'être intime et par-
ticulière de chacun ; les plus générales en même temps, puisqu'il n'est personne, si obscur ou si puissant soit-il, qui puisse se croire dispensé de leur accorder son attention ; et qu'il n'en est pas d'autres qui influent plus directement sur la masse du genre humain en général. Elles sont les plus divines, puisqu'elles viennent directement de Dieu ; qu'elles sont indispensables et essentielles pour connaître Dieu, le servir et le posséder; non point comme les vérités de l'ordre purement naturel, qui n'aboutissent à ce résultat qu'indirectement ou pour ainsi dire accidentellement. Elles sont en même temps les plus humaines ; puisqu'il n'en est point qui touchent l'homme de plus près, qui pénètrent plus avant dans son cœur, qui répondent plus exactement à ses besoins, qui soient plus aptes à lui procurer la félicité terrestre elle-même. Telles sont les vérités que maintient toujours vivantes dans le cœur des peuples l'humble chaire paroissiale. La simple homélie que le pasteur adresse chaque dimanche à ses paroissiens sur le ton familier a maintenu dans le monde la foi du Christ, depuis qu'il l'y a plantée, il y a dix-neuf siècles, laissant à ses ministres la mission de la conserver et de la propager. Cette instruction populaire, écho de celle que, dans une sphère supérieure, font constamment entendre la Papauté et l'épiscopat ; cette instruction populaire, plus que
les livres des savants, plus que les raisonnements des docteurs et les discours des académiciens, a contribué à la civilisation et au bonheur de l'homme pour qui la vérité religieuse et morale est la première nécessité, mille fois plus que la vérité scientifique ou le progrès industriel, pour autant que ces choses méritent d'être prises en considération. Un bon pasteur fait plus pour les véritables intérêts du genre humain que cent philosophes; et la chaire paroissiale, si elle devenait subitement silencieuse dans le monde, laisserait voir, au bout de quelques années, un vide plus funeste que celui qui suivit la destruction de l'Académie et de l'Aréopage.
Mais comment parle ce singulier tribun du peuple chrétien ? En paraboles, comme le Christ, lorsqu'il s'adressait aux foules sur les montagnes, dans les vallées ou sur les places publiques, puisqu'en effet tous ses discours se réduisent à répéter et à exposer les simples phrases de l'Evangile du Dimanche. Il parle le seul langage qu'il puisse tenir au peuple dont il désire être compris et avec lequel il désire s'identifier ; c'est-à-dire le langage du cœur qui, même sans connaître les règles de la rhétorique, a toujours le don d'être éloquent et de toucher; et le langage du bon sens pratique qui, sans les artifices de la dialectique, porte la conviction dans les intelligences et la persuasion dans les volon- Mal Soc. — II. — 4.
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tés. C'est donc une grande chose que cet art oratoire qui s'enseigne à peine dans les livres, mais qui remporte cependant les triomphes, sinon les plus brillants, au moins les plus solides. Quand il est animé du zèle de Dieu, il voit céder à son ascendant très puissant les haines invétérées, la sordide cupidité ; il voit se calmer les douleurs les plus vives de Târne, et reprendre courage les cœurs les plus abattus, s'humilier les fronts superbes et orgueilleux, les pauvres concevoir une haute idée d'euxmêmes et de leur noble destinée, et mépriser tout ce qu'il y a de vain et de trompeur dans la condition de ceux que le monde appelle heureux. Il se fait à toutes les circonstances dont il s'inspire et dont il profite. Son langage respire l'allégresse à Noël et à Pâques ; il est triste et lugubre le Vendredi-Saint et le jour des Morts; il est calme et joyeux aux fêtes de la sainte Vierge et des saints, grave et austère dans l'explication des préceptes de la morale. Il a les accents d'une mère pour les petits enfants et les jeunes personnes ; d'un père pour les jeunes hommes et les mères de famille ; d'un ami pour les pères et les vieillards. Il est l'âme des solennités chrétiennes ; sans lui, les fleurs, les tentures, les clochers, l'orgue et les illuminations auraient à peine une signification; il leur donne une voix, les rend intelligibles au peuple fidèle ; il convertit tout en un livre, dont
les caractères sont si expressifs, que le rude laboureur, l'artisan grossier, l'ouvrière modeste de l'atelier ou des champs, savent parfaitement le lire, et puisent dans cette lecture joie, attendrissement, consolation, lumière et sanctification, alors même qu'ils ne sauraient pas distinguer les lettres entre elles. Telle est la parole paroissiale, telle est la voix du pasteur, ou mieux, de la paroisse.
Enfin, pourquoi parle-t-il? Ce n'est ni pour flatter l'orgueil de ceux qui sont en haut, ni pour exciter ou enflammer la terrible envie de ceux qui sont en bas; ce n'est pas pour exalter des droits mensongers que certains panégyristes prônent malheureusement à l'excès; ce n'est pas pour flatter les passions, l'imagination, à l'aide de perspectives trompeuses d'ambition ou de lucre. La voix humaine se fait souvent entendre en vue de semblables résultats. Mais la voix paroissiale a un objectif plus élevé, qui peut se résumer en trois mots : éclairer, améliorer, consoler. Il y a et il y aura toujours en ce monde des erreurs à dissiper, des abus à extirper, des amertumes à adoucir. Les premières se dissipent par l'enseignement chrétien, les secondes se détruisent par la sévérité de sa morale, les troisièmes se calment par la douceur de ses consolations. Ainsi la parole de Dieu, que chaque population entend continuellement prêcher du haut de la chaire, est une lu-
mièrepour l'entendement, un frein pour la volonté, un baume pour le cœur. Le peuple chez lequel l'instruction paroissiale est l'objet d'un soin spécial de la part du pasteur et d'une attention particulière de la part des fidèles, ne peut être un peuple ignorant, corrompu ou malheureux. Il ne sera peut-être pas docte, àlafaçon de plusieurs prétendus savants, qui sont au fond les plus ignorants; il ne sera pas distingué de cette distinction que l'on fait reposer seulement sur le luxe des édifices et des vêtements, et sur le raffinement des relations sociales; il ne sera pas heureux comme le demandent ceux qui font consister la félicité d'un peuple dans le nombre et la magnificence de ses lieux de dissipation; mais je refuse cette science, cette distinction et cette félicité, qui se traduisent d'abord par un plus grand nombre de suicides dans la statistique, et par un surcroît de travail pour les juges et la police. Je renie ces peuples savants, avancés et heureux, qui donnent sur leur propre compte de si grands sujets de tristesse et d'effroi, dont les feuilles publiques nous font journellement le récit. Tout autres sont les fruits de l'instruction paroissiale, là où elle est écoutée et mise en pratique.
La conversation près du foyer. — Les fêles de la semaine. — Les prières et le catéchisme. — Les bans de mariage.
Poursuivons. Dans une maison bien ordonnée, vous verrez presque toujours que, près du foyer ou autour de la table à l'heure du repas, on tient chaque jour ou chaque soir, comme un conseil de famille où, dans une sainte paix et fraternité, on s'entretient, on délibère et on prend des décisions sur les sujets les plus importants qui concernent la famille ; on n'exclut que ceux qui, en petit nombre, exigent, en égard à leur nature, une réserve spéciale. Là, sous la présidence du père ou de l'aïeul, on parle du travail commencé ou de celui qu'on va entreprendre, des malheurs que l'on redoute ou des joies qu'on espère, des parents et des amis, des nouvelles qui circulent parmi le peuple, etc., etc. Ici, les anciens causent de leurs souvenirs et les jeunes gens de leurs projets, car la vieillesse vit de souvenirs, et la jeunesse d'espérances; on raconte des histoires; on passe en revue les événements mémorables, on mêle à tout cela des conseils salutaires, le tout accompagné de l'affection la plus franche et de la cordialité la
plus expansive. Devant un pareil spectacle, le plus indifférent lui-même est obligé de s'écrier : Heureux celui à qui appartient un tel foyer ! Heureux celui qui peut abriter et réchauffer son cœur dans cette affectueuse intimité de cœurs qui se nomme la famille ! Malheureux, au contraire, celui qui partout se voit condamné à vivre comme un simple hôte ou un étranger !
Nous avons nommé ailleurs la paroisse le foyer domestique de la famille spirituelle; et, aujourd'hui, placés au pied de l'autel ou près de ses degrés, nous sentons plus que jamais l'exactitude parfaite de cette expression. En effet, la paroisse est le véritable foyer des âmes, la véritable maison paternelle de la famille chrétienne.
Nous avons parlé dans le paragraphe précédent du bon pasteur considéré comme la voix de la paroisse pour instruire ses paroissiens, les perfectionner et les consoler. Mais, quel intérêt dans les moindres détails de ce qui précède ou suit l'instruction paroissiale, quelque peu important que cela paraisse ! que d'attraits ! quelles leçons !
Dans nos paroisses de Catalogne, la première parole que le pasteur adresse à ses paroissiens, en se tournant vers eux à l'offertoire de la grand'messe, est une parole de tendre félicitation de les voir réunis autour de lui. « Pieux chrétiens, leur ditil, vous qui avez accouru à ce saint temple pour
entendre la messe, vous accomplissez un des commandements de notre mère, l'Église. Plaise au Dieu tout-puissant que pendant plusieurs années vous puissiez vous appliquer à de telles œuvres de vie éternelle, et que le Seigneur daigne les accepter pour son plus grand honneur et sa plus grande gloire et pour le profit de vos âmes, ainsi soit-il! ». Où trouver une formule plus affectueusement paternelle que celle qui est prescrite par nos rituels ? Comme on y a bien trouvé le ton familier n'excluant pas la solennité qui convient à celui qui doit se présenter et parler toujours le langage de l'autorité ! Qu'on nous permette ici une observation en passant. S'il n'est pas plus agréable à l'Eglise de voir ses enfants réunis à lagrand'messe que de les voir assister à une autre messe quelconque, ce qui suffit pour l'accomplissement rigoureux du précepte; s'il est indifférent à notre mère que les fidèles assistent à l'une ou l'autre messe, pourquoi n'adresse-t-elle cette salutation spéciale, ce souhait particulier qu'à ceux qui assistent à la messe dite par excellence messe paroissiale ? Pourquoi n'impose-t-elle pas à ses ministres l'obligation de saluer d'une façon aussi affectueuse ceux qui assistent aux autres messes ? C'est une preuve incontestable que l'Église voit là un acte auquel elle attache une grande importance, et par le fait même une preuve manifeste
de l'importance que doit y attacher le catholique qui veut avoir en tout véritablement et complètement l'esprit du catholicisme.
Mais écoutons encore. La première chose que lit le pasteur, c'est l'annonce des fêtes qui doivent se célébrer pendant la semaine suivante, en mentionnant les obligations qu'elles entraînent avec elles, telles que les jeûnes, les abstinences, le repos obligatoire, le précepte de la messe, etc. Il énumère les indulgences qui peuvent se gagner dans le cours de cette même semaine, et indique les moyens à employer à cet effet. Il explique les fêtes principales, s'il s'en rencontre quelqu'une se rapportant à Notre-Seigneur ou à la Sainte Vierge ; il mentionne les cérémonies prescrites par le rite chrétien, il en explique la signification et invite le peuple à les célébrer. Ainsi,, pour celui qui assiste à la grand'messe, il n'y aura rien, dans l'ordre religieux, durant la semaine qui va suivre, qu'il n'ait prévu et qu'on ne lui ait expliqué minutieusement. La liturgie avec ses circonstances les moins connues, l'histoire du mystère avec ses applications les plus pratiques, tout est placé sous les yeux du fidèle et lui est expliqué avec une profusion de détails les plus circonstanciés. Ainsi nous avons pu remarquer, que dans les populations où règne le véritable esprit paroissial, les paysans grossiers ont sur les fêtes de l'Eglise
et sur tout ce qui les concerne une connaissance telle qu'elle pourrait exciter l'envie d'un grand nombre de ceux qui ne cessent pas de lire les livres, et d'un nombre assez considérable de ceux qui les écrivent. Tel est le fruit des annonces de la semaine que fait chaque dimanche le pasteur à la grand'messe; tel le cours continuel qu'il tient ouvert sur ce sujet aux paroissiens ses fils. Les faux savants, ceux qui tirent vanité de leur intelligence et de leur érudition, souriront à leur aise; mais il est certain qu'ici, ils ne sont que de malheureux ignorants et les plus ignorants de tous, puisqu'ils vont jusqu'à méconnaître leur ignorance. Que dirons-nous maintenant de l'enseignement du catéchisme qui se donne aussi à cette occasion au peuple réuni ? Je sais, grâce à Dieu, l'oraison dominicale, la salutation angélique, le symbole des apôtres, le salve regina et les autres prières qu'il contient. J'ai retenu parfaitement tout le formulaire de demandes et de réponses qui constituent l'explication des quatre parties de la doctrine chrétienne. Cependant, j'éprouve du plaisir, de l'attendrissement et de l'édification à voir que le pasteur m'enseigne cette doctrine le dimanche, de la même manière qu'il l'enseigne aux enfants ; parce qu'ainsi il me la rappelle, alors que peutêtre je pourrais l'oublier. Il me plaît de le suivre à mi-voix, parole par parole, lorsqu'il me dit à
haute voix, ce qu'après mon lever et avant mon coucher, ma bonne mère, qui a quitté ce monde » me faisait dire aux jours de mon enfance. Et lorsque j'entends le pasteur qui nous dit à tous : « Nous réciterons maintenant les actes de foi, d'espérance et de charité; nous ferons ici un acte de contrition pour obtenir le pardon de nos péchés », quand il répand sur le peuple réuni autour de lui sa bénédiction paternelle, après avoir recommandé les pauvres, les défunts, l'œuvre de l'église et les besoins du culte, oh ! alors, je vois, sous son expression la plus élevée, ce caractère de famille que présente le peuple réuni en ce lieu. Combien est malheureux celui qui n'éprouve pas alors de tels sentiments !
Toutefois, il existe, dans un grand nombre de nos populations, une coutume qui met plus en relief encore ce caractère si fraternel de la réunion chrétienne du dimanche. Quand un pauvre laboureur est devenu infirme, que ses champs restent sans culture et qu'il court risque, par suite de ce retard, de voir manquer la récolte si désirée, le pasteur parle en sa faveur à la grand'messe, et demande aux autres laboureurs d'aller en sortant de l'église, au champ de leur voisin et de le labourer le jour de la fête, les dispensant ainsi, comme il en a le pouvoir, du précepte ecclésiastique qui défend de travailler un pareil jour, en raison de
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l'œuvre si méritoire à laquelle ils s'emploient. Et en effet, au sortir de la grand'messe, les voisins s'en vont, déposent leurs vêtements de fête, prennent leurs instruments de travail, et souvent, au son du tambourin, ils s'adonnent ensemble à cette oeuvre de charité. Dites-moi, amis lecteurs, qui a jamais eu une idée semblable, et qui a trouvé la manière si simple de la réaliser, sinon la religion ! Et qui a pu organiser en son nom une si singulière société de secours mutuels, sinon le pasteur et la paroisse ?
La conversation (donnons-lui ce nom) du père avec sa famille paroissiale se termine par la publication des mariages qui doivent se contracter dans la paroisse entre les personnes de cette paroisse ou du voisinage. C'est là encore un sujet que l'Église veut voir traiter comme en famille, au point qu'elle n'admet pas comme valide, le mariage clandestin, c'est-à-dire qui prétend s'accomplir à la dérobée et sans sa participation publique et officielle; c'est pour cela que le pasteur, à la messe paroissiale, fait connaître le nom, l'état et la famille de ceux qui désirent contracter ces solennels engagements, en demandant et même en ordonnant que chacun expose librement tous les empêchements qu'il connaîtrait à ce mariage projeté, à la condition que ces empêchements soient au nombre de ceux que la loi ecclésiastique recon-
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naît pour véritables. Nous ne savons vraiment pas si l'Eglise peut déployer un zèle plus vigilant et plus délicat pour la conservation du véritable esprit de famille dont elle veut voir animés tous les membres d'un même groupe paroissial. Le mariage des riches et des nobles est soumis, comme celui de tout le monde, à cette sorte de sanction populaire, et il se publie en même temps que ceux des artisans et des ouvriers. Et la plus obscure villageoise peut et doit dénoncer l'empêchement, si elle en connaît quelqu'un, qui s'oppose à la célébration du mariage de la plus noble grande dame. Car ce n'est pas sans motif que l'on dit sur le ton de la plus rigoureuse autorité, en terminant les proclamations, du haut de la chaire ou du pied de l'autel : « Si quelqu'un de vous sait qu'il existe quelque empêchement qui s'oppose à la célébration de ce mariage, il doit en avertir le pasteur de la paroisse ; autrement il encourra les peines portées par l'Église ».
Réponse à une objection. — Assistance aux bénédictions et aux processions.
Après ce que nous venons de dire, restera-t-il encore un catholique, parmi ceux qui veulent l'être
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de corps et d'âme, comme on a coutume de dire, qui ne soit pas convaincu que l'assistance à la messe paroissiale doit entrer,, pour une partie très importante, dans le programme des quasi-obligations que s'impose celui qui désire véritablement justifier ce titre si noble devant Dieu et devant les hommes? Se trouvera-t-il quelqu'un qui regarde comme une chose de minime importance, ou même de pure forme, la participation à de tels actes, surtout s'il est chef de famille, alors que tout lui dit que l'Église considère ces actes comme une partie essentielle des relations que cette mère veut entretenir avec nous, qui sommes ses fils ? Mais on dira peut-être : « Après tout, il n'y a pas là une obligation sous peine de péché mortel. Il ne semble donc pas qu'il faille donner une telle importance à une omission qui ne constitue pas, aux yeux de l'Église, une faute grave ».
— Assurément, mon ami; mais veuillez m'accorder quelques instants d'attention, et décidez ensuite.
La peine du péché mortel est dans l'ordre spirituel ce qu'est dans l'ordre naturel la peine de mort. En effet, le péché grave est appelé mortel, d'après le catéchisme, parce qu'il prive l'âme de la vie de la grâce, de sorte que, quand l'Église déclare qu'un de ses préceptes oblige sous peine de péché grave, c'est comme lorsqu'un prince ou
un législateur dicte à ses vassaux une loi avec la sanction que celui qui ne l'observera pas encourra la peine capitale.
Eh bien ! écoutez : aurait-on raison de dire qu'il suffit, pour être un citoyen parfait, un citoyen modèle, un citoyen possédant les véritables vertus civiques, de ne pas violer les lois dont l'infraction entraîne le supplice de la potence ou du garrot ? Non, certes; sans cela, pour être un citoyen exemplaire, il suffirait, au premier venu de n'être pas un scélérat. Au bon citoyen, qui veut l'être dans toute la rigueur de l'expression, on demande communément quelque chose au-delà de ce qui suffit pour ne pas monter à l'échafaud, et même pour ne pas être chargé de chaînes. On veut qu'il accomplisse, non seulement ce qui emporte une si grave sanction, mais ce que demandent de lui la nécessité, le bien-être, l'honneur de la patrie dont il est fier de se dire le fils ; on demande qu'il lui procure tout le bien, toute l'utilité et toute la gloire possibles, et non point qu'il se contente de ne pas faire ce qui est mal et condamné. On veut, en un mot, qu'il ait du patriotisme, et non de la patrioterie, qui est la contre-façon du patriotisme, et qu'il croie avoir rempli ses devoirs, non point lorsque le juge ne trouve pas de motif de le punir, mais quand il a accompli, pour le bien ou l'honneur de son pays, ce que dictent aux citoyens
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généreux l'amour, l'utilité publique et le véritable civisme.
Voilà l'erreur de ceux qui croient, ou qui feignent de croire, pour parler plus exactement, qu'ils sont déjà de bons et de parfaits catholiques, uniquement parce qu'ils agissent avec toute l'habileté possible pour se tirer de tel cas, qui les oblige sous peine de péché mortel ou sous peine de mort. Vaillants catholiques et excellents modèles, qui se contentent de ce minimum de catholicisme, qui suffit à la rigueur pour qu'ils ne soient pas païens et maudits de Dieu. Il est clair que nous ne nous proposons pas de les prendre pour des types d'une si rare perfection, lorsque nous recommandons surtout les vertus paroissiales à nos bons amis qui, sans doute, désirent tous être quelque chose dans le royaume de Dieu. Qu'il reste donc établi que le refrain si ressassé : « cela n'oblige pas sous peine de péché mortel», ne vaut rien et ne prouve rien. C'est tout au plus une sottise avec laquelle désirent excuser leur manque d'esprit catholique les gens. apathiques et les égoïstes.
L'occasion présente est favorable pour parler ici d'autres actes paroissiaux que l'Eglise accomplit durant l'année et qui ont des rapports avec la grand'messe, à quelques-unes des fêtes principales. Nous en parlerons rapidement.
Les bénédictions des cierges pour la Chan-
deleur, des cendres le mercredi qui inaugure la Sainte-Quarantaine, des Rameaux le dimanche qui est connu sous cette dénomination, des limites de la paroisse le jour de l'Invention de la sainte Croix, et quelques autres qui se donnent dans certains diocèses particuliers, sont pleines de mystères sublimes et de belles significations, et cependant elles passent inaperçues pour un grand nombre de catholiques qui croient l'être plus et mieux que les autres, comme elles le feraient, ni plus ni moins, pour un protestant ou un musulman, qui vivrait au milieu de nous ; et cependant lorsque l'Église a institué et prescrit de tels rites, elle avait sans doute en vue de les faire servir également pour ses fils vivants dans le siècle, et non point seulement de les voir observés par le pauvre curé dans l'enceinte déserte et solitaire de son temple paroissial. N'y aura-t-il donc pas un devoir, pour le bon paroissien, d'y prendre part comme à une chose qui le regarde directement ? Nous croyons que ce devoir existe.
Quelle bonne page nous pourrions écrire ici sur les processions, et spécialement sur celles des Rogations et de la solennité de la Fête-Dieu ! Ne sont-ce pas là comme autant de points sur lesquels chacun doit montrer ce qu'il est et quel est le degré de son esprit paroissial? Il est honteux de voir comment se célèbrent ces cérémonies
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dans un grand nombre de paroisses ; on éprouve de la peine à voir le curé faire tout seul le tour extérieur ou même intérieur de son église, sans qu'il y ait à peine quelques personnes qui répondent à ses prières ou tiennent un flambeau allumé devant la Vraie-Croix ou le Ciboire qu'il porte solennellement ; c'est à peine s'il y a un malheureux vieillard ou une vieille femme qui semblent avoir été délégués pour représenter officiellement tous les autres catholiques de la localité. Et ces catholiques, qui font si peu d'honneur à leur paroisse et au catholicisme, seront peut-être les premiers à exiger que le curé ait quelques égards pour eux, ou qu'il n'oublie pas, grand Dieu ! qu'ils occupent un certain rang dans la société et qu'ils ont tel ou tel titre honorifique. Qui sait même s'ils ne se jugeront pas offensés ou attaqués dans ces pages, s'ils ont de tels sentiments ! Car notre misérable amour propre est tel que nous nous considérons comme une offense et un mépris des injures qui n'existent que dans notre imagination ! Quant à eux, ils tiennent parfois leur paroisse et les cérémonies qui s'y accomplissent comme choses moins importantes que ce qui concerne leur maison ou leurs biens; et cette paroisse attire leur attention mille fois moins que l'affaire la plus insignifiante qu'ils pourraient recommander au dernier de leurs serviteurs ou de
Mal Soc. II. — 5.
leurs ouvriers ! En serait-il ainsi, si tout le monde considérait comme une vertu très importante celle que nous prêchons ici, c'est-à-dire l'esprit paroissial ?
Œuvres paroissiales. — Avantages de l'esprit paroissial appliqué à toutes les bonnes œuvres d'un caractère public.
Le bon paroissien ne doit pas considérer sa paroisse uniquement comme un endroit affecté à la célébration des exercices du culte de toute la vie morale de la paroisse, vers lequel tout converge et d'où tout émane en ce qui touche aux œuvres de propagande catholique, quel que soit le genre des œuvres désignées sous cette dénomination très élastique. Plus brièvement, le bon paroissien doit s'efforcer de donner un caractère paroissial, autant qu'il est possible, à toutes les manifestations de vie religieuse qui s'accomplissent dans la paroisse. Et cela pour deux raisons : Pour le bien et l'honneur de la paroisse même, et pour l'avantage et l'honneur de ces mêmes œuvres catholiques. Abordons maintenant ce sujet important.
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L'organisation de l'Église catholique, par cela même qu'elle est parfaite, est entièrement basée sur l'unité. Il y a un seul centre pour tout l'univers, le Pape; un seul centre dans chaque diocèse, l'évêque; un seul centre dans chaque paroisse, le curé. De telle sorte que le fidèle reçoit la vie et le mouvement de sa ferme union avec les trois anneaux de cette chaîne bien simple qui constitue tout l'organisme de notre vaste société ; c'est-àdire en demeurant uni au curé, qui demeure uni à l'évêque, lequel l'est au Pape, qui estindéfectiblementuni à Dieu. La conduite duchréiien du siècle sera donc d'autant plus catholique qu'elle s'identifiera davantage avec cette unité hiérarchique ; elle sera au contraire d'autant moins parfaite, ou pour ainsi parler, d'autant moins catholique, si tant est que l'on puisse admettre dans cette qualification des degrés en plus ou en moins, qu'elle s'éloigne davantage de celle-ci ou se sépare de celle-là. Ainsi, comme les œuvres catholiques d'un caractère universel sont d'autant plus recommandables qu'elles reçoivent plus directement leur vie de la Papauté, et les œuvres diocésaines d'autant plus qu'elles reçoivent une influence plus directe de l'évêque, ainsi les œuvres locales, auront ce caractère local dans la proportion de leur participation à la vie paroissiale.
Étant admis, comme ils doivent l'être en thèse
générale, ces principesque n'infirment point quelques exceptions rares et bien spécifiées, voyons maintenant les avantages que nous procurera leur application.
En premier lieu, nous avons dit qu'ils tourneront au plus grand bien et au plus grand honneur de la paroisse. Cette vérité est tellement claire que nous pourrions fort bien nous dispenser de la démontrer. La paroisse a besoin, pour remplir sa haute mission de la meilleure manière possible, d'avoir un grand prestige et un grand ascendant sur ses subordonnés. Les dignes fils de cette paroisse doivent s'efforcer de faire tourner à sa gloire tout le bien qui se fait dans la localité. Donnons un exemple. Les gouverneurs habiles et les soldats loyaux ont coutume de ne point vouloir qu'on leur attribue la gloire de leurs campagnes ; mais leur loyauté et leur patriotisme les obligent à l'attribuer tout entière au souverain ou à la nation qu'ils servent et dont ils se considèrent comme de simples instruments. Le général de David, dout il est parlé au livre des Rois, serrait de très près, dans un siège, une ville ennemie ; et comme il était déjà sur le point de la prendre, il attendit que le roi fût venu dans son campement, afin que le prince eût les honneurs de la victoire, bien qu'en réalité tout le mérite de cet exploit glorieux appartînt à ce vaillant soldat.
Ainsi se comportera celui qui aime sa paroisse ; il voudra se montrer son généreux et dévoué serviteur. Il associera le nom de sa paroisse à toute bonne œuvre ou entreprise glorieuse qu'il tente ou accomplit par lui-même ou avec ses associés ; s'il y a des fautes ou des maladresses, il les prendra à son compte ; il cédera à sa mère la paroisse, les lauriers ou les palmes de la victoire. Il comprendra qu'elle doit se présenter devant ses fils, dont plusieurs, malheureusement, sont méchants et dénaturés, forte, digne, féconde, couronnée de mérites. Il comprendra que cela est nécessaire pour que la voix de la paroisse soit écoutée, pour que sa parole ait l'honneur et l'autorité convenables, qu'elle soit acceptée avec respect, sinon avec amour, par les méchants euxmêmes; pour qu'elle opère dans leur cœur avec l'efficacité nécessaire pour les détourner du mal et les diriger dans le droit chemin.
Par ce moyen, il lui procurera non seulement les avantages dont nous parlons ; mais il donnera à ses œuvres elles-mêmes une importance qu'elles n'auraient pas sans cela.
En second lieu, ces œuvres faites en union avec la paroisse, paraîtront dès lors dépouillées de ce caractère personnel qu'elles pourraient avoir si elles étaient entreprises ou accomplies par telle ou telle individualité. Le caractère personnel nuit presque
toujours plus qu'il ne profite aux institutions religieuses. Outre que, dans l'Église de Dieu, l'isolement, l'individualisme, est en soi peu conforme à l'esprit de cette Église, il arrive que le caractère personnel que revêt telle ou telle œuvre de piété, de bienfaisance ou d'instruction, rend cette œuvre comme solidaire de tous les défauts réels ou supposés, imputés à la personne qui l'accomplit, et par là celui qui l'entreprend excite des antipathies, des rivalités, ou au moins des préventions qui n'existeraient pas, s'il avait eu soin de lui enlever tout caractère de personnalité. Sans compter qu'il en coûte beaucoup à l'initiateur, aussi vertueux qu'il soit, de se défendre des suggestions de l'amour propre, de la misérable vanité, des caprices du tempérament ou de l'humeur; circonstances qui très souvent font échouer piteusement des œuvres qui paraissaient appelées à un succès merveilleux. On éviterait tout cela en enlevant aux travaux chrétiens autant que possible le caractère personnel; et on obtiendrait ce résultat en leur donnant toujours un caractère éminemment paroissial.
Que le fidèle laborieux et actif se repose en travaillant comme à l'abri de ce bouclier, qui le délivrera des dangers mentionnés plus haut et de mille susceptibilités, mauvais vouloirs et enfantillages. Ce qui est personnel est presque toujours
petit par sa nature, et conduit à l'égoïsme; ce qui est général, commun, se trouve mieux protégé contre de telles atteintes. Les pronoms h mien et le tien sont ordinairement funestes aux œuvres catholiques, qui toutes doivent avoir pour base 1 abnégation et l'oubli de notre nom et de nos intérêts.
Que dirons-nous, si nous considérons ce que gagnera de la sorte une œuvre quelconque, même au seul point de vue de la stabilité ? Les personnes font défaut, les titres brillants s'obscurcissent, le prestige de tel ou tel nom s'éclipse ou se voile par le fait de mille péripéties de la fortune incertaine; le même fidèle, aujourd'hui animé des meilleurs sentiments, ne peut être sûr de persévérer jusqu'au lendemain, de ne pas sentir diminuer sa ferveur, changer ses dispositions, et varier entièrement le point de vue sous lequel il considérait auparavant le même fait. Si donc nous voulons mettre les travaux catholiques à l'abri de la versatilité et de la faiblesse humaines, faisons-les dépendre de l'homme le moins possible. Donnonsleur un caractère, une physionomie, une organisation indépendants de nos misères et de nos petitesses. Faisons-les reposer sur quelque chose de plus ferme et de plus durable que nous. Identifions-les, dans la mesure du possible, avec la stabilité et la fixité que regarde comme assurée
pour elle-même l'Église de Dieu, dont le représentant le plus naturel et le plus immédiat pour nous est la paroisse.
Que de travaux très coûteux ont été, de nos jours, stériles et éphémères, parce qu'on avait oublié ces simples vérités !
Applications pratiques. — Le curé doit occuper partout la première place.
Comment ramènerons-nous à la pratique les principes théoriques des paragraphes précédents? De quel procédé nous servirons-nous pour donner le véritable caractère paroissial à toutes les ceuvtes catholiques de piété comme de bienfaisance et de propagande que nous entreprenons, puisque vous regardez comme un point si important qu'on les ait en haute estime ?
Nous allons donner pleine satisfaction à ces questions en entrant dans quelques détails circonstanciés, qui donneront une légère idée de la manière dont nous entendons et dont nous voudrions voir entendre, sur ce point, l'esprit paroissial si recommandé.
Premièrement, ce qu'il y a de plus facile et de
plus simple dans ce procédé, c'est que, pour donner un caractère paroissial à tous nos travaux ayant un caractère public, on fasse intervenir comme agent principal le curé ! Voilà ce qui saute aux yeux, dès qu'on les porte sur ce sujet. Le curé peut n'être pas le premier moteur, pour ne pas priver un autre fidèle, ecclésiastique ou séculier, du privilège de l'initiative; il peut ne pas être l'élément le plus actif; car mille circonstances peuvent faire que son action matérielle soit nulle, ou fort médiocre; cependant sa présence, dans tout travail du caractère indiqué plus haut, sera toujours d'une très grande importance, et très souvent elle sera réellement indispensable. Et qu'on ne croie pas que nous nous tenons pour satisfaits, si l'on accorde au curé une présidence purement honoraire, qui fait de lui, dans l'assemblée de ses paroissiens, une simple figure de décor ; non, nous désirons qu'il ait une influence réelle et efficace, et pour le moins une haute direction qui lui permette de dominer pleinement tout l'ensemble et la marche des travaux, alors même qu'il n'aurait pas une connaissance personnelle et pratique de tout el de chacun de ces travaux.
Qu'on le considère en toute chose pour ce qu'il est véritablement, c'est-à-dire pour la tête. C'est là l'expression propre et celle qui donne
l'idée la plus exacte de ce que doivent être ses attributions. La tête, dans l'organisme humain, ne remplit point toutes les fonctions ; cependant elle intervient en toutes, comme l'élément directif principal; et sans son intervention efficace, le pied ne marche pas, la main ne s'ouvre pas, les lèvres et la langue n'articulent pas de sons, et aucun des éléments constitutifs de cet organisme si compliqué ne se met en mouvement. C'est ainsi qu'on doit estimer la présence du curé dans tout travail ayant un caractère religieux, qui s'entreprend dans sa paroisse. La vie religieuse dans toutes ses phases et ses manifestations, si elle doit être catholique et porter le sceau du catholicisme, doit se distinguer par sa physionomie hiérarchique particulière, et pour employer une expression plus exacte, par son caractère de subordination. S'arracher à de tels liens ou les affaiblir, sous prétexte que ce sont des entraves, c'est s'exposer aux dangers de ce qu'on a appelé de nos jours, et parfois avec une intention peu droite, le laîcalisme; et si ce nom était justifié, grâce à Dieu il ne Ta pas été jusqu'ici en Espagne ! ce serait purement et simplement une forme du protestantisme. Ne donnons donc ici ni cette satisfaction, ni ce prétexte à nos adversaires. Y a-t-il une école nocturne ou dominicale ? Que le pasteur la visite. Y a-t-il une œuvre de jeunesse ou
une association catholique? qu'il en soit le président-né et le conseiller, par lui-mêiTie ou par un délégué. Se forme-t-il, pour un motif quelconque, un pèlerinage? Que le pasteur soit à la tète. Le curé doit avoir dans sa paroisse comme une certaine ubiquité morale qui rende son action et son autorité sensibles partout. S'il est zélé, comme a l'habitude et l'obligation de l'être celui qui remplit cette charge auguste, sa parole embrasera les cœurs, son prestige donnera de la vigueur aux faibles, son influence aidera à vaincre facilement toutes sortes de difficultés. Si, par malheur, son cœur était hésitant, timide, peu courageux, il s'exciterait en pensant qu'il est, par position, obligé de commander une armée vaillante et décidée. Combien de fois, ainsi que l'ardeur du capitaine se communique aux soldats, par je ne sais quelle sorte d'électricité morale, les soldats communiquent, à leur tour, l'ardeur guerrière et un élan généreux à leur chef! Et cette mutuelle action des membres et de la tête produit des résultats étonnants ! Quelle consolation ne trouve pas le bon pasteur, parfois âgé, d'autres fois jeune et inexpérimenté, lorsque les moyens humains d'action lui font défaut, à se voir entouré de cœurs dévoués qui s'honorent de travailler à l'ombre de son nom, partagent ses plus rudes fatigues, et lui cèdent la plus belle part de leurs
triomphes ! Mais quelle tristesse n'éprouvera-t-il pas, au contraire, si, au lieu de procurer à leur chef naturel ce prestige et cette gloire, les soldats se proposent de se séparer de lui et de le laisser dans un honteux isolement, entreprenant, sans s'entendre aucunement avec lui, des travaux dans un champ qui est après tout le sien, puisque c'est à lui, comme principal administrateur, que l'église l'a confié ! Et si, par l'effet de l'oubli de ces préceptes de discipline, il y avait dans la localité un individu ou une association qui se flatterait de vouloir vivre et travailler en dehors de cette tutelle essentielle, Dieu pourrait-il bénir comme siennes de pareilles œuvres qui, bien qu'entreprises, en apparence, en son nom, s'accompliraient néanmoins contre sa volonté expresse et formelle ? Stérile mouvement catholique, si tant est qu'il puisse être appelé catholique, qui commence par se targuer d'indépendance et de particularisme ! Un pareil mouvement n'aboutirait, à la fin, qu'à une funeste agitation ; il ne saurait être la règle ordinaire et régulière d'un cœur qui bat plein de vie, mais l'agitation convulsive de la fièvre qui dévore ; non le signe d'une santé robuste et durable, mais le symptôme infaillible de la dissolution et de la mort.
Fidèles séculiers, qui formez autour de l'arche sainte d'Israël une milice choisie de volontaires.
L ESPRIT PAROISSIAL 't"J
en vue de l'honorer et de la défendre ! Vaillants soldats de la cause,, qui s'appelle la propagande catholique, vous qui acquérez tant de titres à la gratitude et aux bénédictions de l'Église, le chef naturel de vos œuvres locales c'est le pasteur, comme dans une sphère plus étendue c'est l'évèque, et dans la sphère catholique, c'est le Pape, vicaire de Dieu ! Au sein de cette magnifique organisation générale peuvent et doivent se développer un grand nombre d'organismes particuliers ; mais ils ne sauraient s'en séparer, sans devenir aussitôt des membres disloqués, et par là impropres à toute fonction régulière. Bénis soient les zélés promoteurs d'œuvres! ceux qui, dans ce rayon normal, commandent des phalanges nombreuses ; provoquent, par leur généreuse initiative, des protestations et des manifestations éloquentes; et, avec une activité et une constance sans égales, font en quelque sorte vibrer dans toutes les fibres du corps de l'Église catholique, un saint enthousiasme pour la cause de Dieu ! Ainsi a toujours procédé, en Espagne, la propagande catholique ; ainsi ont été conduites, en ces derniers temps, les mémorables campagnes qui ont donné tant de consolation à l'Église de Dieu ! Avec le Pape en tête de l'armée universelle, avec l'évèque en tête de ce qu'on pourrait appeler la division diocésaine, et le curé en tête de ce qu'on peut
nommer le bataillon local, se livrent les véritables combats de Dieu, s'obtient la victoire dans cette société glorieuse, que le prophète appelait déjà, dans les Livres Saints, « terrible comme une armée rangée en bataille ».
Amplification du même sujet. — Toute œuvre doit se placer à l'ombre de l'édifice paroissial.
Faisons un pas de plus. Nous voulons inculquer qu'il est nécessaire, non seulement quele curé soit le chef naturel de toutes les œuvres religieuses entreprises par chaque catholique dans sa localité respective, mais qu'il est convenable que ces œuvres se fondent et se maintiennent dans l'église paroissiale, afin que l'édifice matériel de la paroisse devienne comme le centre commun de toutes ces œuvres, où elles puisent la chaleur et la vie qui doivent les rendre vigoureuses et fécondes. Nous croyons donc, et nous voudrions que nos amis partageassent cette foi, que toute institution religieuse qui se fonde doit prendre naissance dans l'église paroissiale, y grandir et adhérer à ses murs bénis à la façon du lierre , se multiplier
et se développer, comme l'hirondelle sous son toit paisible. Nous déplorons de voir inaugurer dans des salons, des jardins, voire même dans les casinos, des œuvres dont le berceau devrait être la maison de Dieu; nous déplorons de voir, par l'abject naturalisme de notre époque, dénaturer des institutions qui ne peuvent prospérer et porter les fruits qu'on en attend qu'à l'ombre du sanctuaire. Nous voudrions qu'à la place du discours académique étudié, on entendît à leur inauguration, la voix du prédicateur, et au lieu du piano, la mystérieuse harmonie de l'orgue. C'est bien assez que le Libéralisme s'efforce de séculariser toute entreprise, même la plus sacrée, sans que nous l'aidions nous-mêmes dans cette œuvre maudite.
Nos pères, et en cela ils agissaient assurément avec beaucoup de sagesse, n'entreprenaient jamais aucune affaire ayant un caractère public, même dans l'ordre purement civil, sans la placer sous la sauvegarde dévouée de la paroisse. Nous, au contraire, nous nous séparons d'elle, même dans des entreprises strictement religieuses. Les antiques monts-de-piété, les fraternités, les associations de bienfaisance, les corps de métiers euxmêmes, au moyen desquels se groupaient et prenaient une forme corporative les industries et professions diverses, tout cela prenait naissance sous l'influence du soleil paroissial ; tout cela se
conservait sous les voûtes du temple noircies par les siècles. Il y avait là comme les archives de tout ce qui concernait la vie publique du citoyen catholique. Toute institution se plaçait sous le patronage et le vocable d'un saint titulaire, et on élevait, en retour, à ce saint, sous le patronat de telle corporation, un riche autel et une chapelle somptueuse. On y célébrait avec pompe et par des réjouissances la fête annuelle et on voyait se renouveler l'esprit des anciens fondateurs chaque fois que les associés se reunissaient au pied de cet autel, qui était pour eux comme le foyer patriarcal de la famille.
Bien que les circonstances présentes aient rendu, non pas impossible, mais très difficile, la continuation de ces belles traditions civico-paroissiales, donnons au moins à la paroisse toute la participation possible dans nos entreprises religieuses. Que tout ce qui se fait dans notre localité pour la gloire de Dieu paraisse manifestement érigé dans l'église paroissiale et lui soit ostensiblement uni. Ne donnons pas le spectacle, malheureusement assez fréquent, d'un éloignement ou d'une indifférence qui seraient moins excusables en nous qu'en toute autre personne. Le catholique a toujours son bureau d'affaires religieuses à l'ombre de son clocher, et il ne doit pas le chercher ailleurs. Remarquez cela ; tout ici parle au cœur, tout y
l'esprit paroissial
porte à des pensées élevées, tout y produit des impressions profondes. A la porte ou sous le vestibule, s'offrent à vos regards les Fonts baptismaux où vous avez été régénérés; vous êtes venus ici infidèles et enfants de colère, vous en êtes sortis chrétiens et héritiers de Dieu. Au sommet se trouva l'autel où vous avez fait votre première communion et où vous avez été initiés à la vie du chrétien parfait, événements qui marquent la page la plus importante de la vie. En cet autre endroit, un parent et peut être nous-mêmes avons reçu la bénédiction nuptiale ; et sous vos pieds reposent et dorment du sommeil de la paix vos antiques concitoyens. Cette image qui occupe la place principale au grand autel, préside depuis des siècles aux joies et aux tristesses de ce peuple qui s'est placé sous son vocable ; les autres que vous apercevez confusément dans le fond un peu sombre des chapelles, portent des souvenirs et des ex-voto qui excitent le plus affectueux intérêt. Les cloches, qui se balancent majestueusement au sommet de la tour, sont celles qui ont sonné leurs joyeux carillons à votre naissance, et qui feront entendre leur voix plaintive à vos funérailles. Telle est la paroisse, que nous pouvons appeler notre première mère, et telle est l'église, que nous pouvons nommer notre première maison paternelle, avec plus de raison peut-être que ne sauraient Mal Soc. — H. — 6.
oi LE MAL SOCIAL
en invoquer en leur faveur nos parents selon la chair et la maison qui nous a vu naître. A la paroisse donc tous nos respects et tous nos égards.
Coup d'œil sur les antiques institutions paroissiales. Il importe plus de restaurer que d'innover.
Cette idée nous amène naturellement à une autre qui nous occupe depuis longtemps et que nous voulons exposer en ce moment, attendu que nous ne trouverions jamais une circonstance plus favorable pour la développer. Nous nous reportons à l'importance qu'eurent toujours en Espagne les antiques institutions paroissiales, et nous constatons combien est lamentable la décadence dans laquelle elles sont tombées sur quelques points et injuste le dédain avec lequel les considèrent certaines personnes, d'ailleurs très zélées et bien intentionnées. La soif de nouveauté, qui est la maladie contagieuse de notre siècle, et qui parfois nous a atteints, nous catholiques, plus que nous ne pensons, a fait qu'en plusieurs paroisses, on a jugé faire beaucoup en intro-
duisant des institutions nouvelles, au lieu de penser à rajeunir les précieuses institutions antiques, qui demeuraient dans le plus douloureux abandon. Entretenons-nous un instant sur ce sujet, qui offrira à nos lecteurs plus d'intérêt qu'ils ne pensent peut-être.
Il est hors de doute que chaque siècle a ses besoins particuliers, et que le nôtre en a plus que tous les autres, par cela même qu'il présente entre tous un caractère exceptionnel.il faut donc apporter à de nouveaux besoins de nouveaux remèdes, ou au moins adapter les anciens remèdes aux exigences actuelles. C'est là une vérité incontestable et de simple bon sens. En donnant plus de développement à cette pensée, nous ferons remarquer que les siècles précédents, profondément croyants, avaient à peine besoin d'apologétique, attendu qu'en général, la religion n'était point attaquée dans sa doctrine, au moins en Espagne ; au lieu qu'aujourd'hui, tous les vents de l'enfer étant déchaînés contre la sainte foi, l'apologétique devient une nécessité d'une urgence extrême. Il a donc été indispensable de créer à cet effet des institutions qui n'existaient pas auparavant, parce qu'elles n'étaient pas nécessaires; de là, la fondation d'Associations catholiques, d'Académies de jeunesse catholique, d'apostolat delà presse, de bibliothèques populaires, etc., etc. Mais, sans méconnaître la né-
cessité de ces nouveaux moyens de défense, que les nouvelles attaques avaient rendus indispensables, n'est-il pas vrai que, pour le reste, en ce qui touche aux œuvres de piété surtout, il n'y a rien à innover dans notre patrie, et que tout ce que nous inventons de bien, quelque bonnes que soient nos inventions, sera loin d'égaler la bonté et l'efficacité des anciennes institutions que nous avons laissé ou que nous laissons tomber? Quand aurons-nous la conviction qu'en Espagne, sur ce point, on n'a besoin que de restaurer, c'est-à-dire de mettre de nouveau en lumière ce que nous tenons peut-être à L'écart et dans l'oubli, comme un vieux meuble inutile, relégué au grenier, alors qu'il l'emporte incomparablement, en solidité et en force, sur ce qu'il y a de plus brillant et de plus à la mode, d'où que cela puisse venir ?
L'Espagne, qui a été la nation théologique et ascétique par excellence, doit se borner à revoir son glorieux passé pour trouver les meilleurs modèles d'œuvres catholiques. Revenir donc sur ce point à l'antiquité, c'est un progrès que nul catholique sensé ne doit négliger de poursuivre et de réaliser.
Etudiez les statuts de nos anciennes congrégations, associations et fraternités. Quel doux parfum de vie surnaturelle on rencontre jusque dans leurs détails les plus insignifiants ! Quel ascétisme
ingénument chrétien respirent toutes leurs ordonnances ! Comme on y visait peu à faire de V effet , manie si en vogue aujourd'hui! et comme on s'appliquait à produire de sérieux résultats d'édification, d'amélioration des-mœurs, de répression des vices, d'exemples publics et privés de vertu ! Comme on voit palpiter dans leur ensemble le sévère « resplce finem, j> <r regarde- la fin », qui doit être l'âme de toute bonne œuvre, si elle paraît telle aux yeux de Dieu et sert à ce titre les intérêts éternels du fidèle chrétien! Comparez tout cela avec le genre de piété et de dévotion que plusieurs pratiquent aujourd'hui, et vous trouverez vite la différence qu'il y a entre esprit et esprit, entre moyens et moyens, et par conséquent, entre résultats et résultats. Xous paraîtrons téméraires et audacieux ; cependant, puisque nous avons la mission de dire la vérité, pourquoi ne la dirionsnous pas ici, claire et entière? Xous soupçonnons une grande partie de cette piété d'être un pur sentimentalisme, qui cherche uniquement dans les pratiques de la religion l'émotion naturelle, plutôt que des fruits solides de sanctification; nous craignons qu'une grande partie de ces ferveurs ne soit à la fin que des feux follets du naturalisme, au moyen duquel Satan, le grand falsificateur, entraîne beaucoup d'âmes imprévoyantes. Nous pensons que quelques-unes de ces fêtes
splendides qui captivent l'attention par la richesse des décors, l'élégance de la perspective, la profusion et la splendeur des illuminations, le choix exquis de la musique, unique objet que se proposent certaines personnes en se réunissant en association, ne produisent pas d'autre fruit que la nouvelle plus ou moins exagérée, qui se lit dans les journaux, et le profit plus ou moins considérable qu'en retirent les musiciens et les artificiers- Tout cela sera bon et très bon, comme sont bon" nés pour l'arbre les fleurs et les feuilles, à condition que tout ne s'arrête pas là, mais qu'il y ait des fruits. Si l'essentiel manque, comme nous croyons qu'il le fait très souvent, à quoi servent toute la pompe de ces actes, l'enthousiasme ou l'attendrissement des cœurs, les applaudissements et les réclames bruyantes des journaux, pour la gloire de Dieu et le bien de l'âme, Tunique et vrai point de mire que doit viser celui qui ne veut pas, comme on dit, dépenser sa poudre en des salves inutiles ?
Il nous déplaît de voir que plusieurs de nos chrétiens du temps présent commencent les Exercices à la seconde des quatre semaines, et laissent comme surannée et dure, et peutêtre comme pouvant inspirer de la répulsion, la première qui est fondamentale. Ainsi va disparaissant la vie spirituelle dans certaines âmes.
Méditer la mort attriste la vie ; penser à l'enfer cause des crises nerveuses; considérer ce qu'a d'horrible le péché mortel doit être abandonné aux missionnaires de campagne ; soumettre le corps à la mortification est une cruauté dont ne s'accommodent pas les tempéraments du jour ; la haine de soi-même, l'horreur du monde, l'austérité, l'abnégation, s'accordent fort mal avec le roman qui, dans certains cabinets, alterne avec le livre de prières, ou avec l'opéra et le bal, auxquels on assiste parfois, le soir même du jour d'une communion générale. Que peut-il sortir d'un système de piété, ou depiétisme, pourrions-nous dire plus exactement, qui a perdu sa partie sérieuse et fondamentale, pour ne conserver que les simples formes extérieures, qui peuvent séduire quelqu'un par les dehors, ou tout au plus exciter d'une façon passagère la sensibilité ? Laissons toutefois cette digression, qui, à la rigueur, n'en est pas une, pour revenir à notre sujet. Une restauration bien conduite de nos antiques institutions paroissiales empêcherait assurément un bon nombre de ces inconvénients. Vous qui lisez ces pages, ne savez-vous pas qu'il existe certainement dans votre paroisse une Association du Précieux Sang de Notre-Seigneur Jésus- Christ, ou une autre du Très-Saint-Sacrement, ou du Sacré-Cœur, ou bien la Congrégation de Notre-Dame des Sept
Douleurs, ou la confrérie si populaire et si universelle où du Saint Rosaire, ou une autre de celles la sage piété de nos aïeux s'est montrée si féconde et en même temps si discrète, cette piété cent et mille fois plus célèbre que celle de leurs très illustres descendants ? Ah ! parfois, l'antique autel où a été établie telle congrégation ou confrérie est aujourd'hui le plus pauvre et le moins fréquenté de votre église paroissiale ; parfois il n'est personne qui s'occupe de l'orner, qui s'inscrive sur ses vieux registres, qui y célèbre les cérémonies antiques. Pourquoi ne lui rendez-vous pas la vie qui fut autrefois si vigoureuse et si puissante, et qui pourrait le redevenir aujourd'hui, si vous le vouliez? A quoi bon dépenser vos forces en des essais nouveaux, alors que vous abandonnez des œuvres que l'expérience recommande, qui portent en elles le sceau vénérable de la tradition, et qui, de quelque côté qu'on les considère, réunissent toutes les conditions de force, devenu et de beauté, que l'on peut désirer ; ces vieux rétables, ces antiques images, ces bannières légendaires, ces usages poétiques conservés encore, par hasard, dans telle paroisse de notre pays, et dans lesquels sont reproduits au vif les nobles traits de l'antique physionomie morale de notre peuple, physionomie si catholique et si exclusivement catholique ?
Il est hors de doute qu'une sage restauration de ces antiques institutions paroissiales serait la meilleure œuvre d'esprit paroissial à laquelle puisse se livrer le catholique à notre époque. Restaurer c'est rajeunir ce qui est ancien; c'est donner un nouveau lustre, un nouveau vernis, à ce qui est altéré; c'est étayer et consolider ce qui est chancelant; c'est relever ce qui est tombé, c'est tirer de la poussière et de l'oubli ce qui était abandonné. Appliquons ce procédé aux débris très précieux que notre Espagne catholique a pu sauver de son passé, au milieu du grand naufrage actuel. Restaurons; puisque, heureusement, ce qu'il y a d'ancien parmi nous était si bon que, sauf de rares exceptions, c'est à peine si nous avons à faire autre chose que res'aurer, pour nous placer en tête de ce que les autres nations ont de plus parfait.
Acceptation des charges paroissiales. — Devoir spccial iies riches à ce sujet.
Ce que nous venons de dire nous conduit naturellement à discourir sur un autre des moyens par lesquels le bon catholique peut et doit mon-
trer, en certaines occasions, son véritable esprit paroissial. Nous parlons de l'acceptation personnelle des charges de l'église, obligation qui n'est pas purement honorable, bien qu'elle le soit souverainement, mais qui est réelle et capitale. C'est ainsi que les paroissiens aident le curé à administrer la paroisse, dans la mesure, importante assurément, où le fidèle séculier peut y coopérer. Nous allons faire sur ce sujet quelques courtes réflexions. On sait que la législation canonique non seulement autorise, mais ordonne l'intervention des laïques ou séculiers dans l'administration matérielle des églises paroissiales.
Elle veut sans doute, par là, fournir au peuple l'occasion de s'intéresser de plus en plus à la splendeur de ses temples, et de les regarder de plus en plus comme une chose qui lui appartient, car ils lui appartiennent en effet, dès le moment où il voit qu'on a confié à ses soins la conservation et l'ornementation de ces temples. C'est dans ce but qu'a été instituée la fabrique, qui, sous une forme plus ou moins distincte, fonctionne dans toutes nos paroisses, et est comme une représentation de l'élément. séculier, dans l'administration des intérêts matériels de nos paroisses. Ainsi pouvons-nous considérer le patronat qu'exercent sur d'autres églises, ou sur des autels ou chapelles de ces églises certaines familles
ou corporations auxquelles un tel privilège a été canoniquement concédé, soit parce qu'elles avaient fondé ces églises, ou simplement parce qu'elles leur avaient accordé des faveurs extraordinaires. Ainsi doit-on considérer encore la simple administration del'entretien d'unautel ou d'une image. confié par le curé, durant tout le temps qu'il lui plaît, à telles ou telles personnes de sa paroisse, afin qu'elles veillent à sa propreté, à son ornementation, au recouvrement des rentes et des aumônes, ou à leur conversion. Eh bien! toutes ces charges devraient être l'objet d'une sainte ambition, de la part des catholiques dévoués à la paroisse et des principales familles, qui se tiendraient pour très honorés d'assumer ces charges, comme on s'honorerait de remplir les fonctions les plus élevées et les mieux rétribuées de la société civile ou politique.
Cependant, telle est la misère des temps présents, tel est le dédain avec lequel regardent la paroisse, leur mère, les catholiques influents de la plupart des localités, que, très souvent, il est très difficile au pauvre curé de trouver quelqu'un qui veuille accepter un tel office, lorsqu'arrive l'époque du renouvellement, et dans presque toutes , cet office tombe entre les mains d'hommes de la classe la plus humble, qui, si elle peut égaler et même surpasser la classe aisée en ferveur et
en bonne volonté, manque cependant des ressources, du temps et de l'ascendant indispensables pour donner aux choses de l'église l'impulsion que pourraient leur communiquer ceux qui réuniraient à une dévotion solide et courageuse les avantages d'une position sociale aisée. Il est certain que, quand nous contemplons ce spectacle dans nos populations , nous nous expliquons parfaitement le peu de respect que portent auxclassesriches les classes pauvres qui les voient faire si peu d'efforts pour se rendre, ainsi qu'elles le pourraient et le devraient, véritablement respectables. Un égoïsme mesquin et mal entendu, puisqu'il se tourne contre les intérêts même de l'égoïste, les a portées à s'éloigner de la paroisse etde l'administration de ses affaires, et même à oublier les égards et le respect dus au pasteur, dont ellesdevaient être naturellement le principal appui. Heureux même si de misérables questions d'amour-propre local ne convertissent pas en ennemis jurés du pauvre curé ceux qui devraient être jusqu'au bout ses alliés et ses défenseurs les plus constants !
Ce n'est pas ainsi qu'agissaient nos pères, meilleurs catholiques, meilleurs citoyens et meilleurs conservateurs que ceux qui aujourd'hui se prévalent le plus de ces titres ! Servir la paroisse, aider le curé, était pour eux une question de dignité, et ils n'y auraient renoncé pour personne ni pour rien
au monde. Ces écussons et ces blasons vieillis, que nous voyons encore aujourd'hui aux clefs et à la naissance des arcs, au soubassement et au sommet des autels, prouvent avec quel zèle ils établissaient une sorte de solidarité entre le luxe de leurs maisons et de leurs noms et les splendeurs de la maison et du nom de leur Dieu : ils s'asseyaient sur le marchepied ou l'estrade du conseil de fabrique. ou sur le banc séculaire de la confrérie, avec la même gravité et la même satisfaction que dans la salle du conseil municipal ou provincial, parce qu'ils savaient que jamais l'homme ne s'honore autant que lorsqu'il met sa personne au service d'intérêtset d'objets si relevés. Est-ce que, par hasard, ils ne s'honorent pas d'être appelés les serviteursdu souverain, ces majordomes et ces chambellans, qui ont une belle position dans le monde, et se font servir eux-mêmes comme de grands seigneurs? Il n'est pas jusqu'au soin des écuries royales, qui ne sont en réalité que de viles étables. qui ne constitue un emploi très important dont s'honorent des nobles et des chevaliers dans le palais du monarque terrestre ; et il s'en trouverait qui dans la maison du Roi des rois dédaigneraient comme humiliants et indignes de leur condition les soins donnés à la propreté, à l'ornementation, à la conservation et au bon entretien de cette maison ? C'est ce que doit considérer tout catholique qui
veut l'être sérieusement et être regardé comme tel dans sa localité. Persuadé de la vérité de ces réflexions, il se rapprochera du curé, s'offrira sincèrement à lui et se mettra à sa disposition pour remplir les charges paroissiales. Il sera à ses côtés en tout ce qui concerne les réparations et améliorations ; il montrera pour l'ornementation de l'église paroissiale le même zèle et le même goût que pour l'entretien de ses parcs et de ses jardins; il prendra dans toute souscription pécuniaire un des premiers rangs; dans les exercices du culte, il occupera une place visible et bien connue ; il consacrera aux soins de l'autel ou de la chapelle dont il a la charge, quelques-unes des heures que d'autres perdent parfois misérablement en murmures acerbes ou en des racontars de café ou de casino. Il lui suffira de cela et de quelques autres résolutions que lui suggéreront son zèle et le soin quotidien des choses de Dieu, pour voir, avant longtemps, combien le culte est plus en honneur dans son église, combien les offices sont plus suivis, combien on assiste mieux aux instructions, combien le curé est plus respecté, et comment il se produit, dans toutes les classes de la société, une réforme dans les idées et dans les mœurs, qu'on n'aurait pu obtenir autrement.
Ah! siceux qui, dans chaque localité, en raison
l"esprit paroissial
de leur condition spéciale, sont appelés et même I obligés à pratiquer cette propagande, comprenaient combien elle est féconde, facile et méritoire ! Une bonne propagande d'esprit paroissial, que de changements salutaires elle opérerait bien vite dans nos foules si égarées !
Bibliothèques paroissiales. — Leur nécessite. — Facilité de leur organisation. — Grande simplicité de leur administration.
Nous ne voulons pas omettre de parler ici des bibliothèques paroissiales, bien qu'en en parlant nous devions nous adresser beaucoup plus à nos confrères, les curés, qu'à leurs paroissiens. Nos amis nous pardonneront cette liberté.
Qu'est-ce qu'une bibliothèque paroissiale ? Elle n'est simplement autre chose que ce qu'on entend généralement par bibliothèque populaire, avec cette seule différence, qu'elle se fonde et s'administre ici sous la vigilance immédiate de l'autorité du curé. En un mot, elle est un dépôt de bons livres à l'usage des voisins de chaque église paroissiale, auxquels on les prêle gratuitement,
afin de procurer ainsi à toutes les classes de la société le grand bienfait d'une saine lecture.
Cet apostolat a-t-il une importance réelle? Il en a une immense. Le siècle actuel pourra ne pas être éclairé, philosophique, penseur, et n'avoir aucune de ces guenilles obligées dont ne cessent de l'affubler ses admirateurs fanatiques et ses panégyristes; mais on devra lui accorder, parce qu'on ne peut aucunement le lui refuser, qu'il est un siècle liseur. Jamais peut-être, depuis que, d'après la légende, Cadmus inventa les lettres de l'alphabet, on n'a lu comme aujourd'hui; et jamais peutêtre on n'a lu avec aussi peu de discernement dans le choix des livres, et, en conséquence, avec moins de profit. On lit immensément et on lit mal, parce que l'inclination naturelle du cœur vicié porte de préférence les lecteurs à des ouvrages séduisants et malsains; parce que l'inexpérience et le manque de discernement font souvent chanceler dans le chemin même ceux qui ont la meilleure volonté de ne pas faire de faux pas; et enfin parce que les mille et mille bouches de l'enfer, c'est ainsi, à notre avis, qu'on peut appeler sans exagération la presse impie, ne cessent pas un instant de répandre sur le monde des livres et des livres qui distillent à l'envie le poison et la corruption, et forment une véritable atmosphère de perversité, à laquelle il est presque impossible
au plus prévoyant d'échapper sans être plus ou moins atteint.
Ce sera donc une œuvre très agréable à Dieu et très profitable aux âmes que de procurer une lecture saine à celui qui, sans cela, en fera peutêtre une mauvaise ; de lui procurer une leclure non seulement saine, mais agréable, à bon marché, et attrayante, s'il est possible. Toutes ces conditions sont indispensables, si, dans cette compétition entre le bien et le mal, qui constitue la grande lutte du siècle, nous voulons obtenir dès le premier engagement, quelques avantages. Et comme nous désirons, nous l'avons dit cent fois, que la paroisse soit le foyer, le centre et la personnification de toute œuvre bonne, pour ce motif et parce que la paroisse a plus de facilité que personne pour le faire, nous croyons que le meilleur moyen de promouvoir dans une population le goût des bonnes lectures et de contrebalancer les pernicieux effets des mauvaises, c'est l'établissement dans chaque paroisse d'une bibliothèque populaire qui, sous un autre nom et pour la distinguer de celle que la municipalité ou une société particulière aurait ouverte avec des garanties plus ou moins sérieuses de confiance, j'appelle bibliothèque paroissiale.
Comment s'y prendre pour établir dans une paroisse une de ces bibliothèques ? Pour nous, ce
Mal Soc. — II. — -
c'est là l'honneur du prêtre, même au milieu de sa gêne et de sa pauvreté : son luxe consiste presque toujours dans sa bibliothèque. Or, on est effrayé à la pensée du sort réservé après notre mort à ces tendres amis de toute la vie, dont le commerce et l'intimité nous ont procuré tant de pures satisfactions. Presque toujours, ils sont destinés a être vendus à l'encan, ce qui équivaut ordinairement à une profanation publique de la mémoire du défunt, comme de ses chers compagnons de gloire et de fatigue. Ajoutez à cela que le prix que l'on retire de telles ventes, surtout quand il est question de livres, est si modique etsi insignifiant qu'on pourrait dire qu'il vaut mieux les jeter par la fenêtre que les vendre.
Or, « à quoi bon cette perte » ? pourrions-nous demander ici avec beaucoup plus de raison qu'on ne le fit la première fois dans la maison du pharisien. « A quoi bon cette perte? Mes livres ne seraient-ils pas mieux placés dans les rayons de la bibliothèque paroissiale, mis au service des pauvres paroissiens, et lus et relus dans les familles, que dans les friperies de la place ou aux pieds du vendeur aux enchères, qui vous les maltraite à la confusion du public ? Qui, pour l'honneur de son propre nom, pour l'honneur de ses livres et de la gloire de Dieu, pour le bien de ses frères, pourrait hésiter un instant entre ces deux destinations
L ESPRIT PAROISSIAL IOI
de sa bibliothèque ? Que tous les prêtres s'engagent donc à mettre dans leur testament une clause par laquelle ils ordonnent à leur exécuteur testamentaire de donner tous leurs livres à la bibliothèque paroissiale à titre de legs pieux, et ils verront avec quelle rapidité se formera une merveilleuse collection de livres, digne d'être mise en parallèle avec celle du particulier le plus instruit. En peu d'années, avec quelque persévérance dans cette façon de faire, chaque paroisse aurait sa bibliothèque publique, comme peut en avoiraujourd'hui une grande ville quelconque. Et si les séculiers instruits et catholiques, qui n'ont pasd'héritiers directs, imitaient cette conduite, bien vite la bibliothèque populaire paroissiale prendrait un accroissement considérable.
En fin de compte, personne n'en retirerait autant de profit que les prêtres et les personnes lettrées delà localité. Cette quantité de livres légués à la paroisse par leurs prédécesseurs serait pour eux comme un bien dont ils ont l'usufruit et se serviraient en cas de nécessité. Le jeune curé ou le jeune vicaire, à qui l'âge ou le manque de ressources n'ont pas permis dans les malheureux temps actuels de se former une bibliothèque personnelle, en trouveraient une toute formée dans le presbytère, auquel elle est attachée, et en mesure de leur rendre de précieux services. Un curé
IOO
c'est là l'honneur du prêtre, même au milieu de sa gêne et de sa pauvreté : son luxe consiste presque toujours dans sa bibliothèque. Or, on est effrayé à la pensée du sort réservé après notre mort à ces tendres amis de toute la vie, dont le commerce et l'intimité nous ont procuré tant de pures satisfactions. Presque toujours, ils sont destinés à être vendus à l'encan, ce qui équivaut ordinairement à une profanation publique de la mémoire du défunt, comme de ses chers compagnons de gloire et de fatigue. Ajoutez à cela que le prix que l'on retire de telles ventes, surtout quand il est question de livres, est si modique et si insignifiant qu'on pourrait dire qu'il vaut mieux les jeter par la fenêtre que les vendre.
Or, « à quoi bon cette perte » ? pourrions-nous demander ici avec beaucoup plus de raison qu'on ne le fit la première fois dans la maison du pharisien. « A quoi bon cette perte? Mes livres ne seraient-ils pas mieux placés dans les rayons de la bibliothèque paroissiale, mis au service des pauvres paroissiens, et lus et relus dans les familles, que dans les friperies de la place ou aux pieds du vendeur aux enchères, qui vous les maltraite à la confusion du public ? Qui, pour l'honneur de son propre nom, pour l'honneur de ses livres et de la gloire de Dieu, pour le bien de ses frères, pourrait hésiter un instant entre ces deux destinations
LESPR.IT paroissial ioi
de sa bibliothèque? Que tous les prêtres s'engagent donc à mettre dans leur testament une clause par laquelle ils ordonnent à leur exécuteur testamentaire de donner tous leurs livres à la bibliothèque paroissiale à titre de legs pieux, et ils verront avec quelle rapidité se formera une merveilleuse collection de livres, digne d'être mise en parallèle avec celle du particulier le plus instruit. En peu d'années, avec quelque persévérance dans cette façon de faire, chaque paroisse aurait sa bibliothèque publique, comme peut en avoiraujourd'hui une grande ville quelconque. Et si les séculiers instruits et catholiques, qui n'ont pas d'héritiers directs, imitaient cette conduite, bien vite la bibliothèque populaire paroissiale prendrait un accroissement considérable.
En fin de compte, personne n'en retirerait autant de profit que les prêtres et les personnes lettrées delà localité. Cette quantité de livres légués à la paroisse par leurs prédécesseurs serait pour eux comme un bien dont ils ont l'usufruit et se serviraient en cas de nécessité. Le jeune curé ou le jeune vicaire, à qui l'âge ou le manque de ressources n'ont pas permis dans les malheureux temps actuels de se former une bibliothèque personnelle, en trouveraient une toute formée dans le presbytère, auquel elle est attachée, et en mesure de leur rendre de précieux services. Un curé
distingué nous écrivait naguère qu'il partageait nos idées sur ce point et pensait qu'en effet le riche a raison de donner à cette œuvre une grande et une très grande importance. N'est-il pas vrai que si ce procédé avait été toujours pratiqué, chaque paroisse, même la plus abandonnée, offrirait aujourd'hui au pauvre prêtre qui doit aller l'habiter, l'attrait d'une magnifique bibliothèque ? Pourquoi donc ne commencerions-nous pas, dès maintenant, d'agir ainsi en faveur de ceux qui doivent venir après nous, qu'ils appartiennent au clergé ou au peuple ? Mais, après que la bibliothèque paroissiale est établie, il faut s'occuper de l'administrer. Un ami très estimable nous dit que c'est là la partie la plus difficile de l'affaire. Quant à nous, Dieu nous pardonne ! elle nous paraît la plus simple. Abstraction faite de ce que pourraient, à bon droit, décider nos supérieurs sur ce point, nous organiserions l'administration de la bibliothèque paroissiale sur le modèle d'une autre institution paroissiale quelconque, par exemple de la confrérie des âmes du Purgatoire, du Rosaire ou du Saint-Sacrement. Nous nommerions, tous les ans, tous les deux ou tous les cinq ans, deux administrateurs choisis parmi les membres les plus zélés et les plus intelligents de la paroisse. Il suffirait de les instruire de leurs obligations,
pour qu'aussitôt cela se perpétuât par traditioncomme il arrive dans les autres administrations d'œuvres de dévotion ou de bienfaisance.
Avec la demi-heure pendant laquelle ils restent présents chaque dimanche au sortir de la grand' messe, dans la salle de la bibliothèque, pour donner les livres demandés et recevoir ceux qu'on rend, ils se tireraient très aisément d'affaire. Un modeste registre où l'on consigne ce mouvement hebdomadaire, un catalogue général des livres qu'on possède, un compte abrégé des aumônes reçues 'et de leur emploi ; voilà toutes les écritures qu'ont à faire de tels bibliothécaires. Qu'on juge si une telle administration est compliquée !
Que le ciel nous bénisse ! Combien de choses de ce genre n'offrent pas de difficultés et peuvent se faire avec la plus petite dose de bonne volonté !
Courage donc! et que d'ici à peu de temps, chacune de nos localités ait son centre d'instruction catholique, qui, si nous ne nous trompons fort, sera bientôt la meilleure école du véritable et sincère esprit paroissial !
Le curé, personnification de la paroisse. — Sublimité de cette personnification.
Notre travail ne serait pas complet, même dans le sens le moins absolu qu'on puisse donner à ce mot, si nous ne consacrions pas un paragraphe spécial à la personne qui, dans la paroisse, en est comme la personnification typique ; nous voulons dire le curé. Tel sera donc le dernier sujet que nous considérerons dans la série déjà trop longue des réflexions au moyen desquelles nous avons essayé de captiver l'attention de nos lecteurs.
Le curé est la personnification de la paroisse. Voilà la formule la plus exacte pour exprimer l'importance religieuse, sociale et même matérielle de ce modeste fonctionnaire, dont les attributions, bien qu'il soit lui-même très populaire, sont les plus élevées et les plus sublimes qui s'accomplissent dans toute les conditions de la vie publique. Il n'y a pas de magistrature comme la sienne ; ni celle du roi assis sur son trône élevé, ni celle du juge placé sur son estrade honorable, ni celle du capitaine à la tête de sa puissante armée, ni celle du père de famille assis au foyer domestique. Elle les résume toutes dans sa très simple unité, et,
par son influence secrète, elle les soutient et les sanctionne toutes.
Napoléon, dans une de ses fréquentes invectives contre l'Eglise,, unique digue puissante qu'aie rencontrée son ambition effrénée, laissa échapper ces phrases que l'histoire a recueillies et qui contiennent un lumineux enseignement: « La partie est inégale ! Ils veulent que je me contente du gouvernement des corps, en se réservant pour eux (les curés) la direction des âmes » ! Voilà, exprimée en termes clairs, malgré leur ton brusque et fanfaron propre aux militaires, la vérité sur cette question. Depuis Jésus-Christ jusqu'à nous, et depuis l'époque actuelle jusqu'à la consommation des siècles, il n'en a pas été, il n'en sera pas et il ne pourrait en être autrement. Les pouvoirs humains se sont résignés et se résigneront constamment à gouverner la partie matérielle de l'homme ; les âmes ont appartenu et appartiendront uniquement à celui qui les dirige aunom de Dieu, sous peine, pour ces âmes, de ne supporter, comme il arrive à tant d'infortunés, ni joug ni direction d'aucune sorte. L'État est presque omnipotent en tout ce qui se rapporte à l'extérieur du citoyen. Avec son sceptre, ou sa verge, ouson sabre, ils l'obligera, sur ce point, à se plier à toutes ses exigences. Les intérêts, l'habitation, le costume, l'idiome, la communauté de vie, tout l'assujettira à des liens
lourds ou légers, selon qu'une main gantée de soie ou de fer préside au gouvernement général. Mais qu'ils cessent de se faire illusion, le roi, le dictateur, le comité de salut public, ou quelque autre personnage que ce soit, et de quelque nom que s'appelle le représentant de la force légale ou illégale ; ils ne pénétreront pas dans le sanctuaire des âmes, si le seul pouvoir qui en tient la clef, c'est-à-dire le pouvoir religieux, ne la leur prête. Au temps de la plus pure monarchie, la royauté était un dogme pour tous les cœurs, et la loyauté un devoir devant lequel on nereculaij: jamais; mais c'était parce que la religion avait sanctifié et consacré de telles idées. Toutefois, même à cette époque, le génie du grand Caldéron savait faire entendre, du haut delà scène espagnole, aux puissants monarques de son siècle, cette vaillante et populaire stance,que plusieurs jugeraient aujourd'hui irrespectueuse, et que les princes et les peuples regardaient alors simplement comme très chrétienne : « Il faut donner aux rois nos biens et notre vie ; mais l'honneur est le patrimoine de l'âme, et l'âme... n'appartient qu'à Dieu ».
Or, cette magistrature directe sur les âmes, qui n appartiennent qu'à Dieu, selon la phrase du grand dramatique, ce n'est pas le roi, ce ne sont pas le juge, le gouverneur ou l'alcade constitutionnel ou populaire, qui l'exercent; mais bien le
curé, représentant son évêque, lequel représente le Souverain Pontife, qui tient la place de Dieu. Chaîne magnifique, faite non point de fer ni d'or, mais d'autorité, et d'une autorité exclusivement morale, exerçant un ascendant purement divin, chaîne qui relie le dernier fidèle de la plus petite paroisse du coin du monde le plus oublié, au trône, non point des rois ou des empereurs, mais du Fils du Dieu vivant, assis à la droite de son Père céleste. De telle sorte que le pauvre curé de paroisse, dernier anneau de cette chaîne merveilleuse, dernier degré de cette divine hiérarchie, sera, si l'on veut, un homme faible, infirme, moins savant peut-être que le grand seigneur de l'endroit, moins habile que lui dans le maniement des affaires publiques, moins saint peut-être quelquefois que quelques-uns de ses subordonnés ; mais s'il peut en être ainsi, et si, en réalité, il en est ainsi de l'homme, il en est et il en sera toujours tout autrement de l'autorité qu'il exerce : la personne pourra être humble, la personnalité ne laissera jamais d'être très élevée. La direction de l'homme dans ce qu'il a . de plus noble, qui est son être spirituel, ne vient et ne peut venir que de là. La consolation dans les tribulations durant la vie et au moment de la mort, ne se trouve que là; nul autre, petit ou grand, savant ou ignorant, ne peut diriger et conso -
Io8 LE MAL SOCIAL
1er, si ce n'est le pasteur. La morale publique et privée, le respect des lois, le respect de l'autorité, la considération mutuelle des citoyens, en un mot, la formule et l'abrégé, dans l'humanité, de toutes les obligations et de tous les droits résumés dans ces trois mots : <î vivre honnêtement, ne blesser personne, et rendre à chacun ce qui lui appartient », puisent là leur force, s'ils en ont quelqu'une, s'appuient sur ce fondement, s'ils ne veulent pas être agités, selon le caprice des appétits et des passions. L'autorité du pasteur est donc plus grande que celle de ;ous les agents réunis que peut avoir à son service l'autorité civile pour arriver à l'observation des lois et à la conservation de l'ordre social.
Nous avons dit avec quelle déférence devrait toujours traiter cette autorité de l'ordre moral, l'autorité de l'ordre matériel, qui, de quelque côté qu'on la considère, serait obligée de reconnaître toujours son infériorité, si dans notre siècle, les idées n'étaient pas misérablement égarées, et les plus claires notions obscurcies, en dépit de tant de lumière.
L ESPRIT PAROISSIAL IOO
L'autorité civile et l'autorité paroissiale. — Vècharpe et l'élole. — Récapitulation générale. — ■ Une dernière parole. — Douloureux et glorieux tribut.
Par son origine et par sa fin, l'autorité paroissiale est la plus élevée de toutes celles qui fonctionnent dans l'organisme de nos sociétés chrétiennes. Très souvent, cependant, celles-ci ne lui reconnaissent malheureusement pas ce caractère ; mais elles prennent plaisir, en apparence, à la voir constamment humiliée, pour ne pas dire avilie. Il est vrai que, depuis des années, l'épidémie qui règne dans le monde, c'est l'horreur de la prépondérance cléricale, et actuellement, rien n'indique qu'on songe à y porter remède. Il sera nécessaire peut-être d'y appliquer le cautère douloureux du feu de la démagogie, pour que le monde actuel connaisse de qu'elle façon et à quel point est défectueuse sa prétendue civilisation, et pour que cette dernière sorte corrigée et amendée de ses errements déjà chroniques.
Mais laissons de côté les digressions, et arrivons
à la question. Le curé devrait être le chef et le directeur reconnu de tout ce qui a rapport à l'ordre moral, dont il est le représentant le plus naturel. Nous concevons que la municipalité le nomme vice-président d'une commission de travaux publics d'armement et de défense ; mais il serait ridicule qu'on lui confiât un rôle aussi secondaire dans une société de charité ou d'enseignement ; et je connais une localité où on a eu le courage de nommer le curé vice-président de la commission administrative du cimetière de sa propre paroisse, c'est-à-dire, de ce champ que la loi considère comme ne faisant qu'un avec l'église, et qui, partant, au point de vue civil et canonique, ne saurait être soumis à une juridiction autre que celle de la paroisse. Ce sont là des faits inouis ! Et tout cela parce que le citoyen alcade, représentant de la loi humaine, se regarderait comme déshonoré d'être sous la présidence du ministre de Dieu, représentant de l'autorité divine. Ainsi s'élèvent les peuples à l'école du mépris de toute autre force que celle du sceptre municipal. Ainsi, avec ce procédé, qui n'est ni catholique, ni chrétien, ni conservateur, ni rationnel, mais brutalement césarien, on enseigne à ne craindre que celui qui peut nous frapper avec un bâton ou nous contraindre au moyen d'une amende, dès
lors que l'homme qui représente les idées de vertu, de conscience, de force morale, de droit divin, etc., se voit traité si dédaigneusement par celui qui, aussi respectables que soient ses qualités accidentelles, n'est, après tout, à notre époque, que l'œuvre plus ou moins légitime, plus ou moins mensongère du suffrage universel. Ils entendent donc mal les choses ceux qui, tout en se disant hommes d'ordre et conservateurs, favorisent à ce point la déconsidération de toute autorité, en renversant si inconsidérément celle qui est audessus de toutes les autres.
Et encore, s'il n'y avait que cela ! si les absurdités du sécularisme actuellement en vigueur s'arrêtaient là ! La loi exempte de certains impôts la dotation du curé, qui n'est pas et ne peut pas être considérée comme une matière imposable, qu'on la regarde comme une simple et stupide dévolution de biens propres perdus à une heure funeste, ou comme une aumône volontaire du peuple fidèle, et par là même précaire et contingente, ainsi qu'il arrive avec les droits aussi vantés qu'insignifiants de l'étole et de l'autel. Il s'est trouvé une localité où l'on a imposé une contribution au pauvre curé, même pour ce qu'il reçoit de ses paroissiens à titre d'aumône pour la célébration de la Messe. Exaction ridicule, absolument monstrueuse, comparable uniquement à celle par laquelle les italianissi-
mes avancés ont prétendu que le Pape devait payer une contribution prise sur les aumônes que nous, les fidèles, nous ses fils, lui envoyons pour subvenir à ses besoins. Il est certain qu'après de tels mépris des droits, publiquement commis et autorisés par ceux qui devaient être les plus fermes appuis du prestige paroissial, nous ne sommes pas étonnés de voir le flot montant de la marée socialiste, les attentats contre les rois, les menaces contre les riches, l'anarchie prêchée à nos prolétaires comme le plus bel idéal. Ces cruels démagogues auront une excuse au tribunal de l'histoire, mais non au tribunal de Dieu ; on dira que ce ne sont pas eux qui ont répandu la semence ou couvé le germe - révolutionnaire. Et on dira la vérité.
Que les catholiques, qui veulent l'être en toute sincérité et vérité, n'imitent pas en cela l'État moderne. Que l'alcade soit pour eux la véritable image du roi, mais que le curé soit aussi la véritable image de Dieu ; et qu'ils traitent l'un et l'autre avec la différence d'égards dus à chacune de ces deux majestés. Quelamajesté terrestre se regarde pour ce qu'elle est, c'est-à-dire comme subordonnée dans ses fonctions à celle du ciel, qui tient la première place, et mérite, de ce chef, le respect, l'assistance et l'obéissance. A mesure que l'élément officiel laisse lecuré dans un plus grand abandon et un plus
L ESPRIT PAROISSIAL I ! j
grand oubli, l'obligation pour le catholique de s'en occuper devient plus rigoureuse et plus urgente. A l'époque où l'union de l'Eglise et de l'État était réelle et non une convention mensongère comme elle semble l'être aujourd'hui dans beaucoup de nations, le fidèle pouvait se regard- r comme déchargé d'une foule d'obligations qu'avait assumées l'État, à titre de délégué. Aujourd'hui les circonstances sont telles, cette union bénie entre l'Église et les pouvoirs publics en est venue à ce point, que plusieurs penseurs catholiques sont amenés à mettre en question si un état de franche et loyale séparation ou de persécution déclarée serait moins désastreux pour le catholicisme, que ce monstrueux amalgame de relations léonines, où la partie la plus forte se regarde, en pratique, comme dispensée de tous les devoirs, en même temps qu'elle est ridiculement jalouse et exigeante à l'excès dans l'exercice de ses prétendus droits. L'heure est donc venue de parler bien haut, pour que la faiblesse ou l'égoïsme des catholiques ne puissent invoquer comme excuse l'ignorance. L'Église et, par suite, la paroisse, qui est sa représentation la plus immédiate, ne peuvent plus compter désormais que sur le concours du simple fidèle : au simple fidèle s'impose donc rigoureusement le devoir de prendre à son compte cette charge très urgente. A lui re-
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vient, en conséquence, l'obligation d'édifier, de conserver ou de réparer le temple et ses dépendances ; d'entretenir le culte et tout ce qui s'y rapporte, tels que les meubles, les ornements, le luminaire, la musique, les cloches et le reste ; de veiller à l'ornementation du temple et à l'entretien des ministres, s'ils sont dans la nécessité par suite de leur pauvreté, du délai ou de la suppression de leur traitement, ou d'un mécompte forcé; de concourir aux œuvres paroissiales de bienfaisance et d'instruction catéchistique, de leur bourse -ou de leur personne, et avec cette dernière plus qu'avec la première ; d'accepter sans résistance et même avec joie le service des différentes charges, qu'elles soient honorifiques ou effectives, dans lesquelles le droit canonique a décidé que les séculiers devaient venir en aide aux ecclésiastiques ; de remplir, en un mot, envers leur mère spirituelle ce triple devoir de révérence, d'obéissance et d'assistance, que tout bon fils, comme l'enseigne le catéchisme, doit à ses parents selon la nature.
Le catholique espagnol, accoutumé depuis de longs siècles à voir fonctionner toutes ces œuvres, n'est pas entré cependant aussi pleinement que nous le désirerions dans ce véritable esprit paroissial , quiest aujourd'hui de la plusindispensable nécessité. Ces choses et beaucoup d'autres seront enseignées à
notre malheureuse patrie par les tristes circonstances présentes, e: par celles beaucoup plus calamiteuses encore que nous réserve l'avenir. Pour remédier aux maux présents et prévenir autant que possible les maux à venir, rien n'est plus opportun qu'une propagande efficace et constante d'esprit paroissial. Si nous avions pu y contribuer plus ou moins par ces quelques pages, notre vœu serait accompli, et notre fatigue aurait reçu sa récompense.
Un mot encore avant de conclure. Xous voulons l'adresser à nos frères dans le sacerdoce, à ceux qui sont chargés, dans ces temps malheureux, du difficile et épineux ministère paroissial. Si nous osons le leur adresser, ce n'est point en vertu de notre autorité, puisque nous n'en avons aucune, mais c'est à titre d'amitié, de cette amitié dont ils nous donnent chaque jour des preuves si nombreuses. Voici ce mot.
Les pasteurs sont la personnification la plus naturelle de la paroisse; qu'ils soient donc aussi la personnification la plus naturelle de l'esprit paroissial. Ils prêcheront par leur conduite cette vertu, ou mieux cet ensemble de vertus, à leurs paroissiens pour qui ce sermon muet aura incontestablement plus d'efficacité que tous ceux que leur a adressés notre plume dépourvue d'autorité. Dans toutes les provinces d'Espagne. dans notre Catalogne
I î6 LE MAL SOCIAL
en particulier, la digue la plus puissante qu'ait rencontrée dans les populations la révolution dans son œuvre de démolition, a été la fermeté apostolique de ces obscurs athlètes de la foi, dont la couronne dans le ciel doit être aussi glorieuse qu'est grande actuellement leur responsabilité, et souvent cruel leur martyre. Oui, le martyre, car ils étaient pasteurs ceux qui furent les premières victimes que la fureur révolutionnaire immola dans notre pays en haine de la foi, longtemps avant qu'on égorgeât les religieux; ils furent pasteurs, pauvres ou plutôt riches amis '.ceuxqui, ily apeu d'années, illustrèrent par l'effusion de leur sang le ministère paroissial dans les jours lugubres de la dernière révolution fédéraliste. Cette seule parole « mis à mort », placée à côté du nom de chacun d'eux dans nos nécrologes, à la place du simple mot « est mort », qui accompagne les autres noms, honore tout le corps, est un triomphe pour tout le pays, qui compte de si dignes fils dans son clergé honoré des haines de l'impiété !