INTRODUCTION
En toutes ces choses, l'homme est soldat Tertullien.
La propagande catholique ! Voilà une phrase qui est aujourd'hui dans toutes les bouches, que l'on entend continuellement dans tous les discours sur la religion, qu'on lit chaque jour dans nos revues et dans nos journaux, qui forme l'esprit et résume la pensée de la majeure partie de nos associations. Elle a une signification très claire et parfaitement déterminée. S'il n'en était ainsi, comment s'entendraient si facilement entre eux les catholiques du monde entier qui la prononcent ou l'écrivent ? Elle présente néanmoins quelque chose de vague, d'indécis, dû sans doute à ses formes multiples et à ses horizons
vastes et sans limites. C'est donc aujourd'hui une proposition universelle, connue de tous et entendue dans le même sens par tout le monde; elle est comme une monnaie courante que nous donnons et que nous recevons à toute heure, même dansla conversation familière. Et cependant voyez comment vont les choses ! Nous ignorons s'il existe quelque traité, plus ou moins long, spécialement destiné au développement de ce thème fécond d'ailleurs et admettant une multitude d'explications. Nous ne savons si, dans le nombre, incalculable, grâce à Dieu ! de propagandistes catholiques, qui consolent, par leurs travaux incessants, l'Eglise au milieu des luttes et des persécutions de l'heure actuelle, il y en a eir un seul qui se soit occupé de formuler d'une façon claire et distincte les idées capitales qui doivent servir de règle et de lumière en cette matière. On dirait parfois que, dans la terrible lutte religieuse qui constitue le caractère spécial de notre siècle malheureux, les soldats de la cause de Dieu, c'està-dire tous les vrais croyants, se sont plus occupés à faire de l'escrime, chacun le mieux qu'il l'a su, qu'à dicter des règles pour le cas présent ou à écrire des traités subtils sur cette nouvelle stratégie. Et cependant, il est certain qu'en temps de guerre, ordinairement, les meilleurs soldats ne sont pas les soldats improvisés ; alors même qu'il
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serait sorti de leurs rangs, dans des cas donnés, d'excellents capitaines. D'après la loi ordinaire et normale, le bon soldat se forme à l'aide d'une bonne éducation militaire, qui ajoute au courage naturel et aux généreux mouvements du cœur les calculs de la froide raison, les données de l'expérience, en un mot les règles de l'art.
Qui sera assez heureux pour écrire un traité de ce genre donnant satisfaction aux nécessités multiples du soldat de la foi chrétienne à notre époque ? Qui méritera l'honneur d'être appelé avec raison et justice, nouveau Végétius, l'historien de Fart militaire en ce qui concerne ces glorieux combats ? Nos aspirations ne vont assurément pas jusque-là; nous nous contenterions d'être des disciples ordinaires dans cet art ; tant nous sommes loin d'aspirer à être des maîtres. Mais pourquoi ne nous serait-il pas permis et louable même, à titre d'ceuvre de charité, d'émettre quelques considérations ayant pour but de porter quelqu'un à étudier et à examiner mieux que nous ne pourrions le faire, ce qui serait nécessaire pour composer plus tard un manuel théorique complet, comblant parfaitement dans notre société chrétienne cette lamentable lacune ?
En ces choses tout homme est soldat. Nous avons pris pour devise de notre modeste essai ces paroles énergiques de Tertullien, qui donnent pour ainsi
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dire, la formule la plus vaste de ce qui peur se présenter à nous dans le développement du texte placé en tête de ce travail. Elles indiquent que la propagande catholique est une milice dans laquelle on s'exerce à prendre formellement l'offensive et la défensive : l'offensive, en combattant l'erreur qui tente par mille moyens de dominer et de régner dansla société chrétienne ; la défensive, en défendant les intérêts de la vérité sans cesse en butte à toutes sortes d'attaques furieuses et de pièges perfides. C'est une milice dans laquelle se trouve forcément engagé, à titre d'ami ou d"ennemi, tout homme qui naît à la vie de ce monde, et avec beaucoup plus de raison, tout homme qui renaît à la lumière surnaturelle de la foi par le moyen du saint Baptême. Étant donc admis que nous le voulions ou non, qu'il n'y a pas dans l'homme doué de raison et de libre arbitre, d'actes moraux indifférents, il s'en suit rigoureusement que, par ces actes, ou nous servons Dieu en combattant par làmême contre l'enfer, ou nous servons le démon en nous mettant en lutte plus ou moins directe et ouverte contre Dieu. Tel est le sensdes paroles : <i Celui qui n'est pas avec moi est contre moi, » qui devraient pénétrer de crainte et couvrir de honte les hommes apathiques et indécis.
Eh! bien; nos amis prendront ce qu'ils voudront des observations, réflexions et conseils
que nous leur donnerons successivement dans cet opuscule, toujours avec la meilleure intention du monde, sinon avec la compétence et le prestige d'une plume plus autorisée que la nôtre. Quelqu'un peut-être n'accordera à ces pages qu'une importance médiocre ou absolument nulle; en retour, nous leur en accordons une si grande que, parmi les sujets que nous avons traités, il n'en est aucun qui nous ait préoccupé autant que celui-ci. Depuis plusieurs années, nous avons acquis la conviction qu'il est d'une souveraine nécessité, et pour peu qu'il nous soit permis de pronostiquer de nos temps malheureux, nous sommes persuadé que cette nécessité va se faire sentir, dans un avenir prochain, avec une gravité exceptionnelle et une urgence extrême dans notre malheureuse Espagne. On entend aujourd'hui parmi nous un sourd grondement, semblable à celui d'un ouragan épouvantable qui menace de tout renverser, à la faveur de la fausse et très fausse trêve qu'un ennemi rusé nous a accordée pour mieux nous tromper et nous endormir. Et lorsque la tempête éclatera, mille cœurs généreux éprouveront le désir de faire quelque chose pour Dieu et pour son Église. Aussi bien nous semble-t-il qu'elle est grande l'œuvre de celui qui, par anticipation, aura hasardé quelques idées sur ce que doit être l'instruction du jeune soldat dési-
reux de se jeter dans le combat pour la cause de sa foi.
En attendant, il nous suffit, à nous, de penser qu'avec ce travail qui est bien modeste, mais qui donne la mesure de nos forces, il est possible cependant de donner quelque gloire à Dieu et d'enrôler quelque nouveau soldat sous son drapeau si attaqué.
Sabadell, en la fête de V Epiphanie, 1885.
Ce qu'on entend par Propagande Catholique dans le sens ordinaire donné aujourd'hui à ce mot.
Ayant entrepris dans ce travail, de discerner quel est, pour le chrétien séculier de notre époque, le meilleur moyen de s'exercer à la propagande catholique, il nous semble naturel de consacrer le premier paragraphe à définir ce concept fondamental d'une façon solide et inattaquable.
Le mot de Propagande Catholique est né de nos jours, et appartient exclusivement à l'idiome moderne. On ne le trouve pas une seule fois dans nos
anciens écrivains. Il a été introduit par les nécessités religieuses du jour, comme l'expression qui les rendait plus fidèlement et plus parfaitement, et à peine lancé dans le public, tout le monde s'est empressé de l'accepter comme une formule d'un mérite incontesté dont il est à peine nécessaire de donner l'explication. C'est ainsi qu'il en va de certaines idées qui, en raison de la condition particulière des temps, germent, pour ainsi dire, spontanément et simultanément au fond de tous les cœurs. La première fois qu'on les énonce avec une expression convenable et propre, elles sont comprises à l'instant et universellement acceptées. C'est le signe le plus manifeste que ce n'est ni la volonté, ni le génie de l'homme qui leur a donné le jour, mais qu'elles sont le résultat et la conséquence naturelle des événements et l'effet d'un dessein providentiel de Dieu.
Tel a été de nos jours le sort du mot Propagande Catholique.
Nous ne savons quel est celui qui l'a employé le premier; mais nous savons qu'en un moment il a été populaire dans tout le monde chrétien.
En Hurope et en Asie, en Afrique et en Amérique, dans les articles de controverse comme dans les journaux et les revues, dans les règlements et les programmes des Associations catholiques, comme dans les exhortations des évêques, il est
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partout connu et compris sans difficulté ni équivoque. Personne, que nous sachions, n'a tenté jusqu'à présent de préciser sa définition, ce qui n'a point été un obstacle à ce qu'il fût clairement et distinctement compris de tout le monde, bien qu'il n'eût point été formulé dans des termes concrets. Nous allons essayer de donner la définition de cette formule, afin de nous en servir ensuite comme de point de départ, de but et d'objectif, dans notre travail.
Nous croyons donc, sauf meilleur avis, que la Propagande catholique peut se définir « le travail individuel ou collectif de tout fidèle catholique pour la propagation, la défense, l'accroissement et l'honneur de sa foi, en dehors de ce qui constitue la fonction hiérarchique et officielle de l'Eglise enseignante, mais toujours sous la direction et V autorité de cette même Eglise j> .
Analysons une à une les diverses parties de cette définition, afin d'en avoir une intelligence convenable.
La Propagande catholique est en premier lieu un travail. On comprend sous ce nom générique tout exercice de l'activité humaine dans ce qui nous conduit aux fins de la Religion : l'investigation scientifique du savant, le chant du poète, la musique du compositeur, la statue, le tableau, le dessin de l'artiste, la bonne parole qui est prononcée intentionnellement dans la conversation,
la bonne action qui procure l'édification du prochain, l'argent que Ton gagne ou que Ton économise pour une pieuse entreprise, le livre ou la feuille qui se donne ou se distribue ; le flambeau ou la tenture que l'on étale en public en un jour de fête chrétienne, le voile que l'on porte à Tautel, le Rosaire que l'on récite au foyer ou dans l'atelier, ou que l'on chante dans la rue, la prière secrète qui s'élève vers Dieu du fond du cœur ; le signe de la croix qui se fait au commencement d'un voyage ou à la sortie de la maison, etc., etc., qui saurait énumérericiles mille espèces de bonnes actions qui peuvent se pratiquer dans un but de Propagande catholique? Quelles se fassent donc toujours d'une façon actuelle ou habituelle dans ce but, et elles revêtent alors, pour minimes et insignifiantes qu'elles paraissent aux yeux des hommes, une sublimité et une grandeur incomparables aux yeux de Dieu.
Nous avons dit que ce travail peut être individuel ou collectij, selon que chaque fidèle l'accomplit pour son compte et en son nom; ou bien en tant qu'il fait partie d'un groupe dûment organisé et légitimement présidé et dirigé, et qui se nomme « Association ».
Nous avons ajouté les mots « de tout fidèle catholique j>; car il est clair qu'en traitant d'ceuvres catholiques, on ne pourrait donner ce nom à celle qui
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procéderait d'un homme séparé du catholicisme, soit pour motif d'infidélité, venant du défaut de baptême, soit pour hérésie, provenant de la négation formelle d'une vérité de foi, soit pour motif de schisme ce qui serait la séparation du corps de l'Église par le fait d'une désobéissance publique au Pontife Romain. De plus, ces paroles expriment l'universalité de l'armée de la Propagande catholique, armée à laquelle peuvent s'affilier et dont peuvent être d'excellents soldats le lettré comme le laboureur, la princesse comme la servante, le magistrat comme le militaire, le vieillard comme l'enfant de l'école. C'est le combat général de la foi ; autour de son drapeau et à sa défense sont appelés tous ceux qui en ont fait le serment à leur Baptême et qui lui demeurent fidèlement attachés, sans distinction d'âge, de sexe, d'état, de condition ou de classe. Depuis saint Thomas d'Aquin. qui a écrit son immortelle Somme théologique, jusqu'à la dernière pauvre mendiante, qui récite son Ave Maria pour le Pape, les rangs de la Propagande catholique embrassent toute l'échelle sociale.
Nous avons dit ensuite : « pour la Propagation, la défense, V augmentation et la splendeur delà foi »; et c'est ici que s'offre spécialement ce que nous pourrions appeler l'objet matériel de la Propagande catholique. Son objet formel et éminent est
la gloire de Dieu et le bien des âmes. Mais c'est dans ce but qu'elle travaille à la propagation de la foi, qui consiste à procurer ce bienfait à ceux qui ne l'ont pas reçu; qu'elle travaille à. sa défense . en la vengeant des attaques de tout genre dirigées contre elle ; qu'elle contribue à son accroissement, c'est-à-dire qu'elle la ravive et la fait croître en œuvres fécondes, là où elle est déjà établie; et enfin qu'elle cherche sa splendeur, qui consiste en ce qu'elle réjouisse même humainement de toute la considération, de tout le prestige, de toute la dignité et de toute la beauté, qui lui sont d'un si grand secours pour obtenir la fin sublime que Dieu lui destine. D'où il résulte que le champ de la Propagande catholique est très vaste et comprend la conversion des infidèles et des hérétiques, la réforme des mœurs, l'augmentation de la ferveur, la confusion des ennemis, la splendeur du culte catholique, l'éclat de ses solemnités, la diffusion des lettres et des arts catholiques; puisque toutes ces choses sont comme autant de moyens, les uns directs, les autres indirects, de procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes. La vie catholique est multiple à l'infini'dans ses manifestations, ainsi selon la parole de l'Apôtre, que la grâce de Dieu, qui les produit. Donc, à l'imitation de ce personnage dont Terence disait : «: Je suis homme, et rien de ce qui
touche à l'homme ne m'est étranger », le catholique doit dire : « Je suis catholique; et aucun des intérêts catholiques ne peut m'être indifférent »; d'autant que, comme nous le dirons, il n'a pas été donné à tous de tout embrasser, mais chacun, dans ce champ, doit cultiver la partie où l'appelle une vocation spéciale de Dieu. Aussi bien, il est évident, que ni l'artisan n'a à discourir dans les Académies, ni l'ouvrier de l'usine ne doit se cons tituer écrivain; tous les rouages ne sont pas égaux dans une horloge ; tous les jeux d'un orgue ne donnent pas le même son ; mais de leur inégalité réglée et ordonnée résulte, dans l'horloge un mouvement régulier, et dans l'orgue une harmonie parfaite.
Nous avons ajouté à la définition les paroles suivantes : « A V exception de ce qui constitue la fonction hiérarchique et officielle de V Eglise enseignante »; paroles que tous les lecteurs ne comprendront pas sans une explication. Nous allons la donner. Il y a, dans l'Eglise de Dieu, une caste chargée de remplir dans son sein le ministère public et officiel, dont les actes principaux sont le gouvernement et l'enseignement pastoral, la célébration du sacrifice et l'administration des sacrements. Ces actes et ceux qui s'y rapportent constituent l'office spécial de la hiérarchie catholique, qui comprend le Pape, chef
de la hiérarchie, les évêques, les prêtres et les ministres. Toute intrusion dans cet exercice public et officiel est défendue au sé:ulier, quels que soient son savoir, sa position sociale ou sa fortune. Ni le roi ne peut l'exerce': sur ses sujets, ni le père sur ses enfants. C'est une fonction essentiellement hiérarchique, et par là même, essentiellement réservée. Par conséquent, on ne lui donne pas le nom de propagande catholique, dans le sens où ce mot est ordinairement employé de nos jours.
Ce mot désigne l'initiative et la coopération du peuple fidèle dans tout ce qui n'est pas une fonction particulière et exclusive du prêtre. On donne le nom de peuple dans la langue liturgique à tous ceux qui n'appartiennent pas à la classe sacerdotale. Ce que cette dernière exerce est un ministère officiel; ce que fait le peuple en lui venant en aide est un service officieux. Cette distinction est très importante et fondamentale, pour apprécier exactement le véritable concept de la Propagande catholique et de tout notre présent travail, et également pour défendre cette propagande contre une multitude d'accusations que portent à chaque instant contre elle quelques-uns de ses ennemis.
« Mais toujours, dit en terminant la définition, sous la direction et l'autorité de la même sainte Eglise ». Ces paroles n'ont pas moins d'impor-
tance que les précédentes et en sont le complément nécessaire. Une œuvre ne peut pas se nommer catholique et ne saurait l'être véritablement sans cette condition. L'Église est une armée, et tout en elle est soumis à cette indispensable organisation. L'initiative propre n'est point défendue au fidèle séculier dans ce qui n'a pas de caractère essentiellement sacerdotal ; mais, même dans ce cas, il ne doit pas faire un pas sans compter avec l'autorité hiérarchique, la seule qui puisse en toute sûreté le diriger dans ce qui est de sa juridiction. Aussi savant, aussi saint, aussi puissant, aussi favorisé que soit un catholique dans les services qu'il rend à la vérité, il ne doit jamais se regarder comme exempt de cette tutelle rigoureuse. S'il écrit une ligne, s'il organise une fête, s'il dirige une institution, s'il annonce une nouvelle entreprise, il doit toujours le faire avec le contreseing de celui qui (en ce qui est relatif à sa juridiction) peut lui dire : «En avant ! ou Halte! » selon qu'il le croira convenable. Sans cela, l'accusation de Laïcisme, qu'on a si souvent portée contre les œuvres de Propagande catholique, serait très fondée. De plus, ces œuvre cesseraient d'être par leur essence même, ce qu'elles doivent être pour mériter ce nom honorable d'œuvres de Propagande catholique.
Nous nous sommes attaché à expliquer en
détail et minutieusement tous les mots de cette définition : i° pour la laisser pleinement, solidement justifiée, comme étant la pierre angulaire sur laquelle nous allons élever notre modeste édifice ; 2° parce qu'en elle se trouvent contenues, comme dans leur germe, toutes les idées que nous développerons dans le cours de cet humble travail, et que, pour ce motif, nous nous sommes borné à indiquer seulement ici.
Quelle est V importance de ce sujet, principalement à notre époque.
Par la définition que nous avons donnée et sommairement exposée dans le paragraphe précédent, on peut déjà commencer à comprendre quelle est l'importance de la Propagande catholique en général, et quelle est son utilité spéciale à l'époque actuelle. Aussi bien, est-elle aujourd'hui connue et populaire parmi les catholiques. On dirait vraiment qu'un souffle de Dieu l'a inspirée efficacement à tous les cœurs, afin de les exciter, de les fortifier et de les diriger dans toutes sortes de glorieuses entreprises. Il existe,
chez les peuples chrétiens, un instinct supérieur qui, à des époques données, les porte tous à diriger vers un objet quelconque leurs communs efforts, sans qu'ils se rendent à peine compte à eux-mêmes de la cause et de la fin de ce mouvement ou de cette direction. Ce caractère général de certains mouvements, leur spontanéité, ce quelque chose que nous remarquons en eux de vague et d'irréfléchi, et qui, parfois, pourrait même paraître inconscient, tout cela est le signe le plus certain que ces tendances ne sont point le résultat de calculs humains ou d'artifices habiles; mais d'une secrète influence de la grâce de Dieu, qui, par sa propre impulsion, incline dans une certaine direction les esprits et les cœurs. C'est comme la brise légère qui pénètre sans bruit dans une épaisse forêt, dans un bosquet touffu, et dont le passage ne se connaît qu'à la légère agitation qu'elle imprime au vert feuillage. Ainsi s'agitent aujourd'hui tous les cœurs catholiques, mus par ce souffle secret de Dieu, qui agit sur eux d'une manière invisible, mais très efficace. Il y a donc là une raison a priori qui devrait suffire à elle seule pour nous convaincre de l'importance spéciale qu'a, de nos jours, la Propagande Catholique.
Qui pourra la méconnaître, alors même qu'il se contenterait de jeter un simple regard sur le specta-
cle qui s'offre à toute heure devant nos yeux ? Que nous dit chaque jour la voix du Chef suprême de la hiérarchie catholique? Que nous disent les Lettres pastorales des évêques? Que nous disent les gémissements de l'Église universelle ? Que le monde entier, transporté de haine, s'arme en guerre contre la vérité que les peuples et les gouvernements semblent s'être coalisés contre le Seigneur et contre son Christ; que c'est un assaut général livré à l'Eglise, contre laquelle marche aujourd'hui tout l'enfer et tous ses partisans en bataillons nombreux et serrés, d'autant plus nombreux et serrés que ce combat sera peut-être le combat suprême et décisif. Jamais l'Église n'avait vu en face d'elle une armée si considérable, ni sous ses pieds une conspiration si formidable, depuis que, dans les premiers temps, elle eut à lutter seule et sans armes, contre toute la puissance païenne, à qui elle a enlevé, après trois siècles d'horreurs, la possession du monde. Depuis cette époque, elle n'avait eu à soutenir que des luttes partielles. Aujourd'hui la lutte tend à devenir générale. Satan, son ennemi, semble avoir conçu le plan d'une revendication complète et entière : ses partisans les plus avancés et les plus sincères le disent déjà sans détour et sans vergogne ; il n'aspire à rien moins qu'à la déchristianisation du monde, au renversement du règne du Christ et à la reven-
dication du genre humain pour la liberté du mal. C'est un nouveau paganisme dont les prétentions ne vont à rien moins qu'à prendre la revanche de la déroute que souffrit l'antique paganisme, il y a seize siècles, lorsque Dieu le confondit pour toujours et le renversa de son trône officiel au moyen de l'épée de Constantin. Devant cet investissement général que subissent de tous côtés la vérité et la vertu, personnifiées dans notre sainte Église, y aura-t-il quelqu'un qui ne voie pas et ne sente pas la suprême utilité (nous dirions mieux la nécessité), d'une défense générale ? Oui ; lorsque des armées puissantes envahissent le sol de la Patrie, ce n'est pas seulement l'armée permanente et régulière qui se trouve dans l'obligation de la défendre; mais tout citoyen, jusqu'à l'écrivain, au laboureur pacifique, à l'artisan tranquille, jusqu'à la faible femme, jusqu'au pieux prêtre, laissent leurs livres, leurs champs, leurs outils, leur foyer, l'autel, pour voler au combat. Et celui qui ne brandit pas le glaive en rase campagne, concourt à la défense des fortifications; celui qui ne sait pas se battre, aide au moins ceux qui se battent; celui qui ne peut rendre un autre service, soigne les blessés et ensevelit les morts. Ainsi, pendant une tempête, on ne voit pas seulement s'employer à sauver le navire, les marins chargés de la manœuvre en temps ordinaire, mais Mal Soc. — II. — 14.
les passagers les plus étrangers à cette rude besogne s'emploient à aider, à plier les voiles, à jeter les ancres, et à faire continuellement jouer la pompe. Ainsi nous apparaît aujourd'hui l'Église de Dieu. Le camp royal du Christ est attaqué de toutes parts, et par là même, tous sont appelés à le défendre ; le vaisseau de l'Eglise est assailli par une tempête épouvantable, et pour le sauver le Pilote divin veut que chacun apporte le concours de son bras et de son dévouement.
D'autre part, chaque jour, la corruption des mœurs augmente ; et c'est une arme très puissante dont se sert l'ennemi pour obscurcir la vérité parmi les peuples et faire tourner à son profit cet obscurcissement général. Cette marée infecte avance lentement, mais continuellement, menaçant de convertir le monde en un bourbier pestilentiel rempli de toute sorte d'immondices. Elle est faible, elle est nulle la puissance d'un homme et même de mille hommes, pour empêcher le débordement de ce bourbier ; mais dites : n'est-il pas vrai que plusieurs de ceux qui sont menacés de s'y perdre, peuvent être délivrés, si nous qui, grâce à Dieu, sommes encore sur la rive, leur tendons une main compatissante ? Voyez combien d'enfants restent sans éducation ! N'est-ce pas une oeuvre très méritoire de leur en procurer une convenable et honnête ? Voyez que de pauvres sans
consolation. Chacun de nous ne pourrait-il pas en réchauffer quelqu'un ou quelques-uns à la chaleur de son cœur ? Considérez avec quelle profusion le mauvais livre et le mauvais journal inondent nos villes et nos campagnes. Cela ne montret-il pas la nécessité de contrebalancer leur mauvaise influence par le bon livre et le journal moralisateur ?
Cette méditation si connue des deux étendards, que le glorieux saint Ignace a placée dans le livre admirable et profond de ses Exercices spirituels, n'a peut-être jamais trouvé son application plus exacte que dans le siècle actuel. On voit, on touche les deux corps d'armée qui, sur l'ordre de leurs chefs respectifs, et sous leurs bannières si distinctes, aspirent à la conquête de l'homme et du monde. De l'homme et du monde disons -nous; car ce champ de bataille, qui a pour théâtre le monde et pour spectateur le genre humain tout entier, commence par exister pour chacun dans son propre cœur. Et ainsi, comme il n'est personne qui puisse rester indifférent en présence des assauts que se livrent dans son cœur ces deux puissants rivaux : la grâce de Dieu et les suggestions diaboliques ; de même il n'en est point qui puisse rester neutre, lorsque cette lutte, sortant hors de l'ertceinte intérieure de nous-même, s'engage dans les rues et sur les places, dans le camp en ap-
parence paisible de la science, et dans le camp plus agité de l'éducation, ou dans celui toujours agité de la politique. Après cela, qui osera nier que ces deux étendards ne soient aujourd'hui levés l'un en face de l'autre, se combattant avec d'autant plus d'acharnement que leur opposition se montre plus accentuée, plus radicale, et la distance qui les sépare moins considérable?
Écoutez les voix qui retentissent dans chacun des deux camps. Jamais l'enfer n'a parlé d'une façon aussi claire et précise; jamais, depuis que Lucifer est tombé de son trône de gloire, l'infâme n'avait osé écrire sur son étendard : <r Guerre à Dieu » ! Et il l'ose aujourd'hui; aujourd'hui il a écrit cette devise infernale, et tous nous avons pu la lire, et peut-être l'avons-nous lue sans ce frémissement d'horreur et de sainte colère qui devrait soulever toute âme chevaleresque et chrétienne. Ecoutez, d'autre part, la voix par laquelle réclame du secours l'Église du Christ, opprimée, mais jamais vaincue, selon la parole de son chef suprême, parole qui retentit pour réveiller ceux qui seraient endormis et exciter les indifférents. Jamais les Souverains Pontifes ne s'étaient adressés aux peuples, ni si souvent ni avec tant d'insistance sur le même sujet, ni avec une telle énergie d'expression qu'aujourd'hui. Ils se sont adressés non seulement aux évêques et
aux prêtres, c'est-à-dire aux troupes de l'armée régulière qui sont placées dans les rangs, mais à tous, aux associations, aux peuples qui vont en pèlerinage, aux journaux qui implorent leur bénédiction.
Celui-là est sourd qui, une fois ou l'autre, n'a pas entendu comme s'adressant à lui-même la voix du clairon militaire qui ne cesse de résonner, comme il a coutume de le faire au milieu des populations, à l'heure des suprêmes dangers et des pressantes calamités.
Combien est excellent en lui-même et honorable pour le fidèle chrétien cet exercice de la Propagande catholique.
De ce qui vient d'être dit, on peut facilement conclure combien est excellent et honorable l'exercice delà Propagande catholique. Une seule parole le fera suffisamment comprendre. Cette Propagande constitue un apostolat spécial et véritable. C'est un service direct et immédiat rendu à la gloire de Dieu, à la plus grande extension du règne de son Fils unique Jésus-Christ, et au salut des âmes qu'il
a rachetées au prix de son sang très précieux. La Propagande catholique est donc une milice de beaucoup supérieure en importance et en dignité à la milice matérielle chargée de défendre et d'étendre les royaumes terrestres, et cela d'autant que la royauté de Notre-Seigneur, qui s'exerce dans les cieux, est plus élevée. Et si les monarques temporels accordent à leurs vaillants soldats des récompenses qui leur confèrent des titres de noblesse dans leur royaume, et leur octroient une autorité et des charges qui les font participer en quelque manière \ leur royauté, de quelle estime notre très généreux Seigneur et Roi honorera-t-il ceux qui, par pur dévouement à son drapeau, auront entrepris et soutenu ces combats spirituels ?
Le monde honore et applaudit universellement ceux qui font des découvertes ou des inventions utiles, et ceux qui consacrent leur existence à les populariser et à les mettre au service de la multitude. De tels hommes sont appelés des génies bienfaiteurs de l'humanité, et leur nom se perpétue immortalisé sur le marbre ou le bronze, et leur famille est l'objet de toute sorte de privilèges et de distinctions. Bien plus brillante est la gloire qui attend devant Dieu le bon catholique dont l'esprit et l'activité ont été employés à propager efficacement le bien et la vérité parmi ses frères.
Dissiper une préoccupation funeste, démasquer une erreur, organiser un centre quelconque de bonnes œuvres et d'exemples édifiants, préserver de l'infection du mal tels ou tels cœurs, concevoir des projets propres à faire resplendir davantage la lumière divine parmi les hommes, sont autant d'inventions plus importantes et d'une utilité plus considérable pour le bien général que la découverte de l'imprimerie, de la vaccine ou de l'Amérique. Peu importe qu'elles ne jouissent pas de cette estime auprès du vulgaire dont l'opinion est plus portée à admirer l'éclat trompeur du faux or ou du verre peint que l'éclat véritable de l'or pur et des pierres précieuses. La philosophie saine et raisonnable apprécie médiocrement les lauriers et les palmes que le monde accorde à certaines idoles qu'il élève aujourd'hui sur un glorieux piédestal, pour les jeter ignominieusement demain dans la poussière. Les modestes conquêtes de la vérité et du bien, fruit du travail d'obscurs champions . de la propagande, passent inaperçues très souvent, presque toujours, d'un monde frivole et superficiel, parce qu'elles ne cherchent pas l'ostentation et le bruit; toutefois elles n'échappent pas un instant à l'œil vigilant de Dieu, à qui rien n'est caché, ni une goutte de sueur versée pour Lui, ni un battement du cœur, pas même le désir le plus secret. On n'obtient, il est vrai, par de tels mé-
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rites, ni croix ni décorations ; on n'arrive point à des postes élevés ; on ne lègue point de blasons à sa famille. Mais on amasse des trésors de mérites précieux pour l'éternité, et on obtient la promesse d'un trône magnifique dans le séjour de la gloire céleste.
Grande nous paraît l'entreprise qui a pour but la conversion du monde de la nuit des erreurs de la gentilité à la claire lumière de la foi chrétienne; et immense nous paraît le bonheur de ces hommes privilégiés à qui le Fils de Dieu a confié un si sublime ministère. Paul haranguant l1 Aréopage d'Athènes, Pierre établissant à Rome, capitale du monde, le siège de son pontificat ; Jacques répandant dans notre Espagne, la première semence de la foi, Thomas la portant au cœur de l'Inde, et les autres apôtres éclairant chacun la portion du monde connu que le sort lui avait assignée, et tous fécondant cette semence par leurs sueurs, leurs prières, et finalement par leur sang, nous apparaissent dans l'histoire comme de grandes figures placées par la main de Dieu dans le vestibule ou à l'entrée de l'Eglise pour montrer ce que peut l'homme, pauvre et misérable pécheur, lorsque la Providence lui confie une si haute mission. Le monde païen devenu chrétien leur doit, après Dieu, son baptême et sa conversion. C'est à bon droit que l'Eglise
chante en leur honneur, dans son office : « Ils ont été magnifiquement honorés, ô Dieu, vos amis ; leur puissance sur la terre a été merveilleusement active et féconde s>.
Ainsi en est-il de la gloire du propagandiste catholique zélé et actif dans l'accomplissement de sa noble mission. Si l'on dit en philosophie que la conservation d'une chose équivaut à une création continuelle de cette même chose, l'apostolat qui s'emploie à maintenir la foi chez les individus et chez les peuples ne paraît pas moins glorieux que celui qui se consacra, un jour, àl'implanter pour la première fois. De plus, comme la foi va aujourd'hui diminuant dans beaucoup de cœurs, n'est-il pas vrai que le propagandiste catholique a plutôt à faire souvent œuvre de reconstruction que de restauration ou d'étayement de cet édifice ? Voyez donc combien est noble l'entreprise de ramener à Dieu des cœurs que l'ennemi lui a ravis, de reconquérir pour l'Église ces âmes qui, par erreur ou par indifférence, étaient redevenues païennes ou peu s'en faut. Voyez combien on doit estimer le travail et les projets de celui par qui telle ou telle localité ou famille a été transformée dans ses idées et ses mœurs; de celui par qui Satan a été arrêté dans sa marche et^ qui a soutenu d'une main ferme l'immortel étendard du Christ. Si une seule âme préservée ou délivrée l'avait été par vos com-
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bats, quel ne serait pas pour ce seul fait votre titre de gloire devant Dieu ? Que sera-ce donc si l'on considère qu'un bon propagandiste peut, par son action aidée de la grâce, sauver non pas une âme seule, mais une famille, une paroisse, et que le fruit de son travail n'est pas limité parfois à la génération et à la localité qui le voient, mais que ce foyer répandra dans l'avenir et à une grande distance de magnifiques splendeurs ? Il est pénible, après tout cela, de voir combien sont peu nombreux, relativement, les chrétiens adonnés à ce très noble exercice de la Propagande catholique. Dans aucune autre branche de bonnes œuvres n'est plus exacte la dénomination de service de Dieu qui leur est communément donnée à toutes. On y sert Dieu en travaillant beaucoup pour son propre salut, en mortifiant son corps, en occupant son esprit à de pieuses méditations, en fréquentant les sacrements, en gagnant les Jubilés, les pardons et les indulgences Mais, à la fin , ce service individuel, aussi précieux soit-il, se borne à la sanctification propre de la personne qui le pratique, et ne va pas au delà. Au lieu que celui qui, sans négliger aucunement sa perfection personnelle, y tend au contraire avecardeur et s'applique en outre à étendrela connaissance de Dieu et de sa loi parmi ses semblables, celui-là multiplie ses mérites propres d'une manière merveilleuse, en proportion
des mérites nombreux qu'ont acquis les autres par sa généreuse médiation. Et ainsi qu'un saint Père dit de Paul, avant sa conversion, qu'il lapidait Etienne parles mains de tousses bourreaux, puisqu'il se faisait le complice de tous en gardant leurs vêtements, de même le généreux propagandiste catholique fait siennes, en quelque sorte, les bonnes œuvres de tous ceux qui, par son enseignement ou ses exemples, accomplissent ces mêmes bonnes œuvres. C'est ainsi qu'il prie avec tous ceux à qui il a enseigné à prier; qu'il fait l'aumône au pauvre ou au Pape, avec tous ceux qu'il a déterminés à faire l'aumône ; qu'il marche, pour ainsi dire, avec les pieds de tous, qu'il travaille avec les mains de tous, et qu'il acquiert un véritable droit à la récompense de tous.
Des consolations que procure au fidèle chrétienté noble exercice de la Propagande catholique.
L'exercice de la Propagande catholique ne se recommande pas moins par les consolations qui rendent suaves et douces les fatigues que supportent les vrais champions de cette propagande. C'est là un point sur lequel nous voulons particulièrement appeler l'attention.
Comment, en effet, douterait-on que cet exercice ne procure à plus d'un titre, des douceurs et des consolations. Qu'on nous donne quelqu'un qui ait la foi, car c'est avec un homme de ce genre et nullement avec un autre, que nous voulons traiter ce sujet. Existe -t-il une œuvre où il y ait pour l'homme une participation plus grande à l'œuvre suprême du Sauveur du monde et à son caractère le plus spécial comme tel, et à ses mérites infinis ? Le Verbe fait chair a été appelé Jésus ou Sauveur ; et pour sauver l'homme, il s'est incarné, il a souffert et il est mort en répandant jusqu'à la dernière goutte de son sang. Eh bien, maintenant, mon frère, regardezvous comme peu de chose de pouvoir, en quelque manière, vous faire participant de ce divin caractère et de ce nom au-dessusde tout nom?
Mais examinons un peu en détail cette idée qui est d'une ineffable suavité.
Premièrement et essentiellement, au Christ seul est dû le titre de Sauveur, puisqu'il n'en est pas d'autre en qui les hommes puissent être sauvés. Il est certain cependant que, par participation, on peut honorer de ce nom les instruments qui le servent fidèlement et de bonne volonté pour cette œuvre très glorieuse. Ainsi nous affirmons, et cela avec sincérité, que le médecin nous a guéris, alors qu'il est certain que ce n'est pas à
lui, mais à la médecine que nous sommes avant tout redevables du bienfait de la guérison. Mais nous devons également remercier et récompenser le médecin, puisque c'est sa main dévouée et habile qui nous a appliqué le remède au moyen duquel Dieu a voulu que nous fussions guéris. Ainsi, bien que ce soit le Christ qui sauve les âmes, et que ce soit lui qui mérite essentiellement et, dans ce sens, exclusivement le nom de Sauveur, on peut cependant appeler sauveurs des âmes avec Jésus ceux qui assistent les âmes malades dans leurs nécessités, en leur facilitant l'usage des remèdes institués par Lui. Ils sont sauveurs d'un individu ou d'une famille ceux qui par leurs enseignements ou leurs exemples, leur ont montré le chemin du salut, les y ont encouragés et les ont conduits au terme bienheureux.
Il se fait aussi le compagnon et l'auxiliaire de Dieu dans la plus grande de ses œuvres, le chrétien fidèle qui consacre à la Propagande catholique ses forces, son talent ou son influence. Et je ne sache assurément pas qu'il se puisse rencontrer dans les trésors de la piété, une pensée plus consolante et qui porte davantage le chrétien à soulager le cœur oppressé.
Nous sommes faibles et pécheurs, et à chaque pas nous chancelons, nous tombons, et quiconque oserait tenir un autre langage, ou se jetterait mi-
sérablement lui-même dans l'illusion, ou tenterait de nous y jeter. Grande est notre dette de ce chef, et nous devons redouter terriblement et à juste titre le compte que nous aurons à rendre. Or, quelle idée plus capable de nous rassurer en présence de cette redoutable perspective que celle de la pensée que nous avons fait quelque chose dans ce monde pour les intérêts de notre Dieu, qui devient, par là, d'une certaine façon, notre débiteur, et qui s'est déjà engagé, par une promesse formelle, à ne pas laisser sans une récompense spéciale la plus petite action faite en son nom? Oui pour ces œuvres de propagande catholique, oh! parole d'ineffable consolation ! Dieu en vient, en quelque façon, à se faire le débiteur de l'homme, de même que, eu égard à ses fautes, Thomme est toujours redevable àla divine majesté. Par un artifice plein de miséricorde, les conditions sont ici changées; dans le céleste registre, l'actif et le passif changent de place ; le pécheur, accablé sous le poids énorme de ses dettes, peut par ce moyen, acquérir devant Dieu des titres qui le constituent son véritable créancier. Que de telles œuvres, faites selon Dieu, couvrent très facilement notre déficit, l'apôtre saint Jacques le dit fort clairement dans les deux derniers versets de son Épître : « Mes frères, si quelqu'un se détourne de la vérité, et qu'un autre l'y ramène, il
doit savoir que celui qui fait qu'un pécheur se convertit de ses égarements, sauvera de la mort son âme et couvrira la multitude de ses propres péchés ». De telles œuvres méritent de belles récompenses et disposent Dieu, non seulement à pardonner, mais encore à accorder une très riche récompense. Qui ne se rappelle ce texte suave dans lequel le Christ assure qu'il ne laissera pas sans récompense un verre d'eau froide donné au pauvre à son intention ?
C'est donc plein de consolation et de joie que le bon soldat de la Propagande catholique doit aller à son labeur. Oui ; comme il s'en acquitte fidèlement, il ne perdra pas son salaire. C'est avec un visage serein qu'il peut voir arriver la mort, le jugement et la sentence finale, sans que les dettes de sa vie pécheresse puissent le porter au désespoir. Il a de quoi les payer au tribunal suprême. Et si confesser le Christ devant les hommes est un gage certain et assuré pour le chrétien que le même Christ le reconnaîtra pour sien devant le Père céleste, combien plus celui qui l'aura prêché; celui qui lui aura gagné des amis ou des disciples; celui qui lui aura soumis les intelligences et les cœurs ; celui qui l'auradéfendu etqui aura souffert pour lui, seront-ils sûrs de leur salut ?
Voilà, voilà le trait principal du caractère da' prédestiné ; caractère qui, selon l'apôtre, con-J
siste dans la ressemblance avec Jésus-Christ, type et premier-né des élus. De tous les traits de sa divine physionomie, celui qui est incontestablement le plus accentué, c'est celui du zèle pour la gloire du Père céleste et pour le salut des âmes. Quiconque excite donc en luimême le zèle, qui est le fondement de la Propagande catholique, doit tenir pour certain, autant qu'il est permis d'acquérir sur ce point une certitude morale, qu'il porte sur son visage un air de famille, une ressemblance avec les élus du Seigneur. Les mondains disent qu'une bonne physionomie est la meilleure recommandation. Devant Dieu, il est d'une importance décisive pour l'âme de porter la ressemblance de son divin Fils. A défaut de cette ressemblance, les réprouvés entendront ce terrible : « Je ne vous connais pas », qui sera leur éternelle confusion. Comment donc celui qui, comme le bon propagandiste catholique, a acquis cette ressemblance divine, ne compterait-il pas se présenter plein de joie et d'assurance au tribunal du souverain Juge ?
Ces consolations encouragent le bon propagandiste catholique pendant sa vie, lui procurent une mort douce, et rendent riante la perspective de l'éternité. Ce sont des gages du divin amour qui dédommagent de toutes les amertumes. Avec eux on peut fort bien souffrir, de la part du monde,
des vexations ou des injures, affronter les humiliations et les mépris. L'Apôtre des nations, sublime modèle, après son Maître, de la ferme confiance et de l'esprit résolu qui doivent caractériser le soldat de la foi, disait avec un calme admirable : « Je sais en qui j'ai mis ma confiance, et je suis certain qu'il est assez puissant pour me conserver jusqu'au dernier jour la récompense que j'aurai méritée js>. II Tint. I, 12.
Celui qui sait cela, qui le croit, qui le repasse souvent dans sa mémoire, comment n'éprouvet-il pas, dans chacun des travaux qu'il entreprend pour Dieu, les douceurs de la plus grande consolation,
Sympathie et enthousiasme qu'excite cet exercice dans tous les cœurs.
Aux motifs mentionnés plus haut d'ordre supérieur qui doivent rendre la pratique de la Propagande catholique digne d'une estime spéciale pour tout fidèle chrétien, nous allons aujourd'hui en ajouter un autre qui, pour être d'ordre purement naturel et humain (c'est pour ce motif que nous lui donnons la dernière place), pourra cependant
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avec la grâce de Dieu, venir en aide aux autres et concourir à la fin spéciale de cet opuscule. Nous voulons parler de ce qu'a de sympathique pour tout cœur généreux et chevaleresque la défense de la Religion, si indignement opprimée aujourd'hui. Cette raison, nous n'en doutons pas, trouvera un écho puissant dans les cœurs espagnols, aux sentiments si délicats et si élevés.
Figurez-vous, à ce propos, que vous vous rencontrez dans la rue avec une femme abandonnée, que raille et maltraite une troupe de mauvais gredins sans aucun respect pour son innocence et sa faiblesse.
Imaginez-vous qu'à la vue d'une conduite si inconvenante et si brutale, un généreux fils du peuple se trouve à passer par là, son sang se met à bouillonner, ses yeux étincellent et respirent l'indignation, et regardant en face les insulteurs et les attaquant brusquement, il les met précipitamment en fuite, leur arrache des mains leur infortunée victime, qu'il relève du sol et accompagne à sa demeure jusqu'à ce qu'il l'ait mise hors de tout danger et la laisse en pleine sécurité. Qui à cette vue, n'applaudirait avec enthousiasme le noble et généreux protecteur ? qui ne l'embrasserait et ne le presserait avec effusion ? qui ne désirerait savoir son nom afin de le proclamer dans les feuilles publiques comme digne de tout éloge ? qui n'en-
vierait le sentiment de satisfaction qu'il devrait nécessairement éprouver dans son âme, après un exploit si chevaleresque.
Comment ne l'éprouverait-il pas, alors que, en lisant seulement ce récit, nous sentons palpiter notre cœur et monter à notre visage le feu de l'enthousiasme ?
Donc, ou nous n'avons pas la foi, ou nous sommes aveugles, ou nous n'avons pas, mes amis, une seule goutte de sang de catholique et d'espagnol dans les veines, si la Propagande catholique n'excite pas aujourd'hui en nous des sentiments analogues.
Ou nous n'avons pas la foi ; c'est-à-dire, ou nous ne croyons pas que la sainte Eglise catholique est notre mère et qu'elle ne peut pas se défendre et qu'elle sollicite par ses cris un prompt secours de notre part.
Ou nous sommes aveugles ; c'est-à-dire que nous ne voyons pas la multitude innombrable d'ennemis perfides qui baffouent et maltraitent cette femme, nous ne sommes pas témoins du dédain et du mépris dont elle est victime chaque jour, delà boue qu'on ne cesse de jeter à sa face vénérable, des soufflets continuels qu'on lui inflige au visage, de la salive immonde dont on la couvre et la déshonore à toute heure.
Ou nous n'avons pas dans les veines une goutte
de sang espagnol, si croyant cela et ayant ce spectacle sous les yeux, nous restons froids, apathiques ou indifférents, sans nous élancer à la défense d'une si noble victime. Non, car jamais le sang espagnol n'a été tel, jamais il n'a cessé de s'enflammer en présence du spectacle d'une injuste oppression, jamais il n'a circulé dans les veines froid et impassible en présence de si énormes iniquités.
Que nos amis choisissent maintenant celle de ces trois hypothèses qui leur répugne le moins. Ou ils ne sont pas catholiques, je le répète, s'ils ne croient pas que l'Eglise et le Pape ont droit de leur part à être estimés et défendus plus qu'aucun père, qu'aucune mère selon la nature; ou ils sont absolument aveugles, si leur attention n'est pas attirée parles vexations infâmes auxquelles est en butte, de nos jours, l'Eglise de Dieu; ou ils ne sont pas les enfants légitimes de cette chevaleresque famille espagnole, si en présence de tout cela, ils ne se sentent pas émus d'une sainte indignation. Ils sont les enfants illégitimes si, à l'instant, d'une façon ou d'une autre, sous une forme ou sous une autre, sur une échelle plus ou moins grande, ils ne s'élancent pas, remplis d'une ardeur guerrière, au saint combat de la propagande catholique.
Que Dieu me pardonne, mes amis, vous traversez ce monde, et vous voyez en réalité à cha-
que instant les injustes mépris dont je viens de vous faire la description sous forme parabolique. Voyez, ô fils, comme on baffoue, comme on insulte, comme on déchire votre mère 1 Voyez comme on l'a volée et dépouillée sans compassion ! Voyez comment, après l'avoir dépouillée et saccagée, de propres spoliateurs l'accusent de commettre elle-même des spoliations ! Voyez s'il y a une expression d'estaminet des vols, un sobriquet inventé dans un mauvais lieu, qu'on n'ait pas lancé contre elle ! Le sarcasme officiel d'en haut et le sarcasme roturier d'en bas ; le coup de pied donné avec une botte vernie ou avec l'espadrille crasseuse, le coup de poing donné avec des gants, ou sans gants, elle reçoit tout cela sur sa noble face, cette mère infortunée, depuis déjà plus de cinquante ans. Et cette femme n'a pas des fils en Espagne ? Cette fille n'y a pas de frères ? Et cette auguste dame n'y rencontre pas de défenseurs ? Notre très noble pays a-t-il cessé d'être la terre des chevaliers ?
Oh I oui, oui ; elle a encore des chevaliers ; elle les connaît, elle les estime et apprécie leurs services. Voyez-les en lutte ouverte pour elle depuis plusieurs années. Ce sont les soldats de l'Église ; ce sont les armées de la Propagande catholique. Ils sont peu nombreux, il est vrai, en proportion du nombre incalculable des ennemis '>
mais cette différence numérique augmente sa valeur, et rend ses triomphes plus éclatants. Ils ont donné et ils donnent pour elle leur argent, leur intelligence, leur santé, leur activité, leur sang, leur vie; oui, jusqu'à leur vie, et l'Espagne est peut-être la seule nation du monde au xixe siècle, où la défense matérielle de la foi a eu de très valeureux martyrs. Dispersés ou réunis, sous le froc ou sous la blouse, dans l'un et l'autre sexe, dans la jeunesse et dans l'âge mûr, avec une seule parole sur les lèvres, et un seul souffle dans le cœur, les yeux fixés sur une seule bannière immortelle, excitant leur cause par la seule récompense de l'immortalité, ils combattent sans cesse dans un combat inégal d'un contre mille, le fleuve en haut toujours du courant actuel assujetti. Voyez-les en rangs pressés, ils n'ont transité et ne transigeront en aucune façon avec Ferreur moderne si souvent condamnée par l'Église ; ils traitent l'erreur pour ce qu'elle est comme une hérésie ; ils vivent en la haïssant et en haïssant tout ce, qui lui appartient comme au ive siècle, ils ont juré une haine mortelle, à l'Arianisme, au ve siècle au Pélagianisme, au xvie au Protestantisme, un siècle plus tard au Jansénisme. A chacun de ceux qui étaient atteints ou infectés de cette maudite peste ils disent intérieurement comme le grand Docteur
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de l'Église à un disciple de Marcion : a Je te connais, premier-né de Satan ». Ils subissent, c'est évident, l'hostilité, non seulement de ceux qui les combattent ouvertement, mais principalement de mille autres, qui pour leur sainte folie, qui est la folie de la foi, ne cessent de les apostropher les traitant d'illuminés, de fanatiques, d'exagérés, de perturbateurs, de rebelles à l'autorité ! Grand Dieu ! Quand donc les fils de la Croix n'ont-ils pas été traités de la sorte? Que doit être l'apostolat de l'heure actuelle, sinon une folie, comme il le fut dans les premiers siècles? Que peut-il être, sinon une sublime exagération ? Que peutil être, sinon une chose qui soit traitée de folie par tous les hommes que dirige la prudence de la chair? Que peut-il être, sinon un fanatisme? Le Comte de Maistre n'a-t-il pas dit en un langage énergique que là où il n"y a pas de véritable fanatisme il n'y a pas de véritable amour?
Quels sont ceux qui sont appelés à ce très noble exercice de la Propagande catholique l
Dans les chapitres précédents, nous avons vu l'importance générale de la propagande catholi-
lique, et avec quel intérêt doit la considérer et l'apprécier tout bon catholique de notre époque. Dans le présent paragraphe, faisant un pas en avant, nous entrons résolument et en plein dans notre sujet, en commençant par éclaircir la question suivante : quels sont ceux qui sont appelés à exercer la propagande catholique ? A cette question nous répondons en établissant la thèse suivante que nous allons démontrer. <r Tout fidèle catholique est appelé et par conséquent obligé à l'exercice de la propagande catholique, comme à un devoir général de sa profession ».
Plusieurs, nous le confessons, fronceront les sourcils en lisant le caractère absolu et catégorique que nous avons donné à la précédente formule. Ils trouveront quelque chose d'un peu fort dans cette espèce de service militaire obligatoire que nous venons leur prêcher, et ils s'étonneront beaucoup plus lorsque nous leur dirons que ce service n'admet aucune exemption, ni pour raison d'âge ni pour défaut physique, ni remplacement de personne, ni rachat à prix d'argent. C'est une milice et une milice forcée, dans laquelle se trouve enrôlé tout chrétien, depuis sa naissance à la vie spirituelle, et d'où l'on n'est licencié qu'à la mort.
Un seul raisonnement très simple suffira à le prouver. Écoutez.
— A quoi est obligé le chrétien par son baptême ?
— A suivre et à professer la loi chrétienne.
— Qu'est-ce à dire ?
— C'est-à-dire que le chrétien doit croire tout ce que cette loi enseigne et pratique, tout ce qu'elle commande, et le croire et le pratiquer d'une manière convenable.
— Et de quelle manière ?
— Il doit le croire et le pratiquer de tout son cœur et de toute son âme. Le texte sacré est formel : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu, de tout votre cœur, de toute votre âme et de tout votre esprit ».
— Fort bien, mais que suit-il de là sur notre sujet.
— Il en résulte que celui-là n'aime pas Dieu, comme il le doit, et n'observe pas sa loi comme il le doit, qui ne regarde pas ces choses comme étant du plus haut intérêt et de la plus grande importance parmi toutes celles qui dans le monde ont de l'intérêt et de l'importance. Il en résulte que celui-là ne les accomplit pas comme chrétien qui ne regarde pas les choses de sa foi, comme le plus chaud politicien celles de la politique, comme le négociant le plus actif celles de son commerce, comme le soldat le plus intrépide, celles de sa milice, comme le littérateur le plus appli-
que, celles de ses études. Il en résulte que celui-là n'est pas bon catholique qui ne sent pas pour les. choses et les intérêts du catholicisme toute l'ardeur, toute la passion qu'il éprouve pour les choses qui touchent de plus près son intérêt ou son honneur. Il en résulte enfin qu'il n'est pas un bon fils de l'Eglise celui qui n'approuve pas ou ne manifeste pas pour elle une vertu sans laquelle tout enthousiasme est un feu de paille, tout amour une pluie d'orage, tout intérêt une pure hypocrisie. Cette vertu est celle du zèle.
Avoir du zèle c'est aimer véritablement, et montrer véritablement cet amour par des œuvres véritables.
Le zèle veut dire que la chaleur de l'âme monte aux lèvres et se traduit sur le visage, donne de la vivacité au regard, et rend toutes nos actions généreuses, ardentes et embrasées, si l'on peut ainsi parler, à cette fournaise brûlante.
Avoir du zèle c'est vivre pour celui qu'on aime, c'est agir et souffrir pour lui ; affronter pour lui les difficultés, accepter les sacrifices, ne reculer pour lui ni devant les sueurs, ni devant les fatigues, c'est donner pour lui, si c'était nécessaire, jusqu'à sa vie. Qu'on se prenne à méditer la force de ces paroles : « De tout votre cœur, de toute votre âme et de tout votre esprit ».
Si dans un degré quelconque on n'a pas ce
zèle, on n'a à aucun degré le véritable amour, base de la profession chrétienne; en conséquence si, dans un degré quelconque, on n'a pas ce zèle, on ne mérite en aucune façon le titre de vrai catholique.
Eh bien ! Que sont les œuvres de la Propagande catholique? Elles sont purement et simplement la pratique du zèle appliqué à la gloire de Dieu, à la défense de l'Eglise et au bien des âmes. Tout ce que l'on fait dans ce but mérite le nom de Propagande catholique, depuis la plus petite prière, ou le bon exemple le plus insignifiant, qui est à peine aperçu, jusqu'à la fondation de l'Ordre religieux le plus insigne, ou tout autre événement de grande importance, occupant une large place dans l'histoire. Tout, si peu que ce soit, sert à quelque chose dans cette lutte universelle ; c'est pourquoi on voit appelé à y prendre part quiconque peut faire quelque chose. Et comme il n'est personne qui ne puisse faire quelque chose, il s'en suit qu'il n'y a personne qui ne soit appelé de Dieu à y prendre part. Et comme il n'y a pas d'appel de Dieu adressé à celui qui n'est pas obligé de la part de la créature, il s'ensuit par une conséquence inéluctable, que tous les chrétiens sans exception sont tenus dans une sphère ou dans une autre à la pratique et aux travaux de la Propagande catholique.
Oui, lecteurs mes amis; tous sans exception; et pesez bien cette parole qui est réellement accablante. Sont obligés à travailler pour Dieu, pour la foi, pour l'Église et pour le prochain, non seulement les ecclésiastiques, mais encore les séculiers; et, parmi ces derniers, non seulement ceux qui sont abonnés aux lettres et aux sciences, mais encore ceux qui se consacrent aux arts et au négoce; non seulement les hommes, mais aussi es femmes; non seulement les riches et ceux qui ont des loisirs, mais aussi les journaliers et les mendiants. C'est là le combat général de la foi dans lequel chacun a son rang, et dans ce rang un poste qu'il doit occuper.
En examinant plus tard les travaux auxquels peut s'étendre la Propagande catholique, nous verrons clairement comment en réalité ces travaux sont accommodés à toutes les classes et à toutes les conditions de la famille chrétienne. Il suffit pour aujourd'hui, d'endonnerune légère indication.
Vous ne pouvez rien faire pour Dieu et pour la foi? Nous allons le voir. Ne pouvez-vous pas au moins donner à votre voisin l'exemple d'une conduite chrétienne ? Il est clair que vous le pouvez. Persuadez-vous donc que vous avez parfois fait plus pour la cause de Dieu une œuvre meilleure et plus efficace que si vous aviez écrit l'article le plus chaleureux dans un journal.
Vous ne savez pas parler en public? C'est bien, et ne vous en affligez pas. Plût au ciel qu'il y eût moins de discoureurs publics ! Mais vous saurez bien parler en particulier avec vos amis et votre femme ? Il en est ainsi, à moins que vous ne soyez muet. Eh bien, regardez-vous comme peu important l'avantage que vous pouvez procurer au prochain et à l'Église, au moyen d'une bonne conversation? Où converse-t-on chrétiennement? En peu d'endroits. Pourquoi donc dans le cercle de vos connaissances, à votre foyer, dans votre famille, ne montreriez-vous pas ce que c'est que de converser avec Dieu, selon Dieu et pour le service de Dieu ?
A quel nombre incalculable d'hommes ne pourrions-nous pas adresser les mêmes considérations ? En disant qu'il n'y a pas une œuvre, grande ou petite, par laquelle on ne puisse rendre quelque service à la vérité, on a tout dit. Ne voyez-vous pas comment, en toute chose, on peut offenser et on offense réellement cette vérité ? Comment donc ne nous appliquerions-nous pas à faire que tout concoure à la servir? Le génie de l'homme crée chaque jour quelques nouvelles inventions et produit à chaque instant de nouvelles merveilles. Voyez notre siècle, qui est vraiment admirable sous ce rapport. K'êtes-vous pas attristé en considérant que tous ces prodiges, une heure après
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qu'ils ont été produits sont employés par l'homme à faire la guerre à son suprême Auteur? Ah! pourquoi l'activité des fils de la foi n'est-elle pas égale, et n'a-t-elle pas pour but le bien et le progrès de cette foi? Étendez maintenant cette considération à tout ce qui constitue l'ensemble si varié et si complet qui forme la vie humaine avec toutes ses pensées et ses affections, ses paroles et ses œuvres, son or, son influence, se présente qui voudra, quelque obscur que soit son nom et quelque modeste que soit sa condition, qu"il se présente et ose dire : Je ne puis rien faire pour la cause de Dieu. Comment osera-t-il tenir un pareil langage, sans qu'à l'instant s'élève dans son cœur une voix qui l'accuse de mensonge ?
J'arrive au vif de mon argumentation. Si vous pouvez quelque chose, vous devez ce quelque chose à Dieu. C'est ainsi que tout chrétien peut quelque chose, l'infortuné malade dans un hôpital, peut lui-même donner l'exemple de la patience au malheureux étendu sur la couche voisine. Il est donc que tout fidèle est appelé, en conséquence obligé par un véritable devoir de sa profession chrétienne, à l'exercice de la Propagande catholique, sous une forme ou sous une autre. C'était là ce que nous avions à démontrer.
MI
D: ceux qui peuvent et doivent pour une raison spéciale, être honorés du titre d'Apôtres de la Propagande catholique, et des qualités particulières qui doivent briller en celui qui aspire à cet apostolat, et en premier lieu, de la conduite régulière et exemplaire.
Xous avons vu précédemment que tout chrétien est appelé par son Baptême à l'exercice de la Propagande catholique ; et nous croyons avoir démontré ce point d'une façon complète. Pourquoi donc a-t-il été question si souvent ici du devoir du Propagateur catholique, comme d'un genre spécial d'obligations distinctes des autres qui sont communes à tout fidèle ? La réponse s'offre d'elle-même. Parce que, alors même que tout chrétien est appelé et par conséquent tenu à contribuer par ses actes à la défense et à l'augmentation de la foi, il y en a cependant qui prennent cette défense et cette augmentation comme l'objet très spécial de leur tâche toute particulière, et ce sont ceux-là qui sont appelés par excellence Propagateurs, Apôtres de la Propagande. Comme nous sommes tous obligés à la pénitence sans que pour cela on donne le nom de péritents à d'autres qu'à ceux qui sont spé~
cialement adonnés à l'exercice de cette vertu : Nous aimons tous une fois ou l'autre la solitude; et cependant on n'appelle solitaires que ceux qui se consacrent spécialement à vivre de cette façon : nous avons tous une religion, grâce à Dieu; et néanmoins on ne donne le nom de religion, qu'à ceux qui sont unis entre eux par un lien volontaire sous une régie spéciale de religion. Ainsi, tout fidèle, grand ou petit, peut et doit faire quelque chose pour la Propagande catholique ; toutefois nous ne désignerons sous le nom d'apôtres de la Propagande catholique que ceux qui consacrent d'une manière spéciale leurs efforts à cette noble tâche.
On ne trouvera donc pas extraordinaire que pour cet office spécial, dès lors que nous le considérons de cette façon, qu'on exige des conditions particulières de la personne qui doit le remplir. Ce sont ces conditions que nous allons désormais étudier attentivement. Et en discourant sur les circonstances ou conditions particulières dans lesquelles doit s'exercer la Propagande catholique, nous commencerons, ainsi que l'indiquent la logique et la nature, par la première de toutes, et celle sans laquelle les autres seraient de nulle valeur. C'est la conduite droite et exemplaire de celui qui prétend s'adonner avec fruit à cette mission.
Il ne sera point nécessaire de recourir à des arguments nombreux et subtils pour rendre claire une vérité qui est d'évidence pratique et de si nple bon sens.
Pour convaincre un homme de la vérité d'une proposition scientifique quelconque, il n'est pis nécessaire que celui qui la propose et qui la démontre soit chrétien, ni même honnête. Il n'en est pas ainsi, toutefois, lorsqu'il s'agit de traiter des vérités et des devoirs de la religion. Ces vérités sont d'une nature telle que, pour s'imposer à l'esprit et au cœur, elles ont besoin du prestige moral de celui qui les pratique, autant que de la force intrinsèque des raisons sur lesquelles on s'appuie en les prêchant.
Que Jésus- Christ ait existé et qu'il ait présenté tous les caractères de fils de Dieu, ce sont là des problèmes historiques d'un ordre scientifique offrant sur ce terrain une démonstration égale à celle de l'A-f-B des mathématiques les plus claires. Toutefois, si un professeur se présente pour me les démontrer, et que sa conduite vicieuse scandalise le public, j'écoute sa démonstration, je l'admire même, mais après cela, je hausse les épaules et me refuse à donner aucune espèce d'adhésion morale à la vérité historique qui vient de m'être démontrée. C'est là un phénomène qui, peut-être, n'a pas été suffisamment étudié jusqu'à présent, Mal Soc. — II. — 16
et qui. toutefois, ouvre un large champ à des considérations élevées. Pour produire dans l'âme l'effet que Ton désire dans Tordre de la foi, il ne suffit pas d'aider son premier agent, qui est la grâce de Dieu, avec les raisons de la science humaine, mais il faut ajouter un moyen plus puissant, qui a un ascendant moral, c'est-à-dire la force du bon exemple, Tefficacité qu'ajoute aux paroles le caractère autorisé de celui qui les prononce. Sans cela, les intelligences seront subjuguées peut-être, mais non convaincues, et beaucoup moins encore les cœurs seront-ils émus et persuadés. En religion, il faut qu'on triomphe d'abord de nos nombreuses résistances, pour nous faire admettre la vérité; car la vérité religieuse n'est pas une vérité purement intellectuelle, comme les vérités mathématiques ou métapyhsiques; mais elle est en même temps une vérité morale, c'est-à-dire une vérité qui entraîne après elle des préceptes, une vérité qui restreint la liberté, modère les appétits, une vérité qui aspire à nous dominer et à nous enchaîner complètement sous le joug de devoirs stricts et impérieux. Cette vérité rencontre donc en nous des résistances brutales et grossières, qui ne naissent pas précisément de notre entendement, mais très souvent de notre cœur, quand elles n'ont pas une plus basse origine. Lors donc qu'on nous propose
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une de ces vérités, nous cherchons d'abord le moyen d'y résister, si elle se présente condamnée par le mauvais exemple de celui qui nous la prêche ; nous éprouvons un secret plaisir à la trouver en contradiction avec sa conduite, et nous nous faisons une joie de la considérer comme suspecte ou ne méritant aucune confiance. Nous nous trompons en cela, parce que la vérité de l'enseignement ne dépend pas de la qualité du prédicateur; mais il nous semble que cette erreur est très digne d'excuse, et qu'en conséquence notre résistance est bien justifiée.
Ce phénomène moral se voit et s'est toujours vu; il s'observe dans les classes cultivées comme dans les classes ignorantes. Mais il se présente avec un caractère particulier chez le peuple simple, auprès duquel exerce communément son office le propagandiste catholique. Le peuple a besoin, plus que personne, de l'ascendant personnel de celui qui l'enseigne, par cela même qu'il est moins capable de comprendre et d'apprécier la trame subtile des raisonnements scientifiques. Et cela beaucoup plus encore, quand il s'agit de toucher et de persuader, car alors nous sommes tous le peuple. La règle du vieil Horace : « Si vous voulez que je pleure, commencez par pleurer vous-même », s'applique beaucoup plus aux catéchistes et aux champions de la propagande
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qu'aux poètes et aux orateurs. Celui-là seul nous émeut que nous voyons ému ; celui-là seul nous réchauffe et nous enflamme en qui nous sentons la chaleur et la flamme; celui-là seul nous force, en quelque sorte, à marcher droit, qui marche lui-même très droit et ne fait point de faux pas. C'est ainsi, et pas autrement, que nous sommes tous.
Comment donc osera-t-il entreprendre une tâche quelconque en faveur de la religion, celui qui, dans sa conduite, ne se montre pas fidèle observateur de cette Religion? Celui qui, dans ses œuvres, la contredit et la déshonore chaque jour, comment pourra-t-il la présenter aux autres d'une façon qui la leur rende croyable et respectable ? Ils auront raison, jusqu'à un certain point, de regarder l'apostolat comme méprisable, dès le moment où l'apôtre se rend méprisable lui-même.
Un paysan quelconque répondra à l'argument le plus concluant par un nego consequentiam (je nie la conséquence), s'il voit que celui qui présente cet argument le réfute par ses mauvais exemples. Qu'il commence donc par être bon chrétien celui qui aspire, avec la grâce de Dieu, à être un bon propagandiste, et qu'il n'espère point le devenir, s'il ne commence par ce point, qui est fondamental. Avant d'écrire, de parler, ou d'exciter les autres, qu'il se fasse comme le miroir pratique de celui
pour le triomphe duquel il va écrire, parler ou agir. Veut -il que la religion règne dans les autres? Qu'il commence parfaire en sorte qu'elle règne dans sa personne. Sans cela, il écrira, il parlera, il agira en vain, quel que soit le genre de ses paroles et de ses entreprises.
En vain, avons-nous dit. Peut-être n'est-ce pas dire assez. Parfois, il produira un effet contraire à celui qu'il désire ; il donnera occasion de tourner sa foi en dérision, de l'attaquer, avec la même intrépidité qu'il met à la défendre; parfois il éloignera d'elle beaucoup de cœurs, au- lieu de les attirer et de les rapprocher.
Non seulement il tirera en l'air et non au but convenu, mais encore, avec son tir mal assuré, il frappera ses frères d'armes.
C'est un soldat qui, par ses actes d'indiscipline, déshonore son drapeau, et qu'aucun chef ne veut accepter dans ses rangs, quelque valeur qu'il lui reconnaisse. La fidélité à la consigne et l'observation de la discipline contribuent à la victoire autant que les efforts des cœurs les plus courageux.
En outre, et ce sera là notre dernière réflexion, quelque service que rendent les bons livres, les harangues les mieux intentionnées, les manifestations publiques, les bons exemples sont beaucoup, sont incomparablement plus utiles que tout cela. Je donnerais tout ce qui se dit et s'écrit
aujourd'hui en échange et à raison de cent paroles ou discours pour cinq bonnes actions, car les actions m'ont toujours paru d'une éloquence et d'une efficacité incomparablement supérieures aux meilleurs discours. Bien parler et bien écrire, c'est une bonne chose ; mais bien agir, c'est chose excellente et incomparablement meilleure. Le Seigneur voulut faire et enseigner, et telle doit être la règle de tous ses disciples. Pratiquer et enseigner; pratiquer d'abord et enseigner ensuite. Comme il y en a beaucoup qui, par malheur, prenant, comme on dit, le navet par les feuilles, intervertissent les termes, et négligent ce qu'ils devraient faire avant tout; aussi en est-il un très petit nombre qui, dans le présent combat de la foi, méritent le nom et la considération de véritables soldats de cette foi. Que le champion de la Propagande catholique commence donc par là; que ce soit là son début; sans cela, quoi qu'il fasse, qu'il tienne pour certain qu'il n'a même pas encore commencé !
De la seconde qualité que doit avoir le Propagandiste catholique, c'est-à-dire une instruction compétente.
Après la conduite régulière et exemplaire qui est exigée comme première qualité du Propagan-
diste catholique, vient immédiatement une autre qualité également essentielle : C'est une instruction régulière et compétente.
La nécessité de cette seconde condition, dans celui qui désire être de quelque utilité pour la cause de la foi, est manifeste et incontestable. Il est certain que le Seigneur notre Dieu peut communiquer subitement les dons d'une intelligence surnaturelle au plus ignorant des hommes, et le placer spontanément dans des conditions telles qu'il puisse engager avec un ennemi quelconque les combats les plus rudes et remporter les plus glorieuses victoires. Il le peut, c'est vrai, mais les miracles ne sont pas la loi ordinaire de la Providence; s'il en était autrement, ils cesseraient d'être des miracles. Ce qu'il y a de régulier et de normal dans les combats, c'est de marcher à l'ennemi avec des épées bien aiguisées et des fusils de précision; bien que parfois David ait gagné miraculeusement une bataille, armé de sa fronde et d'une pierre, et Samson en combattant avec une mâchoire d'âne. Ainsi, dans la propagande et dans la défense de la religion, des femmes sans lettres ou des paysans ignorants peuvent parfois confondre, par un juste jugement de Dieu, par une seule parole, la haute sagesse, le profond savoir, de grands orateurs et d'illustres philosophes; toutefois, d'après la règle ordinaire, à la
science mauvaise on répond par la science de bon aloi; le sophisme éloquent est combattu par la vérité éloquente; la façon de raisonner faux des impies trouve en face d'elle la saine, solide et substantielle philosophie des vrais croyants. Il est donc indispensable au chrétien qui veut faire quelque chose pour sa foi, de posséder une instruction régulière et compétente.
Nous disons régulière et compétente, parce qu'elle n'est pas exigée de tous à un égal degré. Les grands controversistes catholiques, qui ont à confondre les hérésiarques fameux, ont besoin de posséder un trésor d'érudition et de science dont peut très bien se passer un soldat de condition plus humble. Il est donc évident que tout propagandiste catholique n'est pas obligé de connaître la religion comme saint Augustin, saint Thomas, ni même comme Balmès ou Donoso Cortès; mais il est hors de doute que le propagandiste catholique, s'il n'est pas tenu d'être savant, est au moins tenu de n'être pas ignorant. Il a donc besoin d'une somme de connaissances proportionnée au caractère et à l'étendue des travaux auxquels il se consacre; cette somme doit être plus forte, si la sphère d'action est plus étendue ; moins forte, si cette sphère est plus restreinte ; mais, de toute façon, elle doit être proportionnée.
Nous avons dit compétente; et nous voulons indi-
quer par là que l'instruction du propagandiste catholique doit être en rapport avec le caractère spécial de ses travaux, c'est-à-dire qu'elle doit être religieuse et avoir pour objet les matières les plus particulièrement mêlées à la religion. De sorte que le séculier ne sera pas bon propagandiste catholique, s'il est seulement bon avocat, excellent médecin, ou chimiste distingué ; car bien qu'il connaisse fort bien alors tout ce qui se rapporte à ces professions, il ignorera cependant, s'il ne sait pas autre chose, ce qui fait la partie spéciale et essentielle de sa profession de propagandiste.
Que faut-il donc savoir pour cette très noble profession ? Premièrement ce qu'est obligé de savoir tout fidèle chrétien : le catéchisme. Il semblera que nous n'exigeons pas grand chose en demandant que le propagandiste catholique sache bien son catéchisme ; toutefois il nous est arrivé de rencontrer des cas, où cette exigence paraissait excessive pour une multitude de personnes qui se disent et se croient chrétiennes ! Savoir le catéchisme, oui, voilà la première nécessité; le savoir bien, non pas seulement pour le réciter à la façon des petits écoliers, mais comme chacun sait les choses qui regardent sa profession ou son industrie ; comme le cordonnier connaît les règles de sa profession; comme le peintre connaît les règles de son art ; comme la cuisinière la moins
habile connaît les règles diverses de la cuisine. C'est ainsi et non autrement que doit être le bon chrétien ; comme il n'y a qu'une seule manière d'être bon cuisinier, artiste de talent. On rougit d'être obligé d'insister sur des vérités si élémentaires. Il n'est donc pas possible d'être un bon propagandiste, si l'on ne commence pas par remplir la première condition qui s'impose à tout bon chrétien après son Baptême ; et celui-là ne sera pas apte à se constituer le défenseur et l'apô-> tre de sa foi, qui serait dans la situation honteuse et criminelle de ne pas bien la connaître, pas même pour sa conduite personnelle.
Mais il ne suffit pas au propagandiste d'avoir cette vulgaire connaissance de la religion, qui est obligatoire pour tous les fidèles. Il doit la connaître plus à fond ; il doit savoir comment on l'attaque, et pouvoir répondre à ceux qui l'attaquent; il doit avoir sans cesse entre les mains les ouvrages de ses plus habiles défenseurs, dans la sphère de sa capacité particulière. Et dans ce but, il doit lire, étudier, s'instruire, questionner celui qui est plus instruit que lui ; il doit, par toute sorte de moyens, arriver à posséder une somme de connaissances utiles dont il pourra se servir à toute heure pour dissiper les doutes, résoudre les difficultés, répondre aux attaques, confondre les blasphèmes. Il doit surtout lire avec attention les journaux les
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plus franchement catholiques, et non point ceux dont la doctrine est douteuse ou dont le drapeau n'est pas bien tranché, en suivant attentivement les phases du journalisme d'apologétique populaire, dans lequel se trouvent reflétés si au vif tous les accidents et toutes les péripéties du combat actuel de la foi.
Il doit recueillir soigneusement les armes que lui fournissent les polémistes catholiques, à propos de chaque question qui se présente, en considérant aussitôt les raisons qui militent pour elle ou contre elle, afin de pouvoir se former à son sujet un jugement propre et personnel. Et si, sondant ses forces, il se sent en état de manier des armes plus pesantes, qu'il se forme une bibliothèque composée des ouvrages des douze ou vingt auteurs les plus célèbres qu'ait produits en notre siècle la science catholique ; qu'il apprenne de mémoire les points les plus importants et les plus décisifs, qu'il s'en pénè.re bien et qu'il marche ainsi au combat. Nous avons connu un bon artisan qui laissa stupéfaits, plus d'une fois, des incrédules de profession, seulement parce qu'il avait une connaissance suffisante des œuvres de Balmès, qu'il avait lues avec beaucoup d'attention. Le seul livre des Réponses de Mgr. de Ségur a fait parler comme des savants plus de quatre pauvres travailleurs.
Qu'on ne croie pas qu'il faille une immense
étude pour cette polémique franche et familière qui est la plus commune chez les apôtres de la propagande catholique. Il n'en est rien. Une lecture attentive des opuscules consacrés à ce sujet suffit la plupart du temps.
D'abord, l'ennemi avec lequel nous avons à nous mesurer n'est pas ordinairement fort savant. Que Dieu nous pardonne ! A peine voit-on articuler contre notre foi des vulgarités insensées et de stupides sottises. En second lieu, l'étude de la religion ouvre et développe tellement les facultés de l'âme, qui est, comme on l'a dit, naturellement chrétienne, que quand cette étude s'est prolongée pendant quelque temps, le simple esprit naturel trouve des raisons et des arguments, découvre des analogies, improvise des réponses, perçoit des points de vue tels que, sans s'en douter, celui-là se trouve philosophe qui croit l'être le moins. L'expérience nous offre plusieurs exemples de ce genre. En effet, la foi bien connue est déjà, par elle-même, une philosophie très élevée ; elle jette des lumières très vives, au moyen desquelles elle éclaire, comme un phare central, tous les problèmes humains qui s'agitent autour d'elle. C'est d'elle qu'il est dit avec vérité dans nos Livres Saints : quelle donne la sagesse aux petits.
On vante beaucoup aujourd'hui le mot lumière,
qui en est venu à être à la mode, ou mieux qui est devenu l'éternelle manie du siècle présent. Donc, pour parler selon le style du jour, la lumière est ce que nous demandons pour le propagandiste catholique ; nous voulons la lumière et rien de plus. Qu'il soit donc instruit dans la connaissance claire de sa foi ; instruit dans ce qui se rapporte principalement à la foi. Toutes les sciences humaines ont un côté spécial par lequel elles touchent à celle qui est le centre de toutes les autres, à la science religieuse. Exiger la possession de ces sciences humaines de la généralité des soldats de la propagande catholique serait rendre cette tâche impossible, puisque ce serait vouloir la rendre parfaite. Mais demander qu'ils soient instruits sur les principales relations qui existent entre la religion et les autres connaissances humaines, ne nous paraît pas une exigence excessive, et en nos temps d'encyclopédie, on peut facilement arriver à ce résultat. Voyez, et nous concluons par-là, voyez ce qui arrive pour la politique : le malheureux engouement de la politique s'est développé de telle façon que presque tout le monde se fait un malin plaisir de faire de la politique, au moins un moment chaque jour. Et en vertu de cet engouement, il en est beaucoup, un très grand nombre même qui, sans être savants, sont parvenus à acquérir en cette matière des connaissan-
cqs telles que, la plupart du temps, ils traitent et résolvent les questions comme de véritables maîtres. Ils connaissent les noms et l'histoire des personnages; ils sont au courant des questions de parti ; ils classifient, qualifient et prédisent avec un aplomb sans pareil les événements publics ; ils ont une conviction arrêtée sur des points variés et subtils de droit public, et ils savent exposer, défendre et propager cette conviction avec calme et intrépidité. Comment tous ces hommes se sont-ils faits ainsi subitement politiciens ? Voulez-vous le savoir ? Ils ont commencé par s'adonner à la politique ; ils ont lu avec attention leur journal; ils se sont mêlés aux conversations; et ils ont fini par être ce que vous voyez.
On ne voudrait pas, assurément, pour le propagandiste catholique, la pétulante érudition de l'habitude du café, dont font parade la plus grande partie de nos politiciens à l'eau de rose. Mais on voudrait les voir employer dans l'étude de la religion, pour être vraiment instruits à son endroit, un procédé analogue: étudier, lire, engager sur la religion des conversations sérieuses et fréquentes, consulter et prendre goût à ces matières et se faire à leur sujet une conviction personnelle. Ils les aimeraient d'autant plus qu'ils s'en seraient pénétrés davantage; et ils les traiteraient et les défendraient comme on traite et défend toutes les choses pour
lesquelles on a un véritable amour. Pourquoi faut-il qu'il y en ait tant qui sachent discourir pour ou contre les plans du Gouvernement, et qu'il y en ait si peu qui comprennent la défense de Jésus-Christ et de sa loi souveraine?
De r esprit de foi qui doit cire une autre des principales vertus du propagandiste catholique.
La plus remarquable des qualités qui doivent distinguer le propagandiste catholique, s'il veut réellement mériter ce nom, est incontestablement celle qui est connue sous le nom d'esprit de foi.
On entend par esprit de foi ce que nous pourrions appeler une influence vive, efficace et persévérante de la vertu de foi dans toutes nos actions; de cette foi qui les vivifie, les anime, les embrase, et les dirige; l'habitude constante de n'entreprendre ou de n'abandonner une œuvre que pour un motif concernant les intérêts de la gloire de Dieu et de nos âmes. Cette vertu est pour ainsi dire formulée dans les paroles suivantes de l'Apôtre: « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez,
ou que vous fassiez quelque autre chose que ce soit, faites tout pour la gloire de Dieu ».
A le bien examiner, l'esprit de foi estla condition essentielle de toutes les œuvres pour qu'elles soient chrétiennement bonnes. Sans cette condition, les plus grands actes d'abnégation portés jusqu'aux dernières limites, ne sont rien dans l'ordre surnaturel; avec elle, les œuvres les plus vulgaires et les plus triviales, même celles dont s'aperçoit à peine celui qui les accomplit, jusqu'à la plus petite parole que l'on prononce ou à laquelle on renonce pour une fin déterminée, jusqu'au désir le plus intime qui se cache au fond du cœur, jusqu'à la matérialité des actes les plus ordinaires de l'existence physique, jusqu'à l'action de manger, de dormir, de respirer, tout cela constitue -des œuvres excellentes. L'esprit de foi est pour toutes ces œuvres, eu égard à leur moralité, ce qu'est l'esprit de vie pour toutes les actions de l'être physiologique.
Comme l'âme est dans le corps qu'elle compénètre et vivifie tout entier, y faisant partout sentir son action, agissant dans les organes les plus nobles, tels que le cerveau et le cœur, aussi bien que dans les parties en apparence les plus viles, telles que les ongles et les cheveux ; comme tout homme est homme par son âme, que sans son âme il cesse aussitôt d'être un homme; et qu'il doit à
son âme la vigueur de toutes ses opérations, son incorruptibilité et sa croissance ; pareillement, l'esprit de foi, qui présentement s'identifie avec la grâce sanctifiante, est l'âme intérieure de l'être surnaturel ; c'est par lui que l'on vit, que l'on croît et que l'on mérite dans cet ordre divin d'opérations; c'est lui qui rend ces opérations profitables pour le temps et pour l'éternité, fécondes ici-bas en vrais résultats pratiques d'apostolat, fécondes là-haut en divines récompenses.
C'est fort bien; mais voyons maintenant comment on obtient l'esprit de foi ? D'abord, en commençant par avoir la foi, c'est-à-dire par croire fidèlement, exactement et intégralement tout ce qu'enseigne l'Eglise catholique, apostolique et romaine; en aimant tout ce qu'elle aime; en condamnant tout ce qu'elle condamne; en pensant comme elle pense ; en ayant pour les hommes, les choses et les idées, même en dehors du cercle étroit du dogme, ses préférences et ses sympathies, ses répugnances et ses préventions. Aussi bien est-il manifeste qu'on n'aura pas l'esprit de foi, si on n'a pas la substance de la foi elle-même, c'est-à-dire si l'on ne croit pas ce qui en est la base et le fondement.
Mais on peut avoir la foi, et on l'a très communément, sans posséder pour cela ce que nous recommandons ici sous le nom d'esprit de foi.
Mal Soc. II . — 17.
Cet esprit s'obtient lorsque non seulement on croit, mais quand on fait de sa foi le premier moteur (primum tnovens) et la raison immédiate de toutes ses pensées, de toutes ses paroles, de son silence et de son travail ou de son repos. Il s'obtient lorsque, par une vive application de l'intelligence et une énergique détermination de la volonté, nous nous proposons de faire des motifs religieux l'unique ou au moins le principal mobile de tous nos actes ; ne cherchant une chose qu'autant qu'elle le favorise, et ne renonçant à une autre chose qu'autant qu'elle lui est indifférente, et ne réprouvant une chose qu'autant qu'elle lui est opposée. Toutes les choses de ce monde, même celles qui paraissent les plus indifférentes au mouvement religieux, peuvent avoir un ou plusieurs côtés ayant des rapports avec la foi, et par conséquent la favoriser ou la combattre. On a donc l'esprit de foi, lorsque, en toutes choses, on regarde principalement le côté par lequel elles contrarient ou favorisent cette foi. Cette raison est décisive pour nous porter à les rechercher ou à les repousser, à les seconder ou à les combattre. L'esprit de foi consiste à juger toujours de tout avec cette principale pierre de touche, en en faisant la règle de nos sympathies ou de nos antipathies dans tout ce que nous voyons passer sous nos yeux.
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Après avoir exposé la doctrine, venons aux exemples, qui sont le principal ressort de notre rhétorique populaire. Un seul nous suffira.
Il n'est ni abstrait, ni étranger à ce monde de l'esprit de foi, comme quelques-uns de nos lecteurs commencent assurément à se le figurer. Ce n'est point seulement ici une vertu de mystiques et de contemplatifs. C'est d'abord une chose très familière et usuelle, et nous allons le voir, que nous rencontrons tous les jours sur notre chemin, et trouvons à chaque instant sous la main. Seulement, par une malheureuse éventualité, il y a un esprit de foi mondain ou terrestre, ou encore animal, selon la parole de saint Paul. Mais si nous avons l'esprit de foi pour ces choses, il sera logique de conclure que nous pouvons également l'avoir pour les autres, en changeant seulement son application, en plaçant seulement plus haut, si l'on peut parler ainsi, notre point de mire.
En effet, que fait cet homme si actif et si entreprenant? Voyez-le : c'est un industriel. Il a l'esprit de foi en son négoce et rien de plus. Les intérêts commerciaux sont tout pour lui; il leur subordonne tout, mesure tout et apprécie tout à leur valeur. Les mille péripéties de la politique, la chute des trônes, les grandes catastrophes sociales, les guerres et les épidémies, les changements de climat ou de domicile, il réduit tout à un seul
critère, il voit tout sous un seul aspect. Cela favorisera-t-il ou non la branche spéciale de ses opérations commerciales ? Tout cela fera-t-il hausser ou baisser d'un centime le prix de ses grains, de ses vins, de ses marchandises? Pour lui le monde n'est rien autre chose qu1 une bourse ou un bazar, et les hommes n'ont d'à utre valeur que celle des objets qu'ils vendent ou achètent. Lorsqu'il mange et lorsqu'il se repose ; lorsqu'il est dans sa famille, au théâtre ou au casino, il n'a pas d'autre pensée, d'autre conversation. Quels sacrifices, quelles fatigues, que de sueurs il lui en coûte ! quels chagrins! quels dégoûts il éprouve! S'il se marie, il songe tout d' abord et principalement à la dot que lui apportera son épouse, aux bonnes relations qu'elle lui procurera pour le développement de son commerce. S'il a des fils, sa première préoccupation est de les mettre en mesure de le seconder un jour dans le commerce; et il les élève et les instruit dans ce but. Ah ! nous le confessons, cet homme est un bon commerçant, un vrai commerçant, parce qu'il ne vit que pour son commerce. Il en a fait son unique idéal, sa pensée unique, la pensée de toute sa vie, et il examine tout à ce point de vue, qui est pour lui unique et exclusif. Plût au ciel qu'il ne le fût pas jusqu'à lui faire oublier entièrement les affaires plus graves et plus importantes de son salut éternel !
Ce que nous venons de dire brièvement du négociant, chacun peut le reprendre à son compte et le développer à son aise en l'appliquant au militaire qui ne vit et ne meurt que pour ses grades et ses décorations; au littérateur et à l'artiste, qui ne rêvent que lauriers académiques, réputation, et ne désirent rien tant que de voir vendre rapidement leurs livres et leurs tableaux; au chercheur appliqué qui ne dort, ne mange, et n'a de repos, qu'autant qu'il a atteint son but, et fait quelque nouvelle invention; à la femme légère qui ne songe qu'à obtenir des succès dans le grand monde, à dicter la loi du bon ton et de la mode, à briller, à surpasser, à éclipser tout le monde Voyez si tous ceux-là n'ont pas un esprit de foi profond et très ancré dans l'objet spécial. élevé ou frivole, auquel ils ont consacré leur vie. Esprit de foi, de foi ardente, de foi tenace et inébranlable, qui en fait des héros et quelquefois même des martyrs.
Dites donc maintenant que l'esprit de foi est une chose rare, lorsque nous en trouvons tant d'exemples à chaque pas ! Dites plutôt qu'on ne sait pas ou qu'on ne veut pas faire pour Dieu et pour la vérité, ce qu'on tait si facilement et si communément pour le monde et pour ses vanités mensongères. De cette foi vive, de cet esprit de foi, le Sauveur a dit, que celui qui en aurait comme
un grain de sénevé, transporterait, par sa seule volonté, les montagnes d'un endroit à un autre. Magnifique appréciation qui exprime toute la vertu et l'efficacité de l'esprit de foi ! Oui, il en va ainsi également dans les choses du monde. Voyez quelles montagnes ébranle et transporte l'ambition humaine, de quelles montagnes triomphe le talent! quelles montagnes déplace la cupidité! quelles montagnes transporte une ambition énergique î La foi dans la fortune, le savoir, la politique, abaissent et aplanissent chaque jour les montagnes. Ah ! quelles montagnes ne rou lerions-nous pas dans le champ de la propagande catholique, si nous avions un grain, un atome seulement de cette énergique dynamite céleste qui se nomme l'esprit de foi!
De l'horreur souveraine pour l'hérésie qui doit caractériser le bon propagandiste catholique.
L'esprit de foi dont nous venons de parler entraîne avec lui une autre vertu très importante et qui est absolument indispensable au bon propagandiste catholique : c'est une horreur souveraine pour Thérésie. Vertu rare à notre époque, où
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dominent les idées de fausse tolérance malheureusement introduites parmi nous par le rationalisme moderne; vertu qui, par là même, doit être exaltée plus que jamais aujourd'hui, en montrant clairerfient que c'est en elle, et non dans la tolérance révolutionnaire, que se trouvent l'esprit et la quintessence de la véritable charité.
On doit avoir une haine suprême pour l'hérésie, par cela même qu'on est tenu d'avoir un amour souverain pour la vérité. Personne ne se scandalisera de ce mot de haine que nous avons employé, parce que c'est le mot propre et strictement chrétien qui doit être employé ici. Nul ne sait haïr véritablement que celui qui sait aimer de même. L'amour et la haine bien réglés ne sont pas au fond deux affections distinctes, bien qu'elles le paraissent à première vue ; ce sont deux aspects distincts d'une seule et même très noble passion. Si nous nous examinons nous-mêmes, nous verrons qu'il ne nous est pas possible de vouloir avec une ardeur tempérée un objet physique, moral ou intellectuel, sans qu'à l'instant et simultanément, nous sentions une vive répulsion contre ce qui tend, directement ou indirectement, à détruire cet objet que nous désirons ardemment. Le saint amour de Dieu se confond avec- la haine non moins sainte du péché : le très noble amour de la patrie est, au fond,
un composé de haines généreuses pour tout ce qui tend à l'opprimer et à l'avilir. Aimez votre mère, votre épouse, votre frère, ou simplement un ami, et il vous sera impossible de ne pas sentir dans votre cœur de la colère et de l'indignation contre ceux qui persécutent, maltraitent ou offensent, de quelque manière que ce soit, cette mère, cette épouse, ce frère ou cet ami.
Comment donc, grand Dieu ! voudrait-on aimer sans haïr, uniquement en ce qui touche à la religion ? Savez-vous pourquoi ? Parce que, dans les choses de la religion seulement, quelques-uns se targuent d'un amour si extraordinaire et si platonique, qu'il n'a rien du véritable amour. Plusieurs croient aimer la religion, uniquement parce qu'ils n'éprouvent pas pour elle l'aversion particulière à ses ennemis déclarés ; ils prennent pour l'amour ce qui n'est que l'indifférence, ou tout au plus le tribut d'une officieuse courtoisie. Ah ! si c'était l'amour ! le véritable amour ! 11 serait alors accompagné de son inséparable et naturel corrélatif, qui est la haine. Ils n'éprouvent pas cette haine? Qu'ils sortent de l'illusion et qu'ils soient philosophes au moins cette fois. C'est qu'ils n'ont pas le véritable amour.
L'histoire va nous en fournir la preuve.
Dites à un martyr : « C'est bien: Adorez Jésus- Christ et reconnaissez-le pour l'unique Dieu vérita-
ble; mais ne donnez pas aux idoles le nom de démons; n'opposez pas à leurs faux ministres des négations qui vont vous coûter la vie». Impossible, répondra le héros. Si j'aime ardemment mon Seigneur Jésus-Christ, comment voulez-vous que je me contienne devant un vain simulacre qui usurpe les adorations qui lui sont dues ?
Demandez à un espagnol de nos siècles de conquêtes : « Pourquoi parler ainsi du musulman ou du juif? Ne sont-ils pas des hommes comme vous ? Ne sont-ils pas vos proches et vos frères ? Oh! oui, vous dira-t-il ; ils sont mes proches et mes frères; mais leur race est ennemie de ma race ; leur nationalité a opprimé la mienne. Je puis et je dois pardonner les injures privées, mais l'opprobre de ma patrie et de ma foi crie devant moi, contre leurs éternels bourreaux, haine et guerre sans trêve ».
Nos aïeux des xvie et xvne siècles étaient chevaleresques, nobles, généreux, prodigues de leur argent, de leur sang et de leur vie, en faveur de tout infortuné qui sollicitait leur protection. Notre caractère national était alors sincèrement chevaleresque, ceux qui ne parvinrent jamais à le comprendre, l'accusèrent d'extravagance. Qu'on lise notre théâtre antique, qu'on parcoure nos romans, qu'on étudie tout notre état social pendant ces mêmes siècles, on verra briller partout une
magnanimité et une noblesse de cœur qu'on ne retrouve à aucune autre époque. Cependant, je l'avoue sans détour ni déguisement, ces espagnols paraissent cruels, considérés à la lumière des idées du jour ; ils donnaient leur vie pour leur honneur et pour leur foi sans aucune hésitation, mais ils l'enlevaient de même ou la voyaient enlever aux autres sans hésiter. Devinez-vous le secret de cette apparente contradiction? Il n'y a point de contradiction ; il y a une identité parfaite de sentiments qui ne sont opposés qu'en apparence. Ils étaient cruels en ravissant la vie d'autrui, comme ils étaient prodigues en donnant la leur, parce que leur haine pour un objet était égale à l'amour qu'ils portaient à l'objet opposé.
L'amour pour la patrie, pour l'honneur et pour la foi, atteignait aux limites d'un culte sublime; pour ce motif, ce qui portait atteinte à leur toi, à leur honneur et à leur patrie, excitait une haine sublimement cruelle dans ces cœurs vaillants, qui s'inspiraient à la source de ces héroïques sentiments. Il y avait parfois des exagérations, et leurs actes n'étaient pas toujours irrépréhensibles; mais qui donnera quelque chose de cette rude trempe de fer aux cœurs pusillanimes de notre époque ?
Même dans notre siècle, l'Espagne a offert au monde des exemples héroïques en ce genre, parce
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qu'elle a été la nation qui a succombé la dernière sous l'influence dégradante de la Révolution. Dans notre guerre pour l'indépendance, les noms de Français de naissance ou de naturalisés Français étaient un objet de malédiction et d'horreur pour la plupart des fils de l'Espagne. Le Français d'origine ou de naturalisation était pour nos bons pères et mères l'objet d'une haine dont on ne trouve d'exemple chez aucun peuple moderne; et plus nos pères et mères avaient de sens, de cœur et de religion, plus ils avaient de haine pourles Français. Ils ne voyaient pas l'homme dans le Français, mais l'ennemi de leur Dieu, de leur patrie et de leur roi. Et ils le haïssaient de tout l'amour qu'ils portaient à leur roi, à leur patrie et à leur Dieu. Ils haïssaient avec cet amour. Cette phrase paraît absurde, cependant elle est d'une exactitude parfaite. Le grand amour était en eux ce qui haïssait et rien de plus (1).
c. En traduisant cet alinéa, la pensée nous est venue de le supprimer et de laisser ignorer à nos lecteurs les sentiments peu charitables qui y sont exprimés à l'endroit de la France notre patrie bien aimée, et des Français nos chers compatriotes.
Toutefois, à la réflexion, nous nous sommes dit que, dans le feu de la lutte pour Dieu et la religion, il a pu échapper au vaillant polémiste Catalan des expressions que son cœur de prêtre et d'apôtre désavoue.
Nous avons intimement connu et sincèrement aimé et estimé un noble fils de la catholique Espagne qui, champion
Voilà donc la mesure de l'horreur et de la haine que doit avoir pour l'hérésie le Propagandiste catholique. Il doit la haïr comme il doit aimer la vérité. En général, toute doctrine opposée à la doctrine catholique est une hérésie. Là donc où l'on voit une opposition, ou une divergence avec cette doctrine, le catholique est absolument obligé de la détester et de l'abhorrer.
Et qu'on le remarque bien, cette haine ne doit pas être une haine abstraite, disons le mot, une haine purement idéale. Ce doit être une haine formelle, concrète, comme en éprouvent tous les hommes pour les autres choses qu'ils détestent et abhorrent. Haine aux fausses doctrines; haine aux livres qui les enseignent ; haine aux journaux qui les propagent; haine aux lieux qui les recèlent; haine aux centres d'où elles se répandent;
infatigable de la cause de son Dieu, de sa patrie et de son roi, employait parfois dans l'ardeur de la discussion, des termes peu mesurés, qu'il retirait aussitôt avec une loyauté admirable.
Il serait difficile, du reste, de prouver que nos guerres d'Espagne n'ont pas eu leurs horreurs et leurs excès. La victoire a parfois des insolences et des cruautés inexcusables. La guerre franco-allemande nous l'a surabondamment démontré.
Enfin, on ne saurait oublier, pas plus au delà qu'en-deçà des Pyrénées, l'accueil fait par l'Espagne à nos prêtres émigrés pendant la tourmente révolutionnaire, et par la France aux soldats carlistes, après que la fortune eut trahi leurs héroïques efforts à deux époques différentes assez rapprochées de nous (Note du Traducteur).
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haine aux lois qui ne les répriment pas; haine aux institutions qui les autorisent ! Et la haine doit s'étendre, pour la même raison, à tout ce qui précède et accompagne l'erreur, à tout ce qui a quelque affinité avec elle, exactement comme il en va de l'amour, selon ce vieux proverbe : « Qui aime Martin, aime son chien ».
C'est ainsi que, sans préjudice pour la charité, qui nous ordonne de travailler à la conversion des ennemis de Ja foi et à leur tendre une main secourable, lorsqu'ilsnousle demandent ou en ont besoin pour sortir d'une difficulté, nous sommes obligés, par cette charité elle-même, à lescombattre partout où nous les rencontrons, porte-étendards ou fauteurs d'hérésie, à n'épargner aucun moyen pour démolir leur autorité et leur enlever toute influence auprès de nos frères, pour les anéantir s'il était possible, ou du moins pour obtenir que le peuple fidèle ne leur accorde aucun crédit, aucune attention. Ils sont nos proches, c'est vrai, mais ceux qu'ils essaient de tromper et que nous voulons préserver de leurs pièges, le sont aussi. Et, dans tous les cas, prochain pour prochain, qu'y at-il qui nous touche de plus près que la vérité, qui procède de Dieu avant toute chose? Elle doit donc être privilégiée quant au droit à notre charité.
Que notre siècle ne le comprenne malheureusement pas ainsi, nous le voyons et le savons
assez. Mais c'est là précisément la raison la plus forte pour que nous envisagions les choses d'une tout autre façon.
La foi d'un grand nombre de catholiques de nos jours (et en cela ils ne sont pas catholiques;, n'est point une foi de ce genre ; elle est simplement une conviction humaine. Elle est même moins que cela ; car la simple conviction humaine donne à l'homme une intégrité qui ne leur est pas habituelle. Cette conviction n'est donc même pas humaine; elle reste parfois dans le domaine des opinions qui flottent et vacillent incertaines. Malheureux, atteints de la contagion générale ! ils croient, mais sans oser proclamer la fausseté de ce que croient leurs ennemis en opposition avec leur propre foi ! L'homme qui n'ose pas dire carrément que ce que croit son ennemi en religion est un mensonge, n'a pas évidemment une certitude complète de la vérité de sa propre doctrine. En conséquence, celui-là n'est pas bon catholique qui ne croit pas mauvaises et perverses toutes les doctrines que l'on prêche contre le catholicisme; et il n'est pas bon catholique non plus, celui qui ne hait pas ces doctrines comme mauvaises et perverses; il n'est pas bon catholique, celui qui ne montre pas cette haine dans l'ensemble de ses pensées, de ses paroles et de ses actions, en matière de religion.
11 ne reconnaît pas la vérité, s'il ne reconnaît pas le mensonge dans ce qui lui est opposé ; et il n'éprouve aucun amour pour la vérité, s'il n'éprouve pas en même temps une sainte haine pour le mensonge.
Une pensée pour conclure. Dieu est l'amour souverain ; et comme tel, il est (que cette parole ne scandalise pas mes lecteurs), la haine suprême. Il hait infiniment, parce qu'il aime infiniment. C'est pour cela que le ciel est éternel, parce qu'il est l'œuvre de son amour infini en faveur de ses créatures fidèles ; c'est pour cela aussi que l'enfer est éternel, parce qu'il est l'œuvre de sa haine infinie pour le péché et pour celui qui meurt en état de péché.
Aimez donc, dans la mesure où Dieu aime, autant que cela est permis à votre humilité ; et en conséquence, détestez comme Dieu déteste et tout ce qu'il déteste. Vous serez ainsi de dignes soldats de son nom et de sa foi, de vrais propagandistes catholiques.
Une intransigeance raisonnable et bien comprise est l'une des principales applications de cet esprit de foi.
Ce que le libéralisme et ses partisans abhorrent tant aujourd'hui sous le nom hideux d'intransigeance
n'est rien moins que l'application pratique et concrète de l'esprit de foi et de la haine pour l'hérésie que nous avons proclamés dans les paragraphes précédents comme les vertus fondamentales du propagandiste catholique. L'intransigeance doit donc être sa plus solide et plus excellente vertu, et nous allons, avec la grâce de Dieu, rendre ce point évident pour nos lecteurs.
Qu'est-ce que l'intransigeance ? Qu'est-ce qu'être intransigeant? Au risque d'énoncer une vérité banale, nous pouvons dire qu'être intransigeant c'est ne pas transiger. Or, ne pas transiger c'est exiger pour la vérité tous ses droits, et n'admettre ni droit ni l'ombre même d'un droit pour Terreur; c'est professer la vérité tout entière, sans mutilation ni atténuation ; c'est détester Terreur jusque dans ses replis les plus cachés, et lui refuser jusqu'aux plus insignifiantes complaisances. Est-ce là un mal ou un bien ? Il me semble que, par cette seule interrogation, on peut déjà résoudre toute la question.
A le bien examiner, ce qu'on appelle intransigeance n'est autre chose qu'une qualité qui, si elle portait un autre nom et s'appliquait à un objet distinct de la religion, ne laisserait pas d'être tenue par tout le monde comme très noble et fort recommandable. C'est le cas fort commun où une chose est condamnée en nous, uniquement parce
qu'elle est en nous, et que nous la mettons an service de la religion, alors qu'on l'applaudit toujours, quand elle ne paraît pas directement employée au service d'une si noble cause.
Un martyr, à quelque époque qu'il appartienne, est toujours un obstiné intransigeant; puisqu'il donne son sang et sa vie pour ne pas transiger avec ce qu'il croit opposé à sa foi. Le martyre est une chose très glorieuse ; qui dirait cependant qu'on puisse l'appeler de ce nom si odieux d'intransigance?
S'il s'agissait de la défense de la patrie, on appellerait l'intransigeance une noble fermeté et rien de plus. Guzman-le-Bon, en laissant immoler son fils, plutôt que de livrer au Maure la ville confiée à son honneur, n'est autre chose, à le bien considérer, qu'un cruel et ridicule intransigeant! Il est vrai qu'à cette époque, les Espagnols l'étaient presque tous.
Dans la terminologie des partis politiques, aujourd'hui si fort en vogue, il y a une qualification dont tout le monde se pare avec une continuelle ostentation, bien que généralement on fasse ostentation plutôt du mot que de la chose qu'il signifie. Ce mot est celui de conséquence. Examinez-le bien : tous veulent être conséquents. Et pour s'insulter et s'outrager mutuellement, les hommes du jour se contentent de se jeter à
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la face l'épithète d'inconséquents. Et cependant, qui le dirait? Être conséquent c'est simplement être intransigeant.
Que concluons-nous de là ? Nous en concluons que comme, d'après le refrain espagnol, sous un ' mauvais manteau il peut y avoir un bon buveur, ainsi, sous l'écorce d'une parole si malheureuse et si détestable, il peut se cacher une vertu d'une importance capitale. Et comment s'y cache-t-elle ? Précisément parce qu'ils l'ont sen- \ tie et cherchée là, les partisans de la révolution, ' à la façon de chiens furieux, ne cessent de rugir avec une rage infatigable. On les voit assez, flairer avec leur instinct diabolique quelle est celle de i nos œuvres qu'il est préférable d'attaquer. Ainsi j nous connaîtrions toujours nous-mêmes, par ce seul fait, quelles sont celles qu'il nous convient de ] défendre avec la plus grande et la plus persévé- ■ rante fermeté.
Mais donnons enfin la définition de lïntransigeance ?
Je l'ai dit. L'intransigeance est la rigide et stricte j conséquence dans la vérité catholique et dans la loi de Dieu. Faisons maintenant un peu de logique à la façon des étudiants. La conséquence légitime est celle qui découle légitimement d'un principe. L'intransigeance consiste donc à se maintenir dans la ligne droite que forme le con-
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séquent, en dérivant de son antécédent. Ainsi, au contraire, toute transaction est un faux syllogisme, au moyen duquel, d'une prémisse blanche, par exemple, on prétend tirer une conséquence noire ou tout au moins grise. Que de sophistes que l'on pourrait comparer à la peste ou à l'ivraie dans le champ catholique, s'en vont aujourd'hui entassant ainsi enthymèmes et syllogismes les uns sur les autres !
Pour parler plus clair et en finir avec ces réminiscences scolastiques que tous nos lecteurs ne pourraient pas entendre, savez-vous ce qu'est l'intransigance ? Elle est la vérité, la loyauté et la fermeté du oui et du non. Un oui ou un non pensés à propos, prononcés avec loyauté, soutenus avec une persévérance opiniâtre, voilà ce qui constitue le courageux intransigeant. Ce n'est pas un oui qui paraisse un non, ou un non qui, regardé d'un certain côté, puisse se prendre pour un oui, selon le système d'équilibre des hommes de concessions et de compromissions ; c'est un oui véritable, et non pour rire. Tout est là, et on ne peut rien demander de plus. Donnezmoi un homme qui dise clairement et franchement oui, toutes les fois qu'il doit le dire, et qui fasse entendre un non catégorique et accentué, toutes les fois qu'il doit le faire ; qui le dise toujours et partout, en présence des amis et des
ennemis ; quand il y a avantage commj quand il y a préjudice pour lui ; que cela plaise ou déplaise au prochain, sans autres considérations et égards que ceux dus à la vérité, égards qui ne sont nullement opposés à ceux de la véritable et légitime charité ; donnez-moi un tel homme, et le monde qui, en toute autre matière, le proclamera un héros, en matière de Propagande catholique, lui appliquera le sobriquet d'intransigeant. Qu'importe! honte aux sobriquets et à ceux qui les emploient ! Chaque chose est ce qu'elle est, et non ce que prétend faussement le sobriquet, qui en cela ne réussit pas à tromper!
Allons encore plus au fait :
Il v a dans le siècle actuel un programme complet de questions religieuses et sociales, dans lesquelles tous les catholiques sensés diffèrent invariablement des libéraux ou des rationalistes ; un programme complet de questions, dans chacune desquelles, là où nous disons oui, ils disent invariablement non ; et où nous disons non, ils disent invariablement oui. Donc la première règle concrète pour le propagandiste catholique, c'est que son oui soit dans toutes ces questions un véritable oui y et son non un véritable non.
La seconde règle, c'est que son oui soit toujours aussi absolu et aussi catégorique que le non de
son adversaire, et son non aussi résolu et aussi franc et net que le oui rationaliste auquel il répond. Méditez un peu ces principes et leur application : n'est-il pas vrai que la sainte vertu de l'intransigeance ne vous paraît plus aussi déraisonnable?
Mais il est déjà temps de conclure sur ce point; et nous le ferons en nous résumant brièvement. Être intransigeant c'est admettre intégralement, non pas à moitié, la vérité, et se déclarer pour elle, non à demi, mais entièrement. Être intransigeant c'est ne pas renoncer à une parcelle de cette vérité, ne pas l'amoindrir par des atténuations insignifiantes, ne pas la soumettre à un contrôle artificieux et humiliant pour elle. Être intransigeant, c'est accepter non seulement la vérité, mais toutes ses conséquences théoriques et pratiques, surtout les conséquences pratiques, entendez bien; en les envisageant toutes de front, aussi dures qu'elles soient pour l'amour propre et le respect dû au prochain ; en les proclamant toutes, quelque odieuses qu'elles paraissent et quelques sacrifices qu'elles imposent. Etre intransigeant, c'est souffrir pour la vérité, s'il faut souffrir pour la professer. C'est mortifier et frapper, s'il est nécessaire que, pour elle, les autres soient mortifiés et frappés. C'est, en résumé, l'aimer comme on aime Dieu, plus que
toutes choses ; c'est abhorrer ce qui lui est opposé, comme on doit abhorrer tout ce qui est opposé à Dieu. Son fondement, si nous le considérons bien, repose entièrement sur le premier des préceptes de la loi divine.
Quelles belles phrases a publiées à ce propos un bon journal, et comme elles s'accordent avec les idées que nous venons d'exposer sur le même sujet! Entendez le langage d'un moderne apologiste français. Voici comment il a admirablement tracé le tableau de l'intransigeance catholique et de la fausse charité qui lui est opposée.
<r Celui qui aime la vérité, dit-il, déteste l'er- <r reur. Cette détestation de l'erreur est la pierre « de touche qui permet de reconnaître l'amour « de la vérité. Si vous n'aimez pas la vérité, vous « pouvez jusqu'à un certain point dire que vous « l'aimez, vous pouvez le faire croire; mais soyez « certain que, dans ce cas, vous n'aurez pas « d'horreur pour le mensonge; et ce signe dé- « montrera que vous n'aimez pas la vérité.
<r Lorsqu'un homme, qui aimait la vérité, cesse « de l'aimer, il ne commence pas par déclarer <i sa défection, mais par moins détester Terreur. <r C'est là ce qui le trahit.
« Les complaisances secrètes forment une des « parties les plus ignorées de l'histoire du « monde.
<r Quand un homme perd l'amour de la doc- « trine, bonne ou mauvaise, qu'il professait, ordi- « nairement, il conserve le symbole extérieur de <r cette doctrine, il perd seulement l'aversion qu'il < éprouvait pour les doctrines opposées à celle- <r ci.
« Pour mesurer l'amitié de Paul pour Pierre, « ne demandez pas seulement comment se con- « duit Paul à l'égard de Pierre; demandez com- « ment le premier traite les ennemis du second ; « comment l'un s'afflige des injustices qui sont « commises contre l'autre. C'est là la pierre c de touche.
« Essayez de vous représenter un saint qui n'ait a pas d'horreur pour le péché. La seule idée d'un <r tel saint est absurde. Et cependant c'est ainsi que « le monde se représente aujourd'hui le chrétien « digne de la canonisation. Le saint véritable a la <r charité; mais une charité terrible, qui brûle et « dévore ; une charité qui déteste le mal, parce « qu'elle veut sa guérison.
t Le saint, tel que le monde se le figure, devrait <r avoir une charité mielleuse, qui bénirait tout « homme et toute chose ; il devrait sourire à l'er- « reur, au péché, à tout et à tout le monde, n'ac voir ni indignation, ni grandeur, ni élévation, « ni pénétration pour sonder lesabimes.il devrait € être bénin, bienveillant, compatissant à l'excès
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« pour l'infirme, et indulgent pour l'infirmité. Si <r vous voulez être un saint de ce genre, le monde <r vous aimera et dira qu'en agissant ainsi vous <r faites aimer le christianisme.
<r Le monde, qui a un instinct diabolique, ne € vous demande jamais d'abandonner la chose que <r vous soutenez ; il vous demande seulement de <r pactiser avec la chose opposée. Et il déclare alors <r que vous lui faites aimer la religion, c'est-à-dire « que vous lui êtes agréable, puisque vous cessez <r d'être un reproche pour lui ».
Ce sont là des coups de pinceau de maître» aussi habiles que pleins de profonde vérité. Voilà l'intransigeance.
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De la véritable charité qui doit animer le propagandiste catholique dans tous ses actes.
Le sujet de la charité, que nous abordons présentement, est intimement lié avec ceux que nous avons traités dans les paragraphes précédents. La charité, parole sainte, idée sublime, qu'à chaque instant on invoque contre nous, comme si la perfection de la charité était incompatible avec la fermeté de la foi ; ou comme si nous esti-
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mions moins la première, en présence de l'inflexibilité et de la sévère intransigeance de la seconde. Nous venons aujourd'hui calmer ces scrupules, s'il en existe quelque part, et déchirer ces masques, si nous en rencontrons quelquesuns, ce que nous tenons pour plus certain.
L'apophtegme si connu : <r en toutes choses la charité », « in omnibus charrias », nous était très connu, il y a ^quelques années, avant que les ennemis de la foi catholique eussent commencé de nous le jeter continuellement à la face, comme le corollaire de toutes les vertus, et, par conséquent, de la charité. Toutefois, nous connaissons une autre sentence de plus haute origine et d'une autorité plus irrécusable, qui dit la même chose et formule la même expression, d'une manière plus catégorique, c'est la suivante de saint Paul : « Faites toutes choses selon la loi de la Charité (1) ». Ce texte, que les interprètes entendent du principe surnaturel de l'amour de Dieu, qui doit animer toutes les œuvres chrétiennes, n'exclut point cependant le sens que nous voulons donner ici à l'amour du prochain.
Mais, en quoi consiste la charité ? Nous devons dire qu'aucun des concepts, aucune des idées de la religion, n'a subi si souvent de fausse interpréta-