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XLII

Des bibliothèques paroissiales.

La fondation de bibliothèques paroissiales catholiques doit être l'objet des principaux efforts de l'apostolat par la presse. L'État a soin d'établir partout ses prétendues bibliothèques populaires, qui peuvent être des foyers de véritable impiété, étant donnés les principes de la législation athée ou libre-penseuse qui nous régit. Le peuple catholique doit faire ce qui est possible pour contrebalancer la dangereuse influence de tels éta-

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blissements ; en conséquence il doit opposer à la bibliothèque libre la bibliothèque purement et exclusivement catholique.

Il convient que la bibliothèque soit comme une dépendance de la paroisse, sous la direction du curé ou de son délégué, et qu'elle soit rattachée ou pour le moins attenante à l'église paroissiale. Elle consiste en une pièce plus ou moins spacieuse dans laquelle on dépose, après inventaire, toute sorte de livres utiles et honnêtes; cette salle s'ouvre au moins une fois par semaine, à une heure préalablement indiquée ; on y place un employé qui prête les livres après les avoir inscrits sur un registre, pour un temps déterminé, à celui qui désire les lire. Pour le succès de cette œuvre on doit ne pas perdre de vue les réflexions suivantes :

i° Les ouvrages qu'on dépose dans la bibliothèque doivent convenir à la généralité des habitants de la paroisse où cette bibliothèque est établie. Il serait ridicule d'entasser des livres de haute philosophie ou d'érudition subtile dans une paroisse de simples laboureurs. Chaque population a ses besoins particuliers. Le goût et les besoins moraux d'une ville industrielle sont tout autres que ceux d'un hameau de paysans. En un mot, la bibliothèque doit être en rapport avec les circonstances de lieu.

2° Elle doit l'être pareillement avec les circonstances de temps. Il y a des études religieuses qui ont perdu leur opportunité parce que les erreurs qu'elles réfutent sont démodées. Les beaux ouvrages écrits au siècle dernier pour confondre ceux qui attaquaient la religion au nom des sciences naturelles offrent très peu d'intérêt maintenant que ces difficultés ont été réduites en poussière ou vouées à l'oubli. Aujourd'hui la lutte a changé de place, elle s'est engagée sur le terrain de l'existence et du droit public. La parole est actuellement aux sciences sociales pour ou contre la religion. Il faut donner la préférence aux ouvrages qui traitent ces matières. Chaque fois qu'une erreur se propage ou qu'une institution est attaquée, la bibliothèque doit se pourvoir d'ouvrages convenables pour répondre à cette attaque ou dissiper cette erreur. Ainsi tout ce qui traite, dans le sens catholique, du spiritisme, du mariage civil, de la liberté des cultes, de l'enseignement laïque, est très à propos à l'heure actuelle ; il importe de combattre avec les armes du jour, et de ne pas répondre aux coups du fusil Remington et du canon rayé avec les balistes du moyen-âge ou avec les arquebuses du siècle dernier.

50 On doit donner une grande importance au format et au style du livre. Que le format soit petit. On lit plus facilement dix volumes in-8° qu'un

volume in-folio, alors même que celui-ci contiendrait moins de matière que ceux-là. Quant au style, qu'on se souvienne que le peuple abhorre la forme rigoureusement didactique. Les formes les plus populaires sont la narration, le dialogue et les lettres.

40 Le local de la bibliothèque doit être bien éclairé et bien aéré ; son seul aspect doit plaire et attirer. Qu'il soit très rapproché de l'église paroissiale et s'ouvre, tous les jours de fête, avant et après la grand'messe, afin que ceux qui y viennent profitent de l'occasion favorable qui leur est offerte pour se procurer des livres. Qu'on annonce, à l'aide d'une affiche placée à la porte, chaque nouveau livre qu'on reçoit, surtout si c'est un ouvrage de circonstance ; cette réclame excitera la curiosité et fera naître le désir de le lire.

50 La personne chargée de la bibliothèque durant les deux heures d'ouverture par semaine, devra être une personne distinguée de la localité ou de la ville, qui inspire confiance par son honorabilité et sa distinction, et qui attire par son amabilité et sa bienveillance. Je crois qu'il convient que ce soit un séculier plutôt qu'un ecclésiastique. Qu'il reçoive tout le monde avec bonté. Qu'il nomme les ouvrages et les mette en évidence, qu'il indique les sujets qu'ils traitent et ce qu'il y a de mieux dans chacun Mal Soc. II. — 50.

d'eux ; qu'il conseille ce qui convient à l'état ou à la condition de chacun. Qu'il se prête autant que possible à encourager la propagande du bien. Qu'il se charge de renouveler l'abonnement aux bons journaux; d'acheter un livre de messe à la petite fille qui le lui demande pour aller à la messe ou une histoire amusante pour un autre qui la désirerait afin de faire un présent, etc., etc. Qu'il corresponde avec toutes les librairies catholiques de la province et fasse tout cela d'une façon désintéressée, sans attendre de récompense d'autre que de Dieu. Pour cette charge, on devra désigner le séculier le plus zélé et le plus instruit dans cette population ou dans cette paroisse. Nul ne doit rougir de s'en acquitter.

6° On peut se procurer des livres ou en les achetant avec les fonds destinés à cet effet par la paroisse ou au moyen d'une souscription ouverte parmi les voisins pieux et riches, ou bien en les empruntant à plusieurs personnes qui les auront peutêtre dans un coin retiré de leur maison, tout couverts de poussière. De plus, une bibliothèque ne se fonde pas en un jour. Le zèle, la constance, la bonne direction valent beaucoup mieux que les gros capitaux pour que chaque paroisse puisse se procurer quelques centaines de volumes dans l'espace de deux ou trois ans.

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70 Les livres doivent se prêter seulement pour un temps fixe et déterminé, qui ne saurait dépasser quinze jours ou un mois, afin d'éviter le monopole ou l'usage de tel ou tel livre au profit d'une seule personne. Le temps peut se déterminer selon les dimensions de l'ouvrage. Une brochure de circonstance devra se remettre dans la semaine. Un volume de 500 pages in-40 pourra rester un mois hors de la bibliothèque. Qu'on le rapporte au terme fixé, et si une autre personne ne le demande pas, que celui qui en manifeste !e désir soit autorisé à le garder un mois encore. Mais si un autre désirait ce livre, que celui qui l'a gardé un mois le lui cède. Le bibliothécaire doit être inflexible sur ce point.

Une bibliothèque ainsi organisée et administrée peut donner et donnera incontestablement des résultats très précieux. La bonne doctrine ira pénétrant insensiblement au foyer et dans le cœur des lecteurs.

A mesure qu'on lira, on prendra goût à la lecture, et bientôt les voisins ne se contenteront plus de lire une fois un livre, mais ils voudront le posséder en propre dans leurs maisons. La bibliothèque paroissiale sera la mère d'une partie des bibliothèques domestiques qui se fonderont à son image et à sa ressemblance.

De la mission spéciale du journalisme dans la propagande catholique.

On a dit beaucoup de mal. du journalisme et cependant on n'en a pas dit autant que le mérite cette institution moderne exaltée à l'excès et presque divinisée. Nous sommes journaliste, nous ne pouvons ni ne voulons le nier; toutefois nous ne regretterions pas de voir disparaître tous les journaux, y compris le nôtre Ni comme chrétien, ce que nous sommes par la grâce de Dieu, ni comme philosophe, ni comme littérateur, ce que par malheur nous ne sommes pas, nous ne pouvons sympathiser en aucune façjn avec cette invention digne de notre siècle, à son tour très digne d'elle, qui ne favorise ni les mœurs publiques, ni les mœuis domestiques, ni les mœurs privées ; qui n'a fait progresser ni la véritable science, ni les arts, ni les lettres; qui n'a pas même perfectionné la langue. Lorsqu'on étudiera un jour à la lumière de la vérité toutes les causes directes ou occasionnelles de notre décadence actuelle dans les diverses branches, la

critique sévère ne manquera pas de ranger parmi elles le malheureux journalisme.

Toutefois le journal est aujourd'hui une nécessité, et bien que la thèse nous oblige à demander à Dieu sa disparition complète, la dure hypothèse nous force néanmoins, non seulement à l'accepter, mais à nous en servir et à le recommander chaudement. C'est une contradiction, dira quelqu'un, d'en arriver là ! A celui qui nous jette cette parole à la face nous répondrons seulement qu'il serait à désirer aussi qu'il n'y eût dans le monde ni épées, ni fusils, ni autres instruments de mort; et cependant nous faisons maintes fois l'éloge du fusil et de l'épée, et nous nous en servons d'une façon fort honnête, comme d'instruments de première nécessité. Lors donc que les méchants emploient ces armes pour nous molester, il est nécessaire que les meilleurs et les plus pacifiques s'en servent également pour leur résister, sans cesser pour cela de détester et de maudire cette loi de nécessité qui les oblige à faire les braves et les spadassins sans avoir la moindre sympathie pour un tel office.

Ainsi s'explique la situation du propagandiste catholique par rapport au journalisme. Il doit y avoir des journaux au service du bien, étant donné qu'il y a, en très grand nombre malheureusement, des journaux au service du mal. Que

le bon catholique se fasse donc journaliste, lorsqu'il se sent pour cela une vocation véritable, et qu'il soit persuadé qu'en agissant ainsi il se livre à un travail d'un grand mérite pour son âme, très utile à ses frères et très profitable à la gloire de Dieu. Qu'il prenne part avec son fusil de gros calibre ou sa modeste carabine à ce combat continuel d'avant-garde, pendant que d'autres plus favorisés battent l'ennemi avec des machines de guerre plus puissantes et plus meurtrières. Qu'il ait soin de parler haut et ferme sans cesse, chaque jour ou chaque semaine, sans se laisser effrayer par les menaces ou adoucir par les caresses, afin que les imprévoyants se tiennent en alerte, que les endormis se réveillent, que ceux qui sont éveillés ne s'endorment pas, que les loups ne s'introduisent pas dans la bergerie, en un mot, afin que, debout sur la brèche, il ne cesse ni le jour ni la nuit de repousser les assaillants.

Un journal bien pensé et bien écrit est en même temps un drapeau pour les bons, un lien qui les unit entre eux, un centre d'opération, un ressort pour rendre l'action efficace et meurtrière pour l'ennemi. C'est le plus actif de tous les éléments humains dont dispose le propagandiste catholique . La parole est très puissante, et un docte écrivain a dit de la presse en général, mais tout particuliè-

rement de la presse périodique, qu'elle est la parole élevée à sa plus haute puissance. Elle a une action plus rapide et une expansion plus facile et plus universelle que le livre, et en même temps un effet plus durable et an caractère plus permanent que le discours.

Pour ce motif, toute localité, même de moyenne importance, doit avoir son bon journal; et le bon propagandiste doit arriver à le fonder à quelque prix que ce soit. Là où il sera facile de le rédiger avec des travaux originaux, qu'on le rédige ainsi. Mais là où cela n'est pas possible, qu'on remplisse la feuille quotidienne ou hebdomadaire avec des emprunts faits à d'autres bons journaux ; car il est reconnu que la plus grande partie des productions distribuées par la presse périodique est l'œuvre des ciseaux plus que de la plume. Et qu'importe, puisque le directeur ne cherche point une vaine satisfaction personnelle de littérateur, mais la plus grande diffusion de la vérité et le plus grand bien de ses frères ? Une série de journaux échelonnés de la petite localité à la localité de moyenne importance, et de celle-ci à la capitale de la région ou de la province, tous unis avec celui qui, dans une sphère plus élevée, domine, comme du haut d'un observatoire, les idées et les événements, peut arriver à former dans toute la nation un véritable réseau, semblable à celui que forment les nerfs

dans l'organisme humain, réseau au moyen duquel se font sentir dans tout le corps social, avec force et rapidité, les impressions que l'on désire, et circulent partout en même temps des courants d'idées qui meuvent dans un sens déterminé les intelligences et les cœurs, parfois même les pieds, les bras et les mains, lorsque le service de Dieu y est intéressé. Comme la pierre jetée à la surface tranquille d'un étang produit dans l'eau une ondulation qui se transmet du centre jusqu'aux extrémités les plus éloignées, ainsi dans une nation dotée convenablement d'un nombre considérable de bons journaux, on voit se communiquer, du centre aux extrémités, toutes les ondulations de la bonne presse avec une prodigieuse facilité et des résultats merveilleux, surtout, lorsque la bonne presse, habilement dirigée par ceux qui ont reçu du ciel les dons nécessaires d'intelligence et de cœur, vit, parle, agit dans une sainte fédération et un concert tacite ou formel, dans une parfaite unité d'action et de vues.

Ah ! Que nos frères ne regardent pas avec dédain ce genre de propagande considéré par nos ennemis avec une préférence si marquée. Un journal est aujourd'hui une nécessité ; et il est ordinairement regardé comme un mal par celui qui affecte du dédain pour les meilleurs journaux. Que tous ne puissent pas être journalistes

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en ce monde, c'est chose évidente ; mais il est également évident que plusieurs peuvent travailler dans un bon journal sans y écrire matériellement. Ceux-là sont collaborateurs qui soutiennent le modeste journal quotidien ou hebdomadaire à l'aide de dons ou de subventions ; qui paient à cet effet la souscription nécessaire ; qui lui envoient leurs notices et leurs annonces ; qui le louent et le recommandent ; qui en sont les administrateurs, le distribuent et lui procurent des lecteurs. A tous ceux-là Dieu donnera, à son jour, la récompense de véritables collaborateurs, comme, pour une raison semblable, il demandera un compte redoutable à ceux qui auront rendu de tels offices à la mauvaise presse.

De la propagande au moyen du culte et des exercices de piété.

On ne saurait dire combien le culte et les exercices de piété peuvent aider la propagande religieuse. Considérons, à ce propos, que le culte public a été institué dans l'Église, non seulement

pour honorer Dieu qui en est le premier objet, mais aussi pour servir comme d'élément d'instruction et de moralisation au peuple chrétien. Le culte, c'est-à-dire les fêtes, les cérémonies que prescrit la sainte liturgie pour leur célébration, la pompe avec laquelle la piété orne et embellit les temples rayonnants de lumière ou retentissants d'une harmonie pieuse et touchante ; l'éloquence répandant du haut de la chaire sur la foule émue ses richesses variées ; les cloches jetant leurs joyeuses volées dans les airs ou faisant entendre leur son lugubre aux jours de tristesse et de deuil ; la procession sortant de l'enceinte sacrée et se déployant par les rues, les places, les faubourgs et les campagnes ; tout cela organisé discrètement, dirigé avec un vif esprit de foi, et accompli toujours avec la soumission aux prescriptions des lois de l'Église, produit un effet extraordinaire dans une population ou une contrée, et a des résultats immenses, incalculables. Tout cela a une voix et un langage qui touchent les cœurs même les plus endurcis. C'est comme un catéchisme vivant et animé qui pénètre par les yeux, même chez ceux qui ne sauraient pas lire les pages d'un livre. La joie, l'enthousiasme et la dévotion sont heureusement contagieux, comme le sont les sentiments opposés. La vibration d'un petit nom-

bre de cœurs dans lesquels palpite vivant et ardent l'esprit de ferveur se communique et se transmet d'une façon mystérieuse, même à ceux qui voudraient peut-être demeurer plus indifférents.

Qui n'a vu mille fois ce phénomène, principalement dans les peuples comme le nôtre, chez qui la flamme de la foi, bien qu'affaiblie, n'est cependant pas encore éteinte ? Combien de ces phénomènes, que nous pourrions appeler des résurrections de l'esprit catholique, n'avons-nous pas pressentis, ces dernières années, dans des populations que personne n'aurait jugées capables de secouer si facilement leur antique léthargie ? Et cependant, il a suffi de l'initiative d'un prêtre zélé, ou d'un obscur séculier, et parfois d'une pauvre femme, pour que l'accomplissement d'un de ces actes révélât le trésor caché sous la cendre des antiques croyances, qui paraissaient éteintes quand elles n'étaient qu'affaiblies.

Voilà précisément un des points sur lesquels il est plus facile d'exercer avec fruit les fonctions de propagandiste. Il en est beaucoup qui ne peuvent écrire ni un livre ni un article de journal, mais qui peuvent, en échange, organiser un mois de Marie, ou la récitation du Rosaire; surtout lorsque, pour ces entreprises, il suffit, comme il arrive presque toujours, de faire entendre une première parole ou d'offrir le premier bon exemple.

Après cela, on ne tarde pas à voir se grouper, d'eux-mêmes, autour du zélé initiateur, des éléments aussi nombreux qu'enthousiastes. Pensez qu'il y a des âmes innombrables, ferventes, mais timides, à qui il suffit de voir un drapeau déployé devant elles pour que leurs craintes se dissipent et qu'elles se lancent pleines d'ardeur dans la carrière. Elles sont comme la poudre qui n'attend pour s'enflammer que la main de l'artificier qui approche la mèche. Nous connaissons un exemple aussi récent que glorieux et pouvons bien le rapporter ici. Qui aurait soupçonné, il y a vingt-cinq ans, qu'il fût possible dans notre Catalogne de contempler le spectacle de nossplendides pèlerinages? Cependant les éléments puissants en existaient au milieu de npus, et dans les cœurs brûkit le désir, peut-être vague et indéfini, de faire quelque chose d'extraordinaire et d'éclatant en l'honneur de la foi et pour la confusion des ennemis de cette foi. Et il a suffi qu'un zélé, mais humble propagandiste lance en l'air un mot en faveur d'un pèlerinage à Montserrat, et ofFre un premier essai pratique de ce genre, pour qu'ait été inaugurée cette série de brillantes campagnes qui ont dû avoir beaucoup de valeur devant Dieu, puisque l'enfer a montré tant de peine à les contempler. Et cette première manifestation a été suivie de cent autres ; et ces premiers soldats ont été suivis

de milliers d'autres soldats, et à l'instar de ce roi des sanctuaires catalans, presque tous les autres sanctuaires de notre pays ont été depuis visités plusieurs fois et toujours à la plus grande gloire de Dieu.

La même chose arrive pour les Rosaires de l'Aurore dont la génération actuelle avait à peine l'idée dans la plupart de nos villes. Et aujourd'hui nous voyons refleurir partout cette poétique aubade à la Mère de Dieu, depuis qu'un fervent catholique, pour répondre à l'appel du Pape, s'est persuadé qu'il était possible et même très facile de remettre cet usage en pratique à notre époque. Que de choses réputées aujourd'hui imposbles ou difficiles, simplement parce qu'il ne se trouve personne qui se donne la peine d'en proposer ou d'en entreprendre la restauration !

Les exemples que nous avons cités en valent mille et s'appliquent à tous les actes du culte et de la piété qui sont innombrables. Les dévotions aussi sympathiques que populaires du mois de mars, du mois de mai et du mois de juin, les triduos préparatoires à la grande solennité nationale de l'Immacuiée-Conception, la dévotion des premiers vendredis du mois, le mois d'octobre consacré au Rosaire et les prières déjà citées de l'Aurore, les réparations publiques pour le carnaval, la sanctification de nombreuses fêtes patronales, aujourd'hui indignement profanées, le nou-

veau lustre et l'éclat ajoutés aux processions du Saint-Sacrement par l'assistance des Associations propagandistes, quel vaste champ ouvert à l'initiative du catholique séculier! Nous pourrions dire que ce champ est en quelque sorte neuf, tant on y a peu travaillé. Toutefois, c'est un champ dont la culture est tellement facile et à la portée de tout le monde que la récolte en est toujours assurée devant Dieu et devant les hommes.

Des pèlerinages comme moyen très spécial de propagande à noire époque.

Autrefois, il y a même peu d'années, la pensée ne serait venue à personne de proposer cette forme de culte à la piété de nos peuples. Le mot pèlerinage, et ce qui est plus douloureux, la chose signifiée par ce mot, en é taient venus en quelque sorte à perdre, dans le langage vulgaire et jusque dans quelques dictionnaires, leur naturelle et primitive signification. Le pèlerinage en était venu à signifier une réunion populaire entièrement mondaine, bien qu'il eût lieu sous

le prétexte, à l'occasion et autour d'un ermittage ou d'un sanctuaire. Le programme de ces pèlerinages était connu d'avance. Ils consistaient principalement en danses nombreuses et en dissipations' de tout genre, le reste était entièrement consacré aux excès et aux orgies avec assaisonnement assorti de chants bruyants et parfois d'épisodes sanglants où le bâton et le couteau jouaient leur rôle. Tels étaient à peu près tous les pèlerinages dans notre pays. L'idée religieuse, qui avait présidé à leur sainte et très noble origine, en était venue à n'être plus qu'un simple prétexte de divertissements mondains rien moins qu'édifiants. Xe le voyons-nous pas, ou mieux ne le déplorons-nous pas, même dans quelques-unes de nos fêtes patronales, où l'on donne le spectacle de ces lamentables désordres ? Qui ignore ce qu'est le pèlerinage de saint Isidore à Madrid ?

A une heure providentielle, le peuple chrétien, celui qui Test véritablement et veut sérieusement se montrer tel partout, a pris à tâche de rendre à ce mot et à cette chose leur sens naturel et primitif. Alors ont apparu, marqués du sceau particulier et véritable de l'esprit du Christ, nos pèlerinages actuels. Il a suffi, comme nous disions plus haut, de pousser un cri, d'arborer un drapeau, et de donner un premier bon exemple, pour que la portée et l'excellence de cette très heu-

reuse restauration ait été immédiatement comprise. Quelle page brillante a écrite le peuple espagnol, malheureux à tant de titres, dans les annales contemporaines, avec ce qui se passe dans notre Catalogne ! Comme la consigne donnée par les fils généreux de cette province à tous leurs frères de la péninsule a été promptement observée partout !

Pour la première fois, après de longues années d'un calme plein de pusillanimité, on a eu le magnifique spectacle de plusieurs centaines et de plusieurs milliers d'hommes et de femmes de tout sexe et de toute condition pratiquer publiquement et au grand jour ce que plusieurs, auparavant, rougissaient de pratiquer dans le temple ou dans le secret du foyer; à savoir: réciter des prières, communier et louer Notre-Seigneur Jésus- Christ. Pour la première fois, on a vu des multitudes énormes, qui étonnaient par leur nombre et imposaient par leur attitude, défiler dans nos vallées et sur nos montagnes, malgré les aspérités du terrain et les rigueurs de la saison, et accepter avec la plus grande sérénité les bravades, les insultes et les dédains des impies. Pour la première fois, on a entendu autour de nos pittoresques sanctuaires un tumulte qui n'était pas celui des folies mondaines, mais celui de la prière chrétienne dans toute sa ferveur, et de la manifesta-

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tion catholique dans toute sa pureté, celui des louanges les plus enthousiastes adressées à Dieu, à sa Mère, à ses Saints, au Pape et à tout ce que le bon chrétien doit honorer et confesser.

Oh! que ce spectacle a été beau aux yeux de la foi! Et qu'il a été odieux, au contraire, aux yeux de 1 incrédulité et du fanatisme sectaire!

On a vu bien clair dans le trouble que ces pieuses manifestations ont causé parmi les ennemis de l'Église. Eux, les partisans du libre et absolu droit de manifestation, ils ont commencé à se déchaîner contre ces pacifiques manifestations ; eux, les apôtres de la libre pensée, ils ne pouvaient se résoudre à voir ceux qui affichaient des pensées différentes de celles des loges et des clubs ; eux, les éternels panégyristes de l'inviolabilité du citoyen, ils n'hésitèrent pas à user d'attentats violents contre les personnes impuissantes de ceux qui, sous la protection de la loi et la sauvegarde du droit commun, ne faisaient que satisfaire un pieux élan de leur cœur et exercer un droit sacré de leur conscience. De sorte que, par là même, tout le monde comprit combien était importante la campagne qu'on inaugurait alors et combien elle promettait d'être féconde en résultats. L'enfer lui-même, avec ses haines, finissait de donner la mesure véritable de l'importance de cette entreprise, puisque ni l'enfer,

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ni les sectes qui sont ses succursales sur la terre, n'ont l'habitude de se donner la peine de poursuivre ce qu'ils savent ne devoir leur causer aucun préjudice. La première consécration de nos pèlerinages catholiques récemment restaurés a été donnée par l'Église, comme il était naturel, par l'intermédiaire des autorités légitimes ; toutefois, la seconde consécration a été donnée, parfois plus ostensiblement, par ses ennemis euxmêmes. Voyons donc maintenant comment et dans quel esprit doivent s'accomplir ces pèlerinages.

De l'espril qui doit animer tout pèlerinage pour qu'il soit ce qu'il doit être.

L'esprit qui doit animer les pèlerinages actuels doit être en général celui qui doit animer tous les actes du culte catholique ; car c'est à ce genre qu'ils appartiennent depuis la sanction qu'ils ont reçue à diverses reprises de la sainte Église de Dieu. Il serait oiseux de proclamer qu'on doit concourir aux pèlerinages avec le même esprit de

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dévotion intérieure et la même attitude extérieure qu'aux actes religieux qui s'accomplissent dans le temple. Bien que le pèlerinage s'accomplisse en dehors du temple, il ne doit pas aux yeux du bon catholique paraître moins saint et moins digne de respect ; bien au contraire, par cela même qu'il s'accomplit au grand jour, en présence des bons et des mauvais, le fidèle chrétien doit s'y comporter avec plus de respect en tenant compte de la grande part qui revient à l'édification mutuelle de ceux qui en font partie et du bon exemple donné aux simples spectateurs. Que tout dans les pèlerinages, porte donc le cachet de la foi, que touty respire la bonne odeur de Jésus-Christ, et qu'ils laissent partout où ils passent les traces d'une piété parfaite. La joie naturelle elle-même et l'activité remuante de ces concours doivent être tempérées par de saintes réflexions et l'austérité de la pénitence. La joie des saints ne doit jamais être accompagnée de désordre et de licence comme celle des mondains. La gaieté qui procède de l'esprit de Dieu est sereine, noble, digne, élevée, elle n'a rien d'excessif, de désordonné, de bruyant, comme celle qu'inspirent les passions humaines. Il faut observer surtout que les membres d'un pèlerinage sont un point de mire pour tout le monde, et que le monde, si indulgent pour les siens, est exigeant, est ridiculement chatouilleux

pour tout ce qui nous concerne, jusqu'à feindre un scandale pharisaïque, en face de détails mesquins qui seraient absolument insignifiants considérés en eux-mêmes et à la lumière de la plus saine morale. N'oublions pas que pour combattre et discréditer de telles œuvres de catholicisme ferme et intransigeant, on voit malheureusement s'unir au monde et aux ennemis de Dieu des personnes qui, à aucun prix, ne devraient se trouver en pareille compagnie. Telle est donc la bien triste condition des temps de trouble et de confusion où nous vivons; un grand nombre de ceux qui devraient combattre les sectaires avec le plus d'ardeur sur tous les terrains, les aident dans leur œuvre infernale.

A part ces règles générales auxquelles tout acte catholique doit invariablement se conformer, deux traits principaux ont caractérisé et doivent toujours caractériser nos pèlerinages : le premier, un esprit de prière fervente ; le second, un esprit de généreuse manifestation.

On prend part à ces pèlerinages pour prier en vue de nécessités graves, urgentes et très pressantes.

On y prend part pour confesser la foi devant des ennemis innombrables, très puissants et très acharnés.

Telle doit être la physionomie caractéristique de

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ces œuvres ; tels la devise, le mot d'ordre, le signal de ralliement de ces campagnes : prier et se montrer.

Quant à la prière, nous n'ajoutons guère rien que le fidèle chrétien ne sache déjà fort bien : l'Église gémit dans les fers; il n'y a guère, dans le monde actuel, de liberté que pour le mal ; des cataclysmes épouvantables s'annoncent pour un prochain avenir ; chaque jour se signale par de nouveaux bouleversements; le Papa, sentinelle divine, du haut de son sublime observatoire, ne cesse pas d'indiquer le voisin nuage d'orage qui apporte l'épouvante et la dévastation. Dans de semblables crises, la prière est le recours suprême ; et sans négliger les secours humains qui sont à la portée de chacun, la prière doit être considérée aujourd'hui et toujours comme le premier et principal moyen.

Quant au second, nous rappellerons seulement que c'est faire beaucoup, que c'est faire énormément pour la défense de la foi opprimée, que de se présenter en public pour la confesser, comme il y a, au contraire, une sorte de persécution de cette même foi à refuser lâchement de paraître son fidèle disciple. Par là, le catholique de nos jours doit se mettre sur les rangs partout où il trouve l'occasion de se montrer, et le retentissement qu'ont ces actes

publics dans la presse de tout le pays, dans les rues et sur les places, dans les clubs et dans les Parlements, doit la lui faire estimer comme une glorieuse prédication de sa foi et comme un hommage au drapeau de son souverain Roi et Seigneur, que plusieurs voudraient voir sinon entièrement, au moins à moitié replié. Ah ! C'est une grande chose que de faire rugir de fureur les impies et de faire rougir de honte les lâches ! C'est une grande chose qu'ils comptent avec nous, et que, par là, ils nous craignent, nous haïssent et nous apostrophent, ceux qui voudraient seulement pouvoir trouver en nous des motifs pour nous mépriser !

Des centenaires religieux et comment le bon propagandiste peut et doit les promouvoir.

Les centenaires, dont on parle tant aujourd'hui, ne doivent nous inspirer qu'un médiocre intérêt s'ils sont anticatholiques. Que le diable s'en serve pour nous attaquer, il en sera alors le véritable auteur. Mais s'ils prétendent être catho-

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liques, il faut qu'ils le soient véritablement et à notre façon, c'est-à-dire, au goût de Dieu, et non au goût de l'enfer et de ses partisans.

Pour parler plus clairement, voici notre thèse formulée d'une façon succincte.

i° Il est nécessaire, pour que ces centenaires soient catholiques, qu'ils soient la commémoration ou la glorification de personnages ou d'événements purement catholiques.

20 II faut qu'une telle commémoration ou glorification se fasse pour des fins et par des moyens purement et exclusivement catholiques.

30 II faut que ces commémorations ou glorifications soient dirigées, organisées, présidées et établies par ceux-là seulement qui doivent les diriger, les présider, les organiser et les établir, c'est-à-dire par des hommes sincèrement et exclusivement catholiques.

La première chose nécessaire pour qu'un centenaire puisse véritablement s'appeler notre centenaire, c'est que l'événement ou le personnage que l'on se propose d'y célébrer nous appartienne. Il n'est personne qui mette en doute cette proposition, qu'il serait par là même oiseux de démontrer ici. D'autant que, jusqu'à présent, la révolution en Espagne ne nous a présenté, que nous sachions, ni un héros, ni un événement lui appartenant en propre, capable de nous enthou-

siasmer; bien au contraire, ce qu'elle a fait, c'est de nous emprunter des héros et des événements remarquables. La raison en est claire. La révolution est d'hier; elle a à peine un passé; et ce passé est dégoûtant et infect. Ses chefs et ses pères ne sont point dignes d'être célébrés et fêtés pour quiconque porte un front capable de rougir et un cœur capable d'éprouver un sentiment de dignité. Aussi, quand elle a besoin d'un fait historique ou d'un personnage célèbre pour donner du relief à ses fêtes et à ses déclamations, il faut forcément qu'elle fasse appel à quelque fait ou personnage catholique ancien, attendu que dans le glorieux champ de notre histoire, depuis un siècle, on n'en rencontre que là, grâce à Dieu.

Il est bien vrai que, le plus souvent, en pareil cas, on en vient à dénaturer l'histoire. C'est en cela que consiste 1 habileté de nos ennemis. C'est ce qui a eu lieu à propos de Caldéron, de saint François d'Assise et de sainte Thérèse. Le héros pourra être un catholique aussi ancien que le grand poète dramatique qui s'est fait l'apologiste de l'Inquisition, ou avoir des vertus aussi éminentes que les personnages que l'Église a placés sur les autels et vénère comme des Saints, la révolution n'est pas embarrassée pour cela, et deux fois sur trois, elle nous montre dépouillés du catholi-

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cisme et formés à son image et à sa ressemblance les types qui lui sont le plus nettement opposés ?

N'avons-nous pas vu louer, dans un grand nombre de journaux espagnols, le grand Caldéron, ni plus ni moins que s'il avait été un francmaçon impie ? N'avons-nous pas lu dans un de ses apologistes, cette idée extravagante et très flatteuse que Caldéron, s'il avait vécu dans notre siècle, aurait été libre-penseur, et que, partant, il méritait d'être loué par l'impiété, non pour avoir été impie, mais parce que, au jugement de celleci, il aurait dû l'être ? Et n'y a-t-ii pas, de nos jours, un célèbre Castelar qui, dans un livre, représente saint François d'Assise comme un précurseur de la moderne démocratie égalitaire et communiste, par cela seul qu'il a prescrit dans sa règle le vœu absolu de pauvreté et le renoncement à toute propriété ? Et n'y a-t-il pas par hasard parmi nous quelqu'un qui s'efforce de représenter la grande Thérèse de Jésus comme une Sapho païenne passionnée, un monstre d'érotisme et de lubricité, plutôt qu'un modèle de sainteté et de littétature classique ?

Il suit de là qu'il ne suffit pas que l'événement ou le personnage qu'on veut célébrer soient catholiques, pour que la fête soit catholique ; pas plus qu'il ne suffit qu'ils soient saints et très saints pour que cette commémoration ne soit pas souveraine-

ment impie. Il faut encore que le centenaire ne serve pas à abâtardir ou à dénaturer l'époque ou le personnage historique que Ton célèbre; mais à les présenter au peuple sous leur véritable jour et avec leurs couleurs naturelles. Sans cela, plus est auguste le nom qui sert de prétexte à ces fêtes, plus sera scandaleuse la profanation qui se commet à sa faveur, et plus seront funestes les atteintes portées à la moralité publique et à la vraie grandeur des peuples.

Ou nous n'entendons rien en matière de centenaires ou une fête de ce genre doit avoir pour objet, outre le culte religieux rendu au héros, s'il est saint, ou le pieux suffrage pour son âme, s'il n'est pas considéré comme tel, de faire revivre dans l'imagination du peuple tel homme ou tel évènemeut avec toute la force et la vertu nécessaires pour faire ressortir de cette considération les enseigements que donnent toujours les grands hommes et les événements mémorables. Qu'on se figure qu'il est question d'enlever la poussière et les toiles d'araignées d'un beau tableau antique, en le lavant, le restaurant, le tirant de l'obscurité des archives où les érudits seuls le connaissaient et l'admiraient, pour l'exposer au grand jour sur la place publique où les moins intelligents eux-mêmes pourront le contempler et l'admirer à leur aise, de sorte que,

pendant quelques jours, ce héros ou cette époque en viennent à être familiers à tous, comme au jour de la vie mortelle du héros; et nous pourrons, en quelque manière, nous coudoyer avec Caldéron ou avec la carmélite d'Avila, ou avec le pénitent d'Assise, comme le firent leurs contemporains; les voyant sous leur véritable physionomie, connaissant sur le bout du doigt les détails les plus caractéristiques de leur existence, nous formant une idée exacte des circonstances de temps et de lieu dans lesquelles ils ont apparu, circonstances qui sont comme le fond ou la perspective du tableau par rapport à la figure principale. Les livres qui se publient concourent à obtenir ce résultai, ainsi que les exercices littéraires qui se célèbrent, les tableaux, les gravures, les sculptures et les monuments qui voient le jour ; les représentations et les comédies qui se jouent dans la rue, les processions civiques, les expositions, etc., qui constituent le programme. Il ne s'agit pas seulement de donner une satisfaction de vaine curiosité, de se donner le plaisir puéril des yeux ou des oreilles ; il ne s'agit pas de donner la préférence au but le plus déplorable de tous, bien qu'il soit le plus ordinaire, c'est-à-dire d'arracher de bons deniers aux étrangers qui accourent à la solennité. Une réclame de restaurateurs et d'entrepreneurs, telle a

été très souvent la fin de ces réjouisssances pseudo-religieuses dans la plupart de nos cités, sans aucun idéal élevé, sans aucun dessein d'éducation populaire, sans un brin d'enthousiasme désintéressé pour le personnage ou l'événement en faveur duquel on convoquait les peuples. Qui n'a vu cela avec dégoût, il y a plusieurs années ; qui ne l'a vu avec une véritable indignation aux jours des fériés et des fêtes où l'on a été jusqu'à se servir du nom même de la mère de Dieu comme d'un objet grossier et avoué de spéculation matérielle?

Suite du mê.ne sujet très important.

Mais il n'est pas seulement requis que les personnages ou les événements célébrés dans un centenaire nous appartiennent, pour que nous, catholiques, nous puissions appeler ce centenaire notre chose, c'est-à-dire une chose exclusivement et vraiment catholique. Il est requis encore que la manière de les célébrer soit catholique. Ainsi, ni l'objet auquel nous rendons hommage ne doit être dénaturé, ni les hommages que nous rendons ne doivent dégénérer.

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Malheureusement nous pouvons, nous catholiques de l'heure présente, nous plaindre avec raison de ceci comme de cela. La manière de célébrer les saints, a dit un de nos confrères du journalisme religieux, doit être sainte. C'est là une vérité qui paraît vulgaire et triviale, à force d'être profondément vraie. Ce qui ne veut pas dire que toute fête doive être ramenée et réduite à une cérémonie religieuse, sans que l'on fasse une large part à l'expansion du cœur et au plaisir honnête des sens ; mais que tout doit être conforme à la loi de l'Église, c'est-à-dire aux règles de la morale la plus stricte et la plus sévère, sans que, sous aucun prétexte, on regarde comme tolérables, sous le nom de réjouissances populaires, des choses qu'en quelque temps de l'année que ce soit, la saine morale regarde comme pernicieuses et répréhensibles.

Ces auteurs et ces distributeurs de programmes officiels que nous voyons si fréquemment dans notre siècle et dans notre pays, occupés à la sublime fonction d'organiser des fêtes et des réjouissances en l'honneur du premier saint qu'ils se proposent d'honorer, nous inspirent plus de dégoût que de dépit et d'indignation. Le premier idéal sublime de telles fêtes n'est pas la gloire de Dieu, ni celle de son serviteur (le saint), ni même celle de la patrie de ce saint. Mais les orga-

nisateurs de telles fêtes ont recours à la réclame des placards et des journaux et à l'attrait des voyages à prix réduit pour attirer dans la cité des milliers d'étrangers qui y laissent des sommes considérables. Pour arriver à ce résultat, ils ne comptent pour rien le supplice auquel ils soumettent leur esprit pour confectionner leur fameux programme. Ils mettent à contribution Dieu et ses saints, l'Eglise et ses cérémonies, dont ils empruntent le nom, la pompe et les splendeurs comme une réclame pour leur mercantilisme. Nos organisateurs convertissent tout en spectacle, jusqu'au très saint et très auguste sacrement de l'autel, dans ce qu'ils appellent une messe de campagne, et qui, d'après la façon avec laquelle les spectateurs ont coutume de l'entendre, n'est rien autre chose qu'une messe de comédie. Les cloches et les orgues, l'orateur sacré en chaire et le dissertateur rationaliste à l'académie, les prêtres avec leurs ornements et les danseuses avec leurs pirouettes, le culte de Dieu et celui du diable, tout paraît harmonieusement combiné, ou, comme dirait un hégélien, ramené à une très haute synthèse qui consiste... à voir toutes les bourses se remplir, tous les théâtres regorger de monde, l'existence de toutes les boutiques compromises. Conséquence finale : pour qui a-t-on organisé de telles fêtes ? Quel saint ou quel héros y a-t-on célébré ? A quelle

statue ou mieux à quelle idole a-t-on dressé cet autel somptueux ? A Caldéron ? A Thérèse de Jésus? Non ; au veau d'or et au pourceau d'Épicure, et rien de plus. Vénus et Mercure ont été les véritables héros de la fête, comme ils en furent les inspirateurs.

Pour de telles comédies et de telles supercheries et profanations impies, on a coutume de solliciter le concours des catholiques à l'aide du mot de patriotisme et d'autres paroles retentissantes du même genre; et les catholiques sont si naïfs qu'ils ont l'habitude de le prêter. Il est déjà temps que nous remarquions comment on exploite notre nom, nos croyances, notre coopération, et jusqu'à notre argent, pour des fins ignobles et honteuses. Nous voulons des fêtes, mais des fêtes qui ne tournent point à la honte de ce qu'elles semblent célébrer. L'acte bon doit l'être à un triple point de vue : dans son objet, dans sa fin et dans ses circonstances. Si une œuvre pèche dans une seule de ces conditions, elle n'est plus bonne; elle n'est plus de Dieu ; elle est de son ennemi. Vainement nous croirons honorer les héros du christianisme, en donnant un libre cours, en leur nom, à toute espèce de concupiscences grossières. La large base que l'on donne à de tels actes au début et sur laquelle on confectionne tous les programmes des fêtes à la moderne, n'est pas

seulement une base large, mais elle est principalement une voie large, une morale large, une conscience large, c'est-à-dire une pure immoralité.

De la propagande au moyen des réjouissances publiques.

De ce que nous avons dit dans les derniers paragraphes, quelqu'un de nos lecteurs pourrait peut-être conclure que nos idées de propagande sont très sévères et que nous sommes fort prévenus contre toute sortes de fêtes et de réjouissances publiques. Il n'est rien de moins fondé que cela. Au contraire, dirons-nous tout à l'heure, ces fêtes elles-mêmes peuvent être un moyen de propagande catholique.

Illuminer les balcons, décorer les façades, élever des arcs et tresser des guirlandes, planter des mâts et les orner de drapeaux, lancer des fusées et faire entendre des chants, donner en un mot une physionomie et un aspect extérieur de joie à nos rues et à nos places publiques, lorsqu'il y a des

motifs chrétiens pour que nos cœurs éprouvent ces sentiments et les manifestent publiquement ; tout cela, non seulement est fondé en raison et n'a rien de répréhensiblé, mais au contraire est en parfaite harmonie avec la plus pure doctrine catholique ?

Par malheur, ils ne sont pas très fréquents aujourd'hui les événements publics qui méritent de provoquer dételles manifestations d'enthousiasme dans le peuple chrétien. Mais lorsqu'il s'en rencontre 'quelqu'un par hasard, ou lorsqu'il se présente quelque date commémorative de souvenirs glorieux, que le propagandiste catholique n'oublie pas à ce moment notre recommandation actuelle, et qu'il ait soin de placer en tête de son programme cette réjouissance naïve et populaire. Qu'il n'enferme pas sa joie dans l'enceinte du temple; quil fasse en sorte qu'en ce jour tous les quartiers de son hameau, de son bourg ou de sa ville soient comme un vestibule ou une extension de ce foyer spirituel. Qu'il soit, ainsi que nous l'avons dit, scrupuleux et circonspect dans l'examen du genre de fête qu'on propose, qu'on organise ou qu'on autorise; car il arrive parfois que, sous prétexte de fêter le Christ et ses saints, on voit s'agiter insidieusement la queue de Satan. Une fois que le propagandiste catholique a tenu compte de cette première réserve, fondamentale et indispensable,

Mai. Soc. — II. — ja

son action demeure libre pour tout le reste et il peut laisser le peuple inventer et proposer les programmes des fêtes les plus bruyantes ; puisque la morale y est sauve, rien de ce qu'on y fera n'offensera sa mère l'Église, qui comme toutes les mères, prend grand plaisir aux joies de ses enfants. Beaucoup de cœurs froids et somnolents s'enflammeront et se réveilleront parfois, grâce à ce mouvement extérieur ; appelés ainsi, ils iront au temple, attirés parce prédicateur d'un nouveau genre. L'homme, qu'on dise ce qu'on voudra, est enfant toute sa vie ; il se laisse toucher, agiter, améliorer souvent par ce qui pénètre en lui parles sens et trouve également le chemin du cœur. Entendre ainsi la chose au point de vue civil, politique, ou religieux, c'est la vraie philosophie ; et l'entendre autrement, c'est méconnaître complètement le cœur humain.

Qu'on remarque toutefois que nous ne prétendons pas canoniser ici, il s'en faut de beaucoup, la brillante innovation des fêtes et des réjouisisances qui, depuis quelques années, s'est introduite parmi nous. Nous voulons, comme nos pères, des réjouissances publiques et populaires vraiment au service de la religion et de ses solennités ; et non à la façon des profanateurs contemporains qui veulent la religion, sous le seul prétexte des fêtes populaires et dans le but mal dissimulé ou franchement avoué de réaliser des bénéfices ma-

tériels et grossiers. Que la joie populaire ait pour objectif la gloire de Dieu, et non le comptoir des marchands, la caisse des restaurateurs, ou la cassette des théâtres. Nous sommes obligés de répéter cette observation, à cause du déplorable abus qui se fait aujourd'hui des choses saintes, à titre de réclame en vue d'intérêts humains, qui, pour respectables qu'ils soient, ne doivent jamais exiger de tels services de la religion. Nos lecteurs comprendront parfaitement que ce que nous proposons ici en parlant des réjouissances publiques, est complètement différent de ce que pratique le siècle. Demi-tour à droite, disait un caporal instructeur à des conscrits, est la même chose que demi-tour à gauche, seulement c'est le contraire.

Qu'on nous pardonne d'avoir insisté de nouveau sur ce sujet, en considération des écarts que fait aujourd'hui sur ce point la conscience d'un grand nombre de catholiques.

Comment le propagandiste catholique peut par/ois faire servir à ses saintes fins la frivolité sociale ellemême.

Ce paragraphe, plus encore que le précédent, va faire rire quelques-uns de mes lecteurs. Il est

possible cependant qu'ils riront moins lorsqu'ils l'auront lu jusqu'au bout.

Il est vrai que le siècle actuel est frivole et se paie très souvent de grimaces et de niaiseries. Sur ce point toute exagération est permise- Mais qui doute que, même ces vaines démonstrations peuvent, quand elles ne contiennent rien qui soit défendu, être mises en quelque façon au service de la vérité? Donnons des exemples; ils éclaireront, plus que les raisons, cette matière si divertissante.

Le peuple chante, car partout il est grand chanteur, et il chante ordinairement ce qui lui vient à la pensée, et ce qui n'est pas toujours le plus irréprochable. Ne fera-t-il donc pas une bonne œuvre le poète qui composera des chansons et le professeur qui les mettra en musique facile et populaire, s'efforçant l'un et l'autre de vulgariser des poésies de bon ton et exprimant desaines idées, bien qu'elles ne soient pas toujours ascétiques et ne traitent pas de spiritualité, comme, dans l'hypothèse, elles ne doivent pas toujours le faire? C'est ce qu'ont fait, dans une localité peu distante de celle où nous écrivons, quelques-uns de nos amis ; et avec un moyen si simple ils ont opéré un grand bien.

La mode a introduit l'usage que les boîtes d'allumettes ne peuvent pas se vendre aujourd'hui sans être agrémentées de poésies ou de sentences.

Le diable s'est efforcé, comme toujours, de s'emparer de cette nouveauté, et ce n'est pas à petite dose que le poison de l'impiété et de la luxure a été mis ainsi en circulation. Il appartenait donc aux propagandistes honnêtes et catholiques d'inventer et de mettre en circulation des boîtes d'allumettes portant des figures de saints, des emblèmes religieux, des portraits de personnages catholiques, des maximes et des conseils de piété. Et il est hors de doute qu'on a fait ainsi beaucoup de bien et qu'on pourrait en faire beaucoup plus encore, si des fabricants entendus donnaient tout le développement possible à cette idée encore en germe à l'heure actuelle.

On sait que nous avons besoin chaque année d'un almanach. Le progrès des temps a fait que nous ne nous contentons pas d'en avoir un dont les proportions se réduisent à quelques feuilles de mauvais papier et qui se borne à indiquer le ridicule pronostic de l'année, la liste des saints et des fêtes mobiles, le lever et le coucher du soleil. Non ; aujourd'hui, nous voulons que l' almanach contienne de la poésie et de la prose, des anecdotes et des bons mots, des paroles empruntées à des hommes célèbres, une notice des inventions nouvelles, les chroniques et les statistiques, et que sais-je autre chose ? sans compter ce qui s'appelle illustrations; c'est-à-dire, vues, paysages,

portraits, caricatures, etc., etc. Et en dernier lieu, nous avons inventé les almanachs d'ameublement ou américains, et là, on ne saurait dire quelle variété de types présente une telle œuvre; on y voit de grands garçons ou de petits enfants avec des visages ovales, carrés, octogones, avec des figures d'anges, de bêtes féroces ou de démons, avec des chromos aux mille teintes, à tel point que Fimagination fantaisiste du dessinateur ne sait plus qu'inventer et le naïf acheteur ne sait plus sur quel objet mettre la main pour satisfaire son caprice. Or, c'est Lucifer lui-même qui inspire la plupart de ces livres et de ces personnages ; c'est lui qui se présente sous leur couvert. Ne sera-ce donc pas une grande œuvre de propagande que de composer et de publier des almanachs en papier et en pierre, avec des vers catholiques, avec une prose catholique, avec des bons mots, des charades, des contes, des anecdotes, des chromos et des portraits, où rien n'offense le catholicisme le plus délicat ?

Il fait chaud l'été, et pour se rafraîchir et chasser les mouches, l'éventail en roseau ou en carton est un meuble très utile et qui se vend quelques centimes. Mais il est de règle que cet éventail porte sur ses deux côtés des figures et des vers, et parfois, ni les unes ni les autres ne sauraient inspirer, disons-le, grande confiance. Écrire de

l'apostolat séculier 503

bons vers et tracer des figures qui ne soient pas scandaleuses pour des éventails de quelques centimes, les donner ensuite aux fabricants de ce genre de marchandise, se faire l'entrepreneur d'une telle vente, pourra n'être pas une œuvre d'art récompensée par les académies de la terre, mais elle sera assurément une œuvre de propagande catholique qui ne demeurera pas sans récompense devant Dieu.

Parcourez de la même manière toutes les innombrables frivolités de notre siècle, et vous verrez qu'il n'y en a pas une avec laquelle on ne puisse rendre un service plus ou moins considérable à la vérité. A ce genre de travaux appartiennent la composition et la diffusion des récits et pièces dramatiques de fond religieux et moral et même ascétique, bien que leur forme soit celle qu'emploie le siècle pour des sujets moins édifiants. Un auteur connu a publié récemment des lectures récréatives qui sont un véritable modèle en ce genre ; un autre a publié, d'une manière fort discrète, il y a plusieurs années, ses célèbres fables ascétiques, que nous n'avons pas besoin de recommander.

La publication de journaux satiriques, judicieusement pensés et rédigés d'une façon convenable, appartient aussi à cette propagande, dans laquelle, avec ces réserves, nous n'avons jamais su voir

un péché, ni grave ni léger, mais simplement un bon service rendu à la cause de Dieu. Nous regardons aussi comme très propre à conduire à la même fin, les soirées littéraires, musicales et même humoristiques, où l'on rencontre l'instruction et un passetemps honnête. Ainsi les choses se passent-elles, de la façon la plus convenable» dans les salons de plusieurs associations catholiques. Nous ne saurions blâmer non plus ces associations d'avoir dans leurs lieux de réunion des salles pour le café et pour des jeux honnêtes, toujours en se soumettant aux règles particulières à une société catholique. Bien que les membres de telles associations ne pratiquent point le genre de vie des Chartreux, il est logique qu'on exige d'eux la gravité de l'âge mûr.

Ce genre admet également l'emploi convenable des formes légères, enjouées et plaisantes dans l'apologétique chrétienne, et spécialement dans l'apologétique populaire, sans se laisser arrêter par l'accusation malveillante que c'est là prêcher l'Évangile avec des grelots. Nous savons tous de quel dégoût est pris le monde actuel, pour son malheur, et combien certaines sauces piquantes contribuent à faire accepter les aliments par les estomacs les plus dégoûtés.

l'apostolat séculier ;o^

lu

Une grave difficulté est ordinairement invoquée ici contre cet exercice de la propagande catholique, à savoir, la prétendue intrusion des séculiers dans les choses ecclésiastiques.

La grande difficulté, la difficulté la plus considérable, la plus monstrueuse, que plusieurs opposent ordinairement aux œuvres de propagande catholique, c'est celle qui consiste à dire que ces œuvres sont entreprises, organisées et dirigées par des séculiers.

De là est née, de nos jours mêmes, la féroce hérésie du Laïcisme, qui a fait, au dire de quelquesuns, tant de ravages dans l'Église de Dieu. C'est ici qu'on entend, à chaque instant, les mots d'ingérence, d'intrusion, d'usurpation, de révolte et autret, non moins effrayants, à l'aide desquels on s'efforce de soulever des nuages de poussière pour obscurcir des notions et des vérités aussi claires que l'évidence elle-même.

Il est bien entendu que ceux qui sont les plus ardents à propager de telles accusations contre les fermes défenseurs de l'Église sont ordinairement et sauf de rares exceptions, ou les ennemis les plus furieux de cette même Église, ou les plus unis et

So6 LE MAL SOCIAL

les plus dévoués, par leur conduite ou leurs idées, à ses ennemis, ou au moins les plus tièdes et les moins disposés à faire un sacrifice pour la cause de Dieu. Cela étant connu de tout le monde, l'objection reste aussitôt sans aucune force, et nous pourrions même nous croire entièrement dispensés de l'ennui de la combattre.

Non, ils ne sont en aucune manière des intrus, ils ne violent aucun privilège delà hiérarchie ecclésiastique, les braves séculiers dévoués aux œuvres de propagande que nous avons recommandées jusqu'ici. Toutes celles qui n'exigent pas pour leur exercice la sainte ordination demeurent dans la sphère de leur activité, et personne ne prouvera que celles dont nous parlons fassent exception à cette règle ou soient prohibées par quelque article du droit canonique. En retour, il est facile d'apporter des milliers de textes qui prouvent la convenance de la coopération séculière dans la lutte chrétienne. Nous ne nous attarderons point* à les reproduire ici, nous bornant à faire sur ce point les simples réflexions suivantes :

i° Les œuvres de miséricorde spirituelle ou corporelle sont conseillées à tout fidèle chrétien, et très souvent commandées par la loi de la charité; et. en conséquence, elles sont toujours permises. Or, la pratique de la propagande catholique dans toutes ses branches, peut presque tou-

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jours se réduire à la pratique de ces œuvres de miséricorde, et spécialement de miséricorde spirituelle. Que Ton considère, en effet, ce que c'est qu'instruire l'ignorant, donner un bon conseil à celui qui en a besoin, corriger celui qui s'égare, consoler etaider celui qui est affligé, etc., etc. ; et qu'on nous dise ensuite s'il n'est pas vrai que c'est à cela que se réduisent en général la plupart des oeuvres de propagande. Est-ce que par hasard leur condition d'oeuvres collectives ou corporalivement organisées les fera changer de nature? Xous ne le croyons pas, et nous ne pensons pas que nos adversaires aient le courage de proférer semblable absurdité.

2° Les œuvres de propagande catholique, bien qu'elles n'aient reçu ce nom que récemment, ne sont pas nouvelles dans l'Église de Dieu, mais elles sont aussi anciennes que l'Eglise elle-même. Écrire des apologues pour la défense de la foi et de ses ministres, recueillir des sommes pour secourir les pauvres et venir en aide aux institutions catholiques, réunir les fidèles pour leur fournir l'occasion de professer publiquement leur foi et de s'édifier mutuellement, fonder des écoles et des hôpitaux, bâtir des égiises et des monastères, entreprendre quelque autre œuvre de ce genre, a toujours été l'œuvre des bons chrétiens, non seulement des ecclésiastiques, mais des séculiers et

même des femmes. Les premières apologies de la foi contre les tyrans persécuteurs furent l'œuvre de plumes laïques, telles que celles de saint Justin et de saint Aristide, dont les œuvres comptent parmi les plus importantes. Tertullien écrivit sa fameuse apologétique étant encore engagé dans les liens du mariage ; Arnobe écrivit la sienne étant séculier. Lactance fut un simple professeur de rhétorique, et Minutius Félix un simple avocat, et aucun d'eux ne fut prêtre. Le grand Boëce et sa femme Elpidie, il n'est pas besoin de le dire, furent séculiers, de même que Cassiodore, saint Jean Damascène, Marius Mercator et autres auteurs divers de cette époque. Saint Jérôme et saint Augustin écrivirent un grand nombre de leurs traités théologiques avant d'avoir reçu les ordres sacrés. Où certains novateurs ontils donc pu trouver que la défense ou l'explication des vérités de la foi doit, rester interdite à la condition laïque ?

3° L'activité séculière ne s'est point arrêtée là pendant les siècles les plus florissants de l'Eglise. Il est constant que plusieurs fondateurs d'ordres religieux étaient de simples séculiers, quand ils les fondaient ; tels saint Benoît, le patriarche de la vie monastique en Occident, saint François d'Assise, le chef illustre des trois branches innombrables et très glorieuses de l'Ordre séraphique,

L APOSTOLAT SECULIER ÎOC)

sans compter son vénérable tiers-ordre ; saint Jean de Dieu, le fondateur des asiles de bienfaisance qui portent son nom, et mille autres qui firent certainement beaucoup plus et entreprirent une tâche plus délicate que d'organiser des pèlerinages, fonder des académies et rédiger des journaux. Et pour tout cela, leur condition laïque ne parut jamais être un obstacle, comme elle paraît l'être aujourd'hui à plusieurs libéraux ou libéralisants (entachés de libéralisme).

4° Personne n'est plus séculier et plus laïque que les femmes, qui sont frappées d'une incapacité essentielle et absolue d'occuper jamais aucun degré dans la hiérarchie ecclésiastique ; et cependant des femmes ont été fondatrices, organisatrices et écrivains dans l'Eglise de Dieu, et pour ne pas sortir de notre pays pour chercher des exemples et pour les présenter tout d'une pièce, qu'il nous suffise de citer le nom illustre de sainte Thérèse de Jésus, sur le front de laquelle l'Eglise a permis aux fidèles de placer les lauriers du doctorat en théologie. C'est là certainement un cas flagrant de laïcisme, et, ce qui est plus grave, de làïcisme de la part d'une femme. Ce cas n'a pourtant pas encore attiré l'attention de nos antilaïcistes.

5° Enfin le Pape a porté l'arrêt suprême et définitif dans ce litige, dès le moment où il a dit, dans

son Encyclique Humanum genus contre la maçonnerie, que, pour venir en aide à l'Église de Dieu si attaquée, il convenait d'employer le secours efficace de ces séculiers (virorum laïcorum) qui unissent à l'amour de l'Eglise et de la patrie, la probité chrétienne et une doctrine saine. C'était, en termes clairs, canoniser ou peu s'en faut le laïcisme abhorré et maudit.

nu

Discrédit prétendu qui revient aux choses de l'Église quand elles passent entre les mains des séculiers.

Il y a une autre circonstance dont ne négligent pas de parler ordinairement beaucoup de libéraux ou d'hommes misérablement infectés de libéralisme, lorsqu'ils traitent des œuvres de propagande catholique. A leur sens, le prestige des choses saintes éprouve un vrai préjudice, lorsqu'elles passent entre les mains des séculiers. Il est vraiment étrange et bien singulier, ce zèle de l'honneur divin qui voit d'un meilleur œil l'indifférence à l'endroit de la vérité que l'activité dévouée à la servir et à l'augmenter. Le discernement fait défaut à ces zélateurs extravagants et, pour sûr, leur sentiment n'est pas conforme à celui de l'Église et à celui de la

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tradition la plus autorisée, ainsi que nous l'avons vu dans le paragraphe précédent.

Ces scrupules nous ont toujours paru des cas graves de pharisaïsme. Oui, de pharisaïsme et rien de plus, comme celui qui reprochait au Sauveur la bonne œuvre qu'il faisait en guérissant un infirme le jour du sabbat ; ou comme le faux respect que prêchaient, il y a deux siècles, les Jansénistes, envers le Très-Saint-Sacrement, et en vertu duquel ils jugeaient presque toutes les âmes indignes de le recevoir. Aussi est-il singulier, ce zèle qui, pour éviter le mépris d'une chose sainte, veut en tenir éloignés ses défenseurs les plus résolus et les plus courageux. Si donc le contact humain doit avilir la religion, qui après tout n'est descendue du ciel que pour les hommes et pour être pratiquée par eux, n'y aurait-il pas la même raison pour tenir éloignés de son service les prêtres eux-mêmes, qui sont hommes, eux aussi, avec mille défauts et mille misères ?

Mais, pour Dieu ! Que ces étranges zélateurs de l'honneur de Dieu nous le disent : Quelle flétrissure y a-t-il pour notre sainte foi à ce que les hommes du monde eux-mêmes se jugent honorés de travailler à sa défense? Lorsque le Fils de Dieu descendit du ciel sur la terre pour la prêcher pour la première fois, de qui voulut-il d'abord se servir et s'aider dans sa prédication,.

■sinon de séculiers ? Car ils étaient séculiers, ces douze apôtres et ces soixante-douze disciples que le divin Rédempteur choisit comme ses premiers coopérateurs ; et ils ne cessèrent pas d'être séculiers jusqu'à leur ordination, qu'ils ne reçurent, les premiers, que la nuit de la Cène, et les autres, plus tard. N'étant encore que séculiers, ils l'accompagnèrent pendant trois ans parles villes et les bourgades de la Palestine ; n'étant que séculiers, ils furent envoyés au devant de lui dans les endroits où il voulait aller plus tard ; n'étant que séculiers, ils exerçaient comme lui tous les ministères pour lesquels n'était pas indispensable l'ordination sacerdotale. Et y eut-il jamais quelqu'un qui ait osé railler le divin Sauveur de ce qu'il ne faisait pas cas du lustre de son Église naissante, en permettant qu'elle fût confiée aux mains d'auxiliaires si peu autorisés que l'étaient les pêcheurs Pierre et André et le publicain Matthieu ? Allons, les ennemis de l'apostolat séculier n'ont rien à articuler contre cette réflexion tirée des pages augustes de nos saints Evangiles. Le premier exemple de Laïcisme a été donné par le Fils de Dieu lui-même pour l'enseignement de tous les siècles à venir et pour le scandale des Jansénistes passés et présents.

Notre sainte foi ne perd donc ni de son honneur ni de son prestige, parce qu'il y a beaucoup

de généreux séculiers qui, en dehors de la sainte hiérarchie, viennent pour la soutenir ; ce qui la déshonore parfois, c'est l'indifférence et le dédain d'un grand nombre de catholiques qui, tout en s'appelant les fils de l'Eglise, semblent ne pas l'être, à en juger par le désir qu'ils éprouvent de se montrer toujours séparés d'elle et de ce qui la touche. C'est cette indignité que nous devons combattre de toutes nos forces; c'est elle que nous devons déplorer et anathématiser, c'est pour elle que nous devons garder nos invectives et notre indignation. Que les nombreuses armées d'Israël viennent entourer l'Arche sainte, pour la protéger et la défendre, les uns de leur voix, les autres avec leur plume, d'autres avec leur argent, les autres avec leurs épées. Elle agréera au nom du Christ tous ces services comme autant d'hommages rendus à sa divine vérité. Et, loin de croire que son prestige a été diminué par ces auxiliaires, elle s'en honorera, comme elle s'honore de tous ceux que, grâce à de telles œuvres, elle montre placés sur les autels ou ceints d'une couronne immortelle.

Écoutez ce que vient de dire à ce sujet un grand évêque espagnol. « Il est consolant de voir ces fervents séculiers au zèle industrieux et qui joignent l'amour de la religion et de la patrie à la probité et à la science, selon l'expression for-

Mal Soc. — I!.— jî.

melle du Souverain Pontife Léon XIII, dans sa mémorable encyclique Humanum genus, s'unir étroitement aux pasteurs et au clergé pour combattre les combats du Seigneur, sans se laisser séduire par les promesses, ni intimider parles menaces. Séculiers au tempérament héroïque qui, semblables à des chiens qui aboient, ne gardent jamais le silence, lorsqu'il est nécessaire de dénoncer les erreurs contre la religion et la doctrine de l'Église ; lorsqu'il s'agit de dénoncer les outrages, les injures, la négation des droits des ministres du Seigneur, et qui pensent qu'il est toujours opportun de lutter contre tous les ennemis de Dieu, ennemis secrets, ou publics. Ils soutiennent, sans compromissions indignes, sans transactions timides et lâches, toutes les vérités et tous les droits de la religion. Ils repoussent les honneurs, la fortune, les biens présents qu'on leur offre, comme Satan les offrit à Jésus-Christ dans le désert, et qui leur seraient donnés pour prix de leur apostasie ; et ils préfèrent, comme Moïse en Egypte, être éprouvés avec le peuple de Dieu et l'Église catholique plutôt que de jouir des faveurs de leurs ennemis, en les trahissant et en leur tournant le dos D.

L APOSTOLAT SECULIER i I S

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Excuses qu'on allègue ordinairement pour ne pas entrer dans l'exercice de la propagande. Première excuse : « Je ne veux pas me compromettre ».

Le démon offre aux catholiques des prétextes subtils pour les empêcher de prendre, dans cet exercice de la propagande catholique, la part qu'un grand nombre d'entre eux pourraient et devraient y prendre. Nous allons les énumérer ici et les vouer en quelque sorte à la réprobation publique.

Le premier prétexte est celui qu'allèguent les lâches : î Je ne veux pas me compromettre ». Mes amis ont entendu mille fois cette excuse pitoyable alléguée par de nombreux catholiques invités à travailler pour la foi; et c'est celle de toutes qu'on allègue le plus généralement; ce qui ne l'empêche pas d'être la plus misérable.

Qu'entendez-vous dire, malheureux catholique, avec ce <r je ne veux pas me compromettre » ? Quelles difficultés craignez-vous? Quels conflits redoutez-vous ? Peut-être de paraître disciple du Christ ? Pour cela, il ne suffit pas de redouter le titre de propagandiste, il faut redouter celui de chrétien. Et le saint Baptême vous place dans

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cette difticuté et dans d'autres, ce Baptême dont je ne présume pas que vous rougissiez au point de le renier. Mais ces difficultés et ces conflits en quoi consistent-ils ? Quels Nérons et quels Dioclétiens vous menacent des chevalets et des bûchers ? Quels terribles édits de proscription ont été placardés sur les murs de la cité ? Quels exils et quelles prisons décrète-t-on contre le bon soldat du Christ ? Oh ! il est question de menaces bien moins -terribles que tout cela : d'un sobriquet dont vous gratifieront peut-être les habitués du café ; d'un sourire avec lequel pourra vous regarder le voisin désœuvré et indolent ; de l'entrefilet ou de la caricature où se sont peut-être occupés de vous les petites feuilles de la localité. Et ce sont là les chevalets, les bûchers, les cirques et les lions qui effraient plus d'un chrétien de nos jours ! On rougit d'avoir à s'occuper de cela et d'avoir à parler de héros de cette valeur !

Se compromettre ! Nous savons bien que le danger de se compromettre est l'épreuve la plus dure à laquelle puissent se voir exposés beaucoup de chrétiens de nos jours. Cela ne donne pas assurément une haute idée de notre virilité. L'expression « se compromettre » doit être traduite presque toujours par celle moins agréable et pudibonde de « être esclave du respect humain ». Il est assuré-

ment extraordinaire que dans un siècle où l'on proclame si haut les mots d'indépendance et de liberté, une grande partie du genre humain soit victime d'un si honteux esclavage. Y a-t-il donc une chose plus vile, pour un homme, qu'il ait de la barbe ou qu'il n'en ait pas, que de rougir de ce que, dans son for intérieur, il croit, aime et recherche comme le meilleur ? Y a-t-il un genre de servilisme plus abject que celui-là ? y a-t-il une prostitution d'esprit plus dégradante ? y a-t-il une étroitesse et une pusillanimité de cœur plus honteuse ?

Se compromettre ! Et avez-vous considéré les compromissions qu'acceptent chaque jour les faux lettrés du monde pour combattre l'Église et vous avec elle ? Ignorez-vous les serments horribles par lesquels ils se lient ? les menaces épouvantables sous lesquelles ils s'obligent? les dangers continuels auxquels ils s'exposent ? la perte fréquente de leur santé, de leurs biens et de leur vie, devant laquelle ils n'éprouvent aucune hésitation ? Seriezvous moins bon chrétien qu'ils ne sont sectaires pervers ? Les nôtres serviraient-il le Christ avec moins d'esprit d'abnégation et de sacrifice, que ceux-ci n'en témoignent pour Lucifer son ennemi ?

Rappelez-vous, enfin, si jusqu'ici vous n'avez pas rougi de honte devant de tels exemples, rappelez-vous, dis-je, quels nombreux et cruels com-

promis le Christ notre Roi et Seigneur a affrontés pour vous; rappelez -vous qu'il n'a pas refusé de se faire petit enfant, de se faire pauvre, de passer pour criminel, d'être accusé, jugé et condamné publiquement devant les tribunaux, de souffrir tous les affronts et toutes les douleurs du Calvaire. Ils étaient durs ces compromis qu'accepta le sauveur pour vous et pour vous faire ses enfants, et vous reculeriez devant le simple compromis de le reconnaître pour père ?

Voilà ce que signifie en réalité et dans son sens propre, la phrase : « Je ne veux pas me compromettre », dont on fait un si fréquent usage aujourd'hui parmi les catholiques apathiques et lâches, pour cacher le manque de vigueur. Aussi bien, a-t-elle, dans les pages sacrées, un précédent de fort triste mémoire : la négation du Christ par Pierre dans la maison de Caïphe.

Seconde excuse : « Je n'ai pas le temps de m'occuper « de ces choses ».

Ils m'en imposent, mais extraordinairement, ces hommes occupés qui n'ont jamais le temps de faire quoique ce soit, bien que, oh ! merveille ! ils

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n'aient ordinairement jamais rien à faire. Mais là n'est pourtant pas le plus curieux de l'affaire ; c'est que les choses pour lesquelles ces personnages si occupés n'ont jamais de temps, sont toujours les choses de Dieu. On les voit s'amuser des heures et des heures au Casino ; les passer dans l'oisiveté ou dans une conversation peut-être dangereuse ; les pas ser au lit ou dans un salon somptueux ; les perdre en visites frivoles ou en lectures insignifiantes et parfois mauvaises. Et pourtant entendez-les : ils n'ont pas le temps ! Ils en viennent parfois à éprouver un tel dégoût et un tel ennui qu'ils maudissent la vie et parlent d'y mettre fin par un crime. Et ils n'ont pas le temps !

Il n'y a donc pas à se le dissimuler; car nous voyons la chose bien clairement ; si la première excuse a pour cause la lâcheté, la seconde a pour cause la paresse et rien déplus.

A ce propos, je puis vous dire, ami très occupé, que j'ai un secret admirable pour avoir toujours le temps à sa disposition, même aux époques où il semble le plus manquer. C'est le suivant, et je vous le cède en parfaite propriété : le moyen sûr d'avoir toujours le temps pour les choses utiles, c'est de n'en perdre jamais une minute en des choses inutiles ou oiseuses. Ce remède est éprouvé ; il n'a jamais trompé.

Maintenant Jonc, si vous désirez vous consacrer aux travaux de la propagande catholique, commencez par renoncer, non à vos occupations d'état ou de profession, auxquelles il est clair que vous ne devez pas renoncer, mais à ces autres mille bagatelles et superfluités, parfois vaines et nuisibles, que le monde actuel regarde comme des exigences sociales, et qui, en somme, ne sont autre chose que des moyens fort décents et fort à la mode, de perdre misérablement le temps. Evitez les visites, les compagnies frivoles ; fuyez les lieux de dissipation et le théâtre ; secouez à des heures régulières le sommeil et la paresse; ne dormez et ne vous reposez que quand il sera véritablement temps de vous reposer et de dormir. Ainsi exercent leurs professions dans le monde tous les hommes laborieux ; ainsi devezvous exercer la vôtre, vaillant soldat de la vérité. II est certain que, de cette façon, il ne vous arrivera jamais de manquer de temps pour les entreprises les plus considérables. Car vous devez savoir que, dans tous les siècles, ceux qui ont fait les plus grandes choses ont toujours été ceux qui avaient le moins de temps pour les faire. Au contraire, les hommes inoccupés, dont il semblerait qu'on doit tout attendre, sont presque toujours d'une complète inutilité.

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Troisième excuse : « C'est asse\ pour chacun de s'occuper de son propre salut ».

Assurément, mon ami; et c'est pour cela que je vous recommande ces œuvres, comme étant le moyen le plus efficace pour assurer votre salut. Cette vaine excuse aurait une apparence de raison, si je t'invitais, comme t'invite le inonde, à des distractions, à des passe-temps et à des frivolités. Alors, peut-être, tu m'applaudirais; tu dirais que tout, dans la vie présente, ne doit pas être consacré aux affaires de l'âme et de l'éternité. Maintenant, au contraire, vous m 'arrivez avec ce prétexte du salut personnel, précisément quand je ne fais que vous exhortera y travailler, en travaillant en passant au salut des autres. Votre raison n'est donc qu'une pure excuse ou une préoccupation de faux dévot, et je ne sache pas qu'on puisse lui donner un autre nom.

D'après ce faux principe, les plus grands saints qui ont brillé par leurs œuvres apostoliques dans l'Église de Dieu, n'ont pas travaillé pour leur salut ; ils s'en sont, au contraire, désintéressés d'une façon insensée. Quelle subtile et célèbre découverte ! Les apôtres infatigables, les zélés

fondateurs d'ordres, les polémistes illustres, les dévoués missionnaires, l'héroïque sœur de la charité, tous ceux qui, depuis plusieurs siècles, luttent avec des armes si diverses pour la défense de Dieu et le bien de leurs frères, n'auront été, d'après cette maxime, ni plus ni moins que de pauvres négligents, à qui le souverain Juge aura pu jeter à la face le honteux reproche d'avoir été négligent dans l'affaire de leur propre salut. Se sont-ils rendus célèbres par la conquête de millions d'âmes, comme saint François Xavier, ou par leur doctrine, comme saint Thomas d'Aquin? En vérité, si vous leur aviez donné un conseil conforme à votre étrange morale, Tlnde n'aurait pas été convertie et les pages immortelles de la Somme n'auraient pas été écrites.

Plaisanterie à part, soyez persuadé, mon ami, que votre manière de voir n'est ici qu'une tentation secrète et un piège de l'ennemi. On va au ciel par plusieurs chemins, et tous les bons chemins }r conduisent celui qui suit fidèlement la vocation que Dieu lui a faite. Mais, entre toutes les vocations, il est incontestable que celle qui a pour but de gagner des âmes à Jésus-Christ et des cœurs à son Eglise est une des plus sûres , et de celles qui portent, pour ainsi parler, le sceau le plus visible de la prédestination. Si donc la note caractéristique du prédestiné est, d'après saint

Paul, la ressemblance avec Jésus-Christ, type et premier né des élus, comme nous l'avons indiqué plus haut, comment ne travaillera-t-il pas beaucoup pour son propre salut, lé chrétien qui aura réussi à se rendre semblable à son divin Maître dans l'œuvre de la glorification de son Père et du salut des âmes?

Croyez donc fermement, mon ami, non à votre préoccupation insensée, mais à la vérité de la doctrine que je vous enseigne. C'est-à-dire que vous pouvez vous appliquer aux œuvres de propagande catholique, non seulement sans courir le danger de voir diminuer par là vos mérites spirituels, mais au contraire avec la certitude indubitable de les voir s'augmenter beaucoup. 11 est clair qu'on ne doit pas négliger le soin de son âme. Mais il est certain que celui-là en prendra beaucoup plus facilement soin qui y associe ces œuvres d'apostolat propagandiste. Dieu qui se pique de générosité envers ceux qui se comportent généreusement avec Lui, ne laissera pas de faire pleuvoir ses grâces avec plus d'abondance sur le champ de ce vaillant serviteur qui a aidé à cultiver le champ de son frère.

Que cette seule considération vous suffise pour rassurer votre esprit, si la main rusée de Satan a réellement pu vous jeter dans ces scrupules. Et s'il n'y a point là des suggestions de Satan (qui

n'est pas toujours coupable de tout le mal qui existe), mais des prétextes secrets de faiblesse et de relâchement, que cette considération serve au besoin à vous remplir de confusion et à vous réduire au silence.

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