‹ Le malade par circonstanceChapitre 5 sur 15 · FIRMIN , FERRIÈRE · texte numérisé non relu

FIRMIN , FERRIÈRE

FIRMIN

Te voilà de retour , mon ami?

PERRIÈRE

Comment , tu es encore la! quelle imprudence I

FIRMIN

Est-ce que tu crois que ça me fera du mal de prendre un peu l'air ?

( Jacques entre suivi d'un domestique , ils emportent le couueit. )

FEBRIÈRE.

Il est possible que ça te fasse du mal. . . il est possible aussi que ça te fasse du bien, . . tu as une maladie si singulière !

FIRMIN

Ah î ça , tu n'es donc pas encore bien sûr? . . .

FERRIÈRE

Est-ce que nous sommes jamais sûrs de quelque chose ? D'ailleurs, quand je t'interroge, tu me fais des re'ponses si vagues!

FIRMIN

Que diable veux-tu que je te réponde ? Je t'ai dit que j'étais malade; maintenant , c'est ton affaire , ça ne me regarde plus.

FERRIÈRE

Tu pourrais nu moins me donner quelques lumières , quelques renseiguemens sur certaines circonstances.. . Les maladies ne viennent pas sans causes . . . Toi , par exemple,

qui as toujours été gastronome, tu t'es peut-être un peu trop livré au plaisir de a table ?

FIRMIN

Moi! mou ami , au contraire, je suis trop sobre; c'est mon défaut. ( A part. ) Dieu ! voilà le pâté qui m'étou/Ts , j'ai oublié de boire.

FERRIÈRE

Alors , tu as sans doute fait des excès d'an antre geure ?

FIRMIN

Jamais , mon ami, on ne fait pas d'excès à Orléans.

FERRIÈRE

Oh! je te demande bien pardon. . . quelquefois.

Ain : Nouveau de M. Dochc.

Quand nous y vivions ensemble , Du bon vin , pour ton malheur , Tu promettais , ce rae semble , D'être un jour Ibrt amateur.

FIRMIN

Boire un vin comme le nôtre , N'est-ce pas être frugal ?

Ft je n'en bois jamais d'autre , Par esprit national

FERRiiRE.

Au jeu souvent la jeunesse Se tue à passer les nuits.

FIRMIPf.

Les jeux de hasard sans cesse D'Orléans furent proscrits.

A ces jeux loin d'être en proie , On n'y sait, dès le berceau , Que le noble jeu de l'oie , Et l'estimable loto.

PERRIÈRE

Mais, allumant maintes flammes, Lovelace Orléanais , Peut-être as-tu près des femmes Lu de trop nombreux succès.

FIRMIK.

Ah ! mon cher , c'est impossible !

Quoique chez nous , de tous temps ,

(ao )

T.e soxc ail élé sensible ,

Il n'est pas dans Orléans

Une seule demoiselle

Qui ne soit un vrai dragon,

De Jeanne-d'Arc chaque belle

Veut mériter le surnom.

FERRIÈRE

Eh bien, alors tu dois avoir des chagrins, des peines secrètes... ( Lui prenant le bras,) Une passion, peutêtre?

FIRMIN, avec embarras.

Une passion. . . que veux-tu dire?

Ce mot là t'a trouble. . . Aurais-je deviné juste?

( // tire sa montre qu'il tient d'une main , pendant que de Contre il tâte le pouls de son ami , et porte tuur-à-tour ses yeux sur sa montre et sur J^irmin. )

FIRMIN

Mon ami, je puis t'assurer. , , { A part. ) Est-ce qu'il se douterait?. . .

FERRIÈRE, le regardant.

Tu as une passion... tu voudrais en vain me la cacher... et cette passion, je la connais 5 il n'y en a qu'une à ton âge. . . c'est Tamour.

FIRMIN

Comment . tu pourrais me croire assez bête. . ,

FERRIÈRE

Oui, mon cher Firmin. ( Lui quittant la main. ) Quatrevingt-dix pulsations par minute! 11 est inutile de feindre avec moi, qui , d^ailleurs, veux te servir , qui suis prêt à me sacriHer pour te rendre à la vie et au bonheur. Faismoi, je t'en prie , Taveu de cette passion fatale.

FIRMIN , se levant.

Mon bon ami! mon excellent ami! puisque tu l'exiges. . . Eh bien , oui , je suis amoureux,

FERUIÈRE.

J'en étais sûr. ( A part. ) Il ne s'agit plus que de savoir le nom de la personne qu'il aime. . . > oyons si j'aurai encore d.îviné juste. . . ( fFuiU. ) Tu as eu tort de ne pas me l'a-

vouer plus tôt. . . ta iiraurais épargne Lien des inquiétudes, et tti gue'rison eût été plus prompte.

Tu penses donc que je puis guérir?

FERRIÈRE

Certainement. . . Et la première chose à faire , c'est do revoir l'objet aimé, d'habiter le même heu , la même maison, si c'est possible. C'est l'opinion du docteur Alibert, Physiologie des Passions ^ tome second, page 58; et ce moyen-là m'a toujours réussi. Quand une femme est malade d'amour, par exemple, je la renvoie auprès de son mari , et je t'assure qu'elle est guérie dans les vingt-quatre heures.

FIRMIN

Au fait, ce traitement-là me plairait assez.

FERRIÈRE

Alors, malgré ta faiblesse, il faut, dès ce soir, retourner à Orléans.

FIRMIN

A Orléans! quelle diable d''idée as-tu-là !

FERRIÈRE

Ce n'est donc pas à Orléans qu'habite la personne?. . .

FIRMIN

Mais . . . non , mon ami.

FERRIÈRE, avec crainte.

C'est donc à Paris ?

FIRMIN

A Paris même, au sein de la capitale... Quant à sou nom , je ûe puis le dire, pas même à toi , qui es mon ami , c'est encore un secret.

Aussi je ne te le demande pas. ( A part, ) C'est Madame Démar!... plusieurs circonstances me l'avaient déjà fait soupçonner... elle seule a pu lui inspirer celte passion subite.

FIRMIN, à part.

Le voilà qui réfléchit sur ma situation. . . oa ne laisse pas d'être inquiétant. . . Je suis peut-être plus malade (jue je ne croyais.

FERRIKRE , à part.

J'aperçois Madame Déinnr dans le jardin , c'est u\\

hasard favorable... Tentons une dernière épreuve. {Haut.) Mon cher Fiimin, tu es e'mu , agité, le grand air peut te faire du bien. . . Viens-là , près de la fenêtre.

( Il le mène vers la fenêtre à droite , en le tenant par la main. )

riRMIN.

^ olontiers , mon ami. ( A peine Perrière a-t-il ouvert la fenêtre , quon entend plusieurs coups de sonnette. ) Dieux î c'est elle •'

PERRIÈRE , vivement , à part.

Il Ta vue J voilà mes soupçons confirme'sî

FIRMIN

Lâche-moi, mon ami, lâche-moi, je t'en prie; j'ai des raisons... ( y^ par/.) Dieu! si elle entrait, si elle me voyait en robe de chambre !

( IL ? entre précipitamment dans sa chambre. )

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