‹ Le malade par circonstanceChapitre 8 sur 15 · SCENE XIÏ · texte numérisé non relu

SCENE XIÏ

Les mêmes ^ NATALIE.

NATALIE

Eh bien 1 OÙ vas-tu donc, nia sœur?. . . Plus en colère

que jamais , à ce que je vois ?

( r.lle veut la suture. )

M™' DÉMAR , émue.

Reste , reste, Nathalie. . . ces Messieurs ont à te parler. Je vais un instant dans ta chambre.

( Elle entre dans la chambre de iSatalie. )

( 1S ) SCÈIXE XIIÏ.

LES MÊMES, excepte M."^^ DÉMAR et JACQUES, (i)

NATALIE, à part.

Ils ont à me parler, à moi î

FERRIÈRE , à Duperrier.

Monsieur, je vous en prie , laissez-moi du moins le temps lie la mieux connaître, et surtout de lui plaire.

DUPERRIER

Soit, mais depêchez-vous.

NATALIE, gaiment.

Je vous écoute , mon père... Est-ce amusant, ce que vous allez me dire?

DUPERRIER

Ma chère amie, il faudrait tâcher de prendre un air plus posé, plus réfléchi. . . tu es d'un âge où Ton peut songer à se marier.

NATALIE

J'y songe aussi , mon père.

DUPERRIER

Vrai?. • . ch hien ! cela s'accorde avec mes vues; car j'ai un parti à le proposer. . . un parti excellent.

NATALIE

Excellent. . . pour vous ou pour moi?

DUPERRIER

Pour tous deux... Je ne puis encore m'expliquer da-^ vantage ; mais demain , au plus tard, nous en parlerons. ( /^ns ùFerrière. ) Venez avec moi chez mon notaire, nous allons arranger tout cela. ( A Natalie, )

A m : Je saurai le faire marcher droit .

Oui , ce parti fe cnnviendr.i , je crois,* Tu sauras tout demain , ma clière, ( A part. ) Dieu! quel bonlienr , quelle excellente aD'aire , !)<• niaricr deux filles à la fois !

( '} Perrière , Duperrier, Natahe.

( ^9 ) EN.iEMBLF.

NATALIE , à part.

Qui donc veat-on que j'épouse? ali ! je vois

Qu'on me cache quelque mystère ; ^lais je saurai le découvrir, j'espère.

Car il faudra me consulter , je crois.

FERRlÈRE , h part.

Oui , cet hymen peut être heureux , je crois ,

Je saurai peut-être lui plaire; Mais la ciiérir, hèlas î j'en désespère ,

Peut-on aimer deux femmes à la fois?

( Duperrier entraîne Ferrière ; ils sortent par le fond. )

SCÈÏNE XIV.

NATALÏE , puis FIRMIN, sa robe de chambre à la main.

NATALIE

Ah I on me fait des mystères, on ne veut rien m'apprendrel . . . alors autant valait me laisser en pension... Mais j'ai aussi mon secret , ils ne le sauront pas.

riRMiN , à part , entrant doucement.

11 n^y a plus personne, je crois. . • Si fait. . . c'est elle ! ( îl est en habit noir. — // pose sa robe de chambre et son foulard sur une chaise. ) Je tremble comme la feuille. NATALIE, sans le voir.

C'est singulier... quand je suis partie, il n'avait pas paru à sa fenêtre depuis huit jours. . . Je ne le verrai plus, peut-être!... C'est dommage, il avait une si drôle de liqure. . .

FI RM IN , toujours à part.

Je suis sûr qu'elle me reconnaîtra tout de suite. . . Je n^ose l'aborder. . . Tachons d'atlirer son attention. . . fermons ma porte un peu fort.

^ // tire la porte qui se Jcrmc atcc hruit. )

NATALIE, se retournant.

( ) ciel ! que vois-je ! est-il possible I

riRMiN , à part.

On dirait que je lui fais peur... c'est peut-être l'effet (l^une diète trop prolonge'e.

NATALIE

Comment, Monsieur, vous ici!. . . à Paris , chez mon père?

FIRMIN

Oui, Mademoiselle, moi-même. . . Firmia Lefèvre, natif d'Orléans , et domicilie' en la même ville.

NATALIE

Mais expliquez-moi...

FIRMIN

Oh ! pour ca , Mademoiselle , ça me serait bien difficile ; je ne peux pas me l'expliquer à moi-même. . . C'est la destine'e, voilà tout... Mais vous savez l'essentiel... vous savez que je vous adore; et dans la position où je me trouve, il me serait impossible de vivre plus long-temps sans vous.

NATALIE

Mais il me semble que c'est une déclaration que vous me faites-là; et je ne sais si je ne devrais pas mettre plus de sévérité. . .

Comment, vous pourriez vous fâcher 7

NATALIE

Sans doute; à moins que je ne sois bien sûre que vous m'aimez réellement.

FIRMIN

Dieu ! si je vous aime ! . . . au point que j'en ai perdu le boire et le manger.

NATALIE

En effet, je ne l'avais pas remarqué. . . Vous êtes pâle... vous êtes très-pule.

FIRMIN

On le serait à moins. . . depuis huit jours , je suis malade. . . ou du moins, je fais semblant de l'être... Ma santé garde Tiacognito. . . et dieu sait si j'ai eu à souffrir I

Air de Julie.

Les anciens preux , si braves, si fidèles , Dont en tous lieux on redoutait les coups ,

N'auraient jamais affronté pour leurs belles. Tous les périls que j'ai courus pour vous. Oui , leurs exploits leur coûtaient peu de peines , Dans les dangers tout animait leurs cœurs , Car de leur dame ils portaient les couleurs ; Pour vous , moi , j'ai perdu les miennes.

NATALIE , à part.

Au fait, voilà des preuves d'amour.

Heureusement , j'avais quelque chose pour soutenir mon courage. . . un talisman.

NATALIE

Un talisman ! . . . Que voulez-voas dire ?

FIRMIN

Promettez-moi d'abord de ne pas me gjronder.

NATALIE

Nous verrons , montrez toujours.

FIRMIN

Eh bien I voilà. . . votre portrait.

NATALIE

Mon portrait! Qu^est-ce que cela signifie?. . . De qui le tenez-vous?

FIRMIN

Du hasard , toujours du hasard ! . . . C'est mon dieu lutelaire. . . c'est lui qui m'a fait venir à Paris. . . c'est lui qui m'a logé dans votre chambre... c*est lui qui m'a fait trouver votre portrait.

NATALIE

Et c'est lui qui vous le reprend.

FIRMIN

Ah! rendez-le moi , je vous en prie; c'est mon compa£;non d'infortune... il n'y a que lui qui me console dans mes jours de jeûne et d'affliction.

NATALIE

Vous cherchez à m'attendrir . . . mais je resterai inflexible!

FIRMIN

Natalie , si vous me refusez , vous allez me mettre au désespoir, et vous auriez tort. . . Oh! rendez-le moi. . . vous serez bien gentille!

(3-2 ) Air du Renégat.

Vous me voyez à vos genoux,

NATALIE

Pour terminer cette querelle, Je cède à vos vœux, levez-vous.

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