‹ Le Malade Source de Contagion dans la Fièvre TyphoïdeChapitre 23 sur 30 · MÉCANISME DE LA CONTAGION · texte numérisé non relu

MÉCANISME DE LA CONTAGION

Pourquoi et comment le malade est-il contagieux ?

Puisque nous admettons, à la suite de ces nombreuses observalions, que le malade peut être une source de contagion, voyons un peu comment s'opère cette contagion : quels sont les moyens employés par le bacille d'Eberth (puisque nous admettons qu'il est l'agent spécifique de la maladie), pour passer de l'organisme malade dans l'organisme sain.

On sait que ce bacille peut émigrer hors du corps d'un typhique de plusieurs façons : les produits morbides, dans la dothiénentérie, c'est-à-dire la matière qui renferme l'agent pathogène, sont les déjections intestinales des malades, l'urine à une certaine période, les produits d’expectoration et peut-être les sécrétions, y compris la sueur, enfin les foyers où se sont accumulés et multipliés les microbes. Mais c'est surtout, presque exclusivement, pourrait-on dire, par les selles que le typhoïdique dissémine les germes de la maladie.

Après leur émission, les garde-robes peuvent souiller les linges, le corps du ‘malade, les mains des aides, les bassins, tous les objets avec lesquels elles ont été en contat. Puis le virus se répand dans l'air, se mêle aux poussières, aux fumiers, à l’eau, etc.

Pour faciliter l'étude des modes de transmission dans la contagion par le malade, nous diviserons cette deuxième partie en

2 mn plusieurs chapitres. Nous verrons d’abord que la contagion peut se faire par le malade lui-même, par l'atmosphère qui l’environne, par ses cflets, son linge, sa diterie, les objets qui lui appartiennent et enfin par l'habitation qu'il à infectée: Nous étudierons ensuite le transport du contage par une tierce personne hors du foyer créé par le malade et ce même transport par l'air hors du foyer secondaire créé par les déjections du typhoïsant dans les latrines, cloaques ou égouts. Puis nous ver-. rons le rôle du sol comme intermédiaire de la contagion. Un dernier chapitre nous indiquera quelle est la voie d'entrée du baeille dans l'organisme.

l. — Le malade, source de contagion par lui-même.

Si nous admettons, avec von Gietl, que le typhoïsant nu et lavé ne compromettrait personne, ce n'est pas une raison pour refuser tout danger au contact du malade.

Ce n’est évidemment pas par des émanations, lortes de miasmes ou d’effluves mystérieuses qui s ‘échapperaient de son corps, comme on le croyait autrefois; que celui-ci est dangereux, mais bien par ses déjections dont la moindre parcelle suffit à le souiller tout entier. Or, on comprend que dans celte maladie, où l’un des symptômes capitaux est une diarrhée abondante et quelquelois involontaire, 1! soit impossible d'empècher ce minimum d'infection, quelque soin de propreté que l’on prenne. Par les mains qui sont forcément contaminées dès le début, le malade achève de répandre le bacille sur toutes les. parties de son corps. Les produits d’expectoration, les vomissements, les urines ne contribuent pas peu à cette infection générale de toute la surface de l'individu:

On conçoit donc que le typhoïsant ainsi couvert de bacilles virulents soit directement dangereux pour ceux qui le touchent, qui le soignent, si ceux-là ne prennent aucune précaution hygié-

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nique. C'est de. cette façon, croyons-nous, qu'il faut entendre, dans beaucoup de cas, la contagion des gardes-malades, des infirmières : ces personnes sont en effet constamment à la portée du malade, le lavent, le baignent, manient ses urinoirs, lui prodiguent tous les soins qui nécessitent un contact multiplié et souvent prolongé. L'inoculation directe se fera sûrement si l'individu est réceptif, et s'il a négligé les soins de propreté indispensables à ceux qui soignent les malades en général, en tête desquels nous placerons Le lavage des mains.

C'est par le même mécanisme sans doute que certains étudiants en médecine ont été atteints de fièvre typhoïde après avoir fait l’autopsie de sujets morts de cette maladie.

I. — Le malade, source de contagion par l’atmosphère qui l’environne.

Ce n’est pas seulement par le contact direct du malade qu'on peut être infecté, l'atmosphère qui l'entoure est elle-même dangereuse.

L'air est un des intermédiaires les plus importants, après l’eau, entre l'homme malade et l'homme sain ; longtemps consi- . déré comme l'agent principal de la maladie, 1l a perdu beaucoup de son importance première depuis que l’on attribue à l'eau de boisson le premier rôle dans l'extension de la fièvre typhoïde.

L'opinion actuelle est que ce mode de véhiculation est assez rare, si toutefois même il est possible. S'il convient cependant de réduire ce rôle de l’air comme véhicule, ce serait une erreur de le supprimer, car bien des cas de contagion lui sont avec raison imputables. Il convient de s'entendre sur la façon dont l'air transporte le germe de la maladie. Nous savons que c'est presque exclusivement par les selles que le typhoïdique dissémine le bacille spécifique.

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Or il est bien évident que l'air ne reçoit rien de pathogène des déjections au moment de leur expulsion, puisqu'elles sont humides (1). Mais lorsque ces matières se sont desséchées sur les linges et la literie, à la faveur des selles involontaires ou non, et de la chaleur du patient, voire sur les planchers ou d'autres surfaces que la négligence des assistants leur a permis d'atteindre et où elle les abandonne, il est clair qu'elles deviennent aisément poussières, tout aussi bien que le feraient des crachats tuberculeux dans des conditions analogues, et que les bacilles typhogènes se prêtent dès lors à la véhiculation par Fair sur les ailes des particules organiques, plus volumineuses, qui leur sont associées, concrétions fécales, fibres végétales du linge, villosités des couvertures.

On ne voit pas ce qui empêcherait les personnes de l’entourage de respirer ces molécules virulentes et si elles sont réceptives, de contracter par ce mécanisme la fièvre typhoïde. Cette roule n’est pas interdite au bacille d'Eberth plus qu'au bacille tuberculeux. Nous verrons plus loin, dans le chapitre de la conlagion par l'habitation, que l'observation et la bactériologie s'accordent pour nous montrer la réalité de l'infection de l’organisme par les poussières tenues en suspension dans l'air. Nos observations XXII, XXIV et XXVI en sont déjà des preuves.

Il est donc indéniable que l’atmosphère environnant le malade peut être contaminée par la dessiccation des produits qui sortent du corps de celui-c1. Cette contamination peut-elle, comme on l'a soutenu récemment, être réalisée par l'air expiré par Je Lyphoïsant? En d’autres termes l'air expiré par les malades peut-il servir de véhicule au bacille d'Eberth? C'est là un point intéressant qui a donné lieu à un certain nombre de tra-

(1) Le microbe ne peut s'en détacher qu'après dessiccation de la masse et au . moment où elle atteint la pulvérulence, M. Miquel et Nægeli ont démontré que l'air, autour d’une masse putride et répandant à distance A odeurs insupportables, est microscopiquement pur, Lant que cette masse est humide.

vaux qui concluent, pour la plupart, à la négalive. On connaît les expériences de MM. Straus et Dubreuil, Charrin et Karth, Macé, Flügge, Grancher, etce., etc., qui ont tour à tour publié le résultat de leurs recherches sur cet important sujet: ils ont démontré la pureté optique et bactériologique de l'air expiré.

Récemment, M. Sicard, médecin de l'Hôtei-Dieu de Béziers, a repris l'étude de cette question. Il à trouvé des bacilles d'Eberth dans l'eau où 1l recueillait l'air expiré par des typhoïsants et il conclut que l'expiration des malades peut chasser des germes spécifiques dans l'atmosphère environnante.

Ces expériences ont une grande portée: elles ont un intérêt considérable car 1l n'est pas indifférent, au point de vue pralique, de savoir exactement si oui ou non l'air expiré par un typhique est nocif; mais si les données fournies par M. Sicard sont précieuses pour expliquer certains cas de contagion d’origine obscure, on peut se demander comment il se fait que l’entourage des malades ne soit pas plus fréquemment atteint. D'autre part ces faits sont en contradiction flagrante avec ce que nous savons de la pureté de l'air expiré. En raison même de l'importance de cette question il faut donc rester dans une prudente réserve et souhaiter que ces expériences soient contrôlées. Nous devons cependant rapporter l'opinion du D° Rousselot de Saint- Dié sur ce sujet : € Nous ne craignons pas d'affirmer que la contagion par l'air expiréest dangereuse, très fréquente, et s'exerce même après un contact passager et très peu prolongé, sans qu'il soit besoin d'une imprégnation de l'organisme.

Nous avons des exemples : un séminariste quitte notre ville en proic aux premiers symptômes de la fièvre typhoïde et prend le chemin de fer pour retourner chez lui: entre autres particularités, on remarque qu'il a surtout une haleine d'une fétidité horrible. Il voyage quelques instants en face d'une Jeune fille qui, impressionnée par cette fétidité de l'haleine de son vis-à-vis, tient la glace du compartiment ouverte. Cette jeune fille prend la dothiénentérie et suecombe. Elle venait d'une localité où

aucun cas de la maladie n'était constaté. Un autre séminariste éprouvait les premières atteintes du mal, mais continuait à suivre le régime commun. Il avait six camarades, compagnons habituels des promenades et récréations: son haleine était d'une horrible fétidité ;:ses camarades le remarquaient et s'en trouvaient incommodés, tous les 6 fürent atteints. Une jeune laitière, habitant à 3 kilomètres de Saint-Dié, porte quotidiennement le lait en ville. Au cours de sa tournée, elle: pénètre quelques instants près d’une jeune femme atteinte d’une forme très grave de fièvre typhoïde. Ce cas était unique dans le quartier, et la maison où se trouvait la malade, isolée de tous côtés par de grands jardins. La malade avait une haleine horriblement fétide, et ce détail m'avait frappé dès le début. Malgré la brièveté du contact notre laitière prend la maladie et l'importe dans son village où 1l n'existait aucun cas. Estl téméraire de considérer ces cas comme des exemples avérés de contagion par l'air expiré provenant de la malade? Notre laitière n'a pas respiré d'émanations fécales, d'ailleurs la ventilation de la chambre très spacieuse se faisait rigoureusement ainsi que la désinfection suivie de l’enfouissement profond des déjections. »

Nous rapportons ces observations pour ce qu'elles valent mais il était nécessaire que nous en parlions dans ce travail spécialement destiné à traiter les questions de cet ordre.

Quoi qu'il en soit, rappelons que c'est surtout par les poussières qu elle tent en suspension que l'atmosphère qui environne le malade est capable de transmettre la maladie. Il semble aussi qu'il faille un séjour prolongé dans la chambre du typhoïdique pour être atteint. Piedvache l'avait, du reste, déjà remarqué (1800) quand 1l dit que là fièvre typhoïde est contagieuse quand 1l y a défaut de renouvellement de l'air qui entoure le malade et séjour plus ou moins prolongé de lindividu sain dans cet air non renouvelé.

IT. — Le malade, source de contagion par son linge, sa literie, ses vêtements et les objets à son usage en général.

Puisque le malade est susceptible, par les produits pathologiques auxquels 1l donne naissance, de contaminer tout ce qui l'entoure, 1l va de soi que les objets qu'il rencontrera sur sa route sont également aptes à un degré plus ou moins élevé à recueillir et à garder une part de la matière spécifiquement dangereuse.

Les linges, la literie, les vêtements sont incontestablement des réceptacles de matières typhogènes et ces objets étaient tenus pour véhicules efficaces de la fièvre typhoïde par Bretonneau et Gendron. Les blanchisseuses, celles des hôpitaux, en particulier, sont de l'avis de maint auteur autorisé, fort eXpOsées à la maladie, preuve directe du danger qu'il y a à mamier les Hinges ’souillés par les typhiques. € C'est un fait dont mon expérience ne me permet pas de douter, dit Griesinger, surtout en raison de la fièvre typhoïde fréquente parmi les blanchisseuses des hôpitaux. » Le D' Twedie, cité par Guéneau de Mussy dit qu'autrefois on ne trouvait plus de blanchisseuses pour le Fever Hospital de Londres, parce que toutes celles qui avaient acceplé cette tâche avaient contracté la fièvre (1). La fièvre typhoïde atteignit une blanchisseuse qui n'avait pas bu la même eau que les camarades, mais qui avait lavé leur linge, dit Murchison, et Bretonneau rapporte qu'une femme du bourg de Beaumont, chargée de laver, avant de le lessiver, le linge d’un malade, ef qui n'eut avec celui-ci aucune communication, se plaignit d'avoir été imcommodée par l'odeur du linge qu'elle avait lavé. Cinq ou six Jours plus tard une céphalalgie intense, précédée de frissons et accompagnée de vertiges, marqua l'in-

(1) Il y a lieu de se demander si, dans ce cas, on n'avait pas affaire au typhus.

ose

vasion de la dothiénentérie, qui fut grave. Il n'y avait à cette époque aucune épidémie dans le pays.

Budd rapporte qu'en 1867 une blanchisseuse demeurant à deux milles d’une famille envahie par la fièvre typhoïde, et qui lavait le linge de cette famille, contracta la maladie qui atteignit ensuite deux de ses sœurs vivant sous le même toit qu'elle. Les exemples de communication de cette affection par du linge ou des vêtements contaminés étaient très communs autrefois, ajoute Budd, mais instruit par une expérience cruellement achetée, le public a compris l'importance de la désinfection du linge sale des malades avant de l'envoyer au blanchissage. C'est encore à Budd que nous empruntons le fait suivant :

OsservarioN XLVIIL. — Un garçon de 12 ans arrive de Londres malade de la fièvre typhoïde, dans un hôtel de l'Engadine, où les conditions sanitaires élaient excellentes ; 11 meurt dix jours après son arrivée, entouré de divers membres de sa famille, son père, sa mère et sa tante. Celle-ci avait été particulièrement chargée de ranger le linge qui servait au malade. Deux jours après la mort de celui-ci, la famille se disperse ; la tante part pour l’Allemagne. Elle éprouve en route les prodromes de la maladie et meurt de dothiénentérie quelques jours après être rentrée chez elle.

La literie n’est pas moins dangereuse que le linge des typhiques et cela se conçoit facilement. Il ne manque pas d’observations de ce genre. Gendron, notamment, en rapporte quelquesunes, qui sont du reste contestables, Nous citerons l'exemple suivant emprunté à Murchison :

Osservarron XLIX. — En 1859, la femme d'un boucher résidant dans le petit village de Warbstowe, alla à Cardiffidans le pays de Galles, pour voir sa sœur qui était malade, et qui mourut bientôt de la fièvre typhoïde. Elle rapporta la biterie de sa sœur. Une quinzaine de jours après son retour à Warbstowe, une autre sœur s'occupa d'étendre à l'air ces objets. Bientôt après, elle tomba malade de la fièvre typhoïde qui se répandit autour d'elle en rayonnant comme d'un centre. La femme qui avait été à Cardiff n'eut jamais la fièvre. I n'y avait jamais eu aueun cas à Warbstowe avant son retour; il n'y en avait pas non plus auparavant de cas dans le voisinage et il n'y en eut pas davantage après.

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Le D' Alison, de Dancarat, relate un cas de ce genre, plus précis encore

Osservarron L. — Dans la famille T..., composée du père, de la mère, de deux fils, 18 et 15 ans, et de deux filles plus jeunes, les deux fils sont atteints de fièvre typhoïde à dix mois d’ intervalle, l'un le 4 septembre 1878, l’autre le 15 juillet 1870. La famille qui habitait Réclouville, petit less de Meurthe-et-Moselle, vient habiter le village d’Azerailles vers le 15 février 1880. Or le 12 septembre de la même année, la mère des enfants T... prit elle-même une fièvre typhoïde dont elle mourut après trois semaines de maladie.

D'où venait ce cas dans un village où depuis 1858-59 aucune épidémie n'avait sévi? La nouvelle maison habitée par la famille T... fut même épargnée pendant ces deux années meurtrières. La femme T..., qui quittait très rarement sa maison, n'était pas sorti d'Azerailles depuis quatre mois. Aucune personne malade ne pénétra dans cette famille depuis son arrivée dans cette commune. Une fontaine d’eau de source de bonne qualité alimente la maison : elle est exempte de toute souillure organique. Rien à redire des fosses d’aisances qui sont placées assez loin de la maison, au bout du jardin. Pas d'égouts autour de la maison. Notre examen ayant ensuite porté sur les objets de literie, nous avons appris que cette famille, avant de quitter Réclouville, avait procédé à un lavage général comprenant les linges de table et les vêtements, mais avait négligé de laver la toile servant d’enveloppe à la paillasse du lit de la malade et sur laquelle on voyait emcore plusieurs souillures de l'étendue de la main, provenant des matières fécales des deux fils. Dès lors nous devions admettre que cette | toile d'emballage sur laquelle couchait la femme T... pouvait renfermer. des germes typhogènes provenant de la maladie de son second fils et avoir servi à la contamination de la pauvre mère.

Berthet, alors interne des hôpitaux de Lyon, attribue aux objets de literie et d'habillement une épidémie qui se développa dans un local encombré et mal aéré d’ailleurs, où avait été malade pendant quelques jours, plus de deux mois auparavant, un individu mort de fièvre typhoïde à l'Hôtel-Dieu ; cette épidémie qui frappa presque simultanément et à des degrés divers cinq habitants du même local, céda à des mesures de désinfection. Elle ne présenterait aucun intérêt, dit l’auteur, si elle ne montrait clairement l'évidence de J'infection par le local,

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PA ETS EN la literie et les effets d'habillement, même à longue échéance, et en dehors des ingesta et surtout de l’eau qu'on rend gériéralement responsable.

M. Salivas, à Langres, incrimine l'infection des effets de couchage ayant servi à des hommes atteints au début de l'épidémie et utilisés ensuite sans désinfection suffisante. M. Passot, à Amiens, relate plusieurs cas développés chez des militaires qui avaient couché dans la literie de soldats atteints quelque temps auparavant. (Colin. Rapport de 1882.)

Quincke cite un fait de même ordre qui hu a été communiqué par Salchli: 1l s'agit de trois enfants qui prirent la fièvre après avoir joué sur la Ne qui avait servi au coucher des soldats français internés et atteints de dothiénentérie, à Aarberg (Homolle).

On conçoit facilement que les matelas :soient aussi des véhicules importants du bacille pathogène : ils sont alors surtout dangereux pour ceux qui les cardent plus tard. Nous avons vu plus haut que le D'Laveran rapporte le fait d’un infirmier atteint de typhoïde, et qui était spécialement affecté à la matelasserie.

Les vêtements sont également un moyen de TORRES du bacille d’'Eberth.

A. Müller raconte que la femme d'un instituteur d'Oberwyl contracta la fièvre typhoïde dans un voyage et revint malade chez elle. La contagion s’étendit à la famille et à un grand nombre de personnes de la commune qui toutes avaient eu des relations directes avec les malades, tandis que les habitants des maisons voisines élaient épargnés lorsqu'ils n'avaient eu aucun rapport avec les typhoïdiques. L'épidémie semblait terminée, lorsque, deux mois plus tard, un fonctionnaire, qui vint faire l'inventaire des effets dans la maison de l'instituteur jusque-là fermée, prit la fièvre typhoïde. Enfin, trois semaines après, la maladie éclata dans une pauvre cabane où habitait, à une demiheure d'Oberwyl, une famille nombreuse qui avait acheté la literie de l'instituteur décédé,

LADA LA

Budd, d'après le D: Clarkes, dit aussi que les prêteurs sur gages et les marchands de vieux vêtements qui reçoivent en dépôt ou achètent les effets des fébricitants paient un large tribut à la fièvre.

Un bel exemple de contagion par les vêtements nous est fourni par Gelau, médecin militaire allemand.

OsservarioN LI, — La première fraction du régiment d'artillerie, n° 26, occupe à Oldenbourg deux casernes restées indemnes de la fièvre typhoïde jusqu'au jour où elle l'apporta de France en 1873. La maladie sévissant presque exclusivement sur les hommes d’une caserne on pouvait déjà conclure que ni l’eau de boisson, ni les latrines, communes aux deux casernes, n'entraient pour rien dans sa production. On incrimina donc les émanations du sol: le sol de la caserne et celui de la cour avoisinante furent imperméabilisés ; en outre les chambres furent désinfectées à fond par l'acide sulfureux. Toutes ces mesures n’améliorèrent que temporairement l’état sanitaire, et la dothiénentérie recommença ses ravages. En dressant un tableau des cas de fièvré typhoïde depuis 1873, l’auteur constata que la deuxième batterie avait toujours eu un nombre de malades supérieur. L'eau, les latrines étant communes à toutes les batteries, les logements ayant été très rigoureusement désinfectés, il ne restait plus à incriminer que le linge et les vêtements. L'auteur se fit présenter les chemises, caleçons et pantalons de la deuxième batterie; il constata que presque sans exception ces effets étaient plus ou moins souillés par des matières

* fécales desséchées, particulièrement les doublures de pantalon. Poursuiyant cette voie, l’auteur arrivait bientôt à la conviction que de tous les vêtements les culottes de cheval seules constituaient le corps du délit. La plupart des malades étaient en effet des conducteurs ; or, on ne pouvait raisonnablement accuser le service à cheval de prédisposer à la fièvre typhoïde.

Ces constatations engagèrent l’auteur à demander la désinfection à fond de tous les vieux vêtements. On les soumit pendant douze heures aux vapeurs de chlore, puis ils furent chauffés pendant A heures dans le four à désinfection de l Lépine

Depuis la fièvre typhoïde n'a plus reparu (18 novembre 1884) ». D'après Mackiewicz.

MM. Coustan et Dubrulle ont remarqué, au temps où le

FAP magasin d'habillement des corps était commun à toutes les compagnies, que les employés qui mauipulaient les effets, parmi lesquels ceux des hommes entrés à l'hôpital, fournis-

saient un contingent plus élevé à la maladie que les autres sol-

dats.

Le danger n'existe pas seulement dans les linges, la literié et les vêtements du typhoïdique : tous les objets quels qu'ils soient, dont se sert le malade, sont aptes à transmettre le contage. C'est ici le cas de rappeler l'exemple de Lemoine qu attribue trois cas de contagion hospitalière à l'emploi de chaises

percées réservées aux typhoïdiques. Le D" OEtunger se

demande aussi, si dans un cas où le malade faisait un fréquent usage des lavements, il ne s’est pas servi de la canule conta-

minée par un typhique. C'est peut - être, il est vrai, vouloir

trouver, malgré tout, un contact que l’on croit indispensable.

Il est facile de comprendre que les livres, les journaux que se prêtent les malades, surtout à l'hôpital, puissent transmettre le bacille qui est encore virulent.

Sans entrer dans le détail qui serait infini de tous les objets susceptibles d'être les agents de transmission de l'agent pathogène, l'explication paraît simple à fournir.

Les matières fécales typhoïdiques pulvérulentes ou desséchées, contenues dans les linges, les vêtements ou répandues sur la surface des objets contaminés, souillent les mains de qui les touche et de R le germe ne tarde pas à passer dans les voies digestives. Le plus souvent, c'est en répandant dans l'air la poussière que soulève la manipulation des effets dangereux, que se fait l'infection de l'individu sain, nous verrons plus loin par quel procédé intime.

IV. — Le malade, source de contagion par l’habitation qu’il a infectée.

Nous allons maintenant aborder l'étude d’un mode de trans-

Ir Qn —

mussion de la fièvre typhoïde tout à fait intéressant; nous voulons parler de la contagion par l'habitation occupée par un typhoïsant. Pour que cette contagion soit possible, 1l faut que l'habitation elle-même ait reçu et conserve le bacille.

Comment le reçoit-elle ? D’après ce que nous avons dit précédemment, on peut déjà s'en faire une idée. Les produits pathologiques émanés du malade, malgré les précautions prises, ne sont pas sans atteindre les murs ou les planchers, soit directement, soit indirectement par les linges souillés qu'on dépose par terre, dans les coins, en altendant leur transport hors de la chambre. Toutes les surfaces, tous les recoins où peuvent se déposer des poussières sont aptes à garder les microbes typhogènes pour les rendre plus tard. Les planchers sont surtout en cause et cela se conçoit : les poussières spécifiques qui existent forcément dans la chambre du malade se déposent et se logent dans les fentes du parquet et dans l’entrevous. Elles y reslent en repos Jusqu'à ce que, par suites de circonstances diverses, secousses imprimées par la marche, courants d’air un peu vifs, balayages intempestifs surtout, elles se répandent dans l'air, infectant les gens qui occuperont le logement. On comprend l'extrême 1 impor tance qui s'attache à ce mécanisme de la contagion.

Nous en avons aujourd'hui des exemples probants. La plupart nous sont fournis par les épidémiologistes militaires, plus à portée que leurs confrères civils de faire une enquête minutieuse lorsqu'une épidémie de fièvre typhoïde vient à éclater dans une garnison. Dans l’armée, en effet, à peine quelques cas de dothiénentérie sont-ils déclarés que l’eau bue par le corps de troupe attemt est envoyée au laboratoire de bactériologie du Val-de-Grâce, où elle est soigneusement analysée. Il est donc plus facile de rapporter alors la fièvre typhoïde à sa véritable cause, que ce soit l’eau ou tout autré milieu. Or, certains médeeins ont observé assez fréquemment dans les casernes, des séries de cas répartis sur une période relativement courte et

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provenant tous d'une seule ou de quelques chambrées; cette limitation du mal à un groupe d'individus qui, à part leur cohabitation dans la même pièce, sont assujettis aux mêmes conditions hygiéniques que l’ensemble de la troupe, cette limitation, jointe à la non-constatation du bacille dans l'eau, dénote l'existence de foyers infectieux dans lhabitation.

Déjà, avant qu'on accusät ouvertement l’eau de boisson, le P: Colin avait remarqué que le séjour d’une fraction de troupe en proie à la fièvre typhoïde porte à un degré extrême l'infection spécifique des locaux où cette troupe s’abrite, les convertit en foyers et que, quels que soient les aliments, les boissons, le sol et les alentours, l'air de cette caserne est pestilentiel. M. Colin recommiandait, en conséquence, de la façon la plus pressante et avec infiniment de raison, d'abandonner d'abord cette atmosphère. C'est le premier élément de la prophylaxie et un élément si puissant que son application suffit souvent à elle seule pour couper court à l'épidémie, sans qu'on ait changé rien autre chose que l'air. Or, un seul malade fait dans une pièce, en petit, ce qu'une troupe fait dans une caserne. ;

La littérature médicale contient un certain nombre de faits prouvant la contamination des locaux par le bacille typhoïdique. On a le plus souvent eu l'occasion de le constater pour les planchers.

En 1883, Emmerich signale une chambrée de la caserne d’Albertstadt (Dresde) où plusieurs soldats furent atteints lun après l’autre de la fièvre typhoïde. On enleva quelques planches du parquet et on trouva au dessous un véritable marais qu'avaient produit de fréquents lavages à grande eau. Là était probablement l'origine du mal, car la chambre assainie et désinfectée ne présenta plus de malades.

Michaelis incrimine aussi les planchers dans une peute épidémie qui survint à Larino (Tyrol) en 1882.

Kocher cite une maison de Saint-Pétersbourg où 7 personnes

boree sur 22 furent prises de fièvre typhoïde en deux mois. On remplaça les planchers et la maladie cessa.

Dans son Traité des maladies épidémiques, M. Kelsch rapporte de nombreux exemples d'infection typhoïdique par la réfection de planchers contaminés.

&« En 1884, 5 cas de dothiénentérie se suceèdent rapidement dans deux chambres du fort de Romainville, pendant qu'on y exécutait des travaux de réparation aux planchers.

De mars à mai 1885, 7 cas se produisent successivement à la caserne de Saint-Paul, à Verdun. Les hommes attéints appartenaient tous au 87° de ligne : ils habitaient des chambres séparées, mais donnant, à des élages différents, sur un même escahier. La petite épidémie respecta, au contraire, les soldats du 04° de ligne qui occupaient le même casernement, mais avaient à leur disposition des escaliers différents de ceux du 87°. Cette limitation du mal à ce dermier corps ne pouvait être attribuée ni à l’eau ni aux latrines, communes aux deux groupes: M. Salle n'a pu lui assigner d'autre cause que la réfection du plancher d'une des STE occupées par le 87°, et le dépôt momentané des déchets au pied de l'escalier desservant les chambrées où s'étaient déclarés les cas de fièvre typhoïde.

Des observations semblables furent faites un peu plus tard, dans la même caserne, par M. Bouchez. Du 7 au 27 novembre 1886, d hommes du bataillon de forteresse du 94° entrèrent à l'hôpital pour fièvre typhoïde. Cette pelite épidémie, qui disparut aussi brusquement qu'elle était née, respecta complètement le, bataillon du 43°, logé dans le même bâtiment. Or 1l s’est trouvé encore que quelques-uns des locaux occupés par le 94° et desservis par des escaliers spéciaux (n° 3, 4 et 5) avaient subi des réparations dans les planchers au début d'octobre, c'est-à-dire pendant le mois qui précéda l'apparition du premier cas de fièvre : tandis que dans les chambres du 45°, desservies par les escaliers 1 et 2, il n'avait été effectué aucun travail de

démolition.

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Enfin, en 1888, du 8 au 18 septembre, trois sujets furent admis coup sur Coup à l'hôpital pour fièvre typhoïde au premier septénaire. Ils faisaient partie d'un groupe d'individus qui avaient été particulièrement exposés, du 6 au 15 août précédent, aux poussières soulevées par l'enlèvement des planchers sur une surface de 9g mètres carrés. Dans ces deux derniers épisodes, pas plus que dans le premier, la genèse par l'eau, par l'encombrement, par les fatigues, le surmenage, ne peut être mise en avant, car l'hygiène et les obligations professionnelles. étaient exactement les mêmes pour toute la population de la caserne. :

Tout récemment, enfin, au printemps de 188ç, une petite épidémie éclata au 2° de ligne, à Granville. Elle resta localisée au casernement du 5° le et éprouva surtout la 4° compagnie qui fournit les trois prenuers cas et compta cinq décès sur un total de huit. Après avoir éliminé par une analyse rigoureuse les facteurs pathologiques ordinaires, M. Larat, médecinmajor, dut s'en prendre encore à l'infection des planchers de la 4° compagnie du 3° bataillon, et les considérations qu'il présente à ce sujet rendent son opinion très plausible. »

Du reste la souillure spécifique des poussières à été démontrée directement par les recherches bactériologiques dont cellesei ont été l'objet dans certains cas.

Lors d'une épidémie de fièvre typhoïde qui sévit de novembre 188/ à fin janvier 1885 à la caserne de marine à Copenhague, relativement légère, puisque sur 250 hommes, 20 furent atteints sans un seul décès, Tryde préleva des parcelles de la terre placée sous le plancher de la partie de la chambre correspondant au lit du premier marin atteint. Les échantillons, soumis à des cultures faites avec le plus grand soin et de concert avec M. le D: Salmonsen, docent en bactériologie, ont donné des bacilles qui, aussi bien sous le rapport de leur structure que sous celui de leur développement dans la gélatine et sur la pomme de terre, étaient identiques au bacille de Galky. Pour

LE. dés |

donner à #es résullats un caractère de plus grande certitude, M. Tryde avait renoncé, pendant qu'il expérimentait avec des échantiHons de terre, à faire des cultures de contrôle au moyen de la matière morbide provenant de malades morts de dothiénentérie, Les recherches comparatives ont été faites plus tard et ont confirmé les premiers résultats, (D'après la Semaine

médicale.)

SLe D' Chour, médecin militaire russe, à propos d'une épidémie, à trouvé également Je bacille d'Eberth dans les poussières du casernement. Nous ne pouvons mieux faire que reproduire, d'après M. Vaillard, cette belle observation ;

Ossensarios LIL — Deux régiments d'infanterie stationnés à Jitomir et réceyant la même eau potable sont inégalement atteints par la fièvre tyeue L'ue, le 527°, fournit une morbidité de 9,6 pour 1000 en 1885 * et de 3,2 pour 1000 en 1886; l'autre, le régiment de Kourtk, présente pendant les mémes périodes une morbidité bien plus levée et dont l'étude détaillée aboutit à des constatations significatives.

Ce régiment de Kourtk est réparti en des points différents de Ja ville. La fraction logée à Va caserne Hammermann se fait remarquer par une morbidité typhoïde de beaucoup supérieure à celle qui est relevée pour ” l'ensemble des autres parties du même corps. Tandis, en effet, que les atteintes portant sur ces dernières étaient de 11 pour 1000 en 1885 et de 16 pour 1000 en 1886, elles se chiffraient à la caserne Harmmermann par 15 pour 1000 en 1885 et 50,7 pour 1000 en 1886. Une donnée plus importante encore # dégage des éléments de la statistique : parmi les troupes de la caserne Hammermans, une compagnie, la 4°, est surtout frappée en 1886 et fournit à elle seule 14 caf de fièvre typhoïde sur un effectif de

hommes, s0it ls production énorme de 155 pour 1000.

- Cette manifestation intensive de ja maladie en une partie limitée de Ja caserne Mamsmermann suggérait Vidée d'un facteur étiologique localisé en quelque sorte dans les chambres dont les occupants étaient si éprouvés. Aussi en décembre 1886 Je médecin en chef du corps d'armée provoqua- 1-1) l'évacuation des locaux occupés par la 4° compagnie, et la désinfection énergique von seulement des murs et planchers, maïs encore des effets d'habillement et de la Wterse, Ceux-ci furent soumis à la vapeur d’eau, les planchers furent enlevés, tout l'entrevous.fut imprégné d'acide phénique à 5 pour 100 et son contenu renouvelé. Le stucage des murs et des pla-

fonds fut démoli ; on fit vaporiser dans les chambres du chlore mélangé à de l’acide phénique à 5 pour 100, enfin toutes les boiseries furent repeintes à neuf.

Après l'exécution de ces mesures radicales la 4° compagnie occupe à

nouveau son casernement habituel ; sa morbidité typhoïde se réduisit 1,7 pour 1000 en 1887, et dexint nulle en 1888.

Or, pendant le même laps de temps, dans les chambres de la caserne qui n’avaient pas été soumises à la désinfection, la fièvre typhoïde continuait à sévir avec persistance, donnant une morbidité de 22 pour 1000 en 1887 et de 33 pour 1000 en 1888, alors que les atteintes n'étaient queée 11 pour 1000 et de 16 pour 1000 dans l’ensemble des autres parties de la garnison.

La disparition si remarquable de la maladie dans les locaux soigneusement désinfectés, sa persistance, au contraire, et à un taux élevé, dans ceux qui n'avaient été l’objet d'aucune mesure de ce genre, apportaient une confirmation de plus à l'hypothèse d’une cause locale, inhérente à l'habitat lui-même. Sur l'avis du médecin en chef du corps d'armée, les poussières du plancher et de l’entrevous des chambres infectées furent soumises à un examen bactériologique. Dans ces poussières éminemment riches en microbes (14 millions par gramme), on parvint à déceler la présence du bacille typhique ; c'était l'explication précise des particularités mises en lumière par la statistique et la démonstration complète du rôle joué par les souillures des parquets dans la fréquence plus grande de la fièvre typhoïde à la caserne Hammermann.

Les chambres contagionnées furent - immédiatement évacuées et les hommes allèrent camper dans un bois voisin de Jitomir. Trois cas furent encore constatés du 5 au 20 mars chez des hommes qui avaient quitté la caserne en état d’incubation ; mais, à partir de cette époque, aucun cas ne fut constaté, ce qui permit de considérer la maladie comme éteinte.

Uptadel à Augsbourg, Birsch-Hirschfeld à Leipzig, d'après une citation du D: Chour, auraient de même décelé la présence du bacille typhique dans des circonstances identiques. |

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in France, un fait analogue est raconté par M. Kelsch :

OsservariroN LIL. — Du 15 au 20 décembre 1891, six cas de fièvre typhoïde se développèrent dans un seul pavillon du quartier d'Aboville à Poitiers. La qualité de l'eau n'ayant pu être mise en cause, on analysa les poussières recueillies sur le plancher du pavillon infecté, poussières qu'on soupçonnail avoir été souillées par des parcelles de matières fécales appor-

ÉidT ee tées des latrines en réparation par les chaussures des hommes, L'analyse bactériologique, qui fut faite par M. Lhéritier de Chezelles, y décela la présence du bacille d'Éberth, et cette constatation fut confirmée ultéricurement par M. Vaillard à qui les poussières incriminées furent soumises. Ajoutons que l'existence du bacille dans les latrines de cette caserne n'avait rien de surprenant, car une grave épidémie de fièvre typhoïde avait sévi dans le quartier pendant l'hiver 1889-00.

Dans une communication à l'Académie de médecine, MM. Sanglé-Ferrière et Remlinger ont également décelé la présence du germe spécifique dans les poussières d’un casernement de la 8° compagnie de remonte à Tums, à l’occasion d'une épidémie.

Osservarion LIV. — Cette petite épidémie (six hommes furent atteints, dont deux moururent), qui a évolué en dctobre-novembre 1896 est restée circonscrite à un détachement de 50 cavaliers de remonte, installés dans deux vieilles chambres de la caserne Forgemol, épargnant totalement les autres corps de troupe, logés dans le même quartier. Une pareille localisation mettait hors de cause les facteurs étiologiques ordinaires de la fièvre typhoïde, notamment l’eau de consommation qui est la même pour toute la troupe et qui est d’ailleurs de qualité excellente : elle vient des sources de Zagouhan.

Cette circonstance amena Ée auteurs à incriminer la poussière des deux chambres frappées ; son rôle pathogène avait été déjà soupçonné lors d'épidémies précédentes, mais cette fois le soupçon fut changé en certitude par l’examen bactériologique. Le 26 novembre des poussières furent prélevées dans l’une des deux chambres ingriminées, sur le sol dallé, sur les parois murales et dans les interstices des planchers du plafond. Le procédé d’Elsner, appliqué à leur analyse, y a fait découvrir le bacille coli et un autre bacille ayant toutes les propriétés morphologiques et biologiques du bacille d'Éberth y compris le phénomène de l’agglutination. De nouveaux prélèvements opérés le 4 décembre et analysés de la même manière ont donné des résultats identiques ; on y trouva aussi le bacille pyocyanique. L'évaluation quantitative des microbes a donné 5 500 000 aérobies par gramme de poussière de la première chambre et 7 millions pour la seconde. L'analyse bactériologique de l'eau n'y à fait découvrir que des espèces banales ».

J'ajoute, dit le D' Kelsch, rapporteur, que l'un des deux auteurs, M. Remlnger, est rompu à toutes les difficultés de la

— gp 2 technique bactériologique. Il à travaillé pendant deux ans sous la direction du P° Vaillard: c’est dire que ses résultats HO pas besoin d'être contrôlés. |

Ce fait est des plus suggeslifs. Il est certain que dans ce cas ce sont bien les poussières qui ont causé l'épidémie ; la contreépreuve en est que l'évacuation des deux salles ÿ à mis brusquement fin. C'est à un nouveau témoignage du rôle des poussières dans la véhiculation des germes pathogènes : elles sont, à cet égard, aussi importantes à considérer que l’eau de boisson. La destruction des poussières et limperméabilhisation des planchers sont aussi indispensables que la purification de l’eau (Kelsch).

MM. Remlinger et Schneider ont également trouvé le bacille d'Eberth dans les poussières recueillies sur le plancher du laboratoire de bactériologie du Val-de-Grâce, et dans l’entrevous d'une chambre de caserne (Cahors) en l'absence de toute manifestation typhoïdique.

Ces résullats sont absolument opposés aux aflirmations de Germano qui prétend que le bacille typhique résiste peu à la dessiccalion dans un milieu de poussières où 1l disparaît presque complètement au bout de 24 heures. Ils sont toutefois confirmés par les expériences d'Uffelmann qui, infectant avec des cultures typhiques de la terre, du sable, des poussières, des étofles et du bois qu'il avait d'abord stérilisés, a recherché pendant combien de temps les bacilles typhiques résistaient à la dessiccation, à la température de 14 à 16° R., soit de 16 à 20° C. Or il résulte de ces expériences que les bacilles typhogènes

restèrent vivants malgré leur dessiceation: 21 jours dans la terre de jardin, 82 jours dans le sable, plus de 30 jours dans les-poussières des balayeurs, Go à 72 jours sur de la toile, 32 jours sur du bois. Encore faut-il remarquer, en Ce qui concerne le bois et les poussières, que les expériences ne furent pas poursuivies jusqu'à la disparition complète des bacilles typhiques.

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Cette conservation du contage dans Jes locaux habités et sur les objets inanimés qu'ils renferment peut expliquer sans difficulté la réapparition de la fièvre typhoïde, d'année en année, ou à de plus longs intervalles, dans la même ville, le même quarlier, la même caserne, sévissant sur les individus nouvellement arrivés et-qui sont réceptifs ou sur les indemnes des années précédentes.

C'est ainsi quil faut entendre le fait suivant rapporté par Budd : Une chaumière de laboureurs resta vide pendant deux ans parce que ses derniers habitants avaient presque tous été aflectés de fièvre typhoïde. Après ce laps de temps, elle fut louée de nouveau, mais trois semaines après leur installation, plusieurs de ceux qui l'occupaient furent pris de dothiénentérie alors qu'il n'en existait aucun cas dans le voisinage.

Nous avons, écrivait le D' Arnould en 1 882, dans la région du Nord une demi-douzaine de casernes très mauvaises, où la réapparition annuelle de la maladie est presque la règle. C'est une réviviscence des germes qui y séjournent. On peut interrompre cette tradition fatale en modifiant profondément les conditigns hygiéniques des locaux. C’est ce qui est arrivé pour la caserne du 84° à Avesnes qui avait tous les ans son épidémie estivale depuis 1875. A l’occasion de l'épidémie de 1887, les chambres ont été désinfectées à l'acide sulfureux, blanchies à la chaux: des fosses mobiles ont été substituées aux fosses fixes. Malgré l’arrivée des réservistes en septembre et de 500 recrues en novembre 1881, l’année 1882 s'est passée sans alerte.

C'est également à l'influence du casernement que le D' Dubrulle attribue une légère épidémie qui sévit sur la garnison de Bourg, en janvier 1893. À deux reprises, l'analyse de l’eau pratiquée par M. Vaillard donne environ 50 germes aérobies par centimètre cube, appartenant à quelques espèces banales : elle ne contient n1 coli-bacille, ni bacille d'Eberth. Par contre la maladie marque une certaine préférence pour un bâtiment

IAE EEE re" 7 2) DRE ONE GET UC l'AS P REC TEUS LACS AL 0 PRET ANT RS TEA CANNES TŸE ù CAE Ryan à {A PAU RES CA À ! RAY.

— 94 — & de la caserne, le plus vieux et qui à déjà fourni des malades x dans des épidémies précédentes.

C’est également dans le sens d'une contamination profonde par les malades, que 1 M. Colin avait raison de dire que les salles des hôpitaux où ont été accumulés depuis longtemps les typhoïdiques, finissent par devenir un foyer d'infection.

C'est à la souillure séculaire et accumulée de Fhôpital ds Lille que J. Arnould attribue les cas intérieurs qu'il a observés et que nous avons rapportés dans le chapitre de la contagion hospitalière.

L'hôpital militaire de Nancy semble ou plutôt semblait rentrer dans ce cas à l'époque où le D' Daga était chargé d'un service de fiévreux. En effet, les cas intérieurs qu'il a signalés sont fort nombreux : en 1874, il y eut 10 cas, dont cinq militaires, deux frères hospitaliers et trois infirmiers : en 1877 1l y en eut neuf, chez des nulitaires en traitement: en 1878 quatre et 21 en 1879 dont deux infirmiers. En 1880, Daga a constaté 32 cas, 49 en 1887 et 19 en 1882. Il admet pour ces deux dernières années, entre autres influences, l'infection par la réparation des planchers. On recueilht un amas considérable de plâtras, de poussières sous le plancher, saturés de matières organiques, de germes morbides provenant de nombreux typhiques traités pendant et après l'occupation allemande, et cet amas resla déposé durant tout le mois de juin dans la cour antérieure, à quelques mètres seulement de la porte d'entrée du casernement des infirmiers. Ce qui incite à croire que ces cas furent bien dus à la souillure profonde de l'hôpital, de ses parquets et de ses murs, c'est que du mois de mai 1889 jusqu'à l'année 1883, sur 217 cas de fièvre typhoïde admis à l'hôpital militaire, on n'a compté que 4 cas intérieurs dont 2 infirmiers. Cette disparition presque complète et remarquable des cas nosocomiaux s'explique très bien par les mesures d'assainissement et de désinféction qui ont été prises. En effet les salles affectées aux {yphiques furent désinfectées par des vapeurs sulfureuses,

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Les murs furent 'grattés avec soin et l’éenduit fut lavé à l’eau phéniquée. La laine des matelas et des traversins, ainsi que le crin ont élé soumis aux vapeurs du soufre. Les couvertures, après désinfection, ont été foulonnées : les lits en fer ont été repeints. Depuis ce moment, la conta agion n'a semblé avoir que peu d'influence.

Rappelons, en terminant ce chapitre, que les cas sporadiques semblent bien indique r aussi la permanence des germes dans les habitations. Ils sont à l'égard de ces derniers comme autant de passages successifs, au moyen desquels la graine s’entretient et se rafraichit sans cesse. |

V. — Le malade, source de contagion par l'intermédiaire d’une tierce personne.

Le malade n’est pas dangereux seulement par lui-même, par l'atmosphère qui Fenvironne, par ses effets et ses linges, par son habitation ; il peut arriver qu'une personne absolument indemne prenne le contage dans le foyer créé directement par le typhoïsant et transporte ce germe ainsi pris au chevet du malade à d’autres personnes en élat de réceptivité, et qui n'ont

"eu avec celui-ci aucune espèce de rapport.

Ce qui n'était autrefois qu'une ingénieuse hypothèse mérite qu'on s'y arrête un instant, bien que lexpérimentalion soit muette à ce sujet. Il est probable, en eflet, que la surface exténieure, les mains en parliculier, et les vêtements des personnes qui entourent le malade ou séjournent dans son atmosphère, sont capables de recevoir leur part des éclaboussures des produits pathologiques, selles, urines, crachats, sueurs, ete. Paen d'étonnant à ce qu'ils collectionnent des poussières pathogènes qui flottent dans l'air du local où est couché Île typhoïsant.

Les conséquences de cette infection sont aisément saisissables, lorsque l'individu qui s'y est exposé est récepüf : 1l con-

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