‹ Le Malade Source de Contagion dans la Fièvre TyphoïdeChapitre 25 sur 30 · MIO · texte numérisé non relu

MIO

de la Métropole déclara que l'épidémie était due à l'état insalubre de cet égout principal.

IL semble bien qu'il n’y ait pas là à invoquer d’autre cause que le contenu de ces petites fosses qu'on a déversé juste avant l'apparition de l'épidémie, 1l y avait sans doute dans ce contenu des matières spécifiques qui n'ont pas tardé à prouver leur influence néfaste. Comment expliquer aussi cette concordance absolue des cas de maladie avec la direction de l'égout incriminé, si l'on se refuse à admettre la contagion par l'air?

Ogservariox LVIII (Résumée). — En 1853, six policemen furent admis pour fièvre typhoïde à l'Hôpital des Fiévreux, venant du poste de police de Peckham. Ces hommes affirmaient qu'ils avaient été souvent incommodés par des odeurs infectes dans la salle où ils se tenaient, et ils s'étaient adressés à l'officier sanitaire du district afin qu'il examinât soigneusement le bâtiment. Cet examen fit découvrir que les lieux d’aisances du rez-dechaussée se déversaient non pas dans l'égout principal avec lequel ils n'avaient aucune connexion, mais dans un vieux puits situé immédiatement au-dessous du passage adjacent à la chambre en question. Une accumulation de plus de dix pieds d’ordures s'était produite là depuis des

années, et l'ouverture du puits n'était couverte que par les dalles du passage. Le cloaque fut comblé et la fièvre cessa.

Cette observation semble probante : depuis des années le puits recevait les déjections des habitants du rez-de-chaussée et émetlait des odeurs qui n'étaient pas nocives. Tout à coup survient une épidémie parmi les hommes qui se tenaient dans la salle infectée par ces exhalaisons : ilest probable qu'à ce moment des déjections typhoïdiques ont dû être versées dans ce puits et être la cause de la maladie. Si l'on objecte que les policemen pouvaient aussi bien boire de l’eau contaminée précisément par ce cloaque, comment expliquer la disparition brusque de l'épidémie coïncidant avec la fermeture de ce cloaque? Si l'eau avait contenu le bacille, celui-ci aurait subsisté encore un certain temps et des cas nouveaux se seraient déclarés.

tion LIX. — Pendant l’automne de 1858, une épidémie de fièvre typhoïde éclata à Windsor, vraisemblablement due aux émanations

se ]

pare

des égouts. Deux des trois quartiers de la ville furent par -uculièrement ÉRnoA or, ces deux quartiers avaient un système complet d'égouts, des lieux d’aisances dans l’intérieur des maisons et des éviers avec Fe conduits dans les cuisines. Ces égouts habituellement remplis par un flot continuel d'eau de la Tanuse, se trouvèrent remplis par les ordures accumulées, lors de la grande sécheresse qui abaissa le niveau du fleuve. Des exhalaisons fétides en émanaient. Les riches et les pauvres furent également frappés dans ces deux quartiers, mais les cas furent plus nombreux et plus graves dans les bas quartiers où tous les égouts de la ville se réunissaient et où ils avaient la pente la moins forte. Le quartier de la ville qui fut presque exempt de fièvre était le plus pauvre et le choléra y avait sévi en 1849. Bien que les égouts de cette partie de la ville eussent souffert du manque d’eau, les lieux d’aisances étaient en dehors des maisons et il n'existait aucune communication ni par les conduits d'évier, ni autrement, entre les égouts et l'intérieur des maisons. — Aucun cas de fièvre n'eut lieu au château de Windsor qui avait un égout particulier bien ventilé et irrigué chaque matin par une source spéciale. Quelques-unes des maisons dépendant des écuries royales et dont l'égout communiquait avec l'égout particulier du château eurent le même privilège. Dans le reste des écuries communiquant avec l'égout de la ville, il y eut trente cas de fièvre et trois décès. Cependant lous # habitants des écuries S'approvisionnaient d'eau à la méme source.

Voilà, nous semble-t-il, un cas bien probant de contagion de la fièvre typhoïde par des égouts ayant indubitablement reçu des déjections typhoïdiques.

W. Budd qui, au contraire de Murchison, fut le précurseur des idées actuelles sur la spécificité des matières excrémentitielles des typhoïdiques et leur action sur l'eau potable, décrit quelques épidémies qui lui paraissent se rapporter à un transport par l'air du principe infectieux contenu dans des fosses d’aisances. Une des plus intéressantes est celle connue sous le nom d'épidémie du couvent du Bon-Pasteur.

Osservarion LX. — Ce couvent, installé dans un ancien château, ne laissait rien à désirer sous le rapport des conditions hygiéniques : deux x N s . “ + . a dre LAS KES puits, à l'abri de toute infiltration de voisinage, donnaient une eau salubre. Au mois de novembre 1863, la fièvre typhoïde fut introduite dans le

» “fa. né

couvent par une jeune fille qui l'avait contractée dans une famille habitant

à 20 lieues de là, et qu'on avait ramenée au couvent. Les déjections de la

malade furent jetées dans les cabinets de l'infirmerie, et son linge sale fut lavé dans la buanderie commune. Six semaines après l'entrée de cette malade à l'infirmerie (1), une jeune fille, après 8 jours de malaise, fut prise de la maladie ; elle avait visité la première malade à linfirmerie et était

employée à la buanderie. Cependant, d’autres cas ne tardèrent pas à

éclater et quand le D' Budd fut appelé le 29 février, 30 des pensionnaires sur 160 environ étaient atteintes. Budd prescrivit aussitôt la désinfection des matières, des hieux d’aisances, du linge et de la literie, ce qui amena la cessation complète de tout cas nouveau dans les quarante-huit heures qui suivirent. Les égouts examinés furent trouvés obstrués et le conduit principal rompu en amont de l'obstacle formait un vaste cloaque qui ne se trouvait pas d'ailleurs dans de mauvaises conditions, entouré de tous côtés par des maçonneries solides et sans communication possible avec aucun

des réservoirs d’eau. Cette interruption du drainage, en renfermant dans ; te)

le couvent les émanations des vidanges, avait favorisé la dissémination du principe infectieux bien qu'aucune odeur ne se fit sentir. Ces émanations semblent donc bien n'être devenues nocives que du jour où l’on a déversé dans le cloaque des matières typhoïdiques.

Le D: Bribosia, membre de l'Académie de Belgique, n'hésite pas à attribuer aux émanations spécifiques des égouts deux épidémies qui sévirent, l’une dans un de Londres, l’autre au séminaire de Namur, en 1871-7

Au mois de juillet 1887, M. Devalz, d’ De ce communiquait à la Société médicale des hôpitaux la relation d'une épidémie qui montre que la fièvre typhoïde peut être transportée par l'air hors du foyer créé par les déjections du malade.

Osservarion LAIT (Résumée). — Une dame arrive à Eaux-Bonnes vers,

la fin de juillet 1886 présentant les symptômes de la fièvre typhoïde. Elle descend dans un hôtel où elle habite le premier étage, à proximité d’une chambre étroite et mal éclairée où sont installées les quatre filles du maitre de la maison ét une petite cousine. Cette pièce, si encombrée,

(1) Budd pense que dans les cas où la matière du contagium n'est pas mêlée aux boissons, l'infection est beaucoup plus lente à se produire.

prend jour sur une galerie couverte, par une seule fenêtre située à un mètre à peine de la porte des cabinets d’aisances qui se trouvent sur cette

même galerie, en contiguité avec le mur de la chambre.

Les déjections de la malade sont déversées dans les latrines sans aucune désinfection. $

Le 2r août, la fille aince de la maison, 13 ans, tombe malade ; trois jours après, la sœur cadette présente aussi les symptômes de la dothiénentérie. Presque aussitôt la plus jeune des quatre sœurs est également atteinte, bien que, dès le début de l'épidémie, les enfants aient été séparées individuellement et que la chambre qu’elles occupaient tout d’abord ait été évacuée. Les mesures de désinfection les plus minutieuses furent prises pendant la maladie de ces trois enfants et, bien. que l'hôtel füt encore habité par un très grand nombre d'étrangers, il ne s'est produit aucun nouveau cas.

Ces trois cas apparus presque simultanément. dit M. Devalz, semblent bien dus à une même cause et l'on est tenté de chercher la voie du fléau dans le transport des déjections non désinfectées de la première typhique à travers la galerie devant la fenétre toujours ouverte des filles de la maison, dans leur diffusion à travers les fosses situées en contiguïté immédiate avec le mur de la chambre de ces enfants, et dans les échanges nécessaires qui devaient avoir lieu entre l'air de cette chambre et les miasmes des cabinets. L'eau de la ville étant dépourvue d'organismes, comme cela était probable et comme cela à été constaté, il semble que lon ne puisse ineriminer élologiquement, dans cette épidémie, que la contamination de l'air de la chambre des petites malades par les miasmes émanés des déjections de la première Lyphique.

Le D' Aubry, dans sa thèse, rapporte aussi le cas d’un jeune homme atteint de fièvre typhoïde qui revient dans sa ville natile pour achever sa convalescence. Les cabinets de sa maison prennent Jour par une lucarne sur le jardin d'un M. C..., banquier, qui se plant à plusieurs reprises des émanations féüdes qui s'en dégagent. Au bout de quelques jours, ce même M. GC... est atteint d'une fièvre typhoïde dont il meurt, La trans-

mission par l'eau ne peut être indiquée dans ce cas parce que le jardin ni la maison ne possèdent de puits ou de pompe. M. C..., pour les besoins de sa consommation, devait se procurer l’eau à une fontaine publique située à 200 mètres environ de son habitation. Ce fait semble bien net.

Empruntons au D'Coutenot, professeur à l’école de médeeine de Besançon, l'observation suivante :

OgservarioN LIL. — La maison dite Notre-Dame du Refuge, située à Besançon, renferme dans ses vastes locaux trois catégories d'habitants, un couvent, un orphelinat, les filles repenties. Beaucoup d'enfants composent lorphelinat, placé dans un bâtiment qui n’est séparé que par une cour et un mur de celui des filles repenties. Ce dernier local a également une cour qui contient en son milieu un puisard à odeur souvent infecte, recevant, outre les eaux pluviales, le contenu des fosses d’aisances.

La communauté des religieuses est moins contiguë, un jardin la sépare des deux établissements précédents. L'eau de boisson, celle de la source d’Arcier, seule, abreuve ces trois catégories d'habitants. Pendant plusieurs années, l'établissement des filles repenties était frappé d’endémies typhoïdes très graves, dont les sujets étaient soignés, soit à l’infirmerie, soit à l'hôpital Saint-Jacques. Ces endémies paraissaient régulièrement aux deux saisons vernale et automnale et ensuite pendant le reste de l’année, c’étaient des fièvres muqueuses ou des catarrhes gastro-intestinaux. Or jamais de fièvre d'aucune nature ni à lorphelinat, ni au couvent.

Le puisard méphitique fut détruit il y a 8 ans et, depuis cette époque, aucune fièvre ne s’est déclarée dans la maison.

C'est là encore une observation tout à fut probante.

Rappelons que Liebermeister, à l'hôpital de Bâle, à vu se développer des cas intérieurs de fièvre typhoïde chez des serviteurs ou des malades qui n'avaient pu avoir aucune relation directe ou indirecte avec les salles des fiévreux. Cela s'était spécialement observé dans deux salles situées l’une au-dessus de l’autre. On reconnut que ces salles étaient longées par un tuyau en bois qui conduisait au-dessus du toit les gaz de la fosse et que les fissures de ce tuyau laissaient se dégager des émanations dans ces salles.

M. Brouardel à rapporté au Congrès de Vienne, en 1887, qu'à Bruxelles les habitants d'un quartier neuf furent atteints

par une épidémie de fièvre typhoïde très sévère. L'enquête dé-

montra que l'infection s'était faite parce que les siphons placés dans les tuyaux de chute, qui devaient intercepter la communication entre l'atmosphère des égouts et les appartements, étaient défectueux. Au Havre, le maire et sa famille avaient été victimes d’une disposition analogue.

Vaughan (Sanitary News, février 1888) cite une épidémie survenant parmi les convicts de la prison de Jackson (Michigan) et dans laquelle les miasmes spécifiques d'un vieil égout furent seuls incriminés. Le bacille fut trouvé par culture sur pomme de terre et la réfection de cet égout fit cesser l'épidémie.

Dans une enquête (1887) sur les épidémies typhiques qui

sévissaient à Lorient sur la caserne de l’arüllerie de marine, MM. Chantemesse et Brouardel ont reconnu que si l'eau potable

élait la cause de la maladie, 1l n'en était pas moins vrai que la deuxième cause de sa propagation fut l'infection de l'air due aux latrines représentées par des tonneaux de bois placés immédiatement sous les fenêtres des salles de la caserne. Dès que ces latrines furent infectées par des déjections spécifiques, elles projetèrent'autour d'elles des germes pathogènes. Au premier et au deuxième élages, une fenêtre était plus particulièrement située au-dessus des tinettes : les trois soldats couchés à côté de celte fenêtre aux deux étages furent atteints. Autour d'eux, dans les mêmes chambrées, les victimes de la maladie furent beaucoup plus clairsemées.

On peut rapprocher de ces faits les cas où une épidémie de fièvre typhoïde survient à la suite de vidanges de latrines, et les exemples en sont assez nombreux. Citons les suivants qui nous paraissent probants :

L'exemple le plus frappant, écrit M. Colin, nous est fourni par la caserne de La Roche-sur-Yon où à deux années précises d'intervalle et successivement sous les yeux de deux observa-

Ha es teurs différents, l'épidémie nait brusquement sous la même influence, infection de la caserne par des opérations de vidange d'une exécution lente et imparfaite. C’est d’abord en mai et en juin 1877 : Quand l'épidémie à éclaté, dit M. Boutié, depuis environ un mois on procédait loutes les nuits au curage des lieux d’aisances: et cela par des moyens si lents et imparfaits que pendant toute cette période tous les locaux de la caserne ont été remplis des exhalaisons les plus malsamnes. Certains soirs, le dégagement des gaz méphitiques élait si violent que, de l’aveu des officiers de service, la caserne devenait véritablement imhabitable.

Puis, c'est en 1879, également au mois de mai et de juin, et voici les paroles de M. Longet : Depuis plusieurs jours et malgré de vives réclamations faites à ce sujet, les vidanges ne s'ef- fectuaient que lentement et successivement, souvent même en plein Jour et parfois avec des seaux. Les fosses restaient largement ouvertes, même pendant plusieurs heures, quand les opérations se trouvaient interrompues. D'où une odeur fétide et une cause d'infection profonde par des miasmes putrides ».

Le D° Quinquaud a rapporté aussi le fait suivant : En 1869, à Philadelphie, une épidémie de fièvre typhoïde se déclare et reste limitée à quatre maisons, devant lesquelles existait une fosse pleine de matières fécales; on la vide et c'est alors qu'ap-

paraissent les premiers cas.

MM. Coustan et Dubrulle racontent ce qui SuIÉ :

Opseñvarion LXIII. — Nous avons vu une caserne momentanément encombrée, mais où n'existait pas un cas de fièvre typhoïde, subir vers le 10 septembre 1889 une explosion épidémide d’une rare violence. En quinze jours, 349 hommes sur 600 furent pris d’embarras gastriques fébriles ou de dothiénentérie ; 96 typhiques furent hospitalisés, 20 moururent. Un corps voisin, dans la même caserne, fut également touché, mais moins que le précédent (Chambéry). Le bacille typhique n’était pas encore connu, mais il n'y avait pas un seul cas en ville où l’on buvait la même eau qu'au quartier. Mais on avait vidé, pour la combler, une vieille fosse d’aisances,

OO

et le transport des ordures s'était effectué à travers les cours, en plein Jour, aux heures chaudes de la journée. La pluie vint brochèr sur le tout, délayant ces excréments sur le sol. L'effet fut immédiat ; la vidange n’était pas terminée que nos hommes étaient empoisonnés.

Le germe avait trouvé prise, ajoutent les auteurs, sur nos soldats débilités par les fatigues des grandes manœuvres et la putridité ambiante qui faisait son œuvre depuis plusieurs Jours.

Un fait analogue est rapporté par M. Fernet : Un pensionnat

de jeunes filles, où l’état sanitaire était excellent, fut brusque-

ment frappé d’une épidémie de fièvre typhoïde. Aucune autre cause ne ‘put être invoquée que le dégagement des miasmes

qui s'était fait dans la maison huit jours auparavant, au moment ,

de la vidange de la fosse d'aisances. Cette fosse avait reçu, l'année précédente, les déjections d'une pensionnaire atteinte de dothiénentérie. >

M. le D' Magnant a relaté dans la Gazette des Hôpitaux une épidémie qui a éclaté dans des conditions identiques. Les matières enlevées d'une fosse, sans aucune désinfection préalable, avec des seaux ont élé transportées ainsi sur un espace de 200 mètres. Vingt-trois jours après, six personnes de la maison sont atteintes. Au premier étage, où sont des bureaux occupés par des employés qui ne couchent ni ne mangent là, mais se servent des mêmes latrines, trois employés sur sept sont tom-

bés malades. Ceux qui ont été épargnés sont justement ceux

qui n'ont pas pénétré dans les cabinets d’aisances. Cette épidémie resta bien localisée à cette maison dont l'eau ne peut abso- Jlument pas être mise en cause.

Empruntons, pour terminer ce chapitre, quelques faits au D'Kelsch : Des travaux entrepris par le génie militaire en octobre 1884 pour réparer les latrines du 17° de ligne, à Bésiers, déterminèrent une petite épidémie rigoureusement circonserite au pavillon situé à proximité des fosses: En 1885, une épidémie légère se déclare au 3° chasseurs d'Afrique, à Constantine,

pee 0/1 ee

dans le bâtiment le plus rapproché des latrines et placé directement sous le vent de celles-ci. En 1883-84, la fièvre typhoïde envahit chaque année à la même date (avril et mai) la caserne d'infanterie de Guéret, pendant l'opération des vidanges. Celle- 1 dura plusieurs nuits et fut pratiquée d’une façon tellement défectueuse que la caserne en devenait inhabitable à cause de l'odeur infecte qui pénétrait dans les chambres.

Osservarrox LXIV. — Enfin récemment, une épidémie restreinte quant à ses proportions, mais grave eu égard à sa mortalité, se déclara à l'infirmerie du 22° dragons, à Sedan, et se localisa exclusivement aux malades qui s'y trouvaient en traitement. L'intégrité de la canalisation des eaux de consommation et la pureté de celles-ci vérifiée par l'analyse biologique, ont fait écarter avec raison l’origine hydrique, rendue d’ailleurs déjà invraisemblable par les étroites limites de l'épidémie. L’infection parait avoir été causée par les émanations des latrines de l'infirmerie, auxquelles les hommes atteints se trouvaient particulièrement exposés. Ces latrines avaient reçu récemment les déjections d’un malade dont l'affection développée tout d’abord sous le masque de la grippe, avait évolué ultérieurement en dothiénentérie.

Dans tous ces cas, l'air ne doit pas seul être mis en cause; en effet, les matières fécales virulentes, répandues sur le sol des cours, sont transportées dans les habitations par les chaussures. Converties en poussières par la dessiccation, elles sont alors soulevées par les courants d'air, les balayages et mêlées à l'atmosphère respirable des chambres.

L'observation semble donc favorable à l’idée que nous avons émise : le malade, source indirecte de la contagion par l’intermédiaire des latrines, cloaques et égouts devenus foyers secondaires d'infection par les déjections qui y ont été déversées.

La bactériologie n'a pas encore dit grand'chose sur ce sujet : MM. Lassime et Bordas ont institué des séries d'expériences qui semblent prouver que l'air humide est capable de transporter le bacille. Les brouillards seraient particulièrement favorables à ce transport, le bacille étant alors fixé aux gouttelettes de vapeur d'eau € comme la nacelle est suspendue au ballon »,

rl OMS

Ils concluent par contre que l'air sec est impuissant à propager le contage.

Ces expériences sont malheureusement isolées : 1l serait utile que ces travaux fussent repris pour détruire ou corroborer définitivement une opinion dont les conséquences pratiques sont d'une importance qui n'échappera à personne.

VI. — Le malade, source de contagion par l'intermédiaire du sol.

Ce ne sont pas seulement les fosses et les égouts qui sont suscephbles de devenir des foyers secondaires de contagion. Le sol souillé par les déjections du malade, qu'il soit ou non remué par des travaux de terrassement, est capable lui aussi d'infecter l'homme récepüf. &

Si nous attachons de l'importance au sol comme moyen de transmission de la fièvre typhoïde, ce n'est évidemment pas dans le sens où l’entendaient Pettenkofer et ses élèves qui en faisaient le € substrat » nécessaire au muicrobe pour effectuer ses différentes transformations. Nous le considérons comme un milieu de culture perpétuel pour les bacilles qui se trouvent dans les déjections typhiques quon y dépose constamment surtout aux alentours des lieux habités. Malgré toutes les luttes qu'il a à soutenir avec les autres saprophytes vivant à côté de lui, le bacille d'Eberth s'y CONSErve, prêt à envahir l'organisme humain à la moindre occasion. d

Quel moyen emploie-t-11 pour cet envahissement : c’est presque toujours encore par l’intermédiaire de l'air.

Le microbe contenu dans la couche superficielle du sol Y séjourne plus ou moins longtemps, tant que celle-ci est humide, mais dès que la sécheresse a réduit en poussière cette surface, ‘ilest enlevé par le moindre courant d'air, la moindre agitation des couches atmosphériques, avec les particules solides auxquelles il est fixé.

C NET ee

Nous avons des preuves indéniables de ce mode de contagion F , [l de la fièvre typhoïde.

OBSERVATION LXV (Langlois). — Du 6 au 20 septembre 1809, la brigade de dragons en garnison à Reims a fait des manœuvres dans les environs de la ville où l’on pratique en grand le système d'épandage sans désinfection des matières de vidange.

Los terrains traversés par les cavaliers avaient reçu l’engrais humain et n'avaient pas encore subi un labour ; les officiers ont été frappés de l’odeur épouvantable de matières fécales qui s’exhalait dans ces champs, au milieu de la poussière soulevée par les chevaux. Quelques jours après les manœuvres dans ces terrains, les médecins militaires observaient des cas suspects et dès le 20 septembre, c'est-à-dire dans le temps admis pour l’incubation de la fièvre typhoïde, l'épidémie éclatait avec une intensité considérable. En moins de deux mois, les deux régiments de dragons (1 600 hommes) fournissaient 111 cas de dothiénentérie, alors que les autres corps de la garnison n’envoyaient à l'hôpital que 6 malades atteints de la même affection, et que la population civile restait absolument indemne. La fréquence des complications du côté des voies respiratoires trahissait le mode de pénétralion du germe pathogène.

Le D: Henrot qui a étudié l'état sanitaire des locaux, l'in- fluence des établissements insalubres dufquartier, a démontré que dans l'inspiration de ces poussières résidait bien la cause du mal. L'eau de boisson a été analysée chimiquement et bactériologiquement, ainsi que l’eau des puits qui aurait pu être consommée accidentellement par les hommes dans les débits de boisson du faubourg de la caserne, et elles ont été trouvées

pures

L'observation suivante due à MM. Sanglé-Ferrière et Remlinger a beaucoup de points communs avec la précédente.

. OgservaTion LXVI (Résumée). — Le quartier Forgemol, situé aux portes de Tunis, a le triste privilège d’être très souvent visité par la fièvre typhoïde ; mais l'épidémie qui sévit du mois de juillet au mois de décembre 1897 fut particulièrement intéressante à étudier. Elle a présenté les caractères suivants : Localisation au quartier Forgemol ; dans ce quartier même, restriction aux deux escadrons du 4° chasseurs d'Afrique et dans

Page 1