‹ Le Malade Source de Contagion dans la Fièvre TyphoïdeChapitre 9 sur 30 · ED · texte numérisé non relu

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pour certains parasites de l'homme, on ne tarda pas à appliquer à ce germe inconnu la théorie des générations alternantes.

Déjà W. Budd, s'appuyant sur la distance de dates entre la maladie du contaminant et celle du contaminé, avait émis cette idée que, pour être infectantes, les selles des typhoïsants doivent être envahies par la putréfaction, afin que celle-ci mette en liberté le germe par destruction de son enveloppe, comme elle met en liberté certaines graines enfermées dans une capsule et qui ne germeraient pas sans cela.

Pettenkofer modifia sa théorie pour l'adapter à ces idées nouvelles : 1l admit que les germes contenus dans les selles quittaient le corps des malades à l'état inoffensif et qu'ils avaient besoin de mürir dans un milieu approprié, dans le sol convenablement humide, aéré, saturé d’immondices, pour pouvoir reprendre leur puissance et infecter. un individu nouveau. Les oscillations de la nappe avaient pour effet d'amener à la surface du sol, par le phénomène physique de la capillarilé, les germes pathogènes.

Liebermeister renchérit encore : 1l prétendit qu'il n'existe pas dans la science une seule observation démontrant la contagion directe dé la dothiénentérie et que toujours il a existé un foyer d'infection auquel il faut rapporter les cas successifs. Par foyer d'infection, 1l entendait lé railieu quel qu'il soit, air, eau, sol, où le germe typhique aurait eu la facilité d'exécuter la série de ses transformations et où 1l subsiste, prêt à s'attaquer aux individus en état de réceptivité qui sont en rapport avec ce milieu.

M. Vallin, dans un article de la Gazelle hebdomadaire, nous donne une idée exacte de l’état de la question à ce moment (1877) : & L'homme atteint de tænia ne peut transmettre directement le tænia à l'homme sain; 1l est nécessaire qu'un œuf Æ{écondé, un embryon issu de ce ver achève dans un milieu spécial une phase ultérieure de son évolution, et c’est par l'intermédiaire d'un cysticerque ou d'un échinocoque que le tæma

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transmet le tænia. L'uredo rubigo a besoin de passer par une forme spéciale, le puccinia graminis, fertile uniquement sur l’épine-vinette, avant de reproduire l’œcidium berberidis, qui ne germe que sur les gr aminées et qui produit la rouille des blés. De même, les selles typhoïdes, au moment de leur émission, contiennent un germe inoffensif pour l'homme sain ; Mais, si ce germe rencontre son milieu nécessaire, un sol imprégné d'humidité, de matières organiques en décomposition, 1l atteint en dehors du corps humain une phase plus avancée de son développement; au bout d'un certain temps, sous cette forme nou-

velle, il est apte à à vivre dans le corps de l’homme et à reproduire,

la maladie d’où il procède d’une façon indirecte ».

Cette théorie ne tendait rien moins qu'à détruire la possibilité de la transmission directe de la fièvre typhoïde de l'homme malade à homme sain ; la maladie n'étant pas directement conta-

gieuse, sans intermédiaire de temps et de heu, 1l n'y avait rien à redouter du contact immédiat des malades, mi des selles frat-

ches qu'il expulse, aussi bien dans les salles d’un hôpital que dans une ferme à la campagne.

La prophylaxie de cette affection était donc différente : inutile d'isoler les typhoïsants des personnes saines: les visites aux malades peuvent être permises même aux enfants et aux jeunes gens. Il suffira de désinfecter les selles avant de les déverser dans les fosses d’aisances, de faire tremper les linges souillés de mauères fécales dans des solutions antiseptiques.

Cependant, en 1880, Eberth, à l’aide de procédés particuliers de coloration, déterminait quelques-uns des caractères morphologiques du bacille qui porte son nom, et par là même donnait un premier coup à cette théorie. Du reste, la doctrine de la transmission de la dothiénentérie par l'eau potable commençant à prendre le pas sur toutes les autres, on en +int à re-

jeter la contagion par le malade au dernier plan, et les discussions :

auxquelles re -c1 avait donné lieu perdirent leur intérêt. C'est en 1886 que M. Debove, lisant à la Société médicale

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des Hôpitaux une observation personnelle, appela de nouveau l'attention sur ce mode particulier de la contagion de la fièvre typhoïde : «Nous ne sommes plus à l’époque où l’on niait la contagion de la fièvre typhoïde. ditil, mais la contagion directe, c'est-à-dire par le simple contact avec les malades, a été miée. Les matières fécales contiennent bien le germe du conlage, mais ce germe aurait besoin de se développer pour donner lieu à une dothiénentérie: or, notre observation montre un cas de fièvre typhoïde sans qu'il y ait eu de foyer d'infection, ce qui est très important au point de vue des théories actuelles ». Cette observation souleva des discussions ardentes et M. Letulle fut chargé de présenter sur la contagion directe de la fièvre typhoïde un rapport qu'il terminait ainsi :

1° La contagiosité de la fièvre typhoïde ne pouvant plus être muse en doute, le mécanisme de la contagion reste encore discutable ; |

2° La doctrine qui n'admet l'action pathogène des matières fécales typhiques qu'après une élaboration secondaire plus ou moins prolongée, cette doctrine de la contagion médiate ou immédiate paraît trop exclusive.

Peu à peu, à la suite de ces débats, les observations s’accumulèrent pour démontrer que la contagion directe était possible, que le malade est immédiatement dangereux.

Mais, encore une fois, l'influence des hygiénistes modernes a rejeté dans l'ombre tout ce côté pourtant intéressant de l'étiologie. Pour faire admettre par la masse cette idée que l’eau polluée est la principale cause de la fièvre typhoïde, on a dù aller jusqu'à l’exagération et lopinion courante aujourd'hui, c’est la non-contagiosité de la maladie, la transmission se faisant toujours par l'eau ou les matières alimentaires souillées d’une façon quelconque par le bacille d'Eberth.

Quelques médecins cependant persistent à croire que le malade peut être par lui-même une source de contagion médiate ou immédiate, et à l'appui de leur opinion non seulement les

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faits contradictoires se multiplient, mais des expériences et des travaux de laboratoire démontrent:que, lors d’une épidémie de $ fièvre typhoïde, ce n'est pas seulement dans l’eau qu'il faut ‘chercher le bacille, mais qu'il existe tout autour de nous, dans les milieux les plus divers et quelquefois les moins soupçconnés. |

Nous essaierons, dans ce travail, d'exposer quel est l’état actuel de cette question, heureux si nous pouvons contribuer. à

: la résoudre dans ce sens. :

Preuves que le malade est bien une source de contagion dans la fièvre typhoïde. — Observations.

Nous allons maintenant passer en revue üne série d’observations empruntées aux auteurs les plus divers et qui viennent à l'appui de notre opinion, à savoir que le malade est bien une source de contagion pour ceux qui dir ectement ou indirectement sonten rapport soit aYec lui, soit avec les produits pathologiques qui émanent de lui. é

Il est une remarque que nous voulons faire tout.d’ Abo: il est extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, de fournir une preuve absolument à l'abri de toute critique en faveur de ce mode de contagion. Les parüsans acharnés de l’étiologie hydrique auront beau jeu à vouloir fouiller dans leurs moindres détails les cas que nous allons relater. Aussi n'est-ce pas lant sur là précision absolue des faits que sur leur grand nombre que nous nous appuyons pour défendre notre idée. Il n’y à pas très longtemps .que l'eau est connue pour être le véhicule le plus ordinaire de la fièvre typhoïde: à peine était-elle soupçon- . née il ÿ a 25 ans. D'autre part, il y a bien moins de temps encore que des procédés perfectionnés ont permis de reconnaître exactement dans l'eau polluée le bacille d'Eberth, et encore ne faudraitil pas laure intervenir les théories qui veulent que ce

déruiér ne soit qu'une transformation du coli-bacille, devenu l'agent pathogène de la dothiénentérie. : ÿ

Les remarques que nous venons de faire indiquent assez quel est le point faible de nos observations. Celles-ci, en effet, ne font pas toujours mention de la qualité de l'eau bue par les personnes que l'on accuse d'avoir été contagionnées d’une autre manière: mais les faits de ce genre sont véritablement trop nombreux pour qu'on les attribue à une simple coïncidence.

De même que Fépidémiologie avait enseigné que la fièvre typhoïde était contagieuse bien avant que la bactériologie en eût fourni la preuve, de même nous essaierons par l'étude synthétique des cas que nous allons rapporter, de faire naître la conviction que la maladie peut se transmettre autrement que par l'eau, mais bien par le malade, les objets à son usage, son voisinage, son habitation, etc.

Dans le choix que nous avons fait parmi les nombreuses observalions fournies par les auteurs, nous avons toujours eu présentes à l'esprit les conditions exigées par le P° Hirsch pour attribuer à l'eau la véhiculation du poison typhique, règles que nous rappellerons sommairement : 1° éclosion soudaine de cas multipliés qui, surtout au début de l'épidémie, se limitent à une partie de la population, à un groupe qui emprunte son approvisionnement d’eau à une certaine source : 2° constatation de la souillure de cette source par des matières fécales contenant le bacille : 3° constatation que le groupe atteint partage avec la population restée saine les mêmes conditions de climatologie, d'habitation, de sol et d'hygiène générale et ne s'en distingue que par l'eau impure ; 4° cessation de l'épidémie avec la fermeture de la source incriminée. Le P'J. Arnould a ajouté une cinquième condition : que l'épidémie n'’éclate pas trop longtemps après le moment où la souillure de l’eau s’est réalisée. Toutes les observations qui nous ont paru ou que nous avons soupçonnées pouvoir être placées dans cette catégorie, obéir à ces conditions, ont été soigneusement éliminées.

Enfin, pour les étudier avec profit et dans le but d’en faire un examén méthodique, nous avons groupé nos cas én-trois chapitres distincts. Dans le premier, nous classons les cas isolés de contagion par le malade et le milieu ambiant: dans un deuxième, les faits ayant trait à des épidémies de maison, de famille, de village, de même origine: enfin, le troisième groupe comprendra les cas de contagion hospitalière qua nous paraissent à bon droit rentrer pour la plupart dans notre cadre. Nous discuterons, chemin faisant, la valeur de ces divers faits au point de vue strictement étroit de la contagion qui nous occupe.

F°= Cas isolés:

Nous empruntons à Bretonneau le premier exemple 3

Ogservarion [, — Aune époque où la dothiénentérie n'avait pas été rencontrée à Tours depuis plusieurs mois, jeus loccasion de voir dans une pension un enfant qui, au 26€ jour, mourut d’une perforation intestinale. Le malade fut isolé et cette précaution put empêcher la maladie de se propager dans le pensionnat ; mais comment imaginer que l'affection à laquelle il succomba ne se fût pas développée spontanément ? Depuis longtemps, j'avais renoncé à demander à cet égard des renseignements, lorsque la mère du malade, la seule personne à laquelle j'avais craint de m'adresser, me dit qu'elle se reprochait d’avoir laissé coucher son fils, quelques jours avant qu'il ne tombât malade, avec un autre de ses enfants qu'elle avait ramené de Nantes, convalescent d’une fièvre typhoïde.

Où le jeune malade aurait-il pris sa maladie, sinon auprès de son frère convalescent. puisque la maladie ne régnait pas à Tours et que l’eau ne doit par conséquent pas être mise en cause.

Gendron, de Château-du-Loir, apporte plusieurs faits analogues :

OssenvarioN IE. — M. La Guérinière arrive à Château-du-Loir le 17 janvier 1833, au 14° jour d’une dothiénentérie. IL venait de la ville de Pré-en-Pail. Retenu par des parents à Château-du-Loir, ce malade est

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confié à mes soins. Le médecin qui. l'accompagnait m'assura que dans l'endroit qu'ils avaient quitté, il n'y avait point d’ épidémie et que le cas de M. La G... était isolé.

Madame La G...,.30 ans, bien constituée, donnait des soins continuels à son mari ; elle couchait la nuit sur un lit de sangle qui le matin servait äu mari malade pendant qu'on préparait son lit ordinaire. Du 17 janvier au 29, Madame La G... conserva une très bonne apparence de santé ; le 25, au bout de 8 jours, elle commença à accuser les symptômes d’une fièvre typhoïde qui évolua normalement et guérit.

Cette observation nous paraît probante : il n'y avait pas de cas de maladie à Pré-en-Pail: il n'y en avait pas non plus à Château-du-Loir : pas un des autres parents de M. La G... n'a contracté la fièvre typhoïde. La seule objection qu'on puisse faire, c'est que cette dame avait puisé le germe à la même source que son mari: mais il serait bien extraordinaire qu'il ait fallu à ce germe 21 jours de plus pour infecter cette personne. Il est bien plus rationnel de rapporter ce cas à une contagion directe.

OgservarroN [IL — Larose, 25 ans, dotiesique dans un moulin, est pris d’ une dothiénentérie grave; sa sœur vint lui donner des soins, et lorsque le malade fut rétabli, elle retourna à une lieue de là où elle demeurait. Les cohabitants de Larose ne furent pas malades, mais sa sœur, peu de jours après être rentrée chez elle, fit une fièvre typhoïde grave, dont elle se rétablit lentement.

Ogservarion IV. — Me P... est atteinte de dothiénentérie ; trois médecins la visitent, son mari est fréquemment dans sa chambre, deux demoiselles s’y présentent de temps en temps, mais rarement d’après les ordres du père ; sa sœur, mademoiselle D..., 35 ans, est constamment

près d’ elle, veille à tous ses besoins, l'aide à changer son linge ; © “est, elle seule que la maladie atteint.

Dans ces deux observations. nous voyons que seuls les gens , qui soignaient les malades ont été atteints. Pourtant ces personnes devaient boire la même eau que les cohabitants de Larose et de Madame P...: et cependant pas un de ces cohabitants n'a eu la maladie. Il semble done bien que c'est le malade qui a contagionné ses gardes.

Piedvache cite quelques faits qui sont aussi intéressants :

Osservarion V. — M. Colin, élève au petit séminaire de Dinan, âgé de 15 ans, ressentit en quittant sa famille, les : premiers symptômes de la fièvre typhoïde qui régnait alors dans son pays. Il s’alita deux jours après son arrivée, dans les pr emicrs jours d'octobre 1839. Il fut placé dans une chambre isolée du reste de l'établissement. Cette pièce est peu spacieuse,

éclairée par une fenêtre seulement et contient deux lits. La maladie duras quatre semaines et fut modérée. La garde-malade, aux soins de qui ce

jeune homme était confié, couchait dis le lit voisin. Les soins de propRete n'étaient nullement négligés et pendant le ] jour, on aérait. Quoique âgée de 58 ans, la garde contracta la fièvre gl phoïde au commencement de pas Sa maladie dura 20 jours. Il n’y avait alors aucun autre cas dans la ville, Les autres élèves du séminaire n’eurent avéc leur camarade que des rapports indirects ; il fut visité par les professeurs dont plusieurs n avaient pas eu la fièvre, par les domestiques : personne ne fut atteint dans If établissement.

Hoi MEN OME EE füt attéint de fièvre typhoïde en décem-

bre 1839. Il habitait une chambre spacieuse, bien aérée, dans une maison

occupée par plusieurs autres pensionnaires. Son état ne fut jamais bien grave. Par précaution seulement une domestique de 24 ans couchait sur un canapé placé dans la chambre. Quelques jours après celui où M. H... entra en convalescence, cette domestique sentit les atteintes de la maladie. C'était en janvier 18/0 ; le fièvre typhoïde ne sévissait pas en ville. Les commensaux de M. H..., ses amis, le visitèrent souvent, passèrent dans sa chambre de longues heures ; aucun ne fut malade. La domestique à qui il la communiqua la tr ansmit à une femme qui. venait la soigner et la veiller.

Osservariox VIE = Madame F..., 40 ans, du bourg de Guenroc, fut atteinte de fièvre Eyphoïde en mai 1846 ; elle y succomba au bout d’une vingtaine de jours. Une fille du pays, Claire Leforestier, 32 ans, resta constamment auprès d'elle, la veilla, la soigna, la pansa. Quelques jours après la mort de Madame F... elle fut aussi prise de la maladie. Ces deux personnes furent, à cette époque, les deux seuls malades du bourg et de la commune de Guenroc. M. F..., 4 enfants de 3 à 10 ans, une ones

qui entraient souvent dans la chambre de la malade ne furent pas atteints.

Ces trois observations semblent calquées l’une sur l’autre, Seules les gardes-malades sont atteintes : pourtant l'eau qu'elles

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