‹ Le malaise de la démocratie (volume 2)Chapitre 22 sur 98 · LE DÉPUTÉ DENISOT · texte numérisé non relu

LE DÉPUTÉ DENISOT

mandat. Il est l'esclave de ses électeurs. Son comité lui fera dire et faire toutes les calembredaines et toutes les cabrioles. Il est obligé à toutes les pantalonnades de la folle enchère. Il n'a plus la force de résister.

J'ai vu jadis, vu de mes yeux, dans une halle, à Melle (Deux-Sèvres), un vieux candidat, monté sur un tréteau et qui disait :

— « Mes amis, on me reproche d'avoir été bonapartiste sous l'empire. Eh bien! Et vous! Est-ce que vous n'étiez pas bonapartistes en ce temps-là? J'ai toujours représenté vos opinions. Vous êtes devenus républicains. Aussitôt j'ai été républicain.

— Et maintenant, faut être radical! hurla mon voisin, un cordonnier libre penseur.

— Radical! mes amis? répliqua l'orateur, je n'y vois pas d'inconvénient. »

Ces sentiments, joyeusement exprimés par mon vieux candidat — qui fut toujours réélu jusqu'à sa mort — ressemblent à ceux du triste Denisot, valet du peuple.

L'asservissement insensible de cet homme à des électeurs qui deviennent ses maîtres et à un mandat dont il fait un gagne-pàin, voilà le vrai sujet du livre de M. Georges Lecomte. Les critiques sévères peuvent regretter que des épisodes inutiles surchargent et encombrent ce récit, qui est nécessairement monotone, amer, et qui serait

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tout à fait remarquable si fart d« Fa compil" et du style \ était proportionné à la qualïlr* l'observation et do la pensée.

N'importe. L'auteur îles Valais, s'il n'a f toujours frappé juste, a vu clair.

Si M. Georges Lecomte était plus pfaftMf et plus historien, il pourrait retrôover, dont faiblesses générales de l'humanité et dan péripéties accidentelles de notre histoire les causes permanentes et les origines parût» Hères de la maladie qui nous ruine.

Le régime parlementaire, en France, date* 5 mai 1789.

Ce jour-là, i\U députés s'assemblèrent»

château de Versailles, dans la salle dite U Menus-Plaisirs, et commencèrent, séance tenantà s'occuper du bonheur de la nation. Parmi députés, les uns portaient l'cpée, le chapeau 1 plumes et le manteau de cour (ils représentais l'orgueil de la noblesse) ; les autres riaient enaoûtànés de violet ou de rouge (c'étaient les ù"élë<*ufc du clergé) ; les troisièmes et derniers, presque i™ robins ou gens d'affaires, étaient habillés de noii et représentaient les intérêts de la bourgeoisie Tous ensemble, ces messieurs formaient les Étal généraux, sorte de congrès d'où le menu iieupl était exclu, S'étant assis sur des banquettes, il entendirent un discours du roi Louis XVI et un

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