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harangue d'un banquier suisse, nomma Necker, qui tenait alors l'emploi de contrôleur général des finances. M. de Barentin, garde des sceaux, leur débita une homélie. Aussitôt après cette cérémonie, ils ne purent échapper à la tentation de se disputer.
Les principaux basochiens de cette assemblée se sont signalés dans la suite, par des actes qui les menèrent, selon les chances de la fortune, sous le couteau de la guillotine révolutionnaire ou sur les fauteuils du Sénat impérial. Les autres demeurèrent obscurs. Ils goûtèrent, au milieu du remue-ménage qui déplaçait, autour d'eux, les hommes et les choses, le charme d'une existence tranquille et timide. Leur part à la gestion des affaires publiques consista surtout Ji demander adroitement des places aux divers gouvernements dont ils furent les sujets naturellement dévoués. Ces honnêtes citoyens méritent d'être tirés de l'oubli. Ces députés muets, circonspects, prompts à se terrer îles que l'orage gronde, sont trop souvent négligés par les historiens. Leur rôle est plus considérable qu'on ne croit. Ils sont la multitude sans laquelle les grands hommes d'Etat ne peuvent rien. Leur troupe est anonyme comme le chœur antique. Moutons de Panurge, ils suivent les mouvements et prennent la file. Ils composent les majorités par l'efTet du secret instinct qui pousse les créatures débonnaires à s'associer. Ils accélè-
rent les débandades, par suite de l'élan qui entraîne ces mêmes créatures loin du péril et hors des responsabilités. Conduits vivement, tenus en main, ils sont capables d'opposer à certaines entreprises la puissance de l'inertie. Lâchés en liberté, ils ont coutume de fuir, ce qui, après tout, est une façon de contribuer au résultat des batailles. Ils sont donc, en tout cas, des personnages historiques. Nous devons nous appliquer à les connaître; et, d'ailleurs, en regardant l'un d'eux, pris au hasard, nous aurons l'illusion de les voir tous f .
Après la biographie du député Denisot, écoutons maintenant l'histoire authentique d'un autre « valet ».
Le sieur Thibaudeau père était avocat à Poitiers, en 1789, lorsque l'estime de ses concitoyens l'éleva au rang de député du tiers-état. C'était un homme des plus recommandables. Dans les corridors du Palais aussi bien que dans les réunions de la bonne compagnie, on le citait pour l'excellence de sa doctrine et pour la sagesse de ses mœurs. Il partageait avec MM. Drouault et Giraudeau, lumières du barreau de Poitiers, la clientèle des plaideurs riches. La gravité de ses occupations professionnelles ne l'empêchait pas de cultiver les muses. Entre les neuf sœurs, il préférait Clio,
\ . Correspondances inédites du constituant Thibaudeau (1780-1791); publiées par Henri Carré et P. Boissonnade, 1898.
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muse sévère de l'histoire. Sa religion était celle de Voltaire et de Rousseau. Philosophe et déiste, il faisait sa prière matin et soir, autant (jue possible dans son jardin, afin d'être plus près de la nature. Il gémissait sur la frivolité des nobles et sur l'impiété des prêtres. Il prévoyait que l'insouciance des privilégiés allait attirer sur la France les plus grands malheurs.
Lorsqu'il eut retiré son billet chez le maître de poste et fait ses adieux à sa famille, le député Thibaudeau alla vers la place d'Armes et monta dans une de ces voitures, d'invention récente, que l'on appelait alors des turgotines et qui faisaient office de diligences. Il avait le cœur gros et les yeux humides. La douleur de sa femme éplorée avait attendri sa sensibilité. Etpuis, partir, à cinquante-deux ans, pour ce Paris qu'il n'avait point vu depuis i T61 ; rouler en coche pendant cinq jours; loger en garni; manger à l'auberge, c'était une nécessité que cet honnête homme jugeait fâcheuse. Mais le député de Poitiers ne voulait pas rester « indifférent au bien de sa patrie ».
11 se désennuya, le long de la route, en causant avec M. Lecesve, curé de Sainte-Triaise, M. de Surade, chanoine régulier, et M. Filleau, conseiller au présidial de Niort. Ces messieurs étaient députés comme lui.
Thibaudeau, sans tarder, se fit conduire à Versailles, où les appartements étaient moins chers
qu'A Pari». Quelques jours après, étant revenu à
Paris afin d'en voir les curiosités, il se fatigua tellement en courses , qu'il tomba malade de la flftvro. Un médecin poitevin le drogua chez son hôtesse, mais il ne put reparaître aux séances des Etats qui; le 8 juin.
Tandis que 1rs iléputés ne pouvaient réussir à ne mettre d'aceord et dépensaient beaucoup de parole* eu vain, les rues de Paris étaient agitée* par des cortèges et par des bagarres. Le jardin ilu Palais-Royal, rendez-vous quodïdien ilen badauds cl .les filles, asile protégé contre la police par Ion privilèges de la maison d'Orléans, éliiil envahi par îles rhéteurs en plein vent, qui péroraient, ri gorge déployée, sur les afFaires de l'Étal- Las soldats aux gardes- françaises, sortes de miliciens chargés de maintenir l'ordre dans l'aria, su révoltaient contre leurs officiers, quittaient leurs niscnies, se rendaient populaires par leur indiscipline et s'enivraient tous les soirs, dans les cafés, avec des avocats et des procureurs qui iispiraicnl fi la politique. Le 30 juin, les gardes Caudcllicr, Copin.Vatonne, Chauchon et quelques autres, délenus a l'Abbaye pourvoi d'effets, bris de rlottiru, OBRroqucrics, furent délivrés, portés en li'iuniplie, li aines de tripot en tripot et copïeusemeiil abreuvés ât vin nouveau '. Un Anglais,