LE DÉPUTÉ THIBAL'DEAU
Fontenay fut l'occasion d'une grande bataille au « sein » de la commission. M. Agier défendait Saint-Maixent. L'avocat Biroteau des Burondières recommandait les paroissiens île Saint-.ïulien-des- Landes. Poitiers se débattit. Les procureurs Barbault et Bijeu furent délégués, avec le journaliste poitevin Jouyneau-Dcsloges, pour présenter une très humble supplique à l'Assemblée. Vains efforts. Le Poitou fut découpé en trois tranches : Vienne, Deux-Sèvres, Vendée. Les vieilles capitales des provinces furent déchues de leur ancienne gloire. Et la France fut déchiquetée en départements. Cette innovation géographique fut un succès pour l'esprit de clocher.
Après le partage en départements, on fut obligé de contenter les seigneuries de moindre importance, par le partage en districts. Chaque député voulait se tailler un fief dans la France nouvelle.
Les gens de Loudun, par l'organe du substitut Bion, revendiquèrent, contre ceux de Poitiers, le bourg et les alentours de Mirebeau, pays renommé pour la beauté de ses ânes. Mais le marquis de Ferrières, député de Mirebeau, prétendait faire ériger sa bonne ville en chef-lieu. On l'apaisa par la concession d'un tribunal.
Les habitants du Dorât voulaient s'unir à ceux de Montmorillon. Lusignan , la Mothe-Sainte- Héraye, Saint-Maixent, Thouars furent déçus dans leurs espérances. Melle triompha.
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trict eussent la faculté d'être juges d'appel les uns à Fégard des autres. Tous les petits « chefs-lieux » qui n'avaient jamais espéré sérieusement une cour d'appel se rallièrent à cette motion, qui leur procura le plaisir jaloux et sournois de décapiter les anciennes villes de parlement.
Un député consciencieux doit passer la majeure partie de ses matinées et même de ses après-midi dans les antichambres des ministères, afin d'y soutenir les intérêts de ses compatriotes. Thibaudeau s'acquitta scrupuleusement de ce devoir.
Le dimanche 12 novembre 1789, il va chez M. de la Tour du Pin, ministre de la guerre, afin d'obtenir le retour d'un régiment dont les Poitevins et les Poitevines regrettent le départ. Il se rend chez M. Tribart, directeur des aides et chez M. Tarbé , premier commis des finances , pour exempter ses électeurs de certains droits sur les vins. Il visite souvent M. Chaumont de la Millière, intendant au contrôle général, homme très puissant pour tout ce qui concerne les octrois.
Les étudiants de Poitiers, malgré les décrets qui enrégimentent tous les citoyens dans la garde nationale, demandent des épaulettes spéciales, des panaches et des dispenses de service. Thibaudeau s'efforce d'arranger cette petite affaire.
Voici quelque chose de plus grave : la cherté du pain et la disette du blé obligent Thibaudeau à de fréquentes démarches auprès de M. de Monta-
ran, chef du bureau des subsistances générales. La ville de Poitiers est si mal approvisionnée que souvent les pauvres gens s'arment pour empêcher la sortie des grains apportés au minage. M. de Montaran n'ayant pu s'engager i fournir les blés demandés, Thibaudeau sollicite une audience du ministre Necker.
Il s'occupe aussi des capitalistes de Poitiers, très empressés, malgré la misère des temps, à faire fortune par le brocantage des biens nationaux.
On lui dénonce le sieur Ayrault, aumônier du régiment du Roi-cavalerie, signalé parles « patriotes de Montierneuf » comme un « prêtre entêté ». Il s'occupe de faire révoquer ce têtu.
Enfin, comme il est très complaisant, il envoie volontiers aux électeurs influents quelques « nouveautés politiques et littéraires, franco de port ».
Le député Thibaudeau vécut dans la retraite de longues années après l'expiration de son mandat. Il eut la satisfaction, avant de mourir, de voir enfin, à Poitiers, cette cour d'appel, que ses vœux avaient d'abord inutilement souhaitée. Il en fut même nommé président.
La correspondance de ce député , longtemps ensevelie aux archives municipales ou dans des collections particulières, vient d'être publiée.
Ces lettres d'un député qui, après tout, fut un brave homme nous renseignent sur Y « état d'âme »