V. Démocratie en Amérique, t. III, chap. xi
lût LE MALAISK DE LA DEMOCRATIE
L 1 hypocrisie du luxe est donc un des caractères
des mœura démocratiques. Le goût de réparjrne
diminué:. TLa sécurité du lendemain n'étant plus
assuçeç», les caractères s'aigrissent à mesure que
l'ostentation s'exalte. La bonne humeur dispa-
.sfitb'La vraie gaieté semble avoir déserté notre
/••jfeys» à mesure que la recherche forcenée des
•••/satisfactions matérielles envahit nos mœurs.
Le goût d'être cède, de plus en plus, au désir de paraître. Cette disposition favorise, à Paris, le développement, presque indéfini, de cette maladie des classes riches ou simplement aisées, qui s'appelle le snobisme. Tocqueville ne connaissait pas le mot. Déjà il prévoyait la chose.
Le snobisme est une certaine application à suivre, dans la vie matérielle, dans la vie intellectuelle, jusque dans la vie morale, les prescriptions édictées par les gens à la mode. Cet effort ridicule aboutit à un faux luxe dans le costume, dans l'ameublement, dans les conceptions de l'esprit et jusque dans les mouvements du cœur. Les snobs ont inventé l'amour sans passion et la religion sans sincérité.
Il était réservé aux snobs, qui profanent tout, de mettre la religiosité à la mode, de transformer les fêtes rituelles en kermesses, et de faire, de la parole chrétienne un sport. Beaucoup de personnes, plus ou moins éloignées du catéchisme chrétien et des vertus évangéliques, se croient encore