LE LIT
un sommier que se trouve le centre de gravité où retombent et d'où rebondissent tous les personnages créés par l'adresse inventive de nos dramaturges. Tout le monde se couche, dans ces drames. Et ceux qui ne se couchent pas voudraient bien se coucher. Et ceux qu'un mauvais sort exile du lit convoité vont rouler sur des divans propices. On se couche partout, dans les coins, dans les coulisses, à l'étage au-dessous, à l'étage au-dessus. Dieu! quelle orgie d'oreillers, quelle débauche d'édredons, quel abus de duvet, de crins et de plume ! C'est troublant, fatigant. Et cela produit, si je ne me trompe, cette espèce de gaieté bizarre que les théologiens appellent la délectation morose.
Tout de même, en sortant de là, on réfléchit. On se dit : Voyons... Supposons (car enfin tout est possible) qu'on veuille sortir un jour de cette dramaturgie égrillarde et déprimante. Imaginons que notre pauvre nation ait envie d'aller au théâtre pour y chercher autre chose que des piments et des poivres funestes à l'estomac. Après tout, cela peut arriver... Figurons-nous qu'un nouveau Beaumarchais entreprenne d'avertir, par un sonore pétard, notre insouciante Démocratie. Admettons qu'un nouvel Aristophane ou qu'un nouvel Eschyle (voilà des gros mots, mais tant pis, je les risque î) essaie d'évoquer des victoires ou des calamités et de nous dire : Assez de pei-