REMEDES
\a jeunesse, et lui dire : « Jeunesse, réforme-toi! Jeunesse, corrige-toi, sois respectueuse, sois bonne! » je suis étonné de voir que ces mêmes personnes ne songent pas aussi à s'adresser le même discours à elles-mêmes. Ce n'est pas seulement par la réforme de la jeunesse que nous arriverons à obtenir d'elle tout ce que nous en attendons, c'est autant par la propre réforme de nos propres défauts. Il faut que nous fassions un retour sur nous, sur nos sentiments, sur nos pensées, sur nos actions, et, parce qu'en somme la jeunesse nous regarde, il faut que nous songions que nous avons charge d'âmes. Nous devons veiller non seulement aux propos que nous tenons, mais aussi à nos actes.
Tant que nous manifesterons, nous autres, hommes mûrs, cette âpre ardeur à acquérir une parcelle des honneurs publics, et cette impatience non pas à nous mettre au service de l'État, mais à mettre l'Etat à notre service, nous aurons véritablement mauvaise grâce à vouloir faire, devant la jeunesse, figure de personnages soucieux de la chose publique *.
Il faut que nous procurions à la jeunesse des occasions de faire montre de son énergie et d'affirmer sa volonté emmurée dans cette « geôle »
i. Quelques chiffres. En 1896, 64 places de commis expéditionnaire à la préfecture de la Seine, mises au concours, ont été briguées par 2058 candidats.
Castellane par quelques officiers de notre armée d'Afrique.
Le capitaine Cler écrivait de CUerchell, le 1 er juillet 1842 :
La discipline est 1res relâchée, l'instruction militaire est presque nulle... On part du bivouac sans savoir ce que Ton doit faire; chaque chef de corps, en cas d'attaque, peut agir comme bon lui semble, car le général et les chefs de colonne se tiennent à la tcle et s'occupent peu de ce qui se passe derrière eux... J'ai vu des officiers supérieurs, ayant dix ans d'Afrique, agir en no vices et faire tuer ou blesser des hommes là où, avec la moindre prudence, on pouvait éviter le combat et faire ensuite une retraite sans danger.
Quelquefois ce sont les célébrités de l'armée qui, bénévolement, cherchent à faire blesser des hommes pour avoir l'occasion de faire de pompeux bulletins avec quelques misérables tirailleries d'arrière-garde. L'exagération, je dirai plus, le mensonge sont à l'ordre du jour; chacun cherche à se faire passer pour un grand vainqueur, et on dirait que le but de la guerre n'est pas de forcer les Arabes à demander la paix, mais bien de faire gagner à quelques protégés des croix et de nouveaux grades.
Le lieutenant-colonel Forey, au camp de Kouba, le 3 mars 1843, s'exprimait ainsi :
De la tête à la queue, l'on court après le bâton de maréchal, après les étoiles ou après les épaulettes, et Ton cache son ambition sous un semblant de sentiment du devoir.
Combien il y aurait à dire contre cette ambition démesurée de quelques intrigants!
Le lieutenant-colonel Dumontet n'est pas moins indigné. Il écrit de Sétif, le 9 septembre 1845 :
... Trop de gens repoussent la lumière, les uns parce que l'erreur convient à leur intérêt, les autres parce qu'elle