L*ALMANACH NATIONAL
cain, nous avons fondé plus d'ordres de chevalerie que n'avait fait, en cent ans, la monarchie absolue. Les palmes académiques étant décidément dépréciées, nous avons été obligés de créer des chevaliers et des officiers du Mérite agricole. (L'Almanach national oublie ces dignitaires, je ne sais pourquoi.) Ensuite, il a fallu fleurir d'autres boutonnières, cravater d'autres faux-cols, mettre uneécharpe multicolore à d'autres plastrons. C'est pourquoi le gouvernement, dans sa sollicitude, a inventé des ordres de chevalerie coloniale, qui lui permettent de multiplier, à sa guise, les grandscroix, grands officiers, commandeurs, officiers et chevaliers de l'Étoile-d'Anjouan ; les grands-croix, grands officiers, etc., du Dragon-vert-de-l'Annam ; les grands-croix, grands officiers, etc., du Cambodge; les grands-croix, grands officiers, etc., de l'Etoile-noire-de-Porto-Novo ; les grands - croix , grands officiers, etc., de Tadjourah. Une note de VAlmanach national nous avertit que « M. le Président de la République, étant chef souverain et grand maître de tous les ordres français, est, de droit, grand-croix de tous les ordres coloniaux ». Ici, le contribuable ingénu ne peut s'empêcher de faire des réflexions. Il se dit que nous soufi'rons d'un excès de diplômes. Et il se demande : « Pourquoi est-ce que nous augmentons le nombre de ces diplômes? » Il pense que la nation française a la prétention d'inaugurer en Europe le système
démocratique. Et il interroge, in petto, ses contemporains : Pourquoi cette augmentation excessive des chamarrures et des « hochets de la vanité », vestiges d'un temps abhorré, cent fois flétris par plusieurs démocrates, lesquels, d'ailleurs, sont maintenant titulaires de TEtoile-Brillante-de Zanzibar!
C'est la suite des spirituelles antithèses de YAlmanach national,..
Je ne sais si M. le Président de la République a eu le loisir ce lire cet almanach, qui lui est respectueusement dédié. On raconte que l'empereur Napoléon prenait plaisir, en ses nuits d'insomnie, à étudier les « états de situation » où ses ministres lui énuméraient purement et simplement les fonctionnaires de son empire. Il préférait la sécheresse de ces nomenclatures à la verbosité et à l'emphase des « rapports officiels », généralement entachés de servilité et de mensonge.
Nous autres, nous qui sommes, après tout, le ce peuple souverain », nous avons le droit, tout comme l'empereur Napoléon, d'exiger qu'on nous rende des comptes.
Or, les listes, apparemment véridiques, de VAlmanach national nous apprennent que l'on augmente terriblement — et sans nous demander notre avis — le nombre des places payées par nous. Les impôts sont de plus en plus lourds et importuns. La raison de cet ennuyeux phénomène