HIER KT AUJOURD'HUI
Je demandais un jour à un sage, égaré dans la politique, pourquoi les finances publiques s'épuisent si rapidement, sans que toutes ces dépenses profitent à l'intérêt général. Il me répondit d'un air désespéré : « Que voulez-vous, ils sont trop ! » Par curiosité, j'ai voulu comparer la France d'aujourd'hui à la France d'hier, J'ai consulté VAlmanach de 1818. Exprès, j'ai choisi cette année de népotisme et de favoritisme. Je désirais voir si ce lendemain de curée ressemblait à notre installation effrontée autour de la gamelle nationale. Eh bien! je suis obligé d'avouer que l'appétit des compagnons de Louis XVIII n'est rien auprès de nos fringales démocratiques. Quand la faim des premiers arrivants fut apaisée, on s'arrêta. Le, personnel était casé, repu. On eut le loisir d'attendre jusqu'à la prochaine révolution. Si bien qu'en ce temps, justement détesté par notre libéralisme inlassable, la France était administrée par une équipe d'employés dont le chiffre n'égale même pas la moitié de nos gens en place. Pourtant, les moyens de communication étaient moins commodes qu'à présent. La transmission des ordres était malaisée. Les rouages obéissaient moins vite à l'impulsion du ressort central. Ce n'est donc pas une nécessité sociale qui nous force, maintenant, à recruter, pour l'administration de la chose publique, un état-major si considérable de « gros bonnets » largement payés.
Ce qu'il faut reconnaître, et ce qu'il faut dire, c'est que, les syndicats politiques, les clientèles, les convoitises s'accroissant à mesure que les partis et les doctrines s'évanouissent, le chapitre des prébendes, ce que nos ancêtres appelaient la « feuille des bénéfices », doit s'allonger interminablement.
Les services rendus, les titres professionnels, l'ancienneté ou la capacité ne comptent plus guère pour l'avancement. Le fonctionnaire proprement dit, le fonctionnaire qui s'acquitte de sa fonction, et qui a conquis son grade par des moyens légaux, devra se résigner à marquer le pas dans des postes médiocres, tandis que le premier venu, pourvu qu'il soit cousin, camarade, ou factotum d'un ministre, sera installé, d'emblée, dans des emplois immérités.
On peut dire que, depuis une quinzaine d'années, par la faiblesse des uns, parle cynisme des autres, le Trésor public fut soumis à un pillage savamment organisé.
Ouvrez par exemple VAbnanach national à la page où sont cataloguées les charges de finances, ces trésoreries, ces recettes, ces perceptions, qui sont les abbayes de la troisième République. Considérez le Conseil d'Etat, la Cour des Comptes, les cours de justice. C'est — trop souvent — un rendez-vous d'anciens députés, d'anciens préfets, d'anciens chefs de cabinet, d'anciens agents élec-