CHAPITRE m
LE CËSARISHE ET LA « HËDIOCRATIE i
Comment se fait un coup d'État. — Le César des ïiveurs e de la populace. — Le règne des satisfaits et des médiocres, - Le second Empire et la troisième République. — Le besoin d s'amuser. - La démocratie et les femmes. — Les ■• fêtards et le snobisme. — La religion de la bourgeoisie. -~ La fit continue.
Le 24 février 18i8, M. de Tocqueville, sortan de la Chambre, que l'émeute venait de disperser rencontra son collègue, le lieutenant-général mat quis Oudinot, député de Saumur, en civil, trè excité, brandissant une canne et marchant à h tète d'une légion de gardes nationaux.
— Où allez-vous î demanda le général. Vene avec nous ! Nous allons chasser ces coquins de h Chambre I
— Mon cher général, répondit M. de Tocque ville, il est trop tard, la Chambre est dissoute.. Le gouvernement provisoire est en marche sui l'Hôtel de Ville.
Les gardes nationaux entrèrent dans la Cham
bre, regardèrent, stupéfaits, la tribune désertée, les bancs vides, et ils s'en allèrent, eux aussi. Telle fut la fin de la monarchie parlementaire.
La Chambre des pairs se disloqua spontanément. Le ministère s'enfuit. On sait comment Vintérim du pouvoir exécutif fut exercé par Dupont (de TEure), Lamartine, Crémieux, François Arago, Ledru-RoUin, Garnier-Pagès, députés, avec le concours de Marie, d'Armand Marrast, de Louis Blanc, de Ferdinand Flocon et de l'ouvrier Albert.
L'heure du retour allait sonner pour l'homme blafard et fatal qui, dix ans auparavant, avait débarqué sur la jetée de Boulogne, en tenant un aigle dans une cage, et qui avait prouvé, par cette équipée, que le ridicule en France ne tue pas.
M. de Tocqueville, nommé ministre des Affaires étrangères, le 2 juin 1849, à la place de M. Drouyn de Lhuys, dans le cabinet Odilon Barrot-Dufaure, a dessiné un portrait de Louis-Napoléon Bonaparte, au temps où ce prince n'était encore que président de la République. Voici les lignes principales de ce portrait.
Louis-Napoléon était très supérieur à ce que sa vie antérieure et ses folles entreprises avaient pu faire penser à bon droit de lui.... Il avait, comme homme privé, certaines qualités attachantes : une humeur bienveillante et facile, un caractère humain, une âme douce et même assez tendre, sans être délicate, beaucoup de sûreté dans les