‹ Le malaise de la démocratieChapitre 31 sur 108 · Le Siècle, 5 septembre · texte numérisé non relu

Le Siècle, 5 septembre

GëSAR 87

France, assourdie par le caquet des politiciens. Il sut profiter de Timpopularité des Parlementaires. Son coup d'État, préparé dans le mystère, fut acclamé par la nation.

« Le Président ne songe pas à un coup d'État, disait Léon Faucher, le 15 novembre 1849, mais le coup d'Etat résultera delà force dçs choses... »

La France est capable de tout, lorsqu'elle a peur de l'anarchie.

Louis-Napoléon Bonaparte fut un président populaire avant d'être un empereur acclamé.

Quand il passait dans les rues, avec son escorte de lanciers, le peuple enthousiasmé criait de joie, et les officiers de la garde nationale levaient leurs shakos sur la pointe de leurs sabres. L'Assemblée et les ministres étaient contre lui. Mais il sentait l'irrésistible complicité de la foule *. Et il avait Saint- Arnaud.

Lorsque la nation est en gésine de dictature, rien au monde ne peut l'empêcher de se porter aux extrémités les plus folles. En vain les âmes généreuses protestent. Inutilement les gens en place affirment la sincérité de leur loyalisme.

Dans la séance du 2 juin 1851, à l'Assemblée nationale, le colonel Charras cita ces paroles du général Foy : « L'obéissance de l'armée doit être

1. V. le Siècle du 15 mars 1851 (article de M. Louis Jourdain). Cf. l'Événement, la Gazelle de France^ la Patrie (même date).

entière, absolue, lorsqu'elle a le dos tourné à l'intérieur et le visage tourné vers l'ennemi; mais elle ne peut être que conditionnelle, lorsque le soldat a le visage tourné vers ses concitoyens... S'il plaisait aujourd'hui à un chef de dire à ses soldats : Marchons aux Tuileries et assiégeons le palais des rois, ne serait-il pas alors du devoir des soldats de dire à cet officier : Vous êtes un rebelle, nous ne vous suivrons pas?... » Le colonel Charras déclarait que l'obéissance ne saurait, en aucun cas, être passive. Et, comme les députés de la Droite réclamaient, il s'écria : « Je ne souhaite pas à cette Assemblée de voir soulever contre elle des bataillons {interruptions nombreuses et vive agitation)... je disais que je ne souhaite pas à cette Assemblée, lorsqu'elle proclame le principe de l'obéissance passive absolue, qu'il se trouve un jour un homme assez entreprenant, assez pervers pour diriger contre elle des bataillons comme... au 18 brumaire... Ce jour-là, par le fait même de l'obéissance passive, absolue, l'usurpation fut accomplie... »

Le général Changarnier bondit à la tribune, et (lit en se frappant la poitrine : « Je crois nécessaire de dissiper les appréhensions exprimées... par le colonel Charras... A en croire certains hommes, l'armée serait prête dans un moment d'enthousiasme, à porter la main sur les lois du pays... Pour vous rassurer, il me suffirait peut-

Page 1