‹ Le malaise de la démocratieChapitre 52 sur 108 · CHATEAUBRIAND ET LAMENNAIS U · texte numérisé non relu

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le scrupule de sa conscience, tous les biens auxquels pouvait prétendre son ambition. Le professeur Villemain avait salué, en pleine Sorbonne, ses premiers écrits, annonçant au monde un nouveau Bossuet. Il pouvait, comme tant d'autres qui refoulèrent en eux le secret de leurs désillusions, officier pontificalement, en mitre blanche et chasuble immaculée, la crosse d'or à la main, l'anneau pastoral au doigt... Mais il ne voulait pas que ces ornements fussent de grossiers symboles. Il se rappelait que la crosse avait été donnée aux évêques pour représenter à leurs yeux la houlette du bon pasteur. Il aurait voulu être le berger de ses ouailles. Il songeait à l'infinie charité, à la pitié inépuisable que la primitive Église répandait en baume d'amour et en parfum de tendresse sur la souffrance des humbles, des laborieux et des opprimés... C'est pourquoi les évêques du pape Grégoire XVI et du roi Louis-Philippe censurèrent cinquante-six propositions extraites de ses écrits. M. Guizot le traita de malfaiteur intellectueL II fut jugé par une cour d'assises. Il fut enfermé pendant un an à la prison de Sainte-Pélagie. La curie romaine l'accabla sous le latin de plusieurs encycliques. Il paya de cette rançon l'erreur d'être venu trop tôt. Cinquante ans plus tard, il aurait vu son socialisme chrétien autorisé en France par un pape libéral, et son rêve d'un clergé démocratique repris par

LE MALAISE DE LA DEMOCRATIE. iO

de jeunes et ardents vicaires, qui font des conférences dans les quartiers riches et des visites dans les quartiers pauvres, sans que d'ailleurs notre malaise social semble notablement soulagé par le débordement de cette bonne volonté.

Tandis que Tabbé de Lamennais s'efforçait de sauver la société par une réforme de la tutelle cléricale, le philosophe Cousin essayait de soutenir la royauté de Louis-Philippe par une nouvelle organisation du spiritualisme universitaire.

M. Cousin, conseiller de F Université, chef de rÉcole normale, pair de France, grand personnage dans la hiérarchie officielle, écrivain goûté, orateur applaudi, homme énergique, vraiment né pour être directeur, entreprit d'être le pape laïque d'une religion scolaire. Il se considéra comme une espèce de pontife et rêva de transformer le personnel universitaire en une sorte de clergé enseignant. Il fut, sous la monarchie de Juillet, ministre secrétaire d'Etat au département de la philosophie. Administrativement, il distribua aux fils de la bourgeoisie censitaire la ration d'idéal dont ces jeunes gens avaient besoin pour être de bons citoyens selon la Charte. ~

M. Cousin était très éloquent. Son éloquence était instinctive, merveilleusement spontanée, non point travaillée ni artificielle, mais riche d'images et de sonorités, éloquence d'improvisateur et de ténor. Son enseignement, comme celui

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