‹ Le malaise de la démocratieChapitre 68 sur 108 · CHAPITRE VII LA MANIE ANGLO-SAXONNE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII LA MANIE ANGLO-SAXONNE

Les Ânglo-Saxons, professeurs d'énergie. — La prédication de M. Demolins. — Les enquêtes de M. Àlax Leclerc. — Le professeur Ruskin et M. de la Sizeranne. — Esthétisme et snobisme.

A quoi tient la supériorité des Anglo-Saxons? par Edmond Demolins. Tel était le titre, un peu humiliant, d'un livre que M. Jules Lemaître, dans un article du Figaro, recommanda naguère à ses lecteurs. Ce signal fut aussitôt répercuté par tous les échos de la presse parisienne. Tout ce bruit, suscité en plein Paris, en plein boulevard, par un homme qui était ni pornographe, ni pitre, ni jockey, sembla d'abord un heureux symptôme.

Est-ce qu'enfin l'heure était venue où la France allait s'occuper d'autre chose que de saletés ou de balivernes? Il faudrait, en ce cas, remercier M. Jules Lemaître d'avoir donné ce vigoureux coup de barre hors des marécages où pataugeait

la badauderie des dilettantes, et d'avoir tourné le visage du public vers des perspectives ordinairement fermées à la niaiserie des snobs.

M. Edmond Demolins, comme MM. Brunetière, Georges Renard, Gabriel Tarde, Félix Pécaut, Ernest Lavisse, Gabriel Monod (je prends exprès des noms très divers et très opposés), appartient à la catégorie de ceux qui croient que toutes les questions actuelles sont, en somme, des questions sociales et nationales. L'avènement nécessaire de la Démocratie nous oblige à sortir de la quiétude avec laquelle on traitait jadis les problèmes séparément. Dans le branle-bas où le sort nous a jetés, et où les choses et les gens se bousculent, le culte de l'art pour l'art serait une sottise. En un pays où tout le monde sait lire, la littérature sera de plus en plus utile ou nuisible à la santé de la nation. Aveugle ou fou, celui qui ne voit pas le contre-coup des livres sur la vie ! Le génie de notre race, menacé par de vives concurrences, secoué par des crises intérieures, anémié par une sorte de surmenage du système nerveux, court un danger qui apparaît à tous les hommes de bonne foi. Ici, l'indiCférence n'est plus permise. Le dilettantisme, jadis favorisé par les caprices de la mode, n'est plus, à présent, qu'une pose vieillotte et bébéte.

Il s'agit de savoir, en définitive, si, dans quelques années, il y aura encore une France, j'en-

Page 1