‹ Le malaise de la démocratieChapitre 69 sur 108 · LES ANGLO-SAXONS, PROFESSEURS D'ÉNERGIE · texte numérisé non relu

LES ANGLO-SAXONS, PROFESSEURS D'ÉNERGIE

tends une France digne du passé, et non pas une république sud-américaine, transplantée par l'ironie du destin sur le sol même où dorment les os

d'un Richelieu, d'un Dupleix, d'un Thiers, d'un Ferry.

C'est à l'examen de ce problème effrayant, que M. Edmond Demolins emploie toute sa force et tout son temps. S'il n'a pas encore osé le résoudre, on peut dire du moins qu'il en a énoncé les données avec une volonté persévérante. Son évolution intellectuelle mérite d'être racontée.

M. Demolins est un Marseillais, descendant d'une famille arménienne. Ses origines méridionales auraient dû lui infliger des superstitions jacobines ou césariennes. Or il est résolument particulariste et antisocialiste. Il est donc un argument vivant contre la théorie des « milieux », encore qu'il se plaigne parfois de lutter contre l'esprit provençal et les hérédités levantines qui bouillonnent en lui... Il a suivi les cours de l'École des chartes. Parmi les professeurs dont il reçut alors la doctrine, il s'attacha surtout au catholique Léon Gautier. Il goûta sans doute, chez ce maître impétueux, l'union de la science avec l'enthousiasme et de l'enseignement avec l'apostolat. L'influence de cette âme chevaleresque et violemment amoureuse du « bon vieux temps » aurait pu l'incliner vers un « moyenâgisme » dont il s'est écarté prudemment.

L'amitié du numismate Babelon, avec lequel il vivait fraternellement, dans un modeste logis de la rue du Pré-aux-Clercs, a pu contribuer à réloigner des phrases toutes faites, et à lui faire désirer, de tout son cœur, la plénitude de satisfaction intellectuelle que procure la méthode d'observation.

En 1874, M. Demolins essaya de se plier aux disciplines de TEcole pratique des Hautes-Études. La vivacité de son intelligence et son aptitude au prosélytisme furent remarquées par les hommes éminents et libéraux qui ont fait de cette école, alors pauvrement installée dans les galetas de la vieille Sorbonne, un riche foyer d'idées. On nota aussi quelque chose d'excessif et d'irrégulier dans sa logique rapide et un peu trop absolue. Il était bienveillant pour les personnes, avec de l'intolérance pour les idées, et une certaine propension lyrique aux erreurs de fait.

Son premier livre fut une étude sur le Mouvement communal en France. Ensuite il publia, sous les auspices de la Société bibliographique, une Histoire de France en quatre volumes. Ce récit, dont l'auteur n'approuverait plus les tendances ni les conclusions, marque un sincère désir de recourir directement aux sources d'informations les plus instructives. L'historien s'est enfermé en tête à tête avec les témoins des événements qu'il raconte. Volontiers il interrompt

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