LES ANGLO-SAXONS, PROFESSEURS D'ÉNERGIE
sa narration pour laisser parler abondamment les chroniques, les correspondances, tous les textes où s'est reflétée la vie des siècles morts. Il n'intervient que pour mettre en ordre les faits et les dates. Les résultats de son labeur ne sont pas toujours proportionnés à sa bonne volonté. Mais cet efifacement volontaire d'un écrivain qui semble se sacrifier à la vérité inspire au lecteur une confiance qui n'est pas toujours trompée.
Le futur auteur du livre sur la Supériorité des Anglo-Saxons appartenait alors au cercle de la Société bibliographique et de la Revue des questions historiques. Les tendances de cette société et de cette revue sont bien connues. Si respectables que soient les partis pris de M. de Beaucourt, on ne peut que féliciter M. Demolins d'y avoir échappé.
Une circonstance décisive devait orienter vers les préoccupations sociales sa pensée encore irrésolue. Il rencontra, juste au moment où sa vocation hésitait, l'illustre Le Play, ce polytechnicien apôtre qui, à la façon d'Auguste Comte et de Jean Reynaud, a fondé plus qu'une école, presque une religion.
Le Play a exposé sa méthode et répandu sa doctrine dans de beaux livres qui resteront. Quiconque s'adonne à Tétude des sociétés humaines doit posséder le recueil de monographies, qui s'intitule Les ouvriers européens^ et dont Monta-
lembert disait, dans une lettre à Augustin Gochin : « Je lis le livre de Le Play, j'en suis émerveillé. . . » Le Play a fait un chef-d'œuvre de classification et de méthode, en organisant, à l'Exposition de 1867, non pas des kermesses cosmopolites, ni des danses du ventre, mais une sorte d'histoire vivante de l'univers civilisé. Son influence personnelle s'exerça par des causeries intimes où il conviait ses amis et ses disciples, dans son appartement de la place Saint-Sulpice. C'est là que plusieurs nobles esprits s'initièrent à cette inquiétude dont nous devons être saisis en voyant diminuer les forces morales à mesure que croissent les appétits matériels.
Ces réunions, dont l'unique objet était la guérison de nos maladies sociales et la réforme de nos lois ou de nos mœurs, furent l'origine de cette Société (Téconomie sociale, qui se proposa de refaire des hommes et des familles sur le sol amoindri de la France vaincue. Lorsque cette société résolut de publier périodiquement une revue, intitulée la Réforme sociale, et destinée à continuer l'œuvre de Le Plav, les fonctions de rédacteur en chef furent attribuées, d'un commun accord, à M. Edmond Demolins. En même temps, il fut chargé de professer un cours au nom de la société.
Les débuts des religions, même laïques, sont ordinairement dérangés par des schismes. Le