‹ Le malaise de la démocratieChapitre 74 sur 108 · SNOBISME · texte numérisé non relu

SNOBISME

des compliments à Sandro Botticelli. Pauvre monsieur! vous êtes victime du professeur Ruskin.

Tant il est vrai que cet effort désordonné pour imiter les méthodes étrangères ne nous mène qu'à des contrefaçons d'ameublements et à des singeries de gestes.

Les nobles utopies ruskiniennes — retour à la beauté spontanée de la nature par la grâce artificielle de Tart; — propagation de la foi esthétique par le moyen des arts mineurs et par Tornement des humbles objets qui sont les compagnons quotidiens de notre vie; — moralisation des foules par des tableaux instructifs et par des affiches morales, — toutes ces idées, toutes ces chimères d'un apôtre essentiellement anglais sont devenues, chez nous, la proie du snobisme, qui les a rapetissées, ratatinées, faussées.

Le préraphaélitisme du maître — effet d'une admiration sans bornes pour l'art sincère et naïf — est devenu, dans le troupeau des imitateurs, un divertissement factice et burlesque.

L'esthétique de cet apôtre devait aboutir à un charitable réconfort des petits et des humbles. L'apostolat de nos esthètes ne pourrait aboutir, si on le prenait au sérieux, qu'à un mépris déraisonnable de la foule, sacrifiée délibérément par une prétendue élite d'artistes, de délicats et de décadents.

Il est malaisé d'imaginer une contradiction plus absurde.

Et Ton peut dire, avec quelque apparence de fiison, que l'exportation brouillonne des méthodes nglo-saxonnes sur le continent n'a pas eu plus efficacité que les tentatives désordonnées de la édagogie allemande.

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