‹ Le malaise de la démocratieChapitre 81 sur 108 · LE MINISTÈRE COMBES · texte numérisé non relu

LE MINISTÈRE COMBES

Presque au même moment, le 17 février 1896, le Comité de Toulon disait ceci :

L'Université, en réclamant d'un accord unanime des garanties en faveur de la dignité et de la sécurité des fonctions professorales, ne chercherait qu'à étendre, par cela même, sa sphère d'action sur l'éducation nationale, qu'à accroître la diffusion des idées de liberté et de justice qui font la force des pays démocratiques.

Le Comité de Cahors avait dit de même, le 10 février, qu'il fallait « collaborer à la formation d'une Fédération des professeurs des lycées et collèges de France, pour prendre, en toute occasion, la défense des intérêts de la corporation ».

Le lycée de Bordeaux, dont le personnel est particulièrement recommandable par ses titres et par ses garanties de capacité, devint, en quelque sorte, le centre de cette agitation fédérale qui surprend le public et inquiète Tadmînistration.

Enfin, plus de cent quarante établissements universitaires répondirent à ces appels presque simultanés.

Remarquons la date où l'Université, par la voix de ses Comités locaux, fit entendre ces cris de détresse et de ralliement : janvier-février 1896. C'était le temps où, sous la présidence de M. Léon Bourgeois, le ministre Combes dirigeait le département de l'Instruction publique. M. Combes ne se contentait pas de dire aux instituteurs, en vidant un verre de vin de Champagne : « Messieurs, vous

LS MALAISE DE LA DiSmOCAATIE. M

élevez les générations nouvelles dans un moule qui porte sur ses bords la noble image de la République! » M. Combes, dans ce même discours, faisait une allusion exquise aux professeurs des lycées, et regrettait poliment qu'une « hiérarchie vieillotte » ne lui permît pas de les reléguer au dernier degré de Téchelle universitaire. M. Combes employait ses veilles à réorganiser le Conseil supérieur de façon à ôter aux professeurs des lycées les garanties que Jules Ferry leur avait spontanément accordées. M. Combes supprimait les emplois dont ses protégés n'avaient pas besoin, en créait d'autres pour les gens agréables à son cabinet, rognait le traitement des proviseurs, menaçait les uns, amadouait les autres, épuisait (le mot est de lui) le « stock » des palmes académiques, stupéfiait tout le monde, et quittait un beau jour le ministère de la rue de Grenelle en laissant des souvenirs auprès desquels pâlit la mémoire de M. de Cumont.

Ah! il fut remarquable, le règne du ministre Combes ! J'en trouve le résumé fort exact dans le journal V Enseignement secondaire, qui n'est point suspect de tendances subversives. Lisez ceci. C'est fort instructif.

Des professeurs sont déplacés pour avoir déplu au maire, député de la ville...

Des fonctionnaires sont disgraciés non pour faute professionnelle, mais pour faute politique... Les chargés de cours des lycées demandent des garanties pour leur stabi-

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