‹ Le Maniquet; pièce lyrique en 3 actesChapitre 14 sur 20 · Scène II LE MANIQUET, MANDINE · texte numérisé non relu

Scène II LE MANIQUET, MANDINE

Le Maniquet (à part).

La servante !.. Qu'est-ce que cela veut dire ?.. (Se remettant et d'un ton cordial)

Hé ! c'est Mandine ! Bonjour, la jolie fille ! Qu'est-ce qui t'amène ici ? (Ironique) Monsieur Laurent :i-t-il besoin de moi ? Quelqu'un t'a-t-il jeté un sort, ou bien (se rapprochant) Avons-nous... là... quelque peine ?

(Mandine, restée jusqu'à présent debout près de la porte, dans une attitude pleine de crainte, s'effondre sur V escabeau en sanglotant.) (D'un ton paternel )

Ah ! ah ! j'ai donc deviné juste !..

Raconte...

Mandine (éclatant).

Depuis quatre ans, je ne pensais qu'à lui !

Je sais bien qu'il ne m'aurait pas prise,

Mais j'étais heureuse de vivre tout auprès,

De le voir, de l'entendre et l'aider,

Et de toucher, quand il n'était pas la.

Les choses que lui-même maniait tout le jour...

Je savais bien qu'un jour cela devait finir,

Mais je n'y voulais pas penser... (Se tordant les mains)

Et voilà tout d'un couj)

Qu'il se marie !

Le Maniquet a écouté avec un intérêt croissant. (A part) Mais c'est de lui, c'est de lui qu'il s'agit... Oh ! oh ! (A Mandine, d'un ton léger)

Et quel est ce beau garçon ?

Mandine (se levant, effrayée.)

Non ! non ! est-ce que j'ai dit son nom ?.. Je ne veux pas le dire ! (Humblement) Vous le répéteriez, et tout le monde Se moquerait de moi...

Le Maniquet (brusquement ) Enfin, qu'est-ce que tu veux ?

Mandine {pleurant, éperdue.)

Je ne sais pas moi-même... On dit

Que vous êtes savant dans ces choses,

Que vous savez donner l'amour et le prendre,

Comme on guérit ou l'on donne

Un autre mal...

Alors, je suis venue, sans savoir...

(Les /armes lui coupent la parole.)

Mais... aidez-moi... aidez... car {A voix basse, avec un accent de profonde détresse)

Je souffre tant...

(Long silence, pendant lequel on ri entend que les sanglots de Mandine, retombée sur l'escabeau et pleurant , la figure sur les genoux. Pendant le dernier récit, le Maniqu t a manifesté une agitation croissante, comme combattu par une idée qui s'impose de plus en plus à son esprit. A la tin, il semble se décider brusquement .

Le Maniquet (à part, avec un geste violent.)

Tant pis, chacun défend sa croûte, — Sa vie !...

(// se dirige vers le fond et, de derrière la paillasse où il était caché, retire un sac, tout semblable à ceux des rayons latéraux, qu'il rapporte à Pavant-plan et dont il extrait, avec précaution, quelques herbes séchées.) (A mi-voix, rêvant : )

("est plus huit, niais plus sûr qu'une balle ! [Se tournant vers Mandine , avec une certaine solennité) Voici l'herbe d'amour, celle Qui fait fleurir les coeurs comme des pommiers au

[printemps, Qui fait soupirer les garçons Et pleurer les hommes comme des enfants. Pour un « oui », pour un « non », un baiser refusé ! Par elle

Le ciel devient plus bleu et le soleil plus clair Et, le soir, malgré la fatigue du jour, On reste encor longtemps à sa fenêtre ouverte, A regarder là-haut, tant les étoiles brillent ! (Se rapprochant et d'un ton persuasif)

Veux-tu voir celui que tu aimes Abandonner tout au monde pour toi,

Te chercher, pâlir en entendant ta voix, Te dire en tremblant de ces choses Qu'on n'oublie plus jamais ?..

(Plus bas, plus vite et se rapprochant encore de Mandine, qui recule instinctivement)

Prends : fais bouillir ceci Et tâche de lui faire boire...

Mandine {reculant avec effroi)

Oh ! non ! pas cela ! Je n'oserais jamais !.. Et puis, s'il allait me surprendre.

Ou deviner...

Le Maniquet (haussant les épaules et jetant de loin le sac sur son lit,

avec dépit :)

Soit... (Rudement) Mais alors, Que viens-tu faire ici ?

(Mandine baisse la tête, confuse, avec un geste de détresse et de désolation.)

A part :

11 va falloir s'en débarrasser, à présent...

Avec la peur, ce sera bientôt fait ! (Haut)

Tu ne veux plus qu'il t'aime, mais tu voudrais pourtani

Ne plus souffrir : alors,

Il faudrait que, toi-même, tu ne l'aimes plus. (Un temps.)

( Mystérieusement)

Ecoute : Les vieilles gens t'ont-ils déjà parlé

Du chien noir qui parfois, la nuit,

Galope par les routes,

Avec des yeux de flamme et la chaîne de fer

Qui racle, dans sa course,

Les pierres du chemin ?..

(Mandine fait « oui » de la tête, d'un air terrifié.) (Grave et impérieux)

Tu vas me suivre là-haut, à la Pierre-qui-tourne.

Je connais les mots et je connais les signes

Qui le font arriver, lui,

Où qu'il soit, d'où qu'il vienne...

Il viendra, et tu verras alors

Ce qu'il fera pour toi...

[Mandine écoute, à la fois interdite et fascinée.') (A part, avec un ricanement contenu)

Pas une encor qui ait osé attendre La fin de l'aventure...

(// décroche la souquenille pendue à côté de la cheminée et la jette sur ses épaules, saisit un bâton posé dans un coin au-dessous.) (Sèchement, à Mandine)

Allons !

(Il sort. Mandine le suit, comme cédant a une impulsion irrésistible.)

Rideau.

Entr'acte symphonique (').

Deuxième Tableau.

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